‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 70 sur 83 · LE SINGE ET LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LE MIROIR

Fable,

UN singe ayant trouvé sous sa patte un miroir, Ce fanfaron, que la nature Fit assez curieux, s'arrêta pour y voir Comment il avoit la figure.

Mais en voyant son mufle noir, Son front ridé, sa mine grimacière, Ses petits yeux et son menton pointu, Enfin tout son individu, Aussitôt bouillant de colère :

« Qui m'empêche, insolent, dit-il.

De te mettre en cent et cent pièces? C'est à quelque vivant, novice et moins subtil,

Aux badauds des autres espèces Que tu peux t'adresser et leur jouer des pièces. Mais à moi I ventrebleu !... — Seigneur Bertrand, tout beau ! Dit le miroir d'un ton tranquille, Ne vous échauffez pas la bile

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Et ménagez votre petit cerveau.

Je ne suis point flatteur, ami^ je représente

Les choses tout au naturel,

Qu'on s^en fâche ou qu'on s'en contente.

Si vous étiez gentil, chez moi vous seriez tel.

Que cet épagneul, par exemple, Plus aimable que vous et de mine et d'humeur.

Dans ma glace un peu se contemple.

Il dira si je suis menteur.

Il s'y verra coiffé d'une paire charmante

D'oreilles faites au pinceau, Et vêtu , sans parler de son joli museau , D'une robe de soie avec grâce flottante.

Mais enfin je ne puis, dussiez- vous me briser,

Faire un Adonis d'un Thersite.

Sur un mérite en l'air on aims à s'abuser, Et nul n'en croit avoir une dose petite; Mais qui veut qu'on le flatte avec grand soin m'évite. »

Ainsi, sous diverses couleurs.

L'ingénieuse comédie ^

Sans affectation copie De l'homme en général les défauts et les mœurs. Son sel réjouissant, sa morale ingénue Plaît à l'esprit, l'émeut, l'instruit à chaque trait,

Et, sans qu'elle ait personne en vue.

Chacun y trouve son portrait.

UALOUETTE DEVENUE VEUVE

Fable.

NE alouette aimable, jeune et sage, Et veuve depuis quelques jours, Vivoit loin du tumulte et du bruit du bocage, Quand un oiseau fringant, dans son tendre ramage,

Vint lui parler de ses amours.

L'objet en étoit pur :. c'étoit du mariage.

« Votre chant, lui dit-elle, *est doux. et gracieux;

Vous êtes joli de corsage ;

Mais laissez-moi dans mon veuvage :

Pour une autre gardez vos sons mélodieux.

J'ai pu perdre une fois ma liberté chérie.

Ou pour suivre l'exemple, ou par une autre envie; Mais puisque je retrouve un bien si précieux.

C'est pour le reste de ma vie. »

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