‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 40 sur 160 · BALLADES · texte numérisé non relu

BALLADES

ELLE, bonne, nompareille, plaisant, [p.17] Je vous suppli, vueilliez me pardonner,

Se moy, qui sui vostre grace actendant,

Viens devers vous pour mon fait raconter.

Plus longuement je ne le puis celer s

Qu'il ne faille que sachiés ma destresse,

Comme celle qui me peut conforter ;

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

Se si a plain vous vois mes maulx disant, Force d’Amours me fait ainsi parler ; 10 Car je devins vostre loyal servant, Le premier jour que je peuz regarder La grant beauté que vous avez sans per, Qui me feroit avoir toute liesse, Se serviteur vous plaisoit me nommer ; 15 Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

Que me donnez en octroy don si grant, Je ne l’ose dire ne demander ; Mais s'il vous plaist que, de cy en avant, Charles d'Orléans 2

CHARLES D'ORLÉANS

En vous servant, puisse ma vie user,

Je vous supply que, sans me refuser, Vueilliez souffrir qu'y mette ma jeunesse ; Nul autre bien je ne vueil souhaïdier, .

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

UEILLIEZ VOz yeulx emprisonner, Et sur moy plus ne les giettés ;

Car quant vous plaist me regarder, Par Dieu, Belle, vous me tués, Et en tel point mon cueur mettés Que je ne sçay que faire doye, Je suis mort, se vous ne m'aidiés, Ma seule souveraine joye.

Je ne vous ose demander

Que vostre cueur vous me donnés ; Mais, se droit me voulés garder, Puis que le cueur de moy avés, Le vostre fault que me laissiés, Car sans cueur vivre ne pourroye ; .

Faictes en comme vous vouldrés,

. Ma seule souveraine joye.

Trop hardy suy d’ainsi parler, Mais pardonner le me devés Et n'en devés autruy blasmer Que le gent corps que vous portés, Qui m’a mis, comme vous veés, Si fort en l’amoureuse voye

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