MADRIGAL A MADAME LA MARQUISE DE'SÉVIGNÉ
pour une discrétion perdue au jeu.
Vous m'avez fait supercherie ;
Faites-moi raison, je vous prie.
D'une si blâmable action ; En jouant avec vous, jeune et belle marquise, Je n'ai cru hasarder qu'une discrétion,
Et m'y voilà pour toute ma franchise; Mais qu'ai-je fait aussi? Ne savois-je pas bien Qu'on perd tout avec vous et qu'on n'y gagne rion?
MADRIGAL
A-v premier jour de celte année, Si vous ne m'aviez tout ôté ,
La marquise de Sévigné , si connue par ses lettres.
"Vous eussiez eu ma liberté , Car je vous l'avois destinée :
Ainsi, belle Philis, n'ayant rien à donner, Je n'ose vous importuner De la moindre reconnoissance; Mais, sans parler de récompense.
Bons Dieux ! qu'il faut être insensé Pour vous aimer sans espérance, Comme je faisois l'an passé.
MADRIGAL
Les maris ont toujours tort.
±j ORS qu'un mari voit de sa femme I
La conduite exempte de blâme , I
S'il eronde c'est un animal ;
à Pourvu qu'il ait toujours sa place
Et qu'elle sache bien observer la grimace , i
Le reste lui fait un grand mal! i
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MADRIGAL
uANDJesongeàquelpointvous pouvez tout charmer, Et combien peu vous devez estimer Un coeur qui n'a rien d'estimable ,
Hors que par vous il se laisse enflammer, Je me crois bien plus raisonnable
D'aimer autant que vous êtes aimable, Que de n'aimer qu'autant que vous pouvez m'aimer;
Mais belle Iris, n'en faites pas de même, Aimez-moi bien plutôt autant que je vous aime.
MADRIGAL
à une personne endormie.
Jl OCR feindre de dormir vous me tournez la tête! Est-ce que vos beaux yeux que vous tenez fermés Ne trouvent point ici de quoi faire conquête , Ou qu'ils craignent de voir ceux qu'ils ont consumés?
Que votre prévoyance est vaine !
Il faut que malgré vous vous me voyiez mourir; Car plus vous essayez de ne pas voir ma peine , Plus je me sens pressé de vous la découvrir.
MADRIGAL
sur le portrait de Madame la comtesse de Fies que.
JJans ce divin portrait où brillent tant d'attraits, Vénus reconnoissant et son air et ses traits,
Se figura d'abord en être le modèle :
Le regardant mieux toutefois :
« Pourquoi tant de grâces, dit-elle ?
« Car jamais avec moi je n'en vis plus de trois. >
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MADRIGAL
sur des chcTeux donnés.
Vous croyez-vous , pour ces cheveux
Dont vous récompensez mes vœux, Envers ma passion dignement acquittée?
Superbe de cette faveur,
J'en exagère la valeur; Mais quand vous douteriez si je l'ai méritée, I
Que je croirai toujours l'avoir bien achetée,
Si je n'ai qu'elle pour mon cœur !
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MADRIGAL
X HiLis un jour me commanda D'écrire dans son agenda Quelques rimes bien ou mal faites :
Si votre nom, lui dis-je, est si bien dans mon cœur, Belle, que j'aie au moins l'honneur Que le mien soit sur vos tablettes.
2oa POÉSIES DIVERSES.
MADRIGAL
1^1 votre cœur désire Savoir, dans mon sort rigoureux, Ce qu'il faudroit que je vous visse écrire, Pour rendre mon destin heureux, En deux mots je vous le vais dire :
Par un « je crois que vous m'aimez > , Vous pourriez , divine Ismenie, Du beau feu dont vous m'enflammez Modérer l'ardeur infinie; 3Iais si j'ose tout dire, en l'état où je suis. Pour rendre mon bonheur extrême Et dissiper tous mes ennuis, Il me faudroit un « je vous aime. »
MADRIGAL
i^uAND à mon esprit je propose Qu'il vous faut faire ou vers ou prose,
Soudain il s'y dispose Et ne trouve rien de plus doux.
Si pourtant à votre courroux
POÉSIES DIVERSES. ao3
Souvent sa paresse m'expose, Savez-vous quelle en est la cause ?
Il s'amuse à penser à vous , Et ne veut plus faire autre chose.
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