REFLEXIONS MORALES
A certains jours prescrits, les chrétiens fastueux Circulent effarés dans les saiats tabernacles. Ils s'y presseroient moins si l'on exîgeott d'eux Une somme en entrant comme on fait aux spectacles.
Je connois dans la rue un guerrier, un prélat. Un juge, un financier; chacun dans son état A sa marque, à son air, aussitôt se devine; Mab je ne connois pas l'honnête homme à la mine.
Un libertin d'abord se reproche ses goûts.
Il voudroit se cacher ses défauts à lui-même Mais sans crainte bientôt il les suit, il les aime, Et trouve à s'en vanter son attrait le plus doux.
Humains qui languissez et dont l'espoir réclame Des charlatans divers les stériles efforts, Pour avoir la santé du corps, Tâchez d'avoir celle de l'âme.
Que fait, loin du tracas mondain, La dévote tapie en sa retraite obscure ?
Il suffit qu'elle voie un instant le prochain. Pour trouver tout le jour matière à sa censure.
Vous qui pour de faux biens poussez de longs soupirs, Mortels ambitieux, écoutez la Sagesse :
« C'est, dit-elle, augmenter sûrement sa richesse. Que retrancher de ses désirs. »
174 Dûs forges-Maillard.
On ne se choisit point celui dont on doit naître, Tout le monde n'a pas de l'esprit et du bien^ Mais chacun a le pouvoir d'être.
Dans son état homme de bien.
D'un air gai tous les jours on assiste au convoi D'un parent ou de tel qu'on nommoit ami même;
C'est qu'on ment quand on dit qu'on aime ,
Et que chacun n'aime que soi.
Quelle étrange bizarrerie Que parmi les mortels qu'on nomme beaux esprits, On en trouve si peu dont l'âme soit nourrie Des bonnes qualités que vantent leurs écrits !
On a beau se piquer de savoir, de génie.
D'esprit fort dont l'efiroi ne sauroit approcher ; Chacun à dans son cœur son foible et sa manie Le plus sage est celui qui sait mieux les cacher.
Personne n'est en tout satisfeit de son sort ;
Chacun sur quelque point le chicane et murmure : Chez les uns la fortune a tort ^ Chez les autres c'est la nature.
Douze lustres complets veulent encor dix ans;
On croit qu'après ces dix vingt autres doivent suivre.
C'est ainsi que la soif de vivre, Loin de se ralentir, s'accroît avec le temps.