‹ Poésies diversesChapitre 10 sur 57 · LA VEILLÉE DU TROUBADOUR · texte numérisé non relu

LA VEILLÉE DU TROUBADOUR

Schaiit oach dem Morgensteme, Und hait sich seufzend ein.

WiELANDS Oberon.

n contemple l'étoile du matin y et s'enveloppe , en soupirant, de son manteau.

J ^ATTENDS encore au pied de cette tour L'lieureu]( signal promis par une amante.

Hermosa ! mon unique amour, Victime foible et gémissante, Hélas ! tu n as donc pu , captive tout le jour, Suspendre à ces créneaux ton écharpe flottante; Et d'un farouche Argus la haine vigilante Me ferme tout accès dans ce triste séjour.

Voici venir pourtant cette heure bien-aimée Où les brumes du soir s'élèvent du ruisseau;

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Déjà sur la plaine embaumée Elles ont déployé leur humide rideau,

Et glissent le long du coteau

Gomme une légère fumée.

C'en est fait, le jour meurt, la nuit est de retour ; Et moi j'attends encore au pied de cette tour.

Malheureux ! quel espoir dans mon ame abattue

Désormais pourra pénétrer?

Ou porter ma prière, et quels Dieux implorer

Contre la peine qui me tue?

Puissante épouse d'Oberon, Titania, reine des fées.

Toi qui sur un pâle rayon, La nuit, descends dans le vallon Avec tes jeunes coryphées.

Je t'en conjure, à mes amours Prête aujourd'hui ton assistance.

Elle est amère, ma souffrance ;:..

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Mais que ne peuvent tes secours !

G*est toi qui, chaque soir, dans le souffle des brises^ Apportes des conseils aux amants malheureux ; G*est toi qui, protégeant leurs douces entreprises, Rends la nuit plus obscure, et marches devant eux. Jamais le troubadour délaissé par sa dame N'implora vainement ton magique pouvoir ;

Tu lui souris;... et dans son ame

La douleur faît place à Fespoir.

Viens donc, reine de Sylphirie !

Descends sur ces créneaux qui bravent mon courroux Sensible à mes ennuis, par mes pleurs attendrie, De ton sceptre de lis endors tous les jaloux ; Kt, répétant tout bas l'heure du rendez- vous

À loreille de mon amie , Âpprends-lui que, fidèle aux serments de Tamour, Triste, j'attends encore au pied de cette tour.

Mais si le doux sommeil a suspendu sa peine, S'il rend un peu de calme à ses sens agités.

Alors, nymphes de lair, légères déités, Vous dont Titania marche la souveraine, Laissez pour un moment les bords de ce ruisseau, Qui s'en va murmurant à travers la clairière ;

Entourez le sombre château

Oii dort Hermosa prisonnière;

Et là, donnant un libre essor

À vos danses mystérieuses,

Mêlez vos voix harmonieuses

Aux accents de vos lyres d'or. Qu'attirés par des sons et si purs et si tendres, Les rêves les plus doux enchantent son repos ; Qu'une flatteuse erreur lui montre ces créneaux

Abattus et réduits en cendres.

Et vous, sylphes voluptueux, Aimables et riants fantômes, Qui souvent la nuit, dans vos jeux.

De ces bois effleurez les dômes.

De grâce, emportez-moi sur vos ailes d'émail

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Vers celle qui captive et mes sens et mon ame : Que sur sa bouche de corail J'impi'ime un long baiser de flamme ; Et, plus tranquille alors , plus sûr de son amour , Je reviendrai l'attendre au pied de cette tour.

Inutiles désirs ! l'écho de ces demeures A seul daigné répondre à mes tristes accents. . Tout dort; et de la nuit les astres pâlissants M annoncent la fuite des heures.

O de Titania rapides messagers , Toujours soumis aux lois de votre aimable reine. Hélas ! vous le savez, quand de sa fraîche haleine Laube caressera nos tranquilles vergers,

Des fleurs entrouvrant le calice,

Au sein du lis et du narcisse

Vous fuirez les feux du soleil ;

Et , dans cet asile fidèl^ ,

Les doux concerts de Philomèle

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Viendront bercer votre sommeil.

Ainsi donc, c est en vain que ma voix vous implore, Si vous ne hâtez pas le moment désiré.

Aimables enchanteurs ! bientôt naîtra l'aurore.

Et vous allez m'abandonner encore A toutes les douleurs d*un espoir différé.

Oui , je le vois , ma timide prière S envole au gré du vent qui courbe le gazon ; Du jour prêt à parottre, agile avant-courrière, Une blanche lueur éclaire rhorizon.

Dans ces bois d'orangers, sous l'abri du feuillage, A disparu déjà tout le peuple lutin ;

Déjà la cloche du matin

Retentit au prochain village ; Tout s'éveille , tout rit sur les monts d'alentour , Et moi , j'attends encore au pied de cette tour.

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ELMONDE.

Prenait altum corde dolorem.

ViRGIL.

Elle renferme en son ame une profonde douleur.

Oh ! pleurez avec moi, pleurez le sort d^Elmonde : Avide de trésors, Armand, son jeune époux, Lui vantoit chaque jour les bords du nouveau monde; Et, pour cette contrée en richesses féconde , L'imprudent veut déjà franchir les flots jaloux.

Que ce fatal projet vint te coûter de larmes ,

O malheureuse Elmonde ! et de quelles alarmes

Lui-même à son départ sentit navrer son cœur !

Que de' fois il maudit un calcul séducteur !

Qu'il hésita long-temps, quand il vit sur tes charmes

D'un morne désespoir s'étendre la pâleur !

Enfin il abandonne une épouse si chère.

Et, montant le vaisseau dun avare étranger, Vers les sources de For, dans un autre hémisphère, Au prix de tous les hiens que le sage préfère, L mgrat alla poursuivre un bonheur mensonger.

Du pilote long-temps la sagesse éproiivée Ou vainquit ou trompa les fougueux aquilons ; Biais du sein de Tabyme une trombe élevé^ Sur le vaisseau d'Armand roule en noirs tourbillons : Elle éclate, et la mer, dans ses affreux sillons , Reçoit Tinfortuné dont l'heure est arrivée.

Sa bouche froide et pâle, accusant le destin, - Veut s*entr ouvrir encor pour appeler Elmonde : Vains efforts ! sa voix meurt, et , sous le flot qui gronde , Il se débat, s*cpuise, et disparoit enfin.

Hélas ! depuis ce jour à jamais déplorable , Sa gémissante épouëe, en proie au désespoir.

Seule, à travers le calme et les ombres du soir. Vient contempler la mer, la mer impitoyable ?

Un délire pensif agite sourdement

Son cœur toujours rempli du malheureux Armand.

Au sommet d*un rocher, fi retraite ordinaiî*e.

Elle s'assied ; et là , si la hrise légère

Joue avec ses cheveux et ses longs Tétements :

Le même lieu, dit-elle, a vu tous mes tourments,

Quand mon époux monta sur la nef étrangère ;

Et le même zéphir efHeuroit Fonde amère,

Quand il osa hraver mes i^oirs pressentiments.

Alors, interrogeant les échos de ces rives.

Où le soir tous les deux les surprit tant de fois , Au hruit sourd de la vague elle mêle sa voix, Et murmure , en pleurant, des paroles plaintives. Souvent, lorsque des nuits la chaste déité Prête aux navigateurs sa douteuse clarté , Vers ce ciel qu'un moment respectent les orages, L'infortunée élève un regard affligé; Et le pâle croissant porté sur les nuages Lui semble un frél« esquif à demi-submergé.

Ainsi toat vient nourrir sa douleur solitaire. De laube ou de Vesper les tableaux inconstants , Les trésors de Tété, les charmes du printemps, Tout fait couler ses pleurs , tout aigrit sa misère ; Et ses proiFonds ennuis restent vainqueurs du temps. Mais, le dirai-je , hélas ! que devient Finsensée, Quand Taquilon mugit, quand la mer courroucée Annonce aux nautoniers l'approche des hivers ! Alors , malgré la neige et la rigueur des airs , Malgré Tépaisse nuit qui couvre la campagne.

Éperdue, elle sort sans guide, sans compagne; Elle sort, et préfère au logis protecteur, Des bois ou des rochers la ténébreuse horreur. Il semble que le bruit des vagues en furie ,| Les sifflements du Nord à travers les forêts, Lui rendent plus présente une image chérie.

Et de cette ame en deuil exaltent les regrets.

Comme une ombre à jamais du cercueil exilée, Et que poursuit partout la colère du Sort,

Voyez-la s'avancer, tremblante, échevelée,

De ces bois au rivage et du rivage au port.

En vain pour s'éloigner elle tente un effort ;

Par un sombre penchant en secret rappelée,

Elle revient toujours vers ce funeste bord ;

Toujours elle y demande, elle y cherche sans cesse

Les restes de Tépoux que pleure sa tendresse :

Et si, dans Thorizon, un éclair égaré

Des vagues un instant vient éclairer la cime ,

Elle pousse des cris, se penche sur Tabyme,

Et croit revoir encor le fantôme adoré.

Oh ! pleurez avec moi, pleurez le sort d*Elmonde, Et ses nuits sans repos et ses jours sans bonheur. Les orages de Fair, les tempêtes de Fonde, N'égaleront jamais le trouble de son cœur.

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