LEANDRE ET HERO
Musc avec qui je me console De tous mes déplaisirs cuisants, Et qui dès l'avril de mes ans As tant fait avec moi la folle; Viens dicter des vers à ma main, Fais qu'à Fouquet ils puissent (plaire Par lui j'ai le loisir d'en faire, Sans avoir soin du lendemain.
Quoique je ne sois pas grand grec, Je Us une grecque chronique, Où se raconte un cas tragique, Qu'on peut chanter sur le rebec.
Si tu veux que je te le chante, Fouquet, mon unique support,
Sans me vanter je me fais fort D'en faire une chanson plaisante.
Ecoute-là donc, la voici.
S'il arrive qu'elle te plaise,
O grand Fouquet, que j'aurai d'aise
Et que j'aurai bien réussi I
Deux amants, l'un et l'autre insi-
fgne Pour l'esprit et pour la beauté, Couple d'amants ainsi vanté Qu'il s'en trouve de ça la ligne :
Deux amants donc si beaux tous (deux, Que je donne à leur père et mère
En douze ou treize fois à faire Deux enfants qui soient si beaux (qu'eux
Ces amants donc tous deux d'un Se marièrent une nuit, (âge
Afin d'éviter le grand bruit Qu'aurait fait un concubinage.
Mais faute d'un méchant bateau, Faute d'une vieille lanterne, Le fier destin qui tout gouverne Fit perdre en mer le jouvenceau.
Le garçon avait nom Léandre, Et ne passait pas pour zéro.
La pucelle avait nom Héro, De peau doucette et d'âme tendre.
Héro prit naissance à Sestos ; Son père y vivait de ses rentes, Ayant hérité de deux tantes Morts pour lui fort à propos.
Sa mère était bien damoiselle, Citoyenne de Marathon, Sœur d'un trent'aïeul de Platon, Fort prude et passablement belle.
Parlons ensuite du garçon ; Car monsieur valait bien madame, Et logeait une fort belle âme Dans un corps de bonne façon.
Le lieu fameux de sa naissance, Par où je m'en vais débuter, Ne peut au plus nous arrêter Que de la longueur d'une stance.
La mer, le séjour des harengs, Sépare de Sestos, Abyde ; Et dans ce rendez- vous liquide Les vents vident leurs différends.
C'est dans Abyde que Léandre La première fois vit le jour ; Et sa mère était dans ce bourg Ce que dans Troie était Cassandre.
A son fils elle avait prédit Qu'il mourrait un jour de trop boire Son fils ne l'en voulut pas croire Dont elle mourut de dépit.
Feu son époux en son jeune âge D'un roi Troyen fut écuyer.
Qui le chassa sans le payer, Pour avoir éborgné son page.
Mais depuis il ne fut dolent, Car il jouait bien à la prime, Faisait merveilles à l'escrime, Et tirait de l'arc en volant,
Dans Abyde il fit sa retraite, Où l'on le fit sergent-major.
Enfin un jour sonnant du cor, Il se démonta la luette.
Tels furent messieurs leurs parent3 Tous gens d'honneur et sans re- [proche, Tous nobles et de vieille roche, Aimés des petits et des grands.
A la vérité dans l'histoire Il n'en est pas fait mention ; Ce n'est que par tradition Qu'on en a gardé la mémoire.
Musée, un Grégeois rimailleur, De qui j'emprunte cette histoire, Soutient qu'on aurait peine à croire Combien Léandre était railleur .
Combien au milieu des fillettes Il était hardi jouvenceau :
Combien son entretien fut beau, Combien belles ses chansonnettes :
Combien le drôle avait le don De débiter des balivernes ; D'être Amphion dans les tavernes Dans les chambres un Cupidon.
Héro fut sacrificatrice Ou prétresse, car c'est tout un, De Dame Vénus à l'œil brun, Déité chaude comme épice,
Dans une tour (on ne sait pas Si la tour fut ronde ou carrée) La prêtresse de Cythérée Logeait, elle et tous ses appas.
Elle avait pour train et pour tout Une vieille sexagénaire, Qui l'entretenait d'ordinaire De contes à dormir debout.
De ce que hors de chez son père Elle était séquestrée ainsi, Je ne me ra^ts guère en souci, Car la chose n'importe guère.
Il ne m'est pas plus important, De savoir au vrai si le temple
rOESIES DIVERSES
Etait de cent pas, par exemple.
Ou de moins de la tour distant.
Dans ce temple en pèlerinage Tous les ans à jours de campos, Tant de Sestos que d'Abidos, Que des villes du voisinage,
Dans ce temple donc on venait Des villes proches et lointaines, Par quarterons et par centaines; Et de même ou s'en retournait.
A cette fête d'importance On allait de près et de loin ; Chacun de Vénus a besoin, Encore plus que l'on ne pense.
Ce fut où la belle Héro Donna dans la vue à Léandre ; Qui de sa part lui sut bien rendre En criant sur son cœur haro.
La chose arriva de la sorte Que je m'en vais vous la conter, Non sans quelquefois m'écarter, Car la rime son homme emporte.
Environ entre sept et huit, Léandre monta sur sa bête, Bien résolu d'être à la fête, Et même d'y faire grand bruit.
Or vous saurez que la monture Etait une maigre jument, Qui depuis six mois seulement Avait mis bas sa géniture.
Un petit malheureux poulain Etait donc du train de Léandre, Qui fit dessein lors de le vendre, Car cela lui sembla vilain.
Ce poulain chut dans une ornière, Léandre bien fort en pesta ; Car l'en tirant il se crotta D'une vilaine manière.
Mais des cieux le miroir ardent, Mntre dessicateur de crottes, Autant sur l'habit que sur bottes, Donna remède à l'accident.
De renard une grosse queue Qui sur l'épaule lui flottait, Un grand ornement ajoutait A son bonnet de couleur bleue.
Tant alla le trot et le pas, Qu'à la fin il joignit la barque Où pour passer outre on s'embarque Car sans barque on ne le peut pas.
Lors la mer, vous m'en pouvez [croire N'avait point de gués ni de ponts :
Qui les pourrait faire assez longs, Aurait belle place en l'histoire.
Voilà le jouvenceau passé :
Voyons ce que fait la pucelle, Qui ce jour-là pour être belle, Consulta son miroir cassé.
Deux pendants d'oreilles en poires A ses oreilles pendillaient, Et pour du verre assez brillaient Au travers de ses boucles noires.
Vers le temple elle cheminait, Et messieurs ses chers père et mère Marchaient devant, et son grand
[frère Par civilité la menait.
Alors qu'elle entra dans l'église, Chacun fit exclamation ; Telle fut l'admiration Dont tout le monde eut l'aine éprise
Chacun cria tout éperdu, La maie peste qu'elle est belle !
Plus d'un en offrit sa chandelle, Ce fut autant de bien perdu.
Maint paon vainement fit la roue Autour de ce jeune tendron ; Maint la fleura comme un levron, Au hasard d'avoir sur la joue
Là-dessus on sacrifia :
Jamais de plus digne prétresse, Pour une plus digne déesse, Plus dignement n'officia.
Force godelureaux à vendre Devant Héro faisant les beaux, Tirèrent leur poudre aux moineaux Ce que ne faisait pas Léandre.
Le drôle, près d'elle à genoux, Feignant de lire en son bréviaire, Disait tout bas en grec vulgaire, Belle je meurs d'amour pour vous.
SCARROS
Elle, regardant dans son livre, Lui répondit la face en feu, Parlant bas pour couvrir son jeu Encore n'est-il rien que de vicre.
Cependant que dévotement Sa mère priait dans le temple, Son père de mauvais exemple, Sur un banc ronflait rudement.
Il fallut faire la retraite ; On sortit, et le jeune amant Se cacha témérairement Dans une petite cachette.
Quand hommes, femmes, chiens et [chats, Bref, quand tout fut hors de l'église, La belle changea de chemise, Et fit voir sa gorge et ses bras.
Léandre voyant ces merveilles, En fut quasi comme enragé :
O qu'il n'eût pas alors échangé Ses deux yeux contre un cent d'oreilles !
Quand elle eut repris son corset Tout tremblant il s'approcha d'elle.
Si lors de l'aimable pucelle Le cœur battit fort, Dieu le sait.
Elle en eut une telle transe, Que devant qu'elle put crier, Il eut le temps de la prier De vouloir écouter sa chance.
Léandre aux deux bras la harpa, Lui donnant du plat de la langue :
Mais en commençant sa harangue Plusieurs fois il s'entrecoupa
Enfin à force de reprendre.
Et d'avoir bien rapetassé Le discours déjà commencé, Il se fit assez bien entendre.
A peu près, il lui dit ainsi :
Béni soit celle dont le ventre Vous logea neuf mois dans son Béni soit votre père aussi, [centre
O qu'ils savaient bien l'un et l'autre Travailler en postérité !
Comme on voit par votre beauté Qui rend mon cœur captif du vôtre.
Dites-moi s'ils furent longtemps A vous composer si parfaite, Et s'ils me vendraient leur recette Pour faire ainsi de beaux enfants.
Mais ce n'est pas ce qui me mène ; Je voudrais savoir seulement Si moi, Léandre, vous aimant, Vous, Héro, seriez inhumaine.
Celles que le ciel comme voua.
Forma de choses précieuses, Sont fantasques, impérieuses, Et sauf les yeux.n'ont rien de doux.
Je ne puis bien encore vous dire Si le ciel vous a faite ainsi ; Mais, pour moi, tel que me voici, Je mets mon cœur sous votre em-
[pire
X'allez pas vous scandaliser D'un don de si peu d'importance ; Ce n'est pas vous faire une offense Que de se faire refuser.
Hélas ! ma mort est manifeste A moins d'agréer un hymen :
Vous n'avez rien qu'à dire, amen.
Et me laisser faire le reste.
Alors son gosier se serra ; Ses soupirs tout court s'arrêtèrent ; Son teint pâlit, ses yeux s'enflèrent Sa face se défigura.
Ensuite, comme deux fontaines, Ses yeux furent vus ruisseler.
Et son estomac exhaler Soupirs et sanglots par centaine».
La vierge entendant débiter Au jouvenceau tant de merveilles.
Se mit à gratter ses oreilles, Car elle en avait à gratter.
Puis faisant la scandalisée, Comme les filles font toujours, Elle lui tint ce fier discours.
Que j'ai recueilli de Musée:
A qui donc penses-tu parler ?
Crois-tu que ta blanche magie Ait sur moi beaucoup d'énergie, Prétends-tu m'en ensorceler ?
Sais-tu qu'à la parte du temple, Lorsque tou crime se saura, Le peuple te lapidera, Et que tu serviras d'exemple ?
Et sais-tu que loin d'assouvir Ton avide et peu sage envie J'aime bien mieux perdre la vie Que ce que tu veux me ravir ?
La pucelle ayant dit ces choses De grande édification Souffrit grande altération En son teint de lis et de roses.
Son beau visage en moins de rien Fut vu diverses couleurs prendre ; Mais toujours les yeux sur Léandre, Dont le matois s'aperçut bien.
Il l'appelle toute divine, Maint doux regard il lui lança ; Et blasphémant, la menaça De s'entre-percer la poitrine.
Et puis il fit l'évanoui, Ou le fut, le pauvre jeune homme ; Et travailla si bien en somme, Qu'il entendit dire un oui.
Après cette parole ouie Il fit cent postures de fou ; Et se fit grand mal au genou, S'agenouillant à l'étourdie,
C'est à peu près comme cela Que les deux amants s'entrevirent, Qu'ils s'aimèrent.qu'ils se le dirent, Et que le diable s'en mêla.
De la mer l'obstacle terrible Causait un déplaisir amer A nos deux amants d'Outremer, Rendant leur hymen impossible.
Car la mer n'est jamais sans vent ; Léandre était lors sans nacelle.
Puis, c'était décrier la belle Que de la visiter souvent,
Quoique l'Hellespont soit bien large Dit Léandre, je suis garçon A nager ainsi qu'un poisson, Vers vous de l'une à l'autre marge.
Ayez un flambeau seulement, De qui la clarté me gouverne ;
Mais qu'il soit dans une lanterne, Car il s'éteindrait autrement.
La nuit entr'eux deux arrêtée Couvrit les cieux de son manteau : L'amante alluma son flambeau, Terriblement inquiétée.
Son amant hardi, cependant, Sur l'Hellespontique rivage Attendit pour se mettre à nage La lueur du signal ardent.
Le signal parut, sans remise Rompant aiguillette et boutons, Dans l'humide séjour des tons II lança son corps sans chemise.
Il nage vite comme un trait :
Ses bras nerveux qui l'onde enta- (ment, Au travers des flots si bien rament, Que peu lui dura le trajet.
Sitôt que Héro put entendre Le bruit que faisait fendant l'eau Son téméraire jouvenceau, Elle se hâta de descendre.
La servante de pied en cap Couvrit Léandre en diligence, Pour garder quelque bienséance ; On m'a dit que ce fut d'un drap.
Brûlant comme il faisait dans l'âme Son corps mouillé fut bientôt sec ; Et puis avec humble respect, Il fit compliment à sa dame,
Il fallait du temps profiter :
Léandre entra chez la Pucelle, L'épousa, se coucha près d'elle.
Le reste ne se peut conter.
Il faut en semblable aventure Pressé d'un semblable désir, Avoir eu semblable plaisir, Pour faire semblable peinture.
Qu'on se figure seulement Deux jeunes cœurs qu'amour as- [semble Et ce qu'ils peuvent faire ensemble, Quand ils n'y seraient qu'un mo- (ment.
Il n'est si bonne compagnie Qui ne se sépare à la fin ;
Il fallut avant le matin Se quitter sans cérémonie.
Je laisse à juger aux lecteurs, Quand ces amants se séparèrent, Si leurs cœurs tendres soupirèrent Si leurs yeux versèrent des pleurs.
Phœbus au teint de couleur d'am-
[bre N'était pas encor hors de l'eau, Que notre amoureux jouvenceau Etait de retour dans sa chambre.
Depuis l'aimable temps des fleurs Jusqu'au temps où la terre donne Les derniers présents de l'au- [ tomne Et de l'hiver prend les couleurs.
Notre amoureux infatigable Chaque nuit alla faire un tour Vers sa chère et fatale tour, DV.ne constance non croyable.
Mais l'hiver vint. Des Aquilons Les incartades infinies Firent des vagues aplanies, Des montagnes et des vallons.
Tandis que le repos de l'onde Par les vents est ainsi troublé, Léandre d'ennuis accablé Peste au bord de la mer qui gronde.
Enfin Léandre recevant De Héro maint et maint message Comme un amant qui n'est pas sage S'encouragea contre le vent.
Il voit luire la torche ardente, ] A telle fin que de raison, Au haut de la chère maison De sa maîtresse impatiente.
Le voilà tout déterminé :
Il descend sur le froid rivage, Voit l'Hellespont rempli d'orage Et n'en est pas fort étonné.
L'amour, tant son âme est éprise, A tel point lui grossit le cœur, Qu'il croit avoir plus de vigueur Qu'il n'en faut pour telle entreprise ,
D'une main il défit les glands, Qui s'étaient mêlés d'aventure ; De l'autre il défit sa ceinture, Qu'il serra dans l'un de ses gands.
Les yeux les plaines arpentèrent Du moite et perfide élément, Tandis que fraternellement Ses deux pieds s'entre-déchaus- [sèrent.
Il mit en forme de ballot, Où bien si vous voulez de balle, Ses habits de serge d'Aumalle Dans un rocher baigné du flot,
Il est nu, dans l'onde il se jette, Et de soi-même le bateau, A qui sert d'étoile un flambeau, Bien avant en mer il trajette.
O flots ! ô vents sourds à ma voix!
En allant épargnez ma vie, Au retour soûlez votre envie.
(Ainsi disait-il quelquefois.)
Souvent la vague au ciel l'élève, Lors il entrevoit le flambeau ; Et souvent l'enfonce dans l'eau, Lors il trouve quasi la grève.
Héro, pour défendre du vent La lumière de sa chandelle, Met sa chemise devant elle, Et se brûle les doigts souvent.
Elle regrette une lanterne, L'imprudente n'en avait pas.
Cependant le vent haut et bas Terriblement son amant berne.
Tant qu'il voit luire le flambeau, L'espoir de gagner le rivage Lui fournit assez de courage, Pour vaincre la rage de l'eau.
Mais un vent, peut-être de bise, Ou quelqu'autre rude souffleur, Fit à Héro par grand malheur Lever un pan de sa chemise.
De ce linge qui défendait Comme un paravent la chandelle, De ces pauvres amants et d'elle La vie ou la mort dépendait.
Elle fut donc du vent éteinte ; L'espoir de Héro s'éteignit :
A l'amour elle s'en plaignit, Mais le vent emporta sa plainte
Trois fois en vain elle souffla, Pour rendre vie à sa chandelle ; Mais Héro n'était plus pucelle, Il le faut être pour cela.
Cependant le pauvre Léandre Cherche en vain des yeux son fanal Il nage ; mais il nage mal, Et ne peut plus la vague fendre.
Ainsi qu'un vaisseau dématé Sans nocher, timon ni cordage.
Est agité durant l'orage, Le pauvre amant est agité.
Il sent que ses forces s'épuisent Qu'il a peur, qu'il n'avance plus; Et que ses efforts superflus Lui servent moins qu'ils ne lui nuisent.
Dans le temps que du pauvre amant Les derniers désastres augmentent, Des ennemis qui le tourmentent La rage augmente doublement.
Enfin la vague a la victoire :
L'insolente insulte au pauvret, Et lui fait avaler maint trait D'une eau qui n'est pas bonne à [boire
Quoiqu'il en bût mal volontiers, Il but trop ; ses sens se troublèrent; Bref il mourut, dont s'affligèrent Terriblement s es créanciers.
Oh, que ce fut un grand dommage !
Il achevait un gros roman, Qui devait être aussi charmant Qxi'Astrée, et même davantage.
La mer porta son corps à bord, Enflé de l'eau qu'il avait bue :
Spectacle funeste à la vue De celle qu'il aimait si fort !
Regrettant sa chandelle encore, Et regardant vers l'horizon, Si la femme du vieux grison, C'est comme qui dirait l'aurore;
Regardant donc vers l'orient.
Si la vigilante fourrière Du dieu qui porte la lumière Montrait son visage riant ;
Elle fit, et n'y gagna guère, Des regrets, dont le seul récit, De ce que sa servante a dit, Toucheraient une belle -mère.
Après avoir bien lamenté En triste jargon d'élégie, L'aube rendit la mer rougie, De noire qu'elle avait été.
Quand les objets se discernèrent Je parle des moins reculés, Les yeux de Héro désolés Sur la mer ses regards jetèrent.
Ils virent l'Hellespont en paix, Dont d'abord ils se réjouirent ; Mais, hélas 1 sur ses bords ils virent Un corps mort, s'il en fut jamais.
Lors l'amante déconfortée Lâcha la bonde à ses sanglots, Et fit en deux ou trois grands sauta Tout le chemin de la montée.
Vers le rivage elle courut, Vit son amant mort sans remède.
Lors criant, Dieu me soit en aide Sur lui raide morte elle chut.
On dit qu'un auteur l'a blâmée D'avoir tant pris la chose à c œur :
Mais, sauf l'honneur de cet auteur, D'autres l'en ont fort estimée.
Grand Fouquet, j'ai fini mon chant.
S'il a le bonheur de te plaire, C'est tout ce que j'ai voulu faire, Qui n'en voudrait bien faire autant?