‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 33 sur 160 · XXXII PLAN D'UNE ÉDITION CRITIQUE · texte numérisé non relu

XXXII PLAN D'UNE ÉDITION CRITIQUE

correcte de ses compositions ? Oui et non. Certes il était soigneux de sa main, de son écriture, de la perfection de ses petites poésies, puisqu’il les raturait, les amendait, leur donnait des titres, inscrivait un numéro d’ordre à une série de ballades :, parfois le nom d’un auteur. Mais il faut le dire, tout tournait chez lui en « nonchaloir », mot qu’il avait toujours à la bouche, et dont il usait jusque dans sa correspondance d’affaires *. D’autre part, il était très occupé, pris de ces « mille propos » de politique, d'administration, qui l’importunaient, lui laissaient peu de loisir dans la.société de ses livres et de sa rêverie. On écrivit jusqu’au terme de sa vie, ou presque(1461 ?), sur le ms. fr. 25458. Nous savons d’ailleurs, que Charles d’Orléans cessa d’écrire vers la fin de cette année. Il souffrait de la goutte et sa vue baissait. Vit-il jamais la belle et fautive copie que l'on fit de ses cahiers vers ce temps-là (ms. fr. 1104)? Aurait-il témoigné quelque regret qu’elle fût en désordre ?

Nous avons fait de notre mieux pour restituer la suite de ces poèmes, tout en convenant que pour les poésies de Charles d’Orléans, comme pour les Pensées de Pascal, le plus sûr serait un fac-similé photographique.

Lorsqu'on a reconnu le caractère autobiographique de ces poèmes, la tentation est forte de les grouper dans leur suite sentimentale, d’enclore entre la grande préface qu’est la Retenue d’Amours et cette péroraison qu'est le Songe en complainte (novembre 1437), les ballades et les chansons que Charles écrivit un peu avant son exil et surtout durant sa captivité. Peut-on sans témérité reconstituer ainsi ce que Martin Le Franc appela « le livre qu’il fit en Englant », ce que M. Ch. d’Héricauit nomma « le livre de la prison » ? Je

1. Une fois de plus, nous devons maudire l’inconstance, le « nonchaloir » du bon Charles d'Orléans. Tantôt il numérote les pièces, tantôt les folios des cahiers de son libellus. Je dis les cahiers, car il semble bien que les collections de ses compositions rangées par genre ont dû exister. On a vu que le ms. fr. 25458 a été augmenté de plusieurs cahiers par son ordre. — I] faut ajouter enfin qu'au xvitr siècle, époque ou le ms. fut relié, par les soins du duc de La Vallière sans doute (il est couvert d’un maroquin vert qe l’on voit fréquemment sur ses livres), notre recueil a beaucoup souffert

u fait du relieur qui a rogné ses marges, enlevant pas mal d'indications précieuses, et interverti l'ordre de certains cahiers.

2. Le classement des rondeaux est particulièrement ardu. Le commencement de la collection et la fin seulement sont assurés.

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