‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 65 sur 106 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

COMME un malheureux écuyer, Qui, sans argent et sans bagage, Cherche partout son chevalier Qu'un enchanteur a mis en cage, Chevauchant sur mon palefroi.

Mal en point, tout en désarroi, Ami, j'achève mon voyage, Regrettant ma maîtresse et toi, Tout le jour battu de l'orage, Le soir arrivant morfondu Dans une triste hôtellerie Où jamais on n'est attendu.

Où chacun gèle, jeûne et crie, Y soupant mal, partant matin.

Et, qui plus est, sur mon chemin Rencontrant parfois, dès l'aurore, Des ennuyeux pires encore Que les vents, le froid et la faim.

172 Chevalier de Bonnard.

Un pauvre diable, je l'avoue, Prendroit à moins un peu d'humeur; Mais qu'y faire ? le sort se joue Et de l'homme et du voyageur.

Sur la mer il est des tempêtes, Sur terre d'ennuyeux conteurs; Tous les jours ne sont pas des fêtes; Et l'infortune arme les cœurs.

Avec du temps et du courage, On touche au but de ses travau.x; On y jouit mieux d'un repos Oui nous a coûté davantage.

Auprès du feu, le verre en main, L'on raconte son odyssée :

Chacun nous écoute et nous plaint ; On rit de la peine passée.

On en jouit par la pensée, Et la comparant au présent.

Et son image retracée Ajoute au plaisir du moment.

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