ACTE I, SCENE II
Nos plus fiers ennemis rouloient sur la poussière. Soutenant dans les airs ce bras fort et puissant, Oui sans porter de coups versoit des Ilots de satî;:^ , J'achevai parmi nous de fixer la victoire. Un seul jour vit périr Thémar et sa mémoire : Sa veuve, à des dieux sourds ayant ses vœux ofFcrls , N'en fut pas entendue et tomba dans nos fers.
DATHAN
Je ne vois jusqu'ici que d'heureuses prémices.
AARON
Écoute. Après avoir réglé les sacrifices , Mon frère qu'en secret appelle l'Éternel , Moïse se dérobe aux regards d'Israël , Il monte au Sinaï ^ Josué l'accompagne : » Depuis quarante jours caché sur la montagne , Mille bruits de sa mort dans le camp répandus Tiennent de nos vieillards les esprits suspendus. On s'agite au milieu du peuple qui murmure , Je ne sais quel démon soufile une flamme impure -, Le soldat se soulève et proclame en ce lieu Et Nadab pour son chef et Baal pour son dieu.
DATHAN
Nadab accepte-t-il cet honneur populaire ?
232 MOÏSE
AARON
De ses mâles vertus rejetant le salaire ,
Mon fils porte en son sein un trait qu'il veut cacher ,
Et que toi seul , Dathan , tu pourras arracher.
Pâle et silencieux dans sa marche pensive
Il erre autour du camp comme une ombre plaintive ,
Il prononce tout bas le nom de ses aïeux ^
Son regard languissant se tourne vers les cieux ;
La nuit , à sa douleur se livrant sans obstacles ,
On l'a trouvé pleurant auprès des tabernacles.
Mais j'aperçois Caleb , ce flambeau de la loi ,
Et ma sœur dont les chants raniment notre foi.
Dathan , cherche Nadab, et dis-lui que son père
L'attend ici.