‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 47 sur 160 · BALLADES, XII, 17 — XIV · texte numérisé non relu

BALLADES, XII, 17 — XIV

Pour avecques vous demourer, ous À qui je suis entierement.

Nul ne m'en pourroit destourber

Fors que la mort tant seulement.

Combien certes que je reçoy Tel mal que, se le vous disoye, 20 . Vous auriés, comme je croy, Pitié du mal qui me guerroye.

Car de tout dueil suis en la voye, Vous le povez assez penser, Et ay esté si longuement, 25 Que je ne doy riens desirer Fors que la mort tant seulement.

Belle, que tant veoir vouldroye, Je prie a Dieu que brief vous voye; Ou s’il-ne le veult accorder, p.31] Je lui suply treshumblement Que riens ne me vueille donner Fors que la mort tant seulement.

UELLES nouvelles, ma maistresse ?

Comment se portent noz amours ?

De ma part je vous fais promesse Qu'en un propos me tiens tousjours, Sans jamais penser le rebours : s C'est que seray toute ma vie Vostre du tout entierement ;

CHARLES D'ORLÉANS

Et pour ce, de vostre partie, Acquittez vous pareillement.

Combien que Dangier et Destresse Ont fait longuement leurs sejours Avec mon cueur, et par rudesse Luy ont moustré d’estranges tours, (Helas ! en amoureuses cours,

C’est pitié qu’ilz ont seigneurie) Si mettray paine que briefment

Loyaulté sur eulx ait maistrie :

Acquittés vous pareillement.

Quoyque la nue de Tristesse

Par un tong temps ait fait son cours, Aprés le beau temps de Lyesse Vendra qui donnera secours

À noz deux cueurs, car mon recours J'ay en Espoir, en qui me fie,

Et en vous, Belle, seulement :

Car jamais je ne yous oublie ; Acquittés vous pareillement.

Soiés seure, ma doulce amie, Que je vous ayme loyaument.

Or, vous requier et vous supplie, Acquittiez vous pareillement.

ELLE que je tiens pour amye, Pensés, quelque part que je soye, Que jamais je ne vous oublie ; |

BALLADES, XIV, 8 — xvI, 6

Et pour ce prier vous vouldroye, Jusques atant que vous revoye, Qu'il vous souviengne de cellui Qui a trouvé peu de mercy

En vous, se dire je l’osoye.

Combien que je ne dye mie Que n’aye receu bien et joye, En vostre doulce compaignie, Plus que desservir ne sauroye, Non pour tant, voulentiers j'auroyÿe Le guerdon de loyal amy, Qu’oncques ne trouvay jusqu'a cy En vous, se dire je l’osoye.

Je vous ay longuement servie, Si m'est advis qu’avoir devroye Le don que de sa courtoisie Amour a ses servans envOye ; Or faittes qu’estre content doye, Et m'accordez ce que je dy,

Car trop avez refus nourry En vous, se dire je l'osoye.

A Dame, vous povez savoir . Les biens qu’ay euz a vous servir!

Car, par ma foy, pour dire voir, Oncques je n’y peuz acquerir Tant seulement un doulx plaissir, Que, sitost que je le tenoye, Charles d'Orléans

CHARLES D'ORLEANS

Dangier le me venoit tolir Ce peu de plaisir que j’avoye.

Je n’en savoye nul avoir Qui peust contenter mon desir, 10 Se non quant vous povoye voir, Ma joye, mon seul souvenir.

Or m'en a fait Dangier banir, Tant qu’il fault que loing de vous soye, Par quoy a fait de moy partir te Ce peu de plaisir que j’avoye.

Non pas peu, car de bon vouloir Content m'en devoye tenir, En esperant de recevoir

Un trop plus grant bien avenir; 20 Je n’y cuidoye point faillir, À la paine que g’y mettoye ; [p. 34]

Cela me faisoit enrichir Ce peu de plaisir que j’avoye.

Belle, je vous vueil requerir : 2$ Pensés, quant serés de loisir, Qu'en grant mal, qui trop me guerroye, Est tourné, sans vous en mentir, " Ce peu de plaisir que j’avoye!

AVII

N ce joyeux temps du jour d’uy Que le mois de may ce commence, Et que l'en doit laissier Ennuy,

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