‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 76 sur 83 · LA QUEUE DU CHEVAL · texte numérisé non relu

LA QUEUE DU CHEVAL

Fable.

DANS la saison où la neige fondue Change en bourbiers profonds et dangereux Sentiers, chemins, un procureur d'Évreux, Friand d'écus, la volonté tendue Vers l'intérêt, le plus grand de ses dieux, Alloit songeant d'exploits litigieux.

Chemin faisant, son chétif quadrupède, A l'étourdie, avec lui dans un creux S'alla jeter; de façon que tous deux.

Pour en sortir, ne voyoient nul remède.

Un manant passe. « Hélas I dit-il, à l'aide 1 Si du prochain tu prends quelque souci , De par saint Yve, arrache-moi d'ici I »

Le villageois, sensible à sa misère.

Pour mieux agir, se met à la légère.

Prend par la queue et tire avec effort Le Rossinante (il avoit bonne serre).

^ Desforgts-Maillard.

Il tira donc; bref, il tira si fort

Qu'à quatre pas il culbuta par terre.

Et que la queue à la main lui resta.

Par la douleur la mazette excitée.

Se travaillant, hors du bourbier sauta.

Le procureur, la voyant écourtée,

Dit qu'il étoit un lourdaud, un brutal.

Et le somma de payer son cheval.

Le paya-t-il ? Je n'ai point su la chose.

Mais je sais bien que souvent on s'e:ipose

Au repentir quand on ne connott pas

Les gens qu'on sert. Le monde est plein d'ingrats.

Page 1