‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 23 sur 83 · LE PARNASSE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LE PARNASSE FRANÇOIS

Ode,

A MONSIEUR TITON DU TILLET

ARCHITECTE fameux, dont la savante main Élève un monument en l'honneur de la France; La majesté pompeuse et Texquise élégance, Se prêtant à l'effort de ton art souverain, Ont poli la matière et réglé Tordonnance De ton édifice divin.

Sans avoir épuisé les deux bords de THydaspe, Ton adresse a charmé notre goût et nos yeux;

Et ton ouvrage précieux Ternit l'éclat divers du porphyre et du jaspe.

I. Le Parnasse français élevé en bronze, à la gloire de la France, de Louis le Grand, et des illustres poètes et fameux musiciens français, dédié au roi, par M. Titon du Tillet, nuâtre d'hôtel de feu M™* la Daupbine, mère du roi, ancien capitaine d'infanterie et de dragons, commissaire pro-

62 DesforgêS'Maillard,

Ce monument transmis à la postérité.

Des temps impétueux bravera les outrages;

De la flamme et du vent il sera respecté;

Et jusqu'aux derniers jours qu'auront les derniers âges.

Ton nom victorieux sera partout vanté.

Jupiter môme en vain voudroit réduire en poudre Ces coteaux triomphants des rigueurs des hivers; Les durables lauriers dont tu les as couverts. Les garantiront de la foudre.

L'ingénieuse Antiquité Fit passer jusqu'à nous, d'un Parnasse inventé, L'image ambitieuse en son cerveau tracée.

Titon, par un secret qu'on n'avoit point tenté,

Sait faire à la Fable éclipsée

Succéder la réalité.

Les habitants du Pinde écartent l'ombre noire.

Qui des terrestres demi-dieux Tâche à couvrir les noms d'un voile injurieux ; Et des dents de l'Envie arrachant leur mémoire.

Leur ouvrent la porte des cieux.

YincUl des guerres; des académies des jeux floraux de Toulouse, d'Angers, de Marseille, de la Rochelle, de Bordeaux, de Lyon, de Caen, de Rouen, de Montauban, et de celles délia Crusca et degli Arcadi. M. Titon, qui a £ût exécuter ce bel ouvrage à %tè dépens, en a donné la description en un volume in*folio d'environ i,ooo pages, >mé de plusieurs vignettes et estampes, qui contient l'histoire des poètes et des musiciens français, avec des remarques sur la poésie et la mu^ sique, et sur l'origine et le progrès des spectacles en France.

Titon, quel honneur doit donc suivre

Tes incomparables travaux ?

Tu redonnes la vie à ceux qui font revivre Les humains qui, bravant les dangers et les maux,

Ont eu la valeur pour égide,

Et que le mérite solide

Donne aux dieux mêmes pour rivaux.

Mais quel charmant spectacle est offert à ma vue ! Un groupe incrusté d'or se forme d'une nue, Des cygnes argentés fenlevant dans les airs,

Vj font un trône de leurs ailes ; Le ciel, la terre en feu répètent leurs concerts. Tout s'anime aux doux sons de leurs voix immortelles ;

J'entends des instruments divers.

Je vois la musique et les vers S'accorder à l'envi pour célébrer ta gloire; Et du brillant sommet du Temple de Mémoire, La répandre aux deux bouts de ce vaste univers.

Le puissant protecteur des Boileaux, des Corneilles, Du fils du grand Henri le vaillant rejeton.

Qui, toujours attentif aux savantes merveilles. Anima les auteurs, récompensa leurs veilles , De ton Parnasse est l'Apollon.

Son r03ral héritier, ni moins grand ni moins bon, Formé du même sang, suit son auguste trace ; A peine a-t-il parlé, que le cruel démon.

Dont le sceptre de fer épouvante la Thrace, Baisse, épris de respect, son sanglant pavillon.

64 DesforgeS'Maillard.

Je vois de fiers géants que sa force terrasse, Et le vice insolent, à ses pieds abattu.

Implorer, plein d'effroi, la modeste vertu.

Sous son règne fécond les beaux-arts fructifient; A défricher leur champ lui-même il prend plaisir,

Tous les savants s'en glorifient.

Le ciel en le créant couronna leur désir :

Il est Thonneur, l'exemple et Tamour de la terre ; Les peuples différents que son contour enserre, Sont jaloux du bonheur qu'on goûte en nos climats.

Minerve est son fidèle guide.

Et portant son grand nom gravé sur son égide.

L'annonce en précédant ses pas.

Du cœur de ses sujets il a fait la conquête.

Travaillez, des neuf sœurs diligents nourrissons. Célébrez ses vertus; sa main est toute prête A répandre sur vous la douceur de ses dons.

Croissez sur la double colline, Jeunes et tendres arbrisseaux :

Le fleuve se déborde, et sa source divine.

Qui fait reverdir vos rameaux.

Vous inonde déjà du trésor de ses eaux.

Ah ! ciel ! si tu daignois seconder mon envie , On verroit se mêler le feu, l'air et les flots. Et tomber avec eux la terre ensevelie

Dans les entrailles du chaos, Avant que le ciseau de l'afireuse Atropos

Coupât la trame de sa vie.

Mais si rinclémence du sort S'attache obstinément à briser la barrière Que notre juste zèle oppose à son effort, Dieux I permettez qu'avant de perdre la lumière Il fournisse deux fois Téclatante carrière De ce roi conquérant ^ dont la rapidité Surprit dans ses marais le Batave indompté ; Qui pouvoit dominer du couchant à Taurore, S'il n'eût enfin lui-même arrêté ses progrès,

£t que nous pleurerions encore, Si de son successeur, que l'univers adore, Les talents infinis n'étouffoient nos regrets.

Alors, malgré la Parque, au temple de Mémoire,

Entre les bras de la Victoire, Près de son bisîûeul notre roi volera; Assis au même rang, sur ce mont il verra Ce Valois renommé *, qui, chassant de la France

L'orgueilleuse et folle ignorance.

Fut le père et l'appui des arts qu'il illustra,

£t qu'excita la récompense.

Que ne peux-tu, Titon, vivre encor jusque-là !

Sur ton magnifique Parnasse, Tu lui décernerois, de cette insigne place.

L'honneur dont l'équité par ta voix l'assura.

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