‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 41 sur 160 · BALLADES, I, 20 — III · texte numérisé non relu

BALLADES, I, 20 — III

Qu'en vostre prison me tenés, Ma seule souveraine joye.

Ma Dame, plus que ne savés, Amour si tresfort me guerroye, Qu’a vous me rens ; or me prenés, Ma seule souveraine joye.

est grant peril de regarder Chose dont peut venir la mort,

Combien qu’on ne s’en scet garder Aucunes fois, soit droit ou tort.

Quant Plaisance si est d’accort Avecques un jeune desir, Nul ne pourroit son cueur tenir D’envoyer les yeulx en messaige ; On le voit souvent avenir Aussi bien au foul com au sage.

Lesquelz yeulx viennent raporter Ung si tresgracieux raport Au cueur, quant le veult escouter, Que, s’il a eu d’amer leffort, Encores l'aura il plus fort ; Et le font du tout retenir Ou service, sans departir, D’Amours, a son tresgrant dommage ; On le voit souvent avenir Aussi bien au foul comme au sage.

* CHARLES D'ORLÉANS

Car mains maulx lui fault endurer, Et de Soussy passer le port, Avant qu'il puisse recouvrer L’acointance de Reconfort, Qui plusieurs fois au besoing dort, Quant on se veult de lui servir ; Et lors il est plus que martir, Car son mal vault trop pis que rage.

On le voit souvent avenir Aussi bien au foul comme au sage. 30

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Amour, ne prenés desplaisir [p. 20] S’ay dit le mal que fault souffrir, Demourant en vostre servage ; On le voit souvent avenir Aussi bien au foul comme au sage. 35

OMMENT se peut un povre cueur deffendre, Quant deux beaulx yeulx le viennent assaillir ? Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre, Et les yeulx sont bien armez de plaisir ; Contre tous deux ne pourroit pié tenir : $ Amour aussi est de leur aliance ; Nul ne tendroit contre telle puissance.

Îl lui couvient ou mourir ou se rendre, Trop grant honte lui seroit de fuir.

Plus baudement les oseroit attendre, tC S'il eust pavais dont il se peust couvrir; Mais point n’en a, si lui vault mieulx souffrir

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