‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 69 sur 83 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Otez la vanité du monde, Les hommes deviendront égaux.

En sa place mettez la charité féconde, Elle unira nos cœurs et finira nos maux.

Une femme témoigne une douleur amère Pour un chat qu'elle perd, un homme pour un chien, Quand des hommes comme eux implorant leur soutien. Faute d'être assistés, meurent dans la misère.

176 Desfor ges'Maillard,

La Sagesse chérit la médiocrité,

A d'utiles travaux noblement asservie. L'abondance et l'oisiveté Sont les deux pestes de la vie.

Une mauvaise plante, en changeant de terrain, Rarement en devient meilleure; Ainsi, vicieux ou malsain,

Rarement vaut-on mieux en changeant de demeure.

De tous les animaux qui vivent sous les cieux, De Rome aux froids climats où le castor se niche, Le plus sot animal à mon sens, c'est un riche Ignorant et présomptueux.

La force dans le monde établit la puissance ; L'amour-propre prit soin de former la beauté, Le rapace intérêt produisit l'opulence.

Leur mélange enfanta la folle vanité.

Une amitié de gendre est un soleil d'hiver >

Une amitié de femme une chaleur d'orage,

Une amitié d'en^t un fruit moins doux qu'amer.

L'amitié n'est ailleurs qu'un vain nom, qu'un langage.

Celui qui sait beaucoup pense n'ignorer rien. Celui qui sait un peu croit être fort habile. Qu'un ignorant se juge ignorant, je soutien Que cet homme à trouver est le plus difficile.

Une femme d'esprit est galante ou sévère, Elle abonde en détours, en contrariétés ; Une sotte dégoûte. Ami, tu ne peux guère Te fixer toutefois qu'à ces extrémités.

Chassez en vous couchant toute idée ennemie De la tranquillité dont le doux calme endort. Ménagez le sommeil; s'il ressemble à la mort. L'image de la mort ressuscite la vie:

la

178 DesforgeS' Maillard.

Aux avares jamais ne faites aucun bien ; Fuyez même leur connoissance.

Tout ce qu'ils reçoivent n'est rien, Le peu qu'ils donnent est immense.

Qu'est-ce qu'un philosophe? Un mortel entêté, Qu'un douteux crépuscule éclaire, Enveloppé dans la chimère D'une orgueilleuse humilité.

Le commun intérêt peupla d'abord les villes De citoyens qu'entre eux il prit soin de lier; Mais, dès que de commun il fut particulier, Sa main, qui les unit, brisa leurs nœuds fragiles.

Pendant que le héros a&onte le trépas, Le nouvelliste oisif s'entretient de la guerre, Et croit contribuer au destin de la terre.

Autant par ses discours que l'autre par son bras.

Poésies diverses, lyg

Capitaine, soldat, recherchent comme un bien, Les vains lauriers que Mars promet à leur furie, Otez rillusion, ils n'y verront plus rien Qu'une inhumaine boucherie.

Quand votre ami vous loue, il faut que ses paroles Soient sans fard, sans apprêt, comme la vérité. Mais s'il prend avec vous le ton des hyperboles, Défiez-vous alors de sa sincérité.

Cet homme, dira-t-on, porte dans sa figure L'air de condition. Ah I que nous sommes fous 1 L'air de condition I Qu'est-ce, chez presque tous. Qu'un air un peu plus fat que l'air de la roture ?

Nous sommes, vis-à-vis des grands.

De faibles et de petits hommes.

Et, vis-à-vis des rois puissants.

Eux-mêmes sont ce que nous sommes.

i8q Desfor ges'Maillard.

Dans Fétat de garçon il &ut passer son temps, Quand on ne se sent pas propre à la patience. Le mariage est bon pour faire pénitence Des péchés de ses jeunes ans.

Un gentilhomme enflé de son illustre nom,

Ni magistrat, ni militaire.

Sans étude, sans mœurs, oisif dans sa maison. Vaut moins que son valet qui Eût ce qu'il doit £ûre

Uanimal dans les bois, où son instinct l'écIaire, D'un animal pareil n'est vassal, ni sujet.

Je ris que parmi nous, issus du même père.

L'un doive être le maître et l'autre le valet.

Un Êiux savant s'entête et ne prend pour son guide Que la présomption, constante à le flatter.

Il prétend tout savoir, en tout genre il décide; Mais un vrai savant sait douter.

Poésies diverses, i8i

J'ai vu les grands emplois possédés par des hommes; Je les vois aujourd'hui donner à des enfants. Mais, hélas ! à tout âge à présent nous le sommes , Et nous n'acquérons plus, à vieillir, que des ans.

Un abbé freluquet qu'on Eût, pour commencer

Chanoine d'une cathédrale, Croit bientôt être évêque, et de là s'avancer. S'il fait toujours bon vent, vers la chaire papale.

Le jour que deux époux se sont donné la main,

C'est le bal et la comédie;

Mais souvent, dès le lendemain, L'éternelle discorde ouvre la tragédie.

On veut dans sa maîtresse un éclat de beauté ; Tout, jusqu'à son caprice, a droit de plaire en elle. On veut, pour l'épouser, que plus sage que belle, Elle ait moins de brillant que de solidité.

Deiforget-Maillard.

Les grands biens ne sont pas ce que mon cceur souhaite. Mais je crains le besoin et ses tristes rigueurs. Trop d'abondance ou de disette Nuisent souvent aux bonnes mœurs.

Cesseï, fantAmes vains, de tous approprier Une distinctioD à vos ancêtres due.

La vertu, dit l'honneur, seule est noble à ma vue, Et le seul vice est roturier.

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