‹ Poésies diversesChapitre 19 sur 57 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

Melior est qui dominatur animo suo> cxpugnatore urbium.

Pboyerbes»

Un fol orgueil perdra toujours les princes ; Et le mortel qui commande à son cœur Est à mes yeux plus grand que le vainqueur Maître absolu de cent riches provinces.

Ainsi jadis , aux plaines dlspahan y

Parloit Elzir , Elzir, jeune sultan

Qui fut doué d'une ame généreuse.

Loin de son camp, loin d'une cour nombreuse,

Assis un jour sous des planes touffus,

Il écoutoit le murmure confus

D^iine onde ercante en ce lieu solitaire , Quand à ses yeux se montre une bergère.

Qui de ces bois cherchoit ks doux abris.

Et conduisoit vers ces gazons fleuris Une génisse à la marche légère^ ,

La jeune fille offroit, dans tou^ ses traits. De la pudeur le noble caractère.

Jamais ces bords, jamais la Perse entière , N avoient produit des charmes si parfaite.

Son œil, plus doux que l'œil de la gazelle , Âuroit dompté le cœur le plus rebelle ; Par intervalle un sourire enchanteur Embellîssoit sa boushe aimdble et pure.

Et, sur son front, sa longue chevelure Du corbeau même effaçoit la noirceur.

Le jeune roi soupirant à sa vue :

f Ange d amour, dit-il, je te salue.

« Quel est ton nom , ta famille, ton rang ? »

POÉSIES DIVERSES. i<

Noble sultan, Nérinda l'on m'appelle; ma génisse fidèle ;

■ Tu vois en moi l'humble fille d'Oran. - Disanl ces maU, conFuse, elle dénoue Un long bandeau qui retient ses cheveux :

Elle voudroit en couvrir ses beaus yeux, Et la pudeur vienl enflammer sa joue.

Mais c'est en vain; le monarque amoureux.

En l'arrêtant, l^ui dit ; - Blanche culombe,

' Pourquoi veux-tu te cacher à ton l'ui ?

■ Déjà mon cœur s'est rang'é sous ta loi ;

■ Viens, à tes pieds il faut que chacun tombe. I' Un fol uiiage au sein de mon palais

> A lassemblé mille beautés rivales ;

■ Tu sauras seule effacer burs attraits,

■ El Nérinda n'aura jamais d'égales , ■

Il dit, s'éloigne ; et , d'amour éperdu, Charge un esclave, à sa voix accouru, D'accompa{per la bergère éplorée.

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Dans le sérail à peine est-elle entrée,

Pour la servir, des ordres absolus

Ont appelé la foule obéissante :

De laloës, de la myrrhe odorante,

Ses longs cheveux reçoivent les tributs ;

Et de s& taille une robe éclatante

Presse déjà les cobtours demi-nus.

Mais, conservant la pâleur du narcisse,

L*humble bergère étoit comme Fagneau

Qu*on a paré des fleurs du sacrifice.

Et qu*à lautel attend FafFreux couteau.

Ses doux regards ne lançoient plus de flammes :

Gros de soupirs, sous la main de ses femmes

Son cœur battoit; elle fermoit les yeux

Au vain éclat des habits précieux.

Toute la nuit, du prince qui l'adore

La jeune vierge accusant les désirs.

Versa des pleurs ; et lorsquenfin laurore

Eut dans ces lieux ramené les plaisirs ^

Infortunée , elle en versoit encore.

POÉSIES DIVERSES. io5

L'esclave noir qui veiUoit à ses pieds

Apprit au roi ses mortelles alarmes.

« Que tes chagrins me soient tous confiés ,

« Lui dit Elzir : d'où naissent tant de larmes?

« Que veut ton cœur? » Mais, craignant un refus,

Elle gardoit un timide silence.

« Parle , et sur moi lève tes yeux confus ,

» Astre charmant ! je le jure d'avance,

« Tu n'auras point vainement désiré ;

« Et ton bonheur est sans doute assuré,

« Si ton bonheur se trouve en ma puissance. »

La jeune fille, à ce discours flatteur.

Plus calme enfin, lui répondit : « Seigneur,

« De Giaffar je suis la fiancée ;

« De Giaffar, dont un regard d'amour

« Est aussi doux à mon ame oppressée ,

« Qu'au voyageur le baiser du retour.

« Ainsi que moi, loin d'une cour splçndide,

« Il vit content du plus humble destin :

io6 POÉSIES DIVERSES.

« Mon bien-aimé cultive son jardin ;

« Mais en lui seul tout mon bonheur réside. »

Elzir alors demande GiafFar.

Il se présente, offrant dans son regard,

Dans tous ses traits, le mépris de la vie.

« Déclare-moi quelle chaîne te lie

« À Nérinda; qu'est-elle pour ton cœur? »

— u Prince, dit-il, elle est ma fiancée,

« Mon seul trésor, mon unique pensée ;

« En la perdant, je perds tout mon bonheur. »

— « Non, à mes vœux si tu prêtes ForeiUe, « Si tu consens , par un dernier efFort ,

« À me céder cette jeune merveille,

« Je te promets autant de pièces d'or

« Qu'il est de fleurs ouvertes à Tabeille

« Dans ces jardins que respecte le nord :

« Parle; est-ce assez pour combler ton envie?»

— « Ah ! lui répond lesclave malheureux, ■ Je suis à toi ; tu peux m oter la vie

« Au même instant : mais apprends qu*à mes yeux « Tous les trésors de la triple Arabie, « Loin d'être un prix digne de mon amie, « Ne valent pas son sourire amoureux. »

Ces mots touchants, la profonde tristesse

De ses regards attendrirent le roi.

« Persan , dit-il , je dompte ma foiblesse :

« Il en est temps, pars, emmène avec toi

« Ta fiancée ; essuie enfin ses larmes :

« De mon palais sans opprobre elle sort;

« Et pour sa dot je lui donne cet or,

« Qui n eut jamais su payer tant de charmes. »

Disant ces mots, ainsi quun doux rayon Vient quelquefois, à travers le nuage, Rendre la vie aux palmiers du vallon Qui languissoient flétris par un orage ; Ainsi le prince, étouffant son amour.

Sans différer > devant toute sa cour , •

io8 POÉSIES Diverses.

De ces amants assura Thy menée ; Et, plus heureux depuis cette journée, Quand un émir jaloux de sa grandeur, Quand un dervis au langage hypocrite, Alloit vantant sa gloire, sa valeur, Et son pouvoir qu*il disoit sans limite :

Loin d'accueillir cet encens parasite, Le Jeune roi répondoit au flatteur :

K Un fol orgueil perdra toujours les princes ; « Et le mortel qui commande à son cœur « Est, à mes yeux, plus grand que le vainqueur « Maître absolu de cent riches provinces. »

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