‹ Poésies diverses de Gilbert avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 46 sur 51 · I. Publiée dans le Début poétique · texte numérisé non relu

I. Publiée dans le Début poétique

i66 Poésies de Gilbert.

Et j'ai révélé tout I... ah ! pardonnez, ma mère... L'heure qui va sonner peut-être est ma dernière : Il me reste un moment ; c'est à peindre mes maux, A signer le pardon de mes cruels bourreaux, C'est à vous consoler que je le sacrifie...

Dieux ! si ma perte alloit abréger votre vie I Ah, ma mère ! ah ! combien la mort va me coûter ! Mon cœur vers vous s'élance, et ne peut vous quitter; Du coup qui l'en détache il frémit, il murmure, Et je meurs de vos maux plus que de ma blessure. Mais pourquoi tant de pleurs ? pourquoi ces cris affreux? Pourquoi ce désespoir, ces regrets douloureux. Ce sombre abattement ? Ces serments de me suivre Me rendront-ils à vous, me feront-As revivre ? Non : tout leur fruit sera de hâter vos vieux ans. D'ajouter des douleurs à mes derniers instants. Dieu devoit-il nous feire une âme si sensible ? Que ne m'aimez-vous moins ! je mourrois plus paisible. Hélas I qu'est devenu ce temps où votre cœur Dans mes lettres jamais ne puisoit la douleur ; Où Gange, toujours tendre, étoit loin de me croire Capable d'un amour qui pût blesser ma gloire ? Tout alors m'assuroit le destin le plus doux ; Quand, voulant habiter et vivre parmi nous.

Ses frères criminels arrivèrent, me virent.

Et du feu le plus noir pour mes charmes s'éprirent : L'un, hardi dans ses vœux, dissimulé, cruel, Avpit voué ses jours au service du ciel ; L'autre, né généreux, tendre, mais téméraire, Prétendoit aux lauriers que l'on cueille à la guerre. Ils osèrent tous deux me déclarer leur feu :

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Le dédain fut le prix de ce coupable aveu :

Qui ? moi I moi, j'aurois pu répondre à leur tendresse I

Moi, femme sans honneur^ j'aurois eu la foiblesse

D'outrager mon époux, de trahir mon amant,

Gange ! lui de mes jours le charme et l'ornement I

Ah I mon devoir fût-il un rempart peu solide,

Pour défendre mon cœur d'un amour si perfide,

Ma vertu suffisoit ; et vos leçons, ma mère,

N'ont point à votre fille enseigné l'adultère.

Furieux cependant de se voir mépriser,

D'Orme * auprès de son frère osa m'en accuser :

Gange, un instant séduit, le crut, et dans sa rage

Il voulut me punir, venger son faux outrage.

Et, sans daigner me voir, sans daigner m'écouter.

Dans le fond d'un cachot me fit précipiter.

Mais on Tavoit trompé; c'est mon époux, je l'aime,

Je lui pardonne tout : non, jamais de lui-même.

Jamais il n'eût conçu des soupçons sur ma foi :

Et des maux qu'il m'a faits il souffrit plus que moi.

Jai vu son repentir, je l'ai vu, plein d'alarmes.

Tomber à mes genoux, arrosés de ses larmes ;

S'accuser, détester cet injuste soupçon.

Et, plus amant qu'époux, implorer son pardon.

Au moins n'est-ce pas lui dont la main forcenée Dans mon sang répandu sans pitié m'a traînée. Depuis longtemps absent, il ne sait même pas Que mes yeux sont voilés des ombres du trépas; Et peut-être inquiet, brûlant d'impatience

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