A MADAME D'ARTUS
J^n lut envoyant le volume intitulé : les Grâces
VOILA, Madame, les Grâces de la première édition qui valent bien celles de la seconde. Vous serez sûrement contente de la comédie de M. de Saint- Foix, et des jolis vers de M. le cardinal de Bernis et de M. Dorât. Je ne sais si vous le serez autant de la dissertation sur les Grâces. Ces deux mots sont, à ce qu'il me semble, étonnés de se trouver près l'un de l'autre :
C'est bien assez de les sentir.
Je suis toujours tenté de plaindre
Celui qui veut les définir ;
Il faut les aimer, les servir,
Les invoquer, et non les peindre.
JVIalheur cent fois à ce savant
Qui, dans ses pages éternelles,
Les analyse doctement !
Tout dissertateur est pédant
Et ne fut jamais connu d'elles.
ic6 Chevalier de Bonnard.
Oh ! combien j'en sais qui font peur A ces Grâces si fugitives, Si folâtres et si naïves, Qu'on attire par la douceur, Mais qu'on ne rend jamais captives !
Quand, pour les fixer sur leurs pas, Tant de belles de tous états Consument en vain leur adresse, Vous seule ici ne savez pas Qu'avec vous elles sont sans cesse ; Qu'on les voit dans vos jolis yeux Animer de leurs plus doux feux La négligence et la paresse ; Qu'elles sont dans vos airs boudeurs Et dans vos propos enchanteurs...
En les épiant sur vos traces, J'irai leur présenter des vœux. Mais que dis-je, hélas, malheureux !
Quand à trente ans on est goutteux.
Peut-on sacrifier aux Grâces ?
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