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Le château de Bercy, près de Paris, aujourd'hui démoH

Poésies diverses. 2J

Vers les erreurs du premier âge.

Hélas ! j'ai bien la volonté, Mais non la force d'être sage.

Aussi conçois-tu mes regrets?

Conçois-tu ma peine cruelle?

De deux femmes que j'adorois, Lune déjà m'est infidèle; Et soit dit entre nous, je voi Qu'un mien ami l'a rendu telle; Et l'autre, coquette rebelle, Oui sembloit s'oflrir à ma foi, De mes seuls hommages avide.

Aujourd'hui qu'elle se décide, Ne se décide pas pour moi...

Et puis fiez-vous à ces dames!

Croyez à leurs constantes flammes !

Pour moi, qui vécus sous leurs lois, J'appris, par plus d'une infortune.

Qu'on les sent échapper vingt fois, Sans pouvoir leur échapper une.

Que de revers ! que d'embarras !...

Pourtant je ne m'en pendrai pas.

Sous ma surface assez frivole, Je réfléchis de loin en loin ; Et de temps en temps, au besoin, La réflexion me console.

Je me suis dit : Pourquoi vouloir Que l'on t'adorât sans te voir?

C'est aussi par trop d'exigence; Dieu le commande en vain pour soi,

28 Chevalier de Boniuird.

A notre foible intelligence, Il faut malgré Dieu, malgré toi.

Un objet de culte en présence.

Si ton ami plaît aujourd'hui, Tant mieux! jouis de sa victoire; Eh ! qui peut t'em pêcher de croire Que c'est toi seul qui plais en lui?

Ces rapports, cette convenance Par où nos deux cœurs sont unis, Ta maîtresse les a saisis :

Elle aime en lui ta ressemblance; D'ailleurs, c'est l'usage à Paris.

Une femme à celui qu'elle aime Ne se livre point à demi.

Et le prouve en aimant de même Tôt ou tard son meilleur ami.

Quant à la belle un peu maligne, Quant h l'amant prédestiné A lui paroître le plus digne, Ma foi ! je leur ai pardonné; Parce qu'entre nous je soupçonne, A travers ses yeux ingénus, Qu'étant belle comme Vénus, Elle est de même un peu friponne.

Et si l'hiver suivi des jeux Ici dans peu nous la ramène.

Mon rival et moi dans ces lieux.

Dépouillant bientôt toute haine, Xous nous trouverons trop heureux Qu'elle veuille prendre la peine De nous bien tromper tous les deux.

Je vivrai dans cette espérance.

En attendant ces doux moments,

Pour charmer mon impatience,

Pour tromper l'amour et le temps,

Je bois et ris en assurance.

Je vois et j'entends Maillebois ^;

C'est pour galoper sur sa trace.

Pour le suivre depuis trois mois

Que j'ai déserté le Parnasse,

Et quitté mes auteurs de choix.

Tacite, Xénophon, Horace;

Mais je n'y perds rien cette fois ;

En génie, en talents, en grâce.

Il les égale, il les surpasse,

Et lui seul les vaut tous les trois.

Guidé par lui dans la carrière.

Je parcours ces champs du Hainaut,

Théâtre fameux de la guerre,

Où le sang humain à grand flot

Féconda si souvent la terre

Et rougit les bords de l'Escaut.

En m'instruisant dans l'art sublime

Où l'on admire les héros,

Je conviens qu'il fait bien des maux.

Et que la gloire est un grand crime;

Je la condamne dans mon cœur :

1. Yves-Marie Desmarets, comte de Maillebois, lieutenant général des armées du roi, sous lequel M. de Bonnard avait s.-ivi quelque temps. Le comte de Maillebois, né en 171$, mort le 14 décembre 1791, était fils du maréchal de Maillebois.

30 Chevalier de B onnard.

Mais malgré mon cœur je l'estime, Et brigue le fatal honneur D'être quelque jour sa victime.

Ainsi chez nous tout est erreur, Illusion, inconséquence.

L'éclat nous tient lieu du bonheur On ne sait jamais ce qu'on pense.

Louant et blâmant tour à tour, Nous n'agissons que par saillie.

La gloire et l'amour sont folie :

On aime la gloire et l'amour.

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