‹ Poésies diversesChapitre 17 sur 57 · LES BORDS DE LA BÉISE · texte numérisé non relu

LES BORDS DE LA BÉISE

Hic certè praefulget imago* Là sor-toat brille son image.

rViAHT trésor de nos jardins ,

Déjà la pèche se colore;

Déjà sous les pleurs de Faurore

Mûrit la pourpre des raisins :

Septembre est de retour, et la divine Astrée Fait luire à nos regards sa balance dorée.

Tout me rappelle aux champs ; je pars. Mais en quels lieux Puirai-je des cités la bruyante industrie?

Loin d*un séjour tumultueux,

Sur quel rivage aimé des cieux '

Dois-je porter ma rêverie?

Petite rivière qui baigne les murs de Nérac.

Murs de r^érac, bords enchanteurs

Quarrose la fraîche Béise, Vous fixez tous mes vœux, et ma muse est éprise

De vos vallons inspirateurs. Fidèle au souvenir d'un héros que la France A pleuré si long-temps, et qu'elle aime toujours, Oui, j'irai réveiller le luth des Troubadours Dans ces lieux que Henri charmoit de sa présence; J'irai sous cet ormeau que lui-même a planté (i)

Faire dire à l'écho sonore

Sa bravoure , sa loyauté ; Et revoir le séjour qu'habita , jeune encore , Cet heureux favori de la postérité.

Tout, il est vrai, dans ces vallons que j'aime,

Le rappelle au cœur attendri ;

La chaumière, le désert méme^ (3)

Y parle encore de Henri.

Mais parmi vingt cités qu'un nom si cher enflamme, Quels lieux en ont gardé de plus doux souvenirs

C^ue ces bords fortunés, asile des zéphyrs, Où je vais reposer mes regards et mon ame !

Ce fat là qu agité dun nouveau sentiment, Henri vit sa jeunesse à Famour asservie, À lamour qui devoit, jusqu'au dernier moment. Enchanter à-la-fois et tourmenter sa vie !

toi qui, dans ces murs , d*un simple jardinier (3) Keçus , avec le jour, le doux nom de Flbrette ;

Toi qui dans lame du guerrier Allumas la première une flamme secrète !

Ahl parmi ces bosquets, témoins de ta défaite, Ne me diras-tu pas quel antique laurier Protégea vos plaisirs de son ombre discrète?

Et vous, dont tour-à-tour il chantoit les appas , (4) Ne vous verrai-je point, ô Fosseuse ! ô d'Ayelle ! Innocentes beautés, couple aimable et fidèle. Qui, mêlant la tendresse aux fureurs des combats, Vous disputiez l'honneur de retenir ses pas

Pans la demeure paternelle,

go ËLËGIES.

À ces doux souvenirs et de gloire et d'amour, Il me semble déjà parcourir ce rivage :

Oui, des bains de Hemri je reconnois la tour ; (5) La voilà , dans les eaux répétant son image : Voilà ces beaux jardins, voilà ce frais bocage (6) Dont la Béise embrasse et suit chaque détour. Oh ! que Tillusion se plaît sous cet ombrage ! Du soleil qui s*éteint les rayons expirants Rougissent de ces bois les dômes transparents , Et d'un jour fantastique éclairent le feuillage. Enchanté,je m'arrête ou j'erre lentement; • • J'abandonne ces bords ; j'y reviens ; je les quitte (7) Pour les restes épars du pieux monument

Où jadis venoit humblement

Prier la reine MARocEaiTs.

Mais , parmi ces débris et le long du sentier

Dont cette rive est couronnée ,

Quel noble et brillant chevalier $e montre tout-à-coup à ma vue étonnée?

Un casque au panache éclatant Presse sa noire chevelure; Et, jouet d'un soufifle inconstant, Sur lacier de sa riche armure Un manteau d'azur va flottant.

Du haut de la roche escarpée Il descend armé d'un épieu ; Une écharpe couleur de feu Soutient sa redoutable épée ; L'éclat du couchant vient encor Lui prêter des grâces nouvelles ; Et de ses longs éperons d'or Semblent jaillir des étincelles.

Immobile et caché parmi ces arbrisseaux , Avec émotion je l'observe en silence :

Il approche; et déjà sous ces riants berceaux, De l'air d'un souverain, je le vois qui s'avance.

À ce front où respire une noble candeur ,

À ce sourire affable et d*im si doux présage ; Sur-tout à ce regard, où brillent d'un grand cœur

Et la clémence et le courage, Qui pourroit s y tromper? G*est Fombre de Hevei ; G est elle qui revient près du fleuve chéri, *

Gomme aux beaux jours de son jeune âge.

O prince , que Tamour a tant de fois séduit ! Il doit te sembler doux , lorsque le jour s*enfuit, De visiter encor ces retraites charmantes,

Et d'y rêver au léger bruit

De ces fontaines murmurantes.

Ici tout vient t offrir des souvenirs heureux. Gependant, je le vois, à ta première ivresse Ont déjà succédé les regrets douloureux *.

Ton front s est obscurci;... ta soupires;... tes yeux

Redemandent avec tristesse

* Ad flamioa nota.

Ces créneaux qui virent les jeux (8) Et la gloire de ta jeunesse.

€hère ombre, épargne^moi de pénibles aveux!

Tant de morts descendus au ténébreux rivage Dans leurs gémissements t'auront sans doute appris Que, naguère, le trône et l'empire des Lis

Furent batths d'un long orage.

Eb bien ! ces vieilles tours , ces remparts protecteurs , Dont tes regards encor semblent chei^cber le faîte, Insultés et proscrits par de nouveaux ligueurs , (9)

Comme tes nobles successeurs

Ont disparu dans la tempête.

Tout s'est anéanti; mais, malgré nos fureurs, Quand le printemps sourit , quand la nouvelle année (10) Ramène parmi nous la première journée Du mois voluptueux 011 renaissent les fleurs,

En mémoire du pur bommage

Que venoient t'offrir leurs aïeux,

Les habitants de ces beaux lieux Se rassemblent sous cet ombrage :

Des flûtes, des hautbois, les champêtres accords Animent jusqtt au soir la gaité de leur danse; Ton nom se mêle à leurs transports, Et les vieux rochers de ces bords, Des airs que tu chantois répètent la cadence. Ici , tous à lenvi montrent aux voyageurs La trace de tes pas en cent lieux imprimée ; Le sage, le guerrier te donne encor des pleurs; Et ta mémoire bien-aimée Se conserve dans tous les cœurs , Gomme au déclin de la journée, Après le départ des faneurs , Dans la prairie abandonnée Reste encore un parfum de fleurs.

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