‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 20 sur 83 · A MADAME DESHOULIÈRES · texte numérisé non relu

A MADAME DESHOULIÈRES

ÉLAS ! constantes tourterelles, Que vos caresses et vos jeux Ont des attraits touchants pour un cœur amoureux ! Redoublez s'il se peut vos flammes mutuelles; Pâmez-vous, languissez, mourez dans les plaisirs.

Ah I j'entends vos petits soupirs, De vos transports secrets interprètes fidèles. Vives affections ! naïfs trémoussements !

Mais qu'aperçois-je, ô ciel ! dans les ravissements

Vous vous enivrez sans mesure ; Vos becs entrelacés, qui font un doux murmure. Humectent la chaleur de vos embrassements I Ah ! je me meurs moi-même. Eh I que sens-je ? Mon âme Cède au tendre brasier qui me brûle au dedans. Errante sur ma lèvre, elle est toute de flamme.

46 Desforges'Maillard,

Profitez de la yie, heureux couple d'amants , Jouissez d'un bonheur dont la source est si pure. L'instinct que vous donna la prudente nature

Vaut mieux que tous nos sentiments.

Sans vous embarrasser dans d'inutiles peines»

Le sang qui coule dans vos veines Vous instruit cent fois mieux que tout l'art des romans. Plus votre ardeur vieillit, plus vous la trouvez belle; Malgré l'effort des ans vos cœurs sont enflammés,

Et pour une autre tourterelle Vous ne quittez jamais celle que vous aimez.

Si les amants et les amantes Avoient pour s'envoler des ailes comme vous,

On verroit encor parmi nous

Plus d'inconstants et d'inconstantes.

C'est vous que l'on doit appeler

De vrais modèles de tendresse.

Vous avez seulement des ailes pour voler Après le cher objet qui vous charme sans cesse.

Dans votre commerce amoureux

La défiante jalousie Ne répandit jamais le poison dangereux

Qui parmi nous brise les nœuds

De l'amitié la plus unie.

Si vous paroissez quelquefois

Disputer et hausser la voix, Je n'y découvre rien que la louable envie

De deux amants ambitieux

Du prix de s'entr'aimer le mieux ; Et de pareils débats toute aigreur est bannie.

Vous fréquentez les mêmes lieux,

Vous ne cherchez jamais une autre compagnie;

Vous buvez au même ruisseau; Vous vous perchez toujours sur le même rameau.

Quand vos paupières sont forcées De céder aux pavots que le sommeil répand, Vous craignez de vous perdre, et vos plumes pressées

Paroissent être entrelacées^

Que votre langage est charmant !

Qu'il a je ne sais quoi d'aimable et de gadaait I Que vos accents plaintife sont poussés d'un air tendre!

Ce n'est qu'aux cœurs comme le mien

Que Vénus a permis d'entendre

Et de goûter votre entretien.

Depuis le lever de l'aurore, Vous savez vous donner, jusques à son retour,

Différentes marques d'amour.

Recommencez vos jeux, recommencez encore.

Hôtes légers des bois ; il n'est rien sous les cieux Qui puisse tant flatter et mon cœur et mes yeux.

Mais si le berger que j'adore N'avoit plus aujourd'hui pour moi le même cœur,

Si l'amour avoit fait éclore Dans son âme changée une nouvelle ardeur;

Tourments affreux I douleurs cruelles !

Soupçons persuasifs ! doutes impérieux I Cessez, hélas I cessez, constantes tourterelles : N'ofirez pas désormais ces plaisirs à mes yeux, S'ils leur doivent coûter des larmes étemelles.

Du beau sexe françois, toi, la gloire et l'honneur! Deshoulières, dont le génie

48 Desforges-Maillard.

Sut chanter des amants la douce maladie.

Et des héros guerriers célébrer la valeur; Du.Pinde, où tu jouis d'une meilleure rie.

Regarde ici-bas, et reçois

L'Idjlle que je te dédie :

Cest à ton goût que je la dois.

Si je puis aujourd'hui mériter ton suffinge, Phébus et les neuf sœurs, s'unissant avec toi,

Avoueront ce galant ouvrage.

LES HIRONDELLES /dylU.

)AHE LA COMTESSE DE VEBTEILLAC

V OS petits becs, hirondelles badines, Donnent à ma fenêtre en vain de petits coups. Vous croyez m'éveiller, moi qui dors moins que vous. Mais vous allez partir, aimables pèlerines.

Hélas I votre départ annonce à nos climats I^ retour des glaçons, des vents et des frimas.

Quand on aime, dort-on? Non, non : j'en interroge

Tout ce qu'Amour peut blesser de ses traits. Dans le cceur, dans les yeux, ce dieu subtil se loge, Et, quelque part qu'il aille, il en bannit la paix. Ab I que j'aime h vous voir, l'une à l'autre fidèles, Vous donnant en partant cent baisers savoureux, Et d'un léger battement d'ailes

50 Desforges" Maillard.

Exprimer à Tenvi les ardeurs mutuelles

Qui brûlent vos cœurs amoureux.

Raison vainement attentive, Pourquoi viens-tu mêler aux plus charmants plaisirs De tes fâcheux conseils Tamertume tardive ?

Nous suivons malgré toi la pente des désirs Où nous porte en naissant l'humeur qui nous domine, Et ta triste lueur, cette lueur divine,

N'éclaire que nos repentirs.

Habitantes des airs, hirondelles légères,

Qu'à bon droit les mortels devraient être jaloux

De l'instinct qui vous rend plus heureuses que nous I

Du déchirant remords les blessures amères.

Du scrupule inquiet les frayeurs populaires.

Les soupçons délicats, les volages dégoûts,

Ne corrompent jamais vos unions sincères :

Ce n'est pas l'or qui joint l'épouse avec l'époux.

De ces parents atrabilaires.

Par caprice à nos vœux le plus souvent contraires.

Vous ne craignez point le courroux. L'Amour seul, dont les lois ne sont pas mercenaires,

Préside à vos tendres mystères.

C'est le cœur qu'il consulte en agissant sur vous;

Et vos nœuds, toujours volontaires, Forment l'enchaînement d'un sort tranquille et doux.

Aux yeux de son amant l'hirondelle à tout âge A de jeunes beautés et des appas flatteurs.

La vieillesse, sur nous déployant ses rigueurs.

Trop fortunés oiseaux, ne vous fait point d'outrage; Ses doigts lourds et glacés sur votre beau plumage Ne viennent point coucher d'odieuses couleurs.

Sexe infortuné que nous sommes , Quatre lustres complets sont à peine écoulés,

Que le caprice ingrat des hommes Croit les jeux et les ris loin de nous envolés.

A trente ans on est surannée ;

 quarante il devient honteux

De penser qu'une âme bien née Puisse encor de l'amour sentir les moindres feux.

Cependant cet amour peureux,

Qui veut et ne peut point éclore,

£n est toujours plus allumé.

Un brasier trop longtemps sous la cendre enfermé

Soi-même à la fin se dévore; Et c'est ainsi qu'un cœur en secret enflammé, Après avoir langui, meurt en vain consumé, lyun désordre pareil la nature affligée Murmure avec l'amour de se voir négligée. Et qu'un honneur, fondé sur de bizarres lois, Retranche impunément la moitié de ses droits.

Inflexible raison qui nous tiens dans la gêne. Faite pour les humains, tu parois inhumaine; Nos cœurs, tyrannisés par tes réflexions.

Ne font qu'aller de peine en peine.

Gouverne, j'y consens, les autres passions; Tu peux les opprimer sous ta loi la plus dure,

Semblable à l'horrible vautour Qui ronge Prométhée et la nuit et le jour.

52 Desforges -^Maillard,

Mais laisse au moins à la nature A régler celle de Famour.

Cherchez un autre ciel, aimables hirondelles. Où le soleil, chassant de paresseux hivers, Entretienne en vos cœurs des chaleurs étemelles.

Hélas I que n'ai-je aussi des ailes

Pour vous suivre au milieu des airs I Puissiez-vous sans péril passer les vastes mers I

Puisse Éole, à votre passage, Ainsi qu'aux jours heureux où s'endort l'alcyon. Dans ses antres profonds emprisonner la rage

Des enfants du septentrion I Mais si, malgré mes vœux, les efforts de l'orage,

Dans les flots contre vous armés.

Vous ouvroîent un tombeau, vous auriez l'avantage

D'embrasser, en faisant naufrage.

L'hirondelle que vous aimez.

Le plus charmant mortel qui fut jamais au monde.

Et dont j'adore les liens,

Le beau Cidamis est sur l'onde :

En exposant ses jours il a risqué les miens.

Si sur ces plaines inconstantes Vous voyez le vaisseau qui porte mon amant.

Allez sur ses voiles flottantes

Prendre haleine au moins un moment.

3i par vous, chères confidentes.

Le secours de nia voix pouvoit être emprunté, Vous lui raconteriez les peines que j'endure';

Vous lui feriez une peinture

De mon esprit inquiété.

Vous diriez qu'auasitOt qu'un vaisseau nous arrive.

Je vais d'un pas précipité De mon cher Cid amis m' informer sur la rive. Le cœur entre la crainte et l'espoir agité ;

Que vers l'élément redouté

Je tourne incessamment la vue; Que pour peu qu'à mes yeux l'onde paroisse émue

Je suis prête à mourir d'effroi ; Qu'il peut par son retour terminer mon supplice,

Et qu'en attendant son Ulysse Pénélope jamais ne souffrit tant que moi.

Aimable Verteillac, mes tendres hirondeHes, A vos pieds ep tremblant apportent leurs soupirs ; Pour un fidèle époux aussi sensible qu'elles Votre cceur plus constant n'a point d'autres désirs. C'est en vain que j'ai vu cette Idylle applaudie;

En vain de célèbres auteurs Vantent de mon pinceau les naïves couleurs.

Si votre délicat génie

Ne joint pas son suflhige aux leurs.

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