MADRIGAL A MADEMOISELLE
qui me commanda d'écrire son histoire en écrivant mes Nourelles
Jr^ocR écrire votre aventure
Je mets mon ame à la torture ,
Et j'y médite nuit et jour;
Cependant, avec tant de gloire Qui vous rend l'ornement du siècle et de la cour. Je manque de sujet: 6 Dieux! le peut-on croire? Oui , ce n'est pas assez de donner tant d'amour , Il faut aimer un peu pour embellir l'histoire.
Tant d'éclatantes actions
Surpassant mes inventions, Le récit en rendra votre gloire immortelle , Et déjà pour l'ouïr tout l'univers accourt :
L'histoire eu est longue et belle.
Mais le roman en est trop court.
2o4 POÉSIES DIVERSES.
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MADRIGAL
sur un tableau où Mademoiselle étoit peinte en Ange.
JuoRSQTiK Baubrun peint la Princesse en Ange, Chacun lui dit qu'il ne peut faire mal, Et va contant quelque merveille étrange Et du portrait et de l'original.
Pour moi je dis: trêve ici de louange:
Un Ange qui seroit à ce bel Ange égal, Mettroit tous les autres à mal.
POÉSIES
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Uepuis qu'à Philiste Mon cœur j'engageai, Tantôt je suis triste , Tantôt je suis gai :
Ainsi s'en vont mes amours Avecque mes plus beaux jours.
Souvent en souffrance.
Quelquefois content.
C'est la récompense D'un amour constant :
Ainsi s'en vont, etc.
Si le bien engage
A souffrir le mal ,
2o(J CHANSONS.
Q'au moins le partage N'en est-il égal ?
Ainsi s'en vont, etc.
On pleure, on s'ennuie, On souffre en aimant ; Mais quelle autre vie Passe plus gaiement?
Ainsi s'en vont, etc.
Un plaisir qui passe Comme un doux Zéphyr, En passant efface Un long déplaisir :
Ainsi s'en vont, etc.
Ce plaisir s'envole.
Mais s'envole aussi
Ma plainte frivole
Et mon vain souci :
Ainsi s'en vont mes amours , Avccque mes plus beaux jours.
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X ATSiBLE nuit, dont la noire peinture De tant d'amans va cacher les plaisirs,
Hâte tes pas : las! je ne t'en conjure
Que pour cacher mes pleurs et mes soupirs.
Combien d'amans, sombre nuit, à cette heure Trouvent par toi la fin de leur tourment!
Et cependant je soupire et je pleure
Heureux encor si c'étoit librement !
Qu'un plus heureux un plus grand bien prétende , De son bonheur je ne suis point jaloux: Paisible nuit, hélas! je ne demande Que le repos que tu donnes à tous.
\Jii songez-vous, trop aimable Isabelle?
Votre injustice est sans comparaison :
N'avez-vous fui d'une terre rebelle.
Que pour venir révolter ma raison ?
Fuyant chez nous les troubles d'Angleterre, Vous troublez tout par vos divins attraits , Et vos beaux yeux me déclarent la guerre , Quand vous venez chercher ici la paix.
Mais comment plaindre un tourment si sensible ? Vous ignorez la langue de ces lieux :
ao8 CHANSONS.
Hélas ! mon mal est déjà si visible,
Que pour l'entendre il ne faut que des yeux.
Vous ignorez ce que je veux vous dire, Lorsque je veux parler de vos beautés : Au moins voyez qu'en ces lieux on soupire, Comme on soupire aux lieux que vous qviitlcz.
Si mes soupirs de ma douleur extrême Ne parlent pas assez éloquemment, Apprenez-moi comme on dit o je vous ainie » : Ce ntiot vous peut exprimer mon tourment.
XJ'oîi me vient ce chagrin extrême Que mon cœur ne peut exprimer?
Hélas ! qu'un jour passé sans voir ce que l'on aime Est long à qui sait bien aimer !
Je cède à l'ennui qui me tue, Et je ne saurois concevoir Si ce mortel ennui vient de l'avoir trop vue, Ou s'il vient de ne la point voir.
Auprès des beaux yeux de Silvie , Je languis depuis si long-temps !
Je n'attends que la mort ; mais la plus belle vie Ne vaut pas la mort que j'attends.
CHANSONS. aog
X iBcis, dans ce bois sombre et solitaire, Chantoit à Philis, d'amour tout enflammé : Qu'il est doux d'aimer, belle bergère!
Qu'il est doux d'aimer et d'être aimé!
Berger , si ton cœur, disoit cette belle, D'amour est épris, le mien est consumé: Qu'il est doux d'aimer, berger fidelle ! Qu'il est doux d'aimer et d'être aimé !
J'ai chanté comme eux; mais dans mon martyre J'ai dit, en pensant aux yeux qui m'ont charmé : Que sert-il d'aimer sans l'oser dire I Que sert-il d'aimer sans être aimé ?
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Jeune roi qui chassant nos beautés, L'empire amoureux désertez, N'irritez point , pour plaire A votre mère , Celle de l'Amour, Vous en aurez besoin lui jour.
Vous saurez, pour triompher de tout, Que nul, sans lui, n'en vient à bout.
Que Mars vous soit prospère, Comme j'espère ; Il est des combats Où ce Dieu ne préside pas.
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X o V R l'aimable comtesse
Meurt tous les jours Quelque amant qu'elle laisse
Sans nul secours, Et cependant la presse y est toujours.
Marquise , en votre absence
Que deviendront Les jeux , les ris , la danse ?
Ils languiront :
Hélas! je crois, hélas ! qu'ils en mourront.
Les Amours qui s'enfuient,
Vous suivent tous, Hélas ! puisqu'ils s'ennuient
Avecque nous, N'oubliez pas celui que j'ai pour vous.
CHANSONS. iM
U y jour, en revenant du cours.
Le long des bords de la Seine, Je voyois suivre mille Amours
Autour du char de C limé ne.
Je voulus comme eux suivre cette belle, Charmé de son éclat vainqueur;
Mais quand je m'éloignai d'elle , Je les trouvai tous dans mon cœur.
'uE mon ame étoit insensée,
Quand elle conçut la pensée
De se mettre en votre prison !
O Dieux! lorsqu'oubliant ma misère passée. Je voulus vous aimer contre toute raison ,
Que mon ame étoit insensée !
Que de repentirs inutiles
Mes espérances trop faciles
Coûtent à mes sens asservis ! J'ai fait pour me guérir mille efforts diilîciles; Mais tous efforts sont vains et ne sont tous suivis
Que de repentirs inutiles.
Xfiis, qui fait tous mes soins,
M'a rendu misérable; Je voudrois bien l'aimer moins.
Mais elle est trop aimable.
Amour, elle sait tout charmer,
Son mérite est extrême ; Mais las ! pour le peu qu'elle aime^
N'est-ce point trop l'aimer ?
iLtJjouRD'Hri que tous les Amours Sont effrayés par le bruit des tambours ,
Pourriez-vous refuser le mien , Qui ne sauroit s'épouvanter de rien ?
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I A ELEMENT, apaise-toi ;
II faut obéir au roi :
On va finir toute querelle ; Mais quand finira celle De Philis et de moi ?
CHANSONS. 2i5
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JrRIN'i
iTEMPS aimable et délicieux , Père des fleurs et des Amours nouvelles , Tu nous renouvelles Tes dons précieux; Belle peinture, Belle verdure, Par qui tout fleurit.
Par qui tout rajeunit; Ta grâce Fait changer de face A tout ce qui vit :
Hélas! tout change, Hors le mal étrange Dont mon cœur languit.
Depuis le temps qu'esclave d'Amour, Les yeux d'Iris font seuls mes destinées, Toutes les années Je vois ton retour :
Amant de Flore, Qui fais éclore Tant d'attraits puissans.
Tu reviens tous les ans; Ta grâce , etc.
2i4 CHANSONS.
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Xmportune raison.
Il n'est plus de saison D'accourir à mon aide; Laisse agir sur mon cœur
Ma langueur :
Mon amour est si fort, Qu'il faut que tout lui cède Et que peut ton effort Aux douleurs dont la mort Est l'unique remède ?
AJe votre sort, Philis, chacun s'étonne, Et sans mentir, il est capricieux:
Hélas ! jamais vous n'avez fui personne ; Pourquoi Tircis vous fuit-il en tous lieux r
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A MOUE, je sais que celle que j'adore Pour un amant n'eut jamais de rigueur; Mais si tu veux que je la serve encore, raig-lui les yeux aussi doux que le cœur.
CHANSONS. 2i5
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'uoi donc ! jamais vous n'entendrer Que je languis, que je meurs, que j'expire! Ah ! n'en croyez, Philis, que ce que vous voudrez; Mais laissez-moi le plaisir de le dire.
X HIllS,
, votre mérite extrême Pourroit toucher Une ame de rocher; Mais vous ne m'aimez pas et je veux que l'on m'aime. Et de quelques appas qu'on puisse être charmé , On n'aime pas long-temps quand on n'est pas aimé.
Oi dame il y a qui se mette en cervelle. Lorsque son amant voudra bouder contre elle, Qu'elle prenne soin de le mander, La nuit seulette et sans chandelle :
S'il ne se veut accorder,
Point n'en pleure la belle; Il faut le laisser bouder.
?i6 CHANSONS.
X AR ce doux chant qui tous mes sens transporte, Tu veux, Amour, me ranger sous tes lois : Ah ! j'y consens , si tu peux faire en sorte Qu'elle ait le cœur aussi doux que la voix.
J'en suis épris, car mon cœur qu'elle engage
En toute chose estime la douceur :
Je l'aime aux yeux et sur un beau visage ;
Mais beaucoup mieux quand elle est dans le cœur.
JJans le mal qui me désespère.
Je ne saurois parler et ne dois point me taire ,
Et Philis s'étonne pourquoi :
C'est qu'elle ignore, la cruelle,
Que je ne me tais auprès d'elle, Que pour entendre Amour qui lui parle pour moi.
Dans mes regards tout pleins de flamme, Des plus passionnés mouvemens de mon ame
Il ne lui parle que trop bien ;
Mais ce Dieu, des Dieux le plus sage,
Ne s'exprime qu'en un langage Où toute sa rigueur n'entendit jamais rien.
Jtekser, lâche flatteur qui me rends misérable. Pourquoi me tant parler des yeux qui m'ont charmé ? Je ne demande pas si Philis est aimable, Mais seulement si j'en puis être aimé.
Je n'ai point oublié qu'elle est charmante et belle ; Pourquoi me le viens-tu redire incessamment? Ah ! réponds bien plutôt à mon amcur fidelle : Doit-elle un jour soulager mon tourment?
Uans le mal dont j'ai l'ame atteinte, Si je vous veux faire ma plainte , Votre rigueur n'en peut souffrir :
Pardonnez-moi , belle Silvie ; Mais j'aime encore un peu la vie :
J'aime mieux parler que mourir.
Je souffre tant de violence.
Que si je ne romps le silence, Je désespère de guérir:
Pardonnez-moi, belle Silvie; Mais j'aime encore un peu la vie:
J'aime mieux parler que mourir.
2i8 CHANSONS.
vjESSEZybruit des tambours.
Et revenez dans vos plus beaux atours.
Ballets, comédies, musiques, amours; La guerre va finir, La paix va revenir.
Tout est tranquille : dans ce doux sort, Vous et moi, Philis, quand serons-nous d'accord?
Chacun fait son traité, Et je veux bien qu'aussi ma liberté Donne ses articles à votre beauté :
Prenez plaisir à voir Chacun dans son devoir , Et, toute chose goûtant la paix, Accordons aussi mou cœur et vos attraits.
Hélas! je m'en souviens.
Ferme et constant je baisois mes liens, Quand toute la France rejettoit les siens. Ah ! si votre fierté , Tyrannique beauté, Traite en rebelles les plus soumis, Comment traitez-vovis vos plus grands ennemis?
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lE tes roses. Amour, ont pour moi peu d'épines! Qu'en tes prospérités à tort tu t'imagines Qu'il faut toujours se plaindre et pousser des soupirs î Ah ! que malgré tes feux, tes flèches et tes chaînes,
On oublie aisément tes peines,
Quand tu fais goûter tes plaisirs !
Amour, regarde-moi dans les bras de Silvie ( Si tu le peux pourtant, sans me porter envie ) : Puis-je avecque raison former quelques désirs? Ah ! que malgré tes feux, etc.
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1t1 ES yeux n'ont pu dissimuler, ^
Et mes tristes regards ont osé vous parler
Du beau feu qui brûle mon ame; à
Ces indiscrets le feroient voir à tous : *
Pour leur apprendre à mieux cacher ma flamme, Amarillis , je m'éloigne de vous.
Je blâme leur témérité , Et ces audacieux n'ont pas moins irrité Mon respect que votre colère;
Mais dites-moi, dans mon sort rigoureux, Quelle raison vous en pourrois-je faire ? Pour vous venger, je me punis comme eux.
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«I 'ai poussé des soupirs, j'ai répandu des larmes
Pour toucher votre cœur:
Ces pleurs et ces soupirs sont d'inutiles armes Contre votre rigueur.
Après ce qu'on m'a vu soviffrir , Philis, j'ai tout fait pour vous plaire, Et si ce n'est qu'il faut mourir.
Je ne sais plus ce qu'il faut faire.
Que j'ai passé de nuits dans mes inquiétudes,
Sans avoir pu dormir I Que j'ai passé de jours parmi les solitudes , A pleurer et gémir !
Après, etc.
Pour plaire à vos beaux yeux qui trouvent des délices
A faire un malheureux, Amour m'a fait sentir tout ce que ses supplices Ont de plus rigoureux.
Après ce qu'on m'a vu souffrir, Philis, etc.
CHANSONS. aai
»^i je me plains, belle Amarante, Que votre ame trop inconstante Change d'objets à tout moment, C'est que la mienne trop fidelle Languit et souffre en vous aimant, Et ne sauroit changer comme elle.
Votre esprit est incomparable, Votre bouche est toute adorable , Vos yeux n'ont rien que de charmant ; Mais votre cœur est infidelle , Et pour conserver un amant.
Ce n'est pas assez d'être belle.
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'TE tes lois, Amour, sont cruelles!
Malheureux sont les cœurs que tu peux enflammer! Plus malheureux encor ceux <jui te sont fidelles; Mais qui peut vivre sans aimer ?
kVWVWVV%VWVX^VV%VVXV«/X^/VXW%W%^^WV%/XWWW^
iliSFix me voici de retour.
Et j'apporte avec moi, pour vous faire ma cour ,
Un bel équipage d'Amour :
J'ai des fleurettes, De doux propos, des vers, des chansonnettes:
Pour tout avoir, Il ne me faut, Silvie, que de l'espoir.
Je sais concevoir des désirs ; Je sais faire des vœux et pousser des soupirs Dans les douleurs et les plaisirs ; Je suis fidelle; J'ai du respect et j'ai beaucoup de zèle:
Pour tout avoir, Il ne me faut, Silvie, que de l'espoir.
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Jl HiLis, dans mon cruel tourment Votre douceur veut que j'espère; Mais hélas ! quand je lui veux plaire , Votre rigueur me le défend.
Votre douceur m'attire à soi ; Votre rigueur me désespère :
Que croirai-je et que dois-je faire?
Amour, Amour, conseille-moi.
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JjspÉREï-vors que le ciel soit propice Aux soins que vous prenez afin de vous guérir.
Quand vous redoublez le supplice De mille amans que vous faites mourir?
O beauté trop parfaite!
Climène, redoutez Que le ciel ne vous traite Comme vous nous traitez.
Contre nos cœurs vous employez vos armes, Vous n'en guérissez point et vous les blessez tous; Et si la vie a quelques charmes, Vous n'en voulez conserver que pour vous. O beauté, etc.
1^1, dans le mal qui me possède, Je languis sans en dire rien, Philis, pourtant je sais fort bien Quel en doit être le remède; Mais je n'ose le demander, Et vous n'oseriez l'accorder.
Dans le tourment dont je soupire, Je mourrai , je n'en doute pas ; Mais en recevant le trépas.
Du moins permettez-moi de dire:
Je meurs pour n'oser demander Ce que vous n'osez m'accorder.
Je sais que la faveur est grande, Qi'i peut m'empêcher de mourir; Mais s'il ne tenoit pour guérir Qu'à vous en faire la demande, Pour vous apprendre à l'accorder, J'apprendrois à le demander.
Pour nous tirer tous deux d'affaire, S'il vous en fâche autant qu'à moi, Philis, je vous jure ma foi, Vous n'avez qu'à me laisser faire :
Souffrez-le sans rien accorder, Je le prendrai sans demander.
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ixH I que mes yeux sont contens , Au moment qu'ils vous regardent!
Mais mon cœur, en même temps, Connoissant ce qu'ils hasardent, Leur défend de rechercher Un bien qui coûte si cher.
Toutes les nuits que l'Amour Le tourmente et le déchire , Songeant aux plaisirs du jour, N'ai-je pas raison de dire :
Ah ! mes yeux pourquoi chercher Ln bien qui coûte si cher?
De vains et cruels désirs.
Des ennnis.de longues veilles, Suivent de près les plaisirs D'avoir vu tant de merveilles :
Sans cela qu'il seroit doux, Philis, d'être auprès de vous !
1 ttjs je vous vois, plus je vous aime; Car voyant croître chaque jour Votre mérite, quoiqu 'extrême , Je sens que mon amour En fait de même.
Que mon plaisir seroit extrême, Voyant croître tant de beauté, Si je ne sentois en moi-même Que votre cruauté
En fait de même!
JL/orx ruisseaux, coulez sans violence; Rossignol, ne vante plus ta voix;
Taisez-vous, Zéphyrs, faites silence:
C'est Iris qui chante dans ces bois.
Je l'entends, et mon cœur qu'elle attire La connoît à ses divins accens , Aux transports que leur douceur inspire , Mais bien mieux aux peines que je sens.
JjEtLE Amarillis, aimons-nous; 3Ioquez-vous-en, si l'on en gronde; Sur quelque erreur que l'on se fonde.
C'est le moindre péché de tous, Et le plus grand plaisir du monde.
Amour, dont nous sommes touchés, Maître de mes sens et des vôtres.
Est un Dieu plus doux que les autres : Il ne punit point les péchés Dont se pourroient fâcher les nôtres.
Selon la loi des amoureux , Un crime noir c'est l'inconstance, L'oubli , l'orgueil et l'insolence ; Mais trop aimer, jamais entr'eux Ne fut tenu pour une offense.
A. Mi s, c'est dans ce doux séjour
Qu'il nous faudra perdre le jour:
Peut-on s'en défendre avec gloire?
Quand la sœur fait mourir d'amour, Le frère y fait mourir à force de trop boire ; Mais qui peut n'être point surpris de la douceur Du vin du frère et des yeux de la sœur ?
Résolvons-nous, n*en parlons plus ,
Laissons vaincre Amour et Bacchus:
Ces Dieux si cruels, si perfides,
Que jamais mortel n'a vaincus , Dans ce lieu chaque jour font cent mille homicides. Trop puissans d'être armés de l'extrême douceur Du vin du frère et des yeux de la sœur.
'ce je vois, quand je vous admire.
De grâces , de beautés et d'appas à chérir ! Mais que je vois, sous votre empire.
De peines, de tovumens et de maux à souffi-ir! Que pour y languir plus d'un jour, Il faut de constance et d'amour !
aaS CHANSONS.
Cependant, divine Climène, Vous n'en pouvez douter depuis un si long temps,
Sans espoir de finir ma peine.
J'adore ces beautés, je souffre ces tourmens.
Et j'ai pour en perdre le jour
Assez de constance et d'amour.