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LE PRINTEMPS

Idylle.

QUE le printemps est beau ! Tout rit dans la nature. Nos prés sont verts, nos bois ont repris leur parure ; Les ruisseaux ranimés, sur un gravier d'argent,

Promènent d'un pas diligent

Une onde claire qui murmure.

Les oiseaux amoureux sous les rameaux fleuris. Célébrant à Tenvi de petits mariages, Font parler de leur mieux, dans leurs tendres ramages, Les feux dont Tun pour l'autre ils ont le cœur épris.

Amintas, que Tamour dévore.

Ne pouvant fermer l'œil, abandonne le lit; Il sort comme en délire et court au lieu prescrit

Attendre Chloris qu'il adore;

Le jour ne paroît point encore :

Mille soupçons jaloux agitent son esprit.

Du paresseux Tithon l'épouse matinale S'arrête en le voyant et le prend pour Céphale.

La beauté du berger la charme et Téblouit; Mais découvrant Terreur dont son âme jouit, La honte peint son front des couleurs de l'opale. Et bientôt les regrets la rendent triste et pâle; Dans les airs blanchissants elle s'évanouit

Mille frileuses hirondelles,

Traversant les mers à la fois.

Ramènent Zéphire avec elles

Et se reposent sur nos toits ;

Se becquetant, battant des ailes, Volant et revolant, se suivant tour à tour,

Leur caquet enjoué réveille

La jeune Chloris qui sommeille.

Et l'avertit d'aller où l'attend son amour.

Le soleil caresse la terre.

Il la console de la guerre D'un long hiver armé de frimas, de glaçons, La terre rajeunie ouvre son sein fertile .

Aux doux écoulements de célestes rayons,

Et Flore, à leurs ordres docile.

S'apprête avec Pomone à répandre ses dons.

Nos brigantins et nos frégates

Fendent le liquide élément

Et ne craignent que les pirates.

Garantis de l'efiroi de la mer et du vent.

Les poissons, sous un mur de glace.

Depuis trop longtemps retenus.

Dans leur froide prison ne se captivent plus. Thétis les voit bondir sur sa verte surface.

L'Amour, que nul effort n'a jamais arrêté.

Prend son vol et se glisse avec agilité

44 Desforges'Maillard,

Dans leurs demeures transparentes.

Ses flammes dans Teau pétillantes

En pénétrent l'humidité.

Et leurs écailles palpitantes Expriment les accès, coup sur coup répétés, Du plaisir dont ils sont doucement tourmentés.

Le beau Mirtil sous la feuillée Danse au clair de la lune au son du flageolet, Avec la blonde Iris lestement habillée.

Il voudroit dans un coin secret

L'entretenir de son martyre :

Il a cent choses à lui dire.

Mais Corisque et Daphné, d'un regard inquiet.

Semblent les observer sans cesse.

Victimes du respect humain, Mirtil lui dit tout bas, en lui serrant la main : Adieu, Tunique objet de ma vive tendresse.

Trompons des yeux malins la curieuse adresse :

Nous nous retrouverons demain.

Jours charmants, saison fortunée.

Que vos beautés auroient d'appas

Si, quand vous revenez, vous ne nous disiez pas Qu'en nous vieillissant d'une année

Vous nous faites marcher vers la nuit du trépas !

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