SCÈNE IV
MELISSE, NEBELON, ASTOLFE, AIMON, LE TEMPS
AVEC LES SAISONS , LES HEURES et toute sa suite. LE TEMPS.
C'est peu d'ouvrir ici les yeux, Il y faut apporter d'attentives oreilles; Mon savoir est profond, vaste et mystérieux; Le Temps seul peut du Temps découvrir les nierveilles. Du malheureux Martel neveu brave et pieux , ' Tu vois dans le passé tes illustres aïeux Des aïeux de ton roi tirer leur origine ; Je n'oserois finir cette race divine , Moi qui mets fin à tout.
NEBELON.
Cependant, si J'en crois Ce qu'en toi-même j'aperrois, Deux siècles de mou prince abolissent la race.
• Nebelon ptoit fils de Childebrand, frère de Charles Martel, et fut le cinquième aïeul de Hugues Capet. Charles Martel étoit bâtard, et Childebrand légitime.
286 L'AMOUR GUÉPiI PAR LE TEMPS,
LE TEMPS
Ton roi verra tous ses jours triomphans; Mais la honte de ses enfans Méritera que je l'efface, Et qu'au sang le plus pur je rende enfin la place. Lien loin d'anéantir un sang victorieux, Vois ce sang épuré , ce sang plus glorieux , En toi renouveller une tige plus belle. Une tige éternelle.
KEBELON.
Quelle suite de rois se présente à mes yeux!
Quel éclat ! quelle gloire !
Mais entre tous ces rois qui naissent de mon sang ,
Quel est celui qui tient le plus haut rang, Et que je vois partout suivi de la victoire ?
Quel éclat ! quelle gloire !
lE TEMPS.
En Louis seul tu vois Le modèle parfait des héros et des rois. Jamais mortel n'aura le Temps plus favorable. Pour lui seul complaisant, pour lui seul immuable,
Mon vol devancera ses vœux, Et pour faciliter ses exploits glorieux,
Je forcerai les destinées.
Les momens seront jours, les jours seront années. 11 ne sei-a pour lui ni neige ni glaçons;
Il se rendra l'arbitre des Saisons , Et de son règne illustre écartant tous obstacles.