XX VIII ESSAI
ont peine à tempérer par un mot d'éloge , l'amertume de leurs censures contre l'auteur.
Que diront donc les de'tracteurs du Tasse, à la lecture de Guarini dont le pastor fido a tous les défauts de VAminte et Lien d'autres encore , sans les racheter par les mômes heaute's ? On trouve dans son drame quatre actions bien distinctes qui se compliquent et s'embrouillent jusqu'au dénouement fonde sur une foule d'invraisemblances ; toutes les scènes sont décousues ; l'action principale est à chaque instant suspenduepar des aventures incohérentes , sans intérêt et souvent sans but ; les personnages sont des amans qui cherchent k se supplanter les uns les autres ; on voit même paraître une Corisque dont l'ame artificieuse et corrompue va jusqu'à tramer la mort de sa meilleure amie , pour se de'faire d'une rivale dangereuse : et cependant la scène est en Arcadie !
Nous avons signalé l'abus de l'esprit comme le plus grand défaut de VAminte ; mais , compare' à Guarini, le Tasse est un auteur plein de naturel. Des antithèses , des jeux de mots , des pointes , et une affectation tout à fait puérile , voilà ce qui compose les deux tiers du pastor fido. L auteur se met l'esprit à la torture pour créer des rapprochemens inattendus, des idées étranges, Jes comparaisons extraordinaires ; il en développe
SUR LES POETES DUCOLIQUES. xxix
toutes les circonstances avec une minutie quide'sespère le goût et le bon sens ; c'est une bonne fortune pour lui que de trouver occasion de s'éloigner du naturel ; et plus il devient manie're' et bizarre dans les penscfes et les expressions , plus il se travaille pour le devenir davantage : mallieureusement il n'y re'ussit que trop , et dans ces occasions il ne connaît d'autre mesure que les dernières limites du ridicule. Une ou deux citalions feront voir si ces reproches sont exagères. Ergaste , après avoir promis à Mirtil de faire en sorte qu'Amaryllis consente à Tecouter , l'engage à ne point se tourmenter en attendant.
■ Ces soupirs ardcns, lui dit-il, ne sont pas, comme tu le crois, un « rafraîchissement pour le cœur, ce sont plutôt des vents impétueux « qui soufflent sur l'incendie et l'augmentent ; ce sont des tour- « billons d'amour qui apportent toujours aux pauvres amans des « nuages épais de douleur et des pluies de larmes. »
NoQ son , eome a te parc , Questi sospiri ardenti Ilefrigerio del core ; Ma son piuttosto impetuosi venti Che spiran nell' incendio e '1 fan maggiore ; Son turbini d' amore Ch' apportan semprc ai miserelli amanti Foschi nembi di duol, pioggie di pianti. j'ilto 1 , se. 2.
Ailleurs Mii'til raconte qu'une troupe de jeunes Nymphes voulant éprouver laquelle saurait donner