XVI | LES POÉSIES
M. = Bibliothèque de Carpentras, no 375. Très beau manuscrit, de 78 ff. de vélin, écrit très régulièrement sur deux colonnes, aux armes de Marie de Clèves, épouse de Charles d'Orléans.
Comme le précédent, le ms. de Carpentras dérive du ms. fr. 25458. Nous en avons de nombreuses preuves matérielles. C’est ainsi qu’au fol. 38 ro, à la suite de la pièce Crevez moi les yeulx, le scribe a copié le début d’un autre morceau Quant je la regarde qui est une addition autographe, le début d’une strophe que Charles d'Orléans avait écrit sur son propre livret (fr. 25458,p. 337). Il n'a remarqué ni le changement d'écriture, ni la forme même de la pièce, ni son sens. Il transcrit donc mécaniquement, sans comprendre, le texte qu'il a sous les yeux. À la p..337 du livret du duc, il trouve la pièce En lordre du mariage dont la dernière strophe est ainsi disposée :
Le premier au c’est la rage, Tant y fait plaisant et doulz Apres + j'ai la tous Cesser me faut de langage En Pordre etc.
et dans la marge, d’une autre écriture, on lit : [deux] foiz toussir. Le scribe de Marie de Clèves avait d’abord écrit le vers complet. Il a gratté ensuite deux foiz toussir, a récrit ces mots dans la marge, avec un renvoi fait d’une +. Nous avons indiqué déjà, à propos du précédent manuscrit, comment des scribes, le duc lui-même, avaient été amenés à remplir les blancs réservés dans son propre manuscrit, en tête des pages, pour la musique des chansons, par des compositions plus tardives, qui sont surtout des rondeaux. Ainsi l'inscription chançon s'applique à la pièce du bas de la page, tandis que le mot ronde vaut pour celle du haut. Ces pièces n’ont d’ailleurs aucun rapport, ni comme âge, ni comme sens. En un mot il ne faut pas lire chaque pièce de haut en bas, mais de droite à gauche, dans chaque étage. On voit la confusion qui s'ensuit, et sur l’âge, et sur la forme même des pièces. Le scribe de Marie de Clèves a tout copié, pêle-mêle.
Il s’en faut que le ms. de Carpentras soit sans valeur pour l’établissement du texte des poésies. Cett: transcription n'est mécanique, et d’une même main, que jusqu'au fol. 52 vo. Dans la suite les écri-