BALLADES, XCIX, 25 — CI
Prince, je dy que mon fait maleureux Et mon prouffit aussi avantageux, Sur ung hasart j'asserray quelque annee,
En bien et mal par Fortune menee. 25 ° OMMENT voy je ses Anglois esbays! p. 124]
Resjoys toy, franc royaume de France.
On apparçoit que de Dieu sont hays, Puis qu’ilz n’ont plus couraige ne puissance. Bien pensoient, par leur oultrecuidance, $ Toy surmonter et tenir en servaige, Et ont tenu a tort ton heritaige.
Mais a present Dieu pour toy se combat Et se monstre du tout de ta partie; Leur grant orgueil entierement abat, 10 Et t'a rendu Guyenne et Normandie.
Quant les Anglois as pieça envays, Rien n’y valoit ton sens ‘ne ta vaillance.
Lors estoies ainsi que fut Tays Pecheresse qui, pour faire penance, 1$ Enclouse fut par divine ordonnance.
Ainsi as tu esté en reclusaige De Desconfort et Douleur de couraige.
Et les Anglois menoient leur sabat En grans pompes, baubans et tiranie. 20 Or a tourné Dieu ton dueil en esbat, Et t'a rendu Guyenne et Normandie.
CHARLES D'ORLÉANS
N'ont pas Anglois souvent leurs rois trays ?
Certes ouyl, tous en ont congnoissance.
Et encore le roy de leur pays 25 Est maintenant en doubteuse balance ; D’en parler mal chascun Anglois s’avance ;
Assez monstrent, par leur mauvais langaige,
Que voulentiers lui feroient oultraige.
Qui sera Roy entr'eux est grant desbat ; 30 Pour ce, France, que veulx tu quete dye? [p.125] De sa verge Dieu les pugnist et bat
Et t’a rendu Guyenne et Normandie.
Roy des Françoys, gangné as l’avantaige !
Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige, 35 Maintenant l’as plus belle qu’au rabat.
De ton bon eur, France, Dieu remercie ; Fortune en bien avecques toy s’embat Et t'a rendu Guyenne et Normandie.
N parle de religion ‘p. 126!
Qui est d’estroicte gouvernance, Et par ardant devocion, Portent mainte dure penance ; Mais, ainsi que j'ay congnoissance, Et selon mon entencion, Entre tous j’ay compassion Des amoureux de l’observance.
LEA
T'ousjours par contemplacion Tiennent leurs cueurs raviz en transe, 10
BALLADES, CI, 23 — CIll, 8
Pour venir par perfection
Au hault Paradis de Plaisance ; Chault, froit, soif et fain d’esperance Seuffrent en mainte nacion; Telle est la conversacion
Des amoureux de l’observance.
Piez nuz, de Consolacion , Quierent l’aumosne ; d’alegeance Or ne veulent ne pension,
Fors de Pitié : povre pitance,
En bissacs plains de Souvenance, Pour leur simple provision !
N'est ce saincte condicion
Des amoureux de l’observance ?
Des bigotz ne quiers l’acointance,
Ne loue leur oppinion, Mais me tiens, par affection, Des amoureux de l’observance !
Obligation de Vaillant.
resent le notaire d’ Amours, Sans alleguer decepcion,
En renonçant ious droiz d’ Amours, Coustume, loy, condicion, De treslealle entencion À vous servir, sans me douloir, Passe ceste obligacion Soubz le seel de vostre vouloir.
CHARLES D'ORLÉANS
De cuer, corps, biens, sans nul recours, Vous fais renunciacion, 10 Presens, advenir, a tousjours ; Et vous metz en possession.
Ne nulle part ne porcion N'y aura ; et, pour mieulx valoir, Le jure en ma dampnacion 15 Soubz le seel de vostre vouloir.
DJ
Et quant je feray le rebours, . Pour recevoir pugnicion Me soubzmetz, sans estre ressours, A vostre juridicion ; 20 Et a bon droit et action Pourrez de vostre plain povoir Me mettre a execucion Soubz le seel de vostre vouloir.
En l'an de ma grant passion, 25 Mettant toutes a Nonchaloir, Feis ceste presentacion Soubz le seel de vostre vouloir.
CIIT a
Vidinus de la dite obligation par le duc d'Orlians. [p. 128]
ceulx qui verront ces presentes, Le bailli d’Amoureux Espoir, Salut plain de bonnes ententes.
Mandons et faisons assavoir Que le tabellion Devoir, Juré des contraux en amours,