‹ Poésies diversesChapitre 13 sur 47 · A LA REINE · texte numérisé non relu

A LA REINE

Reine, dont la compassion Me rend depuis trois ans mes malheurs supportables,

Faites-moi mettre aux Incurables, Ou faites-moi bientôt payer ma pension.

Pour servir votre Majesté.

Je fais ce que je puis pour être bien malade,

Je mangerai poivre et salade Si vous trouvez encor que j'ai trop de santé.

Je ne regarde plus qu'en bas, Je suis torticolis, j'ai la tête penchante ;

Ma mine devient si plaisante, Que quand on en rirait, je ne m'en plaindrais pas.

Vous-même me voyant ainsi Encor que vous ayez pitié de mon martyre,

Vous ririez ; et vous voyant rire, Je vous honore trop, pour n'en pas rire aussi.

Mais je vous ferais trop d'horreur, En offrant à vos yeux mon étrange figure :

Si vous la voyiez, je m'assure, Que vous m'estimeriez un malade d'honneur.

On m'entend jour et nuit crier, Comme si je souffrais en mon corps l'Estrapade ;

Enfin je suis si bon malade ; Que j'ai peur qu'on me dise, on ne vous peut payer.

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