ROMANCE
ASTES bois, grottes antiques, Rochers prêts à tomber sur moi,
Aux amants mélancoliques Vous n'inspirez aucun effroi.
Je me livre, en vos ténèbres,
Au chagrin qui me poursuit ;
Je m'}' plais aux cris funèbres Des tristes oiseaux de la nuit.
Hélas ! depuis qu'une ingrate A trahi le plus tendre amour,
II n'est plus rien qui me flatte, Et je fuis la clarté du jour.
Je n'aime que la nuit sombre
Où je rêve à mon malheur;
Dans le silence et dans l'ombre.
Je jouis mieux de ma douleur.
174 Chevalier de Bonnard.
O toi que j'ai tant aimée, Songes-tu que je t'aime encor ?
( Et dans ton âme alarmée,
Ne sens-tu pas quelque remord ?
Viens avec moi, si tu m'aimes,
Habiter dans ces déserts;
Nous y vivrons pour nous-mêmes, Oubliés de tout l'univers.
Non : j'ai cessé de te plaire ;
C'est un crime, il faut m'en punir; Plaintif, errant, solitaire,
Loin de toi, je dois me bannir.
Reste, embellis par tes charmes Les lieux dont tu fais l'honneur.
Et ne viens pas voir mes larmes ;
Elles troubleroient ton bonheur.