‹ Poésies diversesChapitre 4 sur 47 · VI NOTICE · texte numérisé non relu

VI NOTICE

qui ne fut bon à devenir le sujet d'une ode, d'un sonnet, ou de quelques couplets au tour burlesque.

Scarron donna successivement le Typhon ou la Gigantomachie, des suites diverses à ses œuvres burlesques, le Virgile Travesti qu'il ne mena que jusqu'au vnie chant, et des pièces de théâtres dont la meilleure est certainement Don Japhet d'Arménie.

Lorsque la Fronde entra en guerre contre la régence, Scarron ne se laissa point embrigader dans ses rangs,bien quil y comptât de nombreux amis et protecteurs.

Il faut désormais filer doux, Il faut crier miséricorde, Frondeurs vous n'êtes que des fous Il faut désormais filer doux, C'est mauvais présage pour vous, Qu'une fronde n'est qu'une corde ; Il faut désormais filer doux, Il faut crier miséricorde.

Rimait-il alors. Il est juste d'ajouter qu'en sa qualité de pensionné de la reine, il agissait prudemment. Si on l'avait supposé affilié aux frondeurs, on se serait empressé de lui couper les vivres. Ce fut même ce qui arriva sans pourtant qu'il ait rien fait pour mériter une disgrâce, mais les gens de Mazarin se laissèrent prendre aux apparences . Depuis quelque temps, en effet, les libelles burlesques pleuvaient dru sur le cardinal et la cour ; tous les poétaillons affamés s'étaient mis à la solde de Conié et de ses principaux lieutenants, heureux de cette aubaine qui allait leur permettre de faire ravauder leurs chausses et de vider force chopes. Vaille que vaille, passables ou mauvais les pamphlets se succédaient, s'inspirant tous, autant que le mince talent de leurs auteurs le permettait, de l'esprit et de la forme chères à notre cul-de-jatte. Tant et si bien que Mazarin s'y laissa prendre et, croyant Scarron le rimeur ou, pour le moins, l'inspirateur de ces pièces plus malpropres que spirituelles, il lui supprima la pension que son titre de malade de la reine continuait de lui

SUR SCARRON VII

valoir, malgré la dureté des temps. Du coup, voilà Scarron réduit aux seuls bénéfices de son « marquisat de Quinet », entendez, au prix que T. Quinet son éditeur lui remettait pour ses œuvres. C'était peu ; c'était trop peu même et le poète dut aviser. Habitué qu'il était à vivre aux dépens de quelqu'un, il n'hésita pas : puisque le parti de la Cour ne payait plus, il passerait du côté des frondeurs. Sans compter qu'il n'était pas fâché de briser quelques lances contre le Mazarin qui avait fort peu son estime depuis le jour où il avait accepté, sans délier les cordons de sa bourse, li dédicace de son Typhon.

Voici donc Scarron passé à la Fronde avec armes et bagages, et si les bagages n'étaient pas gros, les armes avaient leur importance. Aussi la maison du poète — il habitait alors, avec une ancienne amie, Céleste de Palaiseau, à l'hôtel de Troyes, rue d'Enfer — devint-elle li rendez-vous et comme le Grand Conseil des frondeurs. On y voyait Paul de Gcnii, le fougueux et fourbe abbé de la Rivière ; le bizarre et fastueux comte de Fies que ; Segrais secrétaire de Mademoiselle, et l'abbé de Francquetot ; puis c'était la divine d'Outre laize, la comtesse de Fies que, Mme de Pommereuil, M elle de Montpensier, etc. Ces dames étaient pleines d'attentions pour le poète qui les amusait par sa verve et les touchait jusqu'aux larmes par ses infirmités. A chacune de leurs visites, elles lui laissaient des petits cadeaux, garnissaient son oratoire, et, enfin, embellissaient de leur mieux le logis du pauvre paralytique. Souvent, après ses réunions politiques, Scarron, gardant auprès de lui ses plus intimes amis, leur lisait des chapitres de son Roman Comique sur lequel il travaillait précisément et qui devait paraître en 1851. C'était alors defroMcs éclats de rire, et les mésaventures de Ragotin faisaient oublier un momtnt les soucis de la guerre civile.

Cependant les frondeurs attendaient impatiemment que le poète burlesque les aidât autrement qu en corrigeant les libelles de leur modeste cru ; n'avait-il point d'ailleurs promis quelque rude satire ? — Ils ne perdirent rien pour avoir attendu, car, un beau jour éclata sur Paris

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