LA JALOUSIE
In amore haec insont omnia.
TÉRENCB.
Tous ces toonnents se trouvent dans l'amour.
Ou sont-ils, ces mortels qui d*un tendre serment I9*ont jamais soupçonné toute la perfidie^ Et dpnt le cœur ignore le tourment
D'une incurable jalousie?
Pourquoi la paix de leurs amours
Kc me fut-elle pas donnée?
Combien j'envie et leurs beaux jours
Et leur tranquille destinée !
Sur eux l'indulgente Gypris franche à pleines mains ses faveurs désirées i
L'Amour, avec un doux souris ,
Les frappe de flèches dorées;
i6 ÉLÉGiES.
Et tout, dans la nature, à ces mortels chéris ' Présente le bonheur des voûtes éthérées.
Mais voir un rival préféré
Aux genoux de celle quon aime;
Mais de la moitié de soi-même
Tout-à-coup languir séparé ; Interroger un cœur qu'un autre amour engage.
Qui perd tout souvenir de ce qu'il a senti ;
Vainement poursuivre l'image
De son bonheur anéanti;
Le jour, pressé par l'Euménide ,
Errer sans but et sans dessein ;
La nuit se déchirer le sein ,
Lorsque celui de la perfide
Palpite sous rheureuse main
D'un nouvel amant moins timide :
Ah ! croyez-moi, ce sont là des douleurs Telles qu'au bord du Styx les ombres malheureuses,
Sous le tourment des fouets vengeurs,
N*en souffrent point de plus affreuses.
Qui pourroit toutefois endurer tant de maux ^ Et n'en pas voir le terme avec des yeux d'envie !
Accablé du poids de la vie ,
J*implore Téternel repos.
Hélas ! un seul instant ma crédule jeunesse A du perfide amour savouré les dou'ceurs :
Un instant, dans ma folle ivresse,
J'ai de sa coupe enchanteresse
Effleuré les bords... Et je meurs, Et je sens s'échapper, sous le mal qui me presse, Jusqu'au doux souvenir des plus tendres faveurs.
iS ÉLÉGIES.