A MADAME PLANTA
JEUNE et belle Planta, nous vous rendons les armes ; Vous soumettez par les talents Celui qui résiste à vos charmes; Vous flattez à la fois l'esprit, l'âme et les sens. Que j'aime votre voix unie avec la h-re ! Je pleure et je gémis lorsque vous gémissez; Docile à vos accents, mon âme se déchire, Se calme, s'attendrit à vos sons nuancés ; Elle s'épanouit quand je vous vois sourire, Elle applaudit aux vers que vous embellissez. Je ne tenterai point de chanter votre empire, Ou'exprimeroient des vers trop foiblement tracés. Et d'ailleurs que peut-on vous dire, Pour jamais vous en dire assez?
A M. DE BEAUVERSEAU
En lui donnant du vin de Bourgogne
LE voilà, ce vin qui produit Tant d'effet sur nos pauvres têtes !
Des gens d'esprit il fait des bêtes, Des sots il fait des gens d'esprit.
Il charme la beauté sauvage ; Les plus sages, il les rend fous; Bois-en, Beauver, et Inontre-nous S'il pourroit d'un fou faire un sage.
A M. L'ABBE DE PIOLENCi
Quï avoit éci-it a l' autein' pour sa fête
DE votre saint je n'ai pas lu la vie; Mais sûrement il ne vous valoit pas.
Mon gros Bernard depuis quinze ans m'ennuie ; Je ne veux plus le fêter ici-bas.
Vous qui n'avez froc, ni cordon, ni haire, Aimable abbé, devenez mon patron.
Ai-je besoin d'un brevet du saint-père Pour révérer, pour chérir votre nom ?
Vous avez tout, puisque vous savez plaire.
I. C'est par erreur qu'on a imprime dans les éditions de Bonnard Vahhè de Piolène, il s'agit ici de l'abhé de Piolenc. L'abbé de Piolenc était le frère du marquis de Piolenc, comte de Montbel, dont la fille épousa Antoine-Atlianase Royer- Collard, frère du célèbre Royer-Collard. L'abbé et le marquis de Piolenc avaient l'habitude de passer l'hiver à Semur.
164 Chevalier de Bonnard.
Soyez mon saint, mais soyez-le longtemps; Et s'il le faut pour le bien de la chose, Mes petits-fils, à Rome, dans cent ans, Se chargeront de votre apothéose.