UN BARDE
XJans ma retraite hospitalière L'heure avoit rappelé nos chasseurs, et déjà La lune nous versoit sa tremhlante lumière, Quand, sous de noirs sapins dont Tombre funéraire
Dominoit les tours du Balva, L*épouse de Rino, la fidèle Égilda, S'offrit à nos regards, pensive et solitaire.
Un nuage de pleurs Toiloit ses tristes yeux : Des vents du soir Thaleine caressante Osoit à peine effleurer ses cheveux; Et, dans ses mains, sa harpe languissante Ne rendoit plus de sons mélodieux.
-Mais soudain, pareille au murmure Du ruisseau qui serpente à travers le gazon, Et répand au sein du vallon Les tributs d'une source pure.
Sa voix, que soutenoient de lugubres accords, Par ce chant de douleur vint attrister ces bords.
L appui du foible et lespoirdu timide, Rino n'est plus : demain le voyageur Demandera quelle épée homicide A moissonné ce héros intrépide, Et quelle terre habite son vainqueur.
V'ous tous alors qui pleure;z sa mémoire, Vous répondrez : « Un affreux sanglier
« A remporté sur lui cette victoire ;
« Dans nos forêts il est tombé sans gloire,
« Et le.trépas voile son front guerrier, n.
Ainsi périt celui dont la vaillance Dictoit des lois à Tétranger vaincu ; Ainsi la. mort soumet à sa puissance Un jeune époux, mon unique espérance, Et le premier des chefs de la tribu.
Que je Taimois, quand sa harpe sonore Ghantoit l'amour qui nous avoit séduits !
Son teint brilloit des couleurs de Taurore , Et ses accents étoient plus doux encore Que les soupirs de la -brise des nuits.
Du vieux Cador la fille infortunée
Se vit long- temps lobjet de tous les vœux;
Mais à Rino son amour fut donnée :
Et la voilà plaintive, abandonnée ^
Ainsi qu'une ombre au bord du lac fangeux.
Le jour s*^eint; une nuit orageuse Brunit déjà la face du ruisseau.
Où reposer dans ma douleur affreuse?
Ab ! c en est fait, épouse malbeureuse, J*aurai pour lit la tombe de Rino.
Hier ce palais , étranger à la crainte , Retentissoit de cbants harmonieux ; Et maintenant le désespoir, la plainte, Habitent seuls sa déplorable enceinte :
Tours du Balva, recevez mes adieux.
Et vous, guerriers qu'assembloit sa bannière. De ce tombeau pourquoi m'éloignez-vous?
Ab ! respectez ma volonté dernière :
Déjà la mort pèse sur ma paupière ; ^ Je vais dormir auprès de mon époux,
Elle dit; et, tombant devant nous sur Tarène, Bientôt elle expira , semblable au doux zéphyr, Dont le souffle léger se fait entendre à peine. Et parmi les roseaux vient se perdre et mourir.