‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 61 sur 106 · L'HYMEN ET L'AMOUR · texte numérisé non relu

L'HYMEN ET L'AMOUR

A MADEMOISELLE DE G K O S li O I S Sur so>, mariage avec M. Terra, de Rosières

L'Hymen et l'Amour étoient frères.

Ce ne lut pas toujours un titre pour s'aimer :

Aussi ceux-là ne s'aimoient guères.

Sans cesse, pour se nuire, on les voyoit s'armer; C'étoit à chaque instant entre eux nouvelle guerre, Nouveaux procès, nouveaux débats :

Mais, hélas !

Hymen avoit beau dire, Hymen avoit beau taire, Dans tous ces démêlés Hymen ne briUoit pas. Amour lançoit sur lui, de ses mains toujours sûres, Des traits qui lui faisoient de profondes blessures. L'un pourtant jouissoit de la clarté des cieux.

irg Chevalier de Bonnard.

Et l'autre étoit privé de leur lumière pure; Mais, pour braver l'enfant maître de la nature, Pour esquiver ses coups, que servent deux bons yeux ?

Ils avoient chacun leur empire; Les sujets de l'Amour, dans le plus doux délire, Célébroient ses plaisirs et bénissoient ses lois. Les sujets de l'Hymen n'en savoient pas tant dire : De leur maître à toute heure ils faisoient la satire, Le nommoient leur tyran et trembloient à sa voix.

Ce dieu sur son rival faisoit mainte conquêie;

Mais ses notaires, ses contrats Asservissant une âme et ne la gagnant pas, A secouer le joug elle étoit toujours prête.

Lorsqu'on entroit dans ses Etats, En Vain exigeoit-il le vœu d'être fidèle : En disant oui tout haut, on disoit non tout bas. La révolte bientôt devint universelle.

Rien n'assouvit d'Amour la vaste ambition.

Hymen en tous lieux capitule; Tel qui lui garde encor quelque dévotion Est percé sans pitié des traits du ridicule; Bref, il ne lui resta d'autre bien que son nom. Que son nom... c'est bien peu Il'Amour est sans scrupule,

Le pauvre Hymen, trop maltraité, Alloit partout contant sa doléance :

Mais les rieurs, malgré son éloquence,

N'étoient jamais de son côté.

Enfin ne pouvant plus supporter sa misère,

Tremblant, espérant tour à tour, Au temple du Destin il se rendit un jour.

Ce maître des dieux mcMiie écouta sa prière,

Et dans son livre redouté Lui laissa voir ces mots qu'en grands traits de lumière

Avoit écrits la Vérité :

« Quand de l'Amour le plus aimable ouvrage Par lui-même à l'Hymen un jour sera remis, Quand on verra s'unir sous un si beau présage Deux noms chers à la France, aux vertus, à Thémis,

Hymen, Amour alors seront amis, »

Jeune Grosbois, vous remplissez l'oracle.

C'est aux beaux nœuds que vous formez Qu'étoit réservé ce miracle.

Je vois déjà les Ris et les Plaisirs charmés

Désertant Paphos et Cythère, Célébrer par leurs jeux une union si chère, Applaudir à l'Hymen qu'ils sont surpris d'aimer, • Et sur vos pas s'accoutumer A prendre ce dieu pour son frère.

Le bonheur les précède et se fixe vers vous; Il s'embellit de l'éclat qu'il vous donne ; Son doux feu brille aux yeux de votre époux, Et des plus belles fleurs tous deux il vous couronne.

Sur les bords de l'Ouche et du Doubs, Tous les cœurs vous suivoient,vous les enchaîniez tous,

Sans y prétendre et sans en être vaine : Ils vous suivront encore aux rives de la Semé;

C hev aller de Boniiard.

Ils vous suivroient de même en tout autre pays. L'art de plaire est en vous un secret de famille; Votre mère le sait et l'apprit à sa fille : Vos fils, instruits par vous, l'apprendront à leurs fils.

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