A M. LE MARQUIS DE PUYSEGUR
La veille de son départ de Strasbourg
NOUS t'aimons, et tu pars ! Ton ami, ta maîtresse Réclament tes derniers adieux.
A qui donneras-tu le moment qu'on te laisse? Pour accorder leurs droits, viens souper entre eux deux. Sur leurs fronts obscurcis viens lire leur tendresse; Et dût ton cœur, hélas ! y manquer chaque jour, Par des serments au moins viens tromper leur tristesse; Viens jurer que, malgré les honneurs et la cour, La beauté, les plaisirs, ta jeunesse et tes charmes, Tu n'oublîras jamais qu'en quittant ce séjour, A l'Amitié tu vis verser des larmes.
Et gémir tendrement l'Amour.
L'AMOUR ET L'AMITIEi
FILS des sens et tyran des cœurs, Tendre, brillant, vif et volage, Nourri de plaisirs et de pleurs L'Amour est le dieu du bel âge
L'Amitié paisible a son tour.
Ses fruits sont les fleurs de l'automne:
Son règne dure plus d'un jour,
Il promet moins qu'il ne nous donne.
Aux premiers rayons du printemps, On voit la rose purpurine Briller aux yeux quelques instants.
Puis se flétrir sur sa racine.