‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 92 sur 160 · BALLADES, LXXVIL®, [6 — LXXIX, II · texte numérisé non relu

BALLADES, LXXVIL®, [6 — LXXIX, II

Or. bannissiez de vous toute peresse, Ennuy, soussy avec merencolie, [p. 206] Car froit yver, qui ne veult que rudesse, Est desconfit et couvient qu’il s’en fuye; Avril et May amainent doulce vie Avecques eulx; pour ce, soyez soingneuses De recevoir leur plaisant compaignie 15 Pour resveillier voz pensees joieuses.

Venus aussi, la tresnoble Deesse, Qui sur femmes doit avoir la maistrie, Vous envoye de confort a largesse, Et Plaisance de grans biens enrichie, 20 En vous chargeant que de vostre partie | Vous acquittiés sans estre dangereuses :

Aidier vous veult, sans que point vous oublie, Pour resveillier voz pensees joyeuses!

D IEN moustrez, printemps gracieux, De quel mestier savez servir,

Car yver fait cueurs ennuieux Et vous les faictes resjouir ; Si tost, comme il vous voit venir, 5 Lui et sa meschant retenue Sont contrains et prestz de fuir, À vostre joyeuse venue.

Yver fait champs et arbres vieulx, Leurs barbes de neige blanchir, . 10

Et est si froit, ort et pluieux, Clarles d'Orléans 9

CHARLES D'ORLÉANS

Qu’emprés le feu couvient croupir.

On ne peut hors des huis yssir, [p. 207] Comme un oisel qui est en mue; Mais vous faittes tout rajeunir, 15

À vostre Joveuse venue.

Y ver fait le souleil, es cieulx, Du mantel des nues couvrir ; Or maintenant, loué soit Dieux, Vous estes venu esclersir 20 Toutes choses et embellir ; Yver a sa peine perdue, Car l’an nouvel l’a fait bannir, À vostre Joyeuse venue ! |

E fu en fleur ou temps passé d'enfance, Et puis aprés devins fruit en jeunesse ;

Lors m'abaty de l'arbre de Plaisance, Vert et non meur, Folie, ma maistresse.

Et pour cela, Raison qui tout redresse < À son plaisir, sans tort ou mesprison, Ma a bon droit, par sa tresgrant sagesse, Mis pour meurir ou feurre de prison.

En ce j’ay fait longue continuance, Sans estre mis a l’essor de Largesse ; 10 J'en suy contant et tiens que, sans doubtance, C’est pour le mieulx, combien que par peresse Deviens fletry et tire vers vieillesse.

BALLADES, LXXIX, 12 — LXXX, II 131 Assez estaint est en moy le tison De sot desir, puis qu’ay esté en presse 1$ Mis pour meurir ou feurre de prison. [p. 208]

Dieu nous doint paix, car c’est ma desirance !

Adonc seray en l’eaue de Liesse

Tost refreschi, et au souleil de France

Bien nettié du moisy de Tristesse ;

J'attens Bon Temps, endurant en humblesse.

Car j'ay espoir que Dieu ma guerison | Ordonnera; pour ce, m’a sa haultesse

Mis pour meurir ou feurre de prison.

Fruit suis d’yver qui a meins de tendresse Que fruit d’esté; si suis en garnison, Pour amolir ma trop verde duresse, Mis pour meurir ou feurre de prison !

UEUR, trop es plain de folie.

À Cuides tu de t'eslongnier Hors de nostre compaignie, Et en repos te logier ? Ton propos ferons changier :

Soing et Ennuy nous nommons.

Avecques toy demourrons, Car c’est le commandement De Fortune, qui en serre T’a tenu moult longuement Ou royaume d’Angleterre.

CHARLES D'ORLÉANS

Dy nous, ne congnois tu mie

Que lestat de prisonnier [p. 209] Est que souvent lui ennuye,

Et endure maïnt dangier 1$ Dont il ne se peut vengier ?

Pour ce, nous ne te faisons :

Nul tôrt, sete gouvernons

Ainsi que communement

Sont prisonniers pris en guerre, 20 Dont es l’un presentement

Ou royaume d'Angleterre.

En lieu de Plaisance lye, Au lever etau couschier, Trouveras Merencolie ; 25 Souvent te fera veillier, La nuit et le jour songier.

Ainsi te guerdonnerons, Et es fers te garderons De Soussy et Pensement; 30 Se tu peuz, si te defferre! | Par nous n'auras autrement Ou royaume d'Angleterre.

OUVELLES ont couru en France Par mains lieux que j’estoye mort ; Dont avoient peu deplaisance Aucuns qui me hayent a tort; Autres en ont eu desconfort, ç

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