‹ Poésies diversesChapitre 15 sur 57 · LES PRESTIGES NOCTURNES · texte numérisé non relu

LES PRESTIGES NOCTURNES

Is there, i^ho neyer those mystic transports felt Of solitude and melancholy born ?

Beattie» Minstrel.

Est-il nn cœur qui ne sentit jamais ces transports mystérieux, enfants de la solitude et de la rêverie ?

v^uAND tout vient du génie intimider Tessor, Quel censeur dédaigneux reprocheroit encor

A ma rêveuse fantaisie D aimer ces vieux donjons, ces gothiques débris, Qu'habitèrent toujours des souvenirs chéris

De Timmortelle poésie?

Oui, Finspiration descend avec la nuit

Dans ces retraites solitaires :

C est là qu elle se plaît, là qu elle reproduit Ces tableaux du passé dont l'attrait nous séduit , Et ces traditions, croyances mensongères.

Qu'un fabuleux penchant et regrette et poursuit.

Dirai-je comme alors le plus humble vestige Intéresse nos cœurs émus?

Quel charme heureux, quel doux prestige ^ Donne souvent Fair du prodige À mille objets mal aperçus?

Peut-être ces remparts que voile une ombre obscure. Ces voûtes dont l'écho répond seul à ma voix, Furent témoins jadis de quelques grands exploits.

Ou d'une sinistre aventure.

À ces pensers tumultueux, .

Qu'interrompt le bruit de l'orage.

Des fantômes mystérieux

Semblent s'offrir sur mon passage. .

Les pales ombres des guerriers

Tombés autour de ces murailles

M'apparoissent : leurs bouchers

Donnent le signal des batailles.

Mais tout-à-coup , par l'orage entraînés , Tous à-la-fois rentrent dans les ténèbres;

Et ces combles tremblants, ces murs abandonnés, Retentissent dç cris fupèbres.

Oh î qui voudroit m*enlever les erreurs Où se complaît ma sombre rêverie?

Le deuil de ces créneaux, l'aspect de la prairie , Et cette onde agitée, et ces sourdes clameurs, Tout renouvelle, tout varie Et mes plaisirs et mes terreurs.

D ombres environné^ je frémissois naguère

Au balancement d'un rameau ; Mais de la nuit la brillante courrière

Enfin rallume son flambeau.

Libre du voile obscur qui l'a voit éclipsée , Elle répand sur l'onde un mobile reflet; Et, de ces vieilles tours blanchissant le sommet,. A des songes plus doux invite ma pensée.

Fuyez, noirs enfants de la peur.

Vains fantômes que je défie :

^g ÉLÉGIES.

À la clarté de cet astre enchanteur, Vont renaître pour moi les jeux de la férié.

Déjà même des pas légèrement tracés

Sur le sable de ces fontaines

Me rappellent des temps passés

Les puissantes magiciennes.

Que diç-je? les voilà qui s offrent à mes yeux^

Le front couronné de verveine :

Un instant leur essaim nombreux ]Le long de ces remparts lentement se promène; Mais, au premier signal de leur auguste reine. Toutes , abandonnant ces créneaux lumineux , . S'élancent dans les airs et franchissent la plaine .

Saisi d'un doux ravissement. Je les suivois encore à travers la clairière,

Quand un nouvel enchantement

Fixe mon ame tout entière.

Mille flambeaux, qu'allume un magique pouvoir.

Soudain du haut des airs me paroissent descendre ; Le vallon par degré s*éciaire d'un jour tendre ; ' Et, dans les profondeurs du g[othique manoir,

Un bruit de cor se fait entendre.

Sous un large portique entouré de blasons S'offre de chevaliers une brillante élite :

Ils partent ; le zéphyr agite

Leurs panaches et leurs guidonsl

De 1 Amour dociles élèves , Ses emblèmes légers parent leurs vêtements ; -

Dans leurs mains rayonnent des glaives ^

Et des lances de diamants ; • ■ Leur voix s'élève en chœur, et l'écho la répète; D'habiles ménestrels, s'avançant après eux, Animent à- la-fois d'un souffle harmonieux < Et le clairon sonore et la douce musette.

' Des forets d'alentour, s'empressent d'accourir Cent nymphes à l'œil noir, au modeste sourire ; Troupe aimable^qtii ne respire

8o ËLÉCtIES.

Que la tendresse et le plaisir.

Une écharpe d'azur ceint leur taille élégante; La rose embaume leurs cheveux; Et le rubis sème de feux Leur tunique resplendissante.

Aux pieds de la beauté qui préside à ces jeux , Bientôt les paladins déposent leur armure ; La foret se remplit de couples amoureux, *

Et, sous ces dômes de verdure,

Formant des pas voluptueux,

Ensemble ils marquent la mesure

Au son du tambourin joyeux.

De leclat des flambeaux, du feu des pierreries, Étincellent ces bois, ces campagnes fleuries, Théâtre fortuné de leurs enchantements.

Plus mobiles cent fois, plus légers que les vents. Us promènent au loin leur danse pastorale.

Et s'égarent parmi ces ombrages mouvants.

ÉLÉGIES. 8f

On mon œil de leurs pas suit le riant dédale.

Mais le jour luit, et ses premiers rayons Ont dissipé cette scène brillante.

Importunés de la clarté naissante, Doux esprits, vous fuyez vers d'autres régions!

Ainsi tous ces légers mensonges

Que nous apporte le sommeil

S'envolent sur l'aile des songes ,

Et disparoissent au réveil.

Ainsi la sagesse ennemie.

En éclairant nos passions,

De l'heureux printemps de la vie

EfFace les illusions.

8a ÉLÉGIES

ÉGILDA,

ÉLÉGIE DANS LE GOUT d'oSSIAN.

\ Her white breast heaved witb sighs ; the wind was in Her loose dark bair ; her rosy check had tears.

OssiAN, Fingars Poem.

Se» soupirs souleyoient son sein de neige ; sa noire cbevelure étoit agitée par le yent ; et des pleurs couloient sur ses joues jde rose.

Page 1