VIII NOTICE
la mitraille ignominieuse de la Mazarinade. Bien que ce grossier pamphlet — si verveux d'ailleurs — vint des presses Hollandaises, personne ne s'y laissa tromper, on avait trop souvent attribué à Scarron de médiocres pièces, pour au on ne lui fît pas signer celle qui était marquée de sa griffe à chaque vers. Cela fit un bruit infernal ; de tous côtés, il n'était question que de cette Mazarinade formidable dont le cardinal avait dû rire faune ! On applaudissait son auteur, les poètes du Pont-Neuf rappelaient leur sauveur — sans doute parce qu'ils s' évertuèrent à le plagier et à publier des ordures sous son nom, ce qui leur valut cette semonce :
Beaux esprits du Pont-Neuf, insectes du Parnasse, Dont les productions, aussi froides que glace, Font naître la tristesse au lieu de divertir, Vous ver rai- je toujours à mes dépens mentir, Et mon nom supposé dans vos œuvres de baie Me sera-t-il toujours matière de scandale ?
Tout le monde cependant, on le pense, n'approuvait pas l'œuvre de Scarron, l'enthousiasme des uns était balancé par l'indignation des autres. Ce fut même pour Cyrano de Bergerac — qui pour quelque motif obscur comptait au nombre des ennemis de notre poète, ce lui fut V occasion t disons-nous, de lui décocher une féroce diatribe sous ce titre transparent : Lettre contre Ronscar. Féroce, en effet, car non seulement Cyrano s'en prenait au style et au genre littéraire de l'écrivain, mais, il allait encore jusqu'à s'attaquer à sa caduque personne :
a A le voir sans bras et sans jambes, — disait-il, — on le prendrait, si sa langue était immobile, pour un terme planté au parvis du temple de la mort.... A curieusement considérer le squelette de cette momie, je puis vousassurer que,si jamais il prenait envie à la Parque de danser une sarabande, elle prendrait à chaque main un couple de Scarron, au lieu de castagnettes, ou tout au moins elle se passerait leurs langues entre les doigts pour s'e?i servir, comme on se sert de cliquettes de ladres On ajoute à sa descrip-
Mme DE Maixtekon.
lion quil y a plus de dix ans que la Parque lui a tordu le cou sans le pouvoir étrangler, et, ces jours passés, un de mes amis m assura qu après avoir contemplé ses bras tors et pétrifiés sur ses hanches, il avait pris son corps
pour un gibet où le Diable avait pendu son âme »
En vérité si cela déborde d'esprit, il y manque un peu de charité ; à la description de la misérable carcasse du poète, Cyrano aurait dû sentir quelque pitié. Malgré sa bonne humeur légendaire, malgré qu'il se soit souvent lui-même raillé de ses maux, le pauvre Scarron dut souffrir de cette dure leçon, mais il ne répliqua pas. Cyrano n'était-il point d'ailleurs un adversaire terrible ? Scarron trouva peut-être plus prudent de garder le silence. Au surplus, ce flot d'injures fut emporté avec la Fronde ; V apaisement venu, personne ne songea plus à tous ces libelles, à toutes ces gazettes,» ces épîtres et à ces Mazarinades