SONNET A UNE DAME
qui vouloit faire tirer son horoscope.
jS e cherchez point aux cieux ce qu'un Jour vous serez;
Ce Dieu qui du futur a pleine connoissance, |
Lui qui de tous secrets rend les siens éclairés,
Vous en donne en ces mots une entière assurance.
\ Vos yeux de mille amans se verront adorés , À
Ou pour mieux exprimer leur divine puissance , Autant que d'un regard vous en honorerez, Vous en verrez autant sous votre obéissance.
Vous verrez tout céder à leur éclat vainqueur; Mais surtout vos appas captiveront un cœur Qui brûlera pour vous d'une flamme éternelle.
En ceci seulement ce Dieu ne répond point: Loi'sque ]e veux savoir si vous serez cruelle , Il dit que c'est à vous à m'éclaircir ce point.
SONNET
VJtje je crains votre vue et que je la souhaite ! Que j'y trouve pour moi de joie et de tourmens! Dans mes désirs cachés , dans ma crainte secrète , Je n'approche de vous qu'avec des tremblemens.
Je meurs quand je vous quitte, et ma langue indiscrcle Qui ne peut devant vous celer mes seutimens, De ma témérité trop fidelle interprète, M'en fait appréhender les justes châtimens.
Je souffre avec plaisir, adorable Ismenie; Mais si de vos beaux yeux j'aime la tyrannie. Si pour m'en affranchir je ne fais nul effort ,
Comment vivre sans voir l'objet de son martyre. Le voir sans soupirer, soupirer sans le dire. Ou le dire du moins, sans mériter la mort?
POÉSIES DIVERSES. i(j5
SONNET
sur la guérison de cette longue maladie dont pensa mourir fen M. ' le duc de Nemours, en 1647.
Invincible héros, dans l'extrême langueur Qui menaçant tes jours troubloit notre espérance, La Parque combattoit le bonheur de la France, Et d'un mortel effroi nous remplissoit le cœur.
Tous deux ils se choquoient avec tant de vigueur, Qu'ils ont tenu long-temps la victoire en balance : Nos vœux du ciel plus juste attirent l'assistance. Et notre bon démon demeure le vainqueur.
Mais la mort, sans gronder, ne peut quitter la place. Et pour justifier son insolente audace.
Tient encor ce propos à son parti vaincu :
Quand je veux d'un héros trancher les destinées. Par ses illustres faits je compte ses années. Et Nemours par les siens a déjà trop vécu.
iqG poésies diverses.
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SONNET
JJaphnis vient de mourir, Daphnis de qui l'enfance Donnoit déjà les fruits de l'âge le plus mûr, Et qui, par ses vertus, de l'avenir obscur A de si hauts pensers élevoit l'espértmce,
Trois lâches assassins, mais sous leur apparence, Trois tigres bien plutôt, au cœur cruel et dur, J*our s'assouvir d'un sang si vermeil et si pur. Ont armé leur fureur contre son innocence.
O Père justement accablé de douleur.
Ton espoir abattu par un si grand malheur Ne se peut relever par un foible langage.
Le crime est de l'enfer : si le ciel l'a permis , C'est que de sa promesse il a repris le gage , Ne pouvant s'acquitter pour t'avoir trop promis.
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MADRIGAL
à une personne qui rêve.
Je suis jaloux, belle Uranie, Et ce n'est point de mille amans, Qui chaque jour, dans leurs tourmens.
Accusent votre tyrannie; Votre esprit est l'heureux rival De qui le bonheur sans égal
Me met à toute heure en all^rme :
Jamais son entretien ne vous cause d'ennui,
Lui seul vous possède et vous charnue , ■
Et rien ne voi^s plaît après lui. k
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MADRIGAL
à une femme malade.
JuN vous faisant parler, votre santé s'altère; Eh! bien, auprès de vous, Philis, il faut se taire ;
Mais connoissez au moins combien de mes langueurs Votre langueur est différente; C'est pour parler que votre mal s'augmente, C'est pour me taire que je meurs.