LES RIVES DE PROVENCE
Je troave délicieux l'air qui Tient de Provence. Le Troubadour P. Vidal.
&U11 tes bords, aimable Provence,
Que ne puis-je couler mes jours !
Que ne puins-je , au sein des Amours , Savourer le bonbeur d'une obscure existence,
Et reposer mon indolence Dans ces bois parfumés , à l'ombre de ces tours Qui conservent encor des premiers Troubadours
La poétique souvenance !
Jeune amant de la lyre et des ombrages verts, Avec quel doux transport ici je me iappt;lle Ces chanteurs si naïfs dont les beureux concerts, Inspirés par l'Amour, n'eurent point de modèle! À leurs tendres accords, ce rivage cnclianté
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Vit naître Fart des vers , la noble courtoisie y
Et cette fleur de loyauté
Par qui du Gaulois indompté
La rudesse fut adoucie.
O charme des antiques mœurs I C^est ici que Tamant avec persévérance De sa douce ennemie adoroit les rigueurs , La^ervoit en esclave, ornoit de ses couleurs Ou sa guitare ou le fer de sa^ lance ; Et, moins timide après tant de souffrance, Venoit à ses genoux, les yeux mouillés de pleurs,
Demander un peu d'espérance.
Toilà ces frais vallons, ces fertiles coteaux. Où de gais Ménestrels, sur des harpes légères, S*en alloient récitant de châteaux en châteaux Les sirventes malins, les gentils fabliaux, Qu'enfantoit chaque jour la Muse des Trouvères.
Visité par eux tour-à-tour.
Hélas ! pourquoi ce beau rivage
A-t-il vu tomber sans retour Ces superbes donj ons , illustrés d âge en âge ,
Où des dames de haut parage
Rassembloient leur galante cour!
Pourquoi, sur ces gazons émaillés de pervenches, Ne vois-je plus se reUdre , ainsi qu au bon vieux temps , Des poursuivants d* Amour, vêtus .d'habits flottants,
Et couronnés de roses blanches !
bergers ! dans ces lieux vous qui fûtes nourris. Vous dont la folle ivresse et me plaît et m attire, De grâce, montrez-moi les ombrages fleuris
Où, pleins d'un aimable délire, Ces jeunes paladins, ces poètes chéris,
Venoient se disputer le prix
Du bien-aimer et du bien-^lire.
Apprenez-moi quels murs , quels palais autrefois Du joyeux Adhémar entendirent la voix; Quel asile a reçu la dépouille mortelle Du noble Bérenger, du tendre Palazis,
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Ou de ce Mirval si fidèle Aux doux attraits d'Azalaïs.
Mais en vain je les prie... Aucun d eux ne m*écoute.^ Les sons du galoubet mêlés au tambourin,
Vers ces bois arrondis en voûte ,
Appellent le folâtre essaim.
Là, sous de frais palmiers qu un doux rayon colore, Au bord de cette mer témoin de leurs amours,
Je vois se rassembler encore
Ces enfants des vieux Troubadours.
Semblable au chevreuil des niontagnes ,
Près d'eux une jeune beauté
Accourt d'un pas précipité
À la tète de ses compagnes.
Dans les flots' de ses noirs cheveux
Le souffle du zéphyr se joue ;
La rose brille sur sa joue ;
La flamme étincelle en ses yeux.
Aux bras de son amant, légère, elle s'élance :
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Toates à rimiter s*empressent à-la-fois , fit, répétant un refrain villageois , La foule bondit en cadence.
Cependant, du sommet de ces riches coteaux, Un foible crépuscule, avant-coureur de l'ombre,
À la gaîté de ces tableaux
Vient mêler une teinte sombre.
Le long du bord, plus mollement.
Chaque flot tour-à-tour s'avance et se retire ;
Avec un sourd gémissement.
Dans la feuille des bois le vent du soir expire ;
Et la mer, qui semble sourire,
À peine au plus léger navire
Imprime un doux balancement.
Fidèle à de si beaux rivages, L astre des nuits leur donne un regard indulgent,
Et sur un trône de nuages
Il jette son manteau d'argent.
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A ces clartés mystérieuses , Folâtrez, innocents pasteurs ; Vierges , couronnez-vous de fleurs ; Et, vers ces rives amoureuses , De vos danses voluptueuses Ramenez, ramenez les chœurs.
L âge vieât ; les fêtes joyeuses Assez tôt font place aux douleurs.
La plus belle vie a des pleurs , La mer, des saisons orageuses :
Jamais, sur ces bords enchanteurs, Vous ne danserez plus heureuses.
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