‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 66 sur 106 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

ASTES bois, grottes antiques, Rochers prêts à tomber sur moi,

Aux amants mélancoliques Vous n'inspirez aucun effroi.

Je me livre, en vos ténèbres,

Au chagrin qui me poursuit ;

Je m'}' plais aux cris funèbres Des tristes oiseaux de la nuit.

Hélas ! depuis qu'une ingrate A trahi le plus tendre amour,

II n'est plus rien qui me flatte, Et je fuis la clarté du jour.

Je n'aime que la nuit sombre

Où je rêve à mon malheur;

Dans le silence et dans l'ombre.

Je jouis mieux de ma douleur.

174 Chevalier de Bonnard.

O toi que j'ai tant aimée, Songes-tu que je t'aime encor ?

( Et dans ton âme alarmée,

Ne sens-tu pas quelque remord ?

Viens avec moi, si tu m'aimes,

Habiter dans ces déserts;

Nous y vivrons pour nous-mêmes, Oubliés de tout l'univers.

Non : j'ai cessé de te plaire ;

C'est un crime, il faut m'en punir; Plaintif, errant, solitaire,

Loin de toi, je dois me bannir.

Reste, embellis par tes charmes Les lieux dont tu fais l'honneur.

Et ne viens pas voir mes larmes ;

Elles troubleroient ton bonheur.

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