‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 114 sur 160 · BALLADES, CXV, 22 — CXVIII · texte numérisé non relu

BALLADES, CXV, 22 — CXVIII

Et moult fort m’y treuve esperdu. $ Lire n’escripre ne sçay mye,

Dez verges de Soussy batu,

Es derreniers jours de ma vie.

Pieça, en jennesse fleurie, Quant de vif entendement fu, 10 J'eusse apris en heure et demye Plus qu’a present ; tant ay vesqu Que d’engin je me sens vaincu; On me deust bien, sans flaterie, Chastier, despoillié tout nu, 1S Es derreniers jours de ma vie.

Que voulez vous que je vous die?

Je suis pour ung asnyer tenu, Banny de Bonne Compaignie, Et de Nonchaloir retenu 20 Pour le servir. Il est conclu!

Qui vouldra, pour moy estudie :

Trop tart je m’y suis entendu, Es derreniers jours de ma vie.

Se j'ay mon temps mal despendu, 25 Fait l’ay, par conseil de Follye ; Je m’en sens et m’ens suis sentu, Es derreniers jours de ma vie!

’AUTRE jour tenoit son conseil, [p.145] En la chambre de ma pensee,

CHARLES D'ORLÉANS

Mon cueur qui faisoit appareil De deffence contre l’armee

De Fortune, mal advisée,

Qui guerryer vouloit Espoir, Se sagement n’est reboutee, Par Bon Eur et Loyal Vouloir.

Î1 n’est chose soubz le souleil Qui tant doit estre desiree Que Paix ; c’est le don non pareil Dont Grace fait tousjours livree À sa gent qu’a recommandee ; Fol est qui ne la veult avoir, | Quant elle est offerte et donnee Par Bon Eur et Loyal Vouloir.

Pour Dieu, laissons dormir Traveil :

Ce monde n’a gueres duree, Et Paine, tant qu’elle a sommeil, Souffrons que prengne reposee.

Qui une foiz l’a esprouvee

La doit fuyr, de son povoir:

Par tout doit estre deboutee, Par Bon Eur et loyal Vouloir.

Dieu nous doint bonne destinee, Et chascun face son devoir, Ainsi ne sera redoubtee Par Bon Eur et Loyal Vouloir.

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