I. Aimanach des Muses, 1780, p. loi, sans nom d'auteur
Mais autrefois ! Dans le vieux temps, Les princesses étoient fidèles, Et les sièges duroient dix ans.
Les femmes, en ce siècle sage, Maîtrisant les événements Et mieux instruites par l'usage.
Perdront, s'il le faut, vingt amants, Mais ne perdront jamais courage.
D'après leurs sublimes leçons Qu'elles nous ont appris à suivre.
S'est formé l'art du savoir-vivre Dans le beau siècle oi!i nous vivons.
Cet art profond et nécessaire, O Zéphirine, c'est à toi.
Aux jolis tours que tu sais faire, A tes leçons que je le doi; Tes maximes ont su me plaire, Et ta conduite a fait ma loi.
L'exemple est si puissant sur moi !
J'étois... (j'en rougis quand j'y pense) J'étois un berger du Lignon, Aimant jusqu'à l'extravagance, Traitant la moindre liaison Comme une affaire d'importance.
Enfin ce qu'on appelle en France Un homme à grande passion.
Sur mon compte apprêtant à rire, Bien ridicule et bien dupé.
Souffrant chaque jour le martyre.
Et n'étant jamais détrompé.
14 Chevalier de Bonnard.
Je te vis; tu venois d'éclore
Pour le monde et pour les amours;
Plus fraîche qu'on ne peint l'Aurore,
Belle et brillante sans atours,
Tu me parus novice encore,
Ne voulant pas l'être toujours.
Soudain je désire et j'adore.
Taille de nymphe, dix-sept ans,
Grands yeux bien noirs, un air de fête^
Propos sans suite, mais charmants.
Tout cela me tourne la tête
Et porte le feu dans mes sens.
Tu distingues mon tendre hommage;
Mes désirs, mes transports brûlants
Passent dans ton sein; tu te rends;
L'Amour achève son ouvrage.
Ah ! Zéphirine, quels moments !
Quels effets sur moi dévoient faire
Ta piquante ingénuité,
Cet abandon de volupté
Oui me sembloit involontaire,
Et ta jeunesse et ta beauté,
Des caresses toujours actives,
Ces soupirs de feu, ces élans.
Et ces sensations si vives
Que je cro)-ois des sentiments !
J'étois enivré de ma flamme;
Je m'en pénétrois à loisir;
Et la vanité, dans mon âme,
Se glissoit avec le plaisir.
Mais l'ivresse ne dura guère;
Quand je croyois mieux te tenir, Tu m'échappas; je vis finir Mon beau triomphe imaginaire.
Chaque jour des amants nouveaux Te trouvoient charmante et crédule ; Hélas ! tu n'eus point de scrupule De les rendre tous mes égaux ; Et j'eus, comme autrefois Hercule, Des compagnons de mes travaux.
D'abord, en mon humeur altière, Indigné de voir mes rivaux Entrer ainsi dans la carrière, Sentant mes forces et mes droits, J'allois, sur ton humeur volage, Crier, menacer, faire rage; Mais je raisonnai cette fois :
Raisonner, c'est presque être sage.
« Modérons les transports fougueux Que mon cœur jaloux fait paroîtrq, Me dis-je, et, si je fus heureux, N'empêchons personne de l'être.
Ah ! n'enchaînons point la beauté; Aimons et jouissons par elle; Mais respectons sa liberté:
Il faut qu'elle soit infidèle Pour répandre la volupté.
Satisfaits de ce qu'elle donne, Recevons ses bienfaits si doux.
Comme le jour qui luit pour tous,
Chevalier de Bonnard.
Sans appartenir à personne. » Depuis l'instant qui m'a changé, De ma gothique frénésie, Grâce à tes soins, bien corrigé, Sans humeur et sans jalousie, Jugeant de tout d'après tes lois.
Je n'ai vu dans tes goûts rapides, Dans le caprice de tes choix.
Que l'amour des plaisirs solides.
J'ai dit : « Cette femme ira loin Quelque jour en philosophie.
Puisque, sans avoir eu besoin D'aucune étude réfléchie.
Sentant les erreurs de Platon, Et voyant l'amour comme un sage, Par un pur instinct de raison.
Elle est de l'avis, à son âge, De Lucrèce et du grand Buffon. »
Ah ! que Paris soit ton théâtre !
Là, ton sexe aimable, enchanteur, Trompé tour à tour et trompeur.
Donnant des lois qu'on idolâtre.
Charme l'esprit plus que le cœur.
Là, plus d'une belle volage En sait peut-être autant que toi Sur l'amour et sur son usage ; Mais je jurerois bien, ma foi.
Que nulle n'en sait davantage.
Adieu donc, puisqu'il faut partir.
Je cours, en toute diligence,
Poésies diverses. ij
Dans la capitale de France Achever de me convertir.
Toi, pendant ce temps, sacrifie Plus d'une hécatombe à l'amour; Que sur ta douce fantaisie Chacun ait des droits à son tour !
Après cinq ou six mois d'absence.
Je puis sans doute me flatter Que tu voudras bien me traiter Comme nouvelle connoissance.
EPITRE