‹ Poésies diverses de Gilbert avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 32 sur 51 · LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LE PRINTEMPS

SUR un vieux char de fer, traîné par les orages, L'hiver, ce noir géant, compagnon des ravages. Fuit avec les frimas et l'ennui, ses enfants. Aux accords enchanteurs des oiseaux triomphants. Foulant d'un pied léger la naissante verdure. Le Printemps, au milieu d'une foule d'Amours, Des zéphyrs précédé, suivi par les beaux jours. Arrive, et d'un coup d'œil embellit la nature.

L'arbre, qui n'étoit plus qu'un cadavre séché. Est étonné des fleurs qui brillent sur sa tête ; £t le fleuve, tantôt sous les glaces caché, Tantôt rapide, impur, battu par la tempête.

Se promène, orgueilleux du calme de ses eaux : £t vous, longtemps muets, vous murmurez, ruisseaux ;

I. Une des pièces de la première édition du Début poétiqne qui ne reparurent point dans la seconde.

I20 Poésies de .Gilbert.

Vous admirez déjà les fleuiis les plus superbes

Se disputer rhonrieur de parfumer vos bords :

Et vous, Amour ! et vous, tout ressent vos transports

Le zéphyr caressant courbe en onde les herbes.

Et Toiseau tout de feu, d'arbre en arbre élancé.

Poursuit, atteint, saisit, relâche sa femelle.

L'attrape de nouveau, Tagace, bat de l'aile.

Et sous un sein brûlant tenant son corps pressé.

En jouit, et s'envole en chantant avec elle.

La fleur même en nos prés penche amoureusement

Sur sa voisine obéissante.

Sa tête d'or, d'azur et de pourpre éclatante. Et la baise cent fois par un doux mouvement.

Le ris de la nature est sur toutes les lèvres : Voyez-vous ces brebis, ces génisses, ces chèvre», Bondir sur la campagne, et, pleines de désirs. Appeler leur époux aux amoureux plaisirs.

Tandis que sous un arbre, auprès de son amante. Le berger les lui montre, et lui dit en pleurant : « Toi seule es insensible au feu qui me tourmente. » La bergère rougit, et baisse en soupirant Ses yeux chargés de pleurs où se peint sa défaite. Jouis, heureux berger, tes vœux sont couronnés ; Vainqueur de ta bergère, allons, sur ta musette Célèbre les plaisirs que l'amour t'a donnés ; Accompagne ma voix... Hélas ! ses sons expirent ; Je fais pour m'abuser des efforts superflus ; Et l'aspect du bonheur que les autres respirent Pour les infortunés est un tourment de plus.

Déployez-vous pour eux vos frais et verts ombrages.

Poésies diverses. lai

Bois, longtemps attristés de vous voir sans feuillages

Ces monts d'azur épars sous la voûte du ciel.

Ces tapis de gazons étendus sur les plaines,

Ces arbres odorants, ces limpides fontaines,

Tous ces riants objets dissipent-ils le fîcl

Qui fait de leurs longs jours un hiver éternel ?

Mais quels chants ! loin de moi, fuis, pensée odieuse ; Sur de plus beaux sujets promenons mes regards ; Vois-je pas de buveurs une troupe joyeuse ?

Que de flacons remplis sur ces gazons épars ! Le souris sur la bouche, auprès de sa (ilycère, Chacun s'arme du sien ; le bouchon saute en Tair, Le vin brille, le verre entrechoque le verre. De tous les dons du ciel le vin est le plus cher, Disent-ils, et soudain ils entonnent ensemble Des hymnes en l'honneur du dieu qui les rassemble; £t tous levés en chœur, ils ont en même temps Par trois libations salué le Printemps.

Mais un autre tableau devant moi se découvre : Dans ces vastes jardins où s'élève le Louvre, Enorgueilli d'avoir des rois pour habitants, Où le marbre animé retrace à notre vue Des héros fabuleux les exploits éclatants.

Que borde d'arbres verts une forêt touffue.

Théâtre où nos beautés vont disputer les cœurs, Quel concours a paru I la ville est délaissée : Ces lieux, longtemps déserts, sont un autre Elysée; Et des ajustements les diverses couleurs.

Réfléchissant l'éclat dont brille la verdure, Charment les yeux surpris de ces riants tableaux.

Pot Si

de Gilbert.

La Seine, à cet aspect, semble arrêter si Et soudain, de plaisir suspendant si

Se dresse sur son urne, et dit : C'est le Printemp Et c'est aussi ce dieu qu'ont célébré mes chants.

Page 1