‹ Poésies diversesChapitre 56 sur 57 · LA PÈLERINE DE L'APENNIN · texte numérisé non relu

LA PÈLERINE DE L'APENNIN

C<*ÉTOiT le soir ; un solitaire , Dans un couvent de l'Apennin , Vit s avancer une étrangère Sous des habits de pèlerin.

— Que Dieu vous garde, lui dit-elle, Respectable religieux; Répondez, mon amant fidèle Est-il dans ces paisibles lieux?

— À quels signes reconnottrai-je, Ma fille, cet heureux mortel?

— À son teint blanc comme la neige ; À son œil bleu comme le ciel ;

À sa flottante chevelure ,

Qui va roulant en boucles d or.

— N'achevez pas cette peinture :

Hélas ! le pauvre Hilaire est mort.

Dans une tristesse mortelle, D abord on le vit dépérin; En accusant une cruelle.

Il rendit le dernier soupir.

Six d*entre nous au cimetière, La nuit, portèrent son cercueil; Et depuis, sur sa froide pierre, Ont coulé bien des pleurs de deuil.

— Il est donc vrai ! dans ce Keu même, Hilaire, tu mourus pour moi !

Et, mal^ ma rigueur extrême, Tu m avois conservé ta foi 1 Mes pleurs couleront dès laurore; La nuit verra mes pleurs couler; Et la mort, la mort que fimplore.

Me pourra seule consoler.

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— Bel ange de mélancolie, Hélas que sert votre douleur?

Quand une fois elle est cueillie, Elle ne renaît plus , la fleur.

Eh ! pourquoi des peines cruelles Suivroient-elles toujours vos pas^ Pourquoi , si la joie a des ailes ,.

Le chagrin n en auroit-il pas?

Vous ignorez quelles alarmes Troublent le bonheur des amants :

Cet Hilaire , objet de vos larmes ; Auroit-i] tenu ses serments?

Ailleurs prodiguant ses hommages^ Il eût délaissé vos attraits; Car il est autant de volages Que de feuilles dans les forets.

— Ah ! pour lui soyez moins sévère ; Son cœur ne vous fut pas connu :

Ce cœur étoit le sanctuaire De Famour et de la vertu.

En proie au remords qui m'accable^ Puisque j*ai causé son trépaB, C*en est fait| amante coupable , Je renonce à tout ici-bas.

Adieu donc, chétel de mon père.

Adieu mes amis , mes parents !

Gomme un pèlerin solitaire Je vais tratner mes pas errants ; Mais, en quittant ce monastè.re.

Que du moins il me soit permis De baiser la tombe où d'Hilair^ Reposent les restes cbéris.

— Demeurez, je vous en supplie.

Demeurez encore un moment ; Car le vent des nuits et la pluie Battent les murs de ce couvent.

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— Non , ni les vents , ni htempéte Ne sauroient arrêter mes pas ; Trop heureuse si, sur ma tête, La foudre tomboit en édats !

— ^ O mon Enma , demeure encore :

De tes beaux yeux sèche les pleurs ; Revois Hilaire qui t*adore.

Et dont tu causas les douleurs.

Plein d'un amour sans espérance, Tai fui le cid de mon pays ; Et croyant calmer ma souffrance , Jai revêtu ces saints habits.

Vain espoir ! ces cloîtres antiques Pour moi ne furent point un port.

Mes prières mélancoliques Sans cesse y demandoient la mort.

Mais , grâce à toi, sur cette terre, Je vais compter des jours heureux ;

Et désormais , sAr de te plaire.

Sans retour je quitte ces lieux.

— Ciel ! ai-je pu te méconnottre, O toi , qui seul m as su charmer !

Je te vois , je me sens renaître ; Je pourrai donc encore aimer I Hilaire , à ta fidèle amie , Par des nœuds sacrés viens fuuir; Le jour qui finira ta vie Près de toi me verra mourir.

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