‹ Poésies de SegraisChapitre 5 sur 92 · XX ESSAI · texte numérisé non relu

XX ESSAI

effet, et qu'une passion est touchante , pour que le lecteur sV interesse. Les choses mêmes l'occupent beaucoup moins que la manière de les dire • c'est un petit maître qui place tout son me'rile dans sa parure. Pourvu qu'il fasse mie description fleurie en termes purs et harmonieux, il s'inquiète peu si elle n'est point trop charge'e d'(?pitliètes oiseuses , de détails insignifians, d'ide'es bizarres , et ses bergers parlent toujours bien à son avis , pourvu qu'ils parlent avec élégance. Maisle lecteur accable' à chaque page sous cette abondance de paroles , rebute , dégoûte' , exce'de' par ces riens pompeux sur lesquels on le promène d'un bout à l'autre du livre , maudit mille fois le malheureux privilège de dire si longuement des trivialités ou des sottises. La vérité' nous arrache cette dernière expression ; car comment qualifier autrement une foule de passages où le naturel et le bon sens sont également sacrifiés ?

« Bergers , fait dire l'auteur à l'un de ses personnages , dans la a seconde églogue , bergers réunis autour de nous pour entendre « nos chants , si quelqu'un de vous a besoin de feu pourrécliauffer a son troupeau , qu'il vienne vers moi : Salamandre heureuse et « malheureuse à la fois , il faut que l'incendie qui me consume m s'accroisse à chaque instant , depuis le jour que je vis le regard « amoureux dont le seul souvenir me transit et me brûle. » o — Bergers , reprend un interlocuteur , bergers qui , pour éviter « les ehaleurs de l'élé , avez coutume de chercher les ruisseaux u dont l'eau coule sous de frais ombrages, venez vers moi : ^rivé ,

SUR LES POETES HLCOLIQUES. xx^

« dans mon infortune , de joie et d'espérance, un (Icuvc déplo- « rable sort de mes yeux , depuis le jour que je vis cette main « blanche qui bannit de mon cœur tout autre amour. •

Pastor , che scte intorno al canlar nostro,

S' alcun di voi ricerca foco od esca

Per riscaldar la mandra ,

Venga a me Salamandra ,

Felice insieme e miserabil mostro ,

In oui convien cli' ognor 1* incendio cresca ,

Dal dl ch' io vidi 1* amoroso sguardo

Ove ancor ripensando aggbiaccio ed ardo.

Pastor che per fuggire il caldo estivo, . AU' ombra desiate per costume Alcun rivo corrente, Venite a me dolente , Che d' ogni gioja e di speranza privo, Per gli occhi spargo un doloroso fiume , Dal di ch' io vidi quella bianca mano Ch' ogni altro amor dal cor mi fe' lontano.

Si les bergers qiii s'expriment ainsi , pariaient moins sérieusement dans le reste de l'eglogue , on prendrait pour des bouffonneries ces froides et ridicules exage'rations que nous ne pouvons nous repentir d'avoir appele'es du seul nom qui leur convienne : cependant l'auteur s'est applaudi à cette occasion , puisqu'il nous parle des louanges que chacun donna à l'envi aux chants de Montana et d'Uranio.

Page 1