BALLADES, XCVIII, 1 — XCIX
Contre les vagues de Tourment; Quant il lui plaira, Dieu m'envoye À plaisir et a gré le vent.
’AUTRE jour je fis assembler [p. 232] Le plus de conseil que povoye, Et vins, bien au long, raconter Comment deffié me tenoye, Comme par lectres monstreroye s De Merencolie et Douleur ; Pourquoy conseiller me vouloye Par les Trois Estas de mon cueur.
Mon advocat prist a parler, Ainsi qu’anformé je l’avoye ; 10 Lors vissiez mes amis pleurer, Quant sceurent le point ou j’estoye ; Non pourtant, je les confortoye, Qu’a laide de Nostre Seigneur, Bon remede je trouveroye 1$ Par les Trois Estas de mon cueur.
Espoir, Confort, Loyal Penser, Que mes chiefz conseillers nommoye, Se firent fors, sens point doubter, Se par eulx je me gouvernoye, 20 De me trouver chemin et voye D’avoir brief secours de Doulceur, Avecques l’aide que j'aroye Par les Trois Estas de mon cueur.
CHARLES D'ORLÉANS
Prince, Fortune me guerroye 2j Souverit a tort et par rigueur :
Raison veult que je me pourvoye Par les Trois Estas de mon cueur.
E meurs de soif en couste la fontaine; [|p.12;| Tremblant de froit ou feu des amoureux; Aveugle sus, et si les autres maine ; Povre de sens, entre saichans l’un d’eulx ; Trop negligent, en vain souvent songneux ; $ C’est de mon fait une chose faiee, En bien et mal par Fortune menee.
Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine ; Je joue et ris, quant me sens douloreux ; Desplaisance j’ay d’esperance plaine ; 10 J'atens bon eur en regret engoisseux ; Rien ne me plaist, et si suis desireux ; Je m'esjoïs, et cource a ma pensee, En bien et mal par Fortune menee.
Je parle trop, et me tais a grant paine; 15 Je m’esbays, et si suis couraigeux ; Tristesse tient mon confort en demaine ; Faillir ne puis, au mains a l’un des deulx ; Bonne chiere je faiz quant je me deulx ;
Maladie m’est en santé donnee, 20
En bien et mal par Fortune menee.