‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 10 sur 25 · DE MAÎ.1IERI5R · texte numérisé non relu

DE MAÎ.1IERI5R

récita les six vfrs <|ii(î vous Moiivcre/ en ce paquet : il avoit une pique en la main, (pTil mania en fils de maître. Ils avoient tous deux des liauts-de-chausses , dojit ils . (itoient, à mon avis, merveilleusement empêchés; aussi '-^ les quittèrent-ils tout aussitôt en reprenant leurs robes. Madame Chrétienne ne parut sur le théâtre qu'en la fin du dernier acte, où elle dit un mot, seulement pour en être connne les autres : voilà tout ce que vous en saurez de moi. A mon retour, je m'en allai au Palais , où je trouvai cette lettre de Bardai, ^^ui me f t présentée comme nouvelle; elle l'est à la vérité pour moi, je ne sais si elle le sera pour vous : quoi qu'il en soit, elle me semble fort bonne. Adieu, monsieur; aimez votre serviteur très affectionné.

Charlemagnc, Léon , Roger et Bradamante,

Sont de gaze et carton à la couiédiante;

Je suis le vrai crayon des illustres Césars :

Des lis j'arborerai les braves étendards.

Dn Gange jusqu'au Rhin, et sur les bords d'Afrique,

Pour mon petit papa (i) donnerai coups de pique.

Vous verrez bien que ce ne sont pas vers d'un bon maître; mais puisqu'ils ont eu l'honneur d'être prononcés par la bouche d'un si grand prince, j'ai pensé que vous prendrez plaisir de les voir: je les ai retenus par cœur, et crois que c'a été fidèlement ; quoi que c'en soit , s'il y a du change, il ne sauroit être bien grand. J'oubliois à vous dire qu'ayant achevé de prononcer ces vers , il tenoit une pique qu'il branla vers la compagnie de si bonne grâce, que cette action, et un petit saut qu'il fit

(i) C'est le roi qu'il appelle son petit papa.

?,i8 LETTRES

en achevant, lui attira un monde de bénédictions. Dans peu de jours, M. le chevalier de Vendôme partiia pour s'en aller à Malte; je crois que vous le verrez en Provence,

AU MEME

A Paris, ce i4 d'août iGri.

Monsieur,

Il y a six semaines que je n'ai eu de vos lettres, ce sont beaucoup d'arrérages ; pour cela je ne laisserai pas de hasarder encore celle-ci. Je m'en vais faire un petit voyage en Normandie; si durant ce temps-là je ne vous écris si souvent, et peut-être point du tout, ne vous en étonnez pas , la difficulté des commodités en sera cause. Pour mon affection , vous en ferez toujours le même état ; je la porterai où je vais, et la rapporterai telle que je la vous ai dédiée. Nos nouvelles sont petites. M. le marquis d'Ancre partit vendredi , accompagné d'environ sixvingts chevaux; la moitié revint d'une lieue d'ici, et le reste est allé avec lui. Il sera à Amiens aujourd'hui , et y séjournera trois à quatre jours; de là il s'en va à Ancre voir son marquisat, puis s'en revient à Péronne^ et de Péronne à Paris. Tout son voyage ne sera pas de quinze jours. Mesdames les princesses doivent être aujourd'hui à Cadillac où M. d'Espernon les fêtera ; de là elles s'en reviennent ici , et d'ici s'en vont en Flandre voir madame la princesse d'Orange. Vendredi dernier M. Le-

fôvre coinnKMua Tcxcic icc de sa ( liar.;;('; il lut pn'sciiK! au roi [)ar lu reine, M. le comte de Soissons, M. le eliuiirelicr, M. de Villeroi, M. le président Jeannin et M. de Sonveray, dans le petit tahinet de la reine. La reine fit la liaran;;ne, INI. le cliancelii'i- y ajouta <|uelques paroles à la louanj^e de M. Lefévre, et promit au roi (pie bientôt, et sans Tennuyer, il Tauroit rendu savant. Le roi répondit (]ue de son côté 11 tâelieroit de faire son devoir. De là ils montèrent au cabinet des livres , où M. Florence fit la leçon [m roi en^'j^résencè de M. Lefévre, qui ne dit jamais un mot , mais se contenta de voir comme il étoit avancé, et de quelle façon on le faisolt étudier. A cette leçon il n'y eut personne présent que le vidam-e du Mans, par qui je m'en suis fait conter Tbistoire. M. de Bressure n'est point encore hors de sa brouillerie avec M. de Savinge; quoi qu'il en soit, depuis trois à quatre jours Ton n'informe plus. On parle diversement de l'affaire du comte de Brème et du marquis de Nesle; qui tient qu'on leur accordera le combat, qui tient que non. Je ne sais oiÀ j'en suis. Baronville, fds de Montecot, est en effigie au bout du Pont-Neuf, pour le combat dont je vous ai écrit. Je crois que M. de Senas vous ira bientôt porter des nouvelles de Saumur: on nous dit que tout s'y est passé au contentement de leurs majestés. Adieu, monsieur; je suis votre serviteur très humble.

u-io LETTRES

A Caen, ce 21 août 161 1.

Monsieur ,

J'ai reçu vos nouvelles avec le contentement que je devois, pourcequ'elles viennent d'un bon auteur, et qu'elles m'assurent du bon succès des affaires du roi, qui est toujours une des principales passions des gens de bien , même en une cause si juste comme celle qui est aujourd'hui sur le tapis. Je voudrois bien pouvoir prendre quelque revanche de tant de faveurs ; mais que peut une fortune petite comme la mienne, et en un lieu écarté comme celui où je suis? J'attendrai le changement de l'un ou de l'autre. Cependant je vous envoie un petit extrait que j'ai fait d'un cahier en parchemin que MM. les religieux de cette abbaye de Saint-Étienne m'ont fait voir. Ce qui m'y a semblé de meilleur est ce que je vous envoie; le reste ne sont que dotations qui leur ont été faites. J'ai aussi entre mes mains deux cahiers en parchemin dont le titre est , Incipiunt epistolœ Lamfranci Dorobernemis archiepiscopi. Mais il n'y a que huit feuillets en l'un, et quatorze en l'autre. Si vous desirez les voir, je les vous enverrai; sinon, je les leur rendrai. Je suis très marri que je n'aie quelque chose de plus digne, et qui donne plus de prétextes à mes importanités ; mais , s'il vous plaît , vous m'excuserez avec la même courtoisie dont vous m'obligez. Bonjour,

DE MALHERBE. -x-m

monsieur; votre serviteur très humble et très affectiouué.

Je vous supplie, monsieur, m'apprendre ce que c'est que Taffaire de M. Arnaud.

« Eo temporc quo genti Normannorum comes Wilhehn praeerat, qui et Anglos postmodùm suo subjugavit imperio, princeps idem, sanctâ devotione praeventus, ecclesiam perpulchram et perainplam in honore sancti protomartyris Stephani, in loco qui Cadomus dicitur, construi fecit. Quâ ex parte decentcr constructâ, virum valdè scientiis imbutum, nomine Lamfrancum, de prioratu Becci, ad hoc opus perficiendum accepit, et eum ecclesiae quam construebat abbatem prsefecit. Sed cùm non multo post comes idem Angliam sibi armis subjugasset, abbatem eumdemtotius Angliae archiepiscopum primatem constituit; in loco vero ejus alium, nomine Wilhelmum , ejusdem ecclesiae monachum , abbatem substituit. In cujus tempore cùm praedictam mirificè consumasset ecclesiam, convocatis in unum Normannorum episcopis et principibus , accito quoque de transmarinis partibus archiepiscopo Lamfranco, ecclesiam ipsam in honore gloriosissimi martyris Stephani dedicari fecit; et quaecumque illi nunc dabit vel anteà dederat, suâ suorumque auctoritate , filiique ac principum , in perpetuum habenda firmavit. Reliquias quoque pretiosissimi martyris Stephani pretio non parvo adquisivit : unam videlicet particulam de brachio ipsius, quod in civitate Bysantiâ habetur, et unà ampullulam de sanguine illo qui de eodem brachio miré et veraciter fluxisse nairatur.

Capillorum etiani partem cum corio capitis, et lapide quo ipse martyr percussus fuit, rex idem gloriosus alio tempore comparavit. Qui videlicet capilli adhùc ita sunt pulchri et candidi, quasi modo de ejus capite fuissent incisi; servantur autem in quodam pulcherrimo vasculo de crystallo indusi. Est itaque totum pulchrum : capilli albi et pulchri; lapis etiam undè percussus fuit albus, vas pulchrum et album; et aspicientibus rem adeô pulchram, magnam faciunt admirationem. Tanto igitur thesauro comparato, beatissimi martyris Cadomensis ecclesia propriis margaritis, sui scilicct Stephani reliquiis, est adornata. Cùm autem postmodùm abbatem Wilbelmum Cadomensem rex fieri decrevisset archiepiscopum Rothomagensem, alium quidem, nomine Goslebertonem, in loco illius subrogavit. Sed nonmulto post tempore idem rex huic vitae finem fecit : quamdiù tamen rébus humanis interesse potuit , dilectne sibi ecclesiae indefessus procurator permansit, et quos ibi congregaverat monachos paterno affectu fovit et dilexit. Cùm vero diem niortis suae sibi imminere sensisset, praecepit regni sui principibus, ut corpus illius Cadomum déferrent, atque in ecclesiâ sui dulcissimi doniini, sancti scilicet Stephani, sepelirent. Piùncipes autem illius, sicut praeceperat, cùm defunctus fuisset, eum Cadomum attulerunt, atque in ecclesiâ sancti Stephani, quam ipse construxerat, coràm oculis monachorum suorum, qui de illius eleemosynâ vivunt, sepelierunt. Hoc autem ideo factum est, ut tantô dulciùs pro anima illius misericordiam Creatoris exorarent, quanto frequentiùs in praesentiâ suâ corporis illius sepulturam qui eos ibi congregaverat inspicerent. » Ce que dessus est en un cahier de parchemin conte-

DE MAIJIi:i{l',K. 223

liant liiiil: feuillets, en \:\ (|iia(((i/,i(Mnc pag;e, et vient jiis- (jn'à la inoitic; (le la (jnin/.iènie. dette pièce est la dernière do eelleri ([iii sont andit cahier: elle n'a point de titre; les précédentes sont donations faites à ladite abbaye, tant par ledit (înillannu; que plusicnrs autres. L'écriture est fort ancienne, et toutefois si lisibhî qu'il n'y a rien dont l'on [)uisse douter.

AU MEME

A Paris, ce 9 de novembre 161 1.

Monsieur ,

Pardonnez à ma paresse ; je ne sais si je me flatte, mais je la trouve assez bien fondée pour cette fois. Je ne suis de retour en cette cour que depuis trois ou quatre jours, et d'ailleurs je ne vois rien à votre goût ni au mien. J'ai passé toute la journée au Louvre pour y apprendre quelque chose qui valut vous entretenir; mais j'en suis revenu comme j'y étois allé. M. le comte de Soissons est parti ce matin pour s'en aller tenir les états à Rouen; ildevoit aujourd'hui voir madame de Lorraine ; toutefois il est parti devant qu'elle fût levée. Monseigneur le prince est ewcore à Vallery. On s'en va dans deux ou trois jours à Saint-Germain pour faire voir Messieurs et Mesdames à madame de Lorraine. Tout cela ne sont pas grandes nouvelles , mais c'est tout ce que vous aurez : si j'en avois de plus sérieuses , je vous les aul'ois racontées pour vous récompenser de celles que

vous m'avez données de la guérison de M. le premier président. Je m'en réjouis de tout mon cœur; mais il me déplaît fort de tant de rechutes. On m'a dit qu'il impute son mal à la demeure du palais ; pour moi je crois qu'il le faut chercher aux humeurs mélancoliques où il semble qu'il prenne plaisir à s'entretenir : on peut bien penser au public et ne se négliger pas|; ce ne sont pas deux soins contraires. C'est à vous, qui êtes auprès de lui, et qui l'aimez, de lui en faire des reproches et l'exhorter à s'aimer plus qu'il ne fait; ce n'est pas tout que d'aller au terrou de Marseille , il y faut aller avec un esprit libre et déchargé d'affaires. Je lui écrirai par la première voie. Cependant il saura, s'il vous plaît, de vous que je lui baise très humblement les mains et que je suis son très humble serviteur, comme à vous je vous serai obligé et très affectionné.

Vous m'écrivez que vous attendez un cardinal Ducain; je ne sais qui il est.

AU MÊME

A Paris, ce 25 de novembre i6ii.

Monsieur ,

Encore que depuis trois mois je n'aie reçu qu'une lettre de vous , ne me veux pas imaginer que vous ne m'aimiez comme de coutume; mais vous avez cru que j'étois encore en Normandie, qui est, à vous autres messieurs de Provence, être quasi hors du monde. J'en suis de re-

Dl<: MALFJEHBE. ^.2^

tour depuis environ trois semaines, et vous ai écrit par Valentin, saus nouvelles toutclois, comme je fais encore à cette heure. Ce fut alors pourceque je n'en avois point, et aujourd'hui c'est que de la piiucipalc nouveauté que nous ayons, qui est l'enterrenuMit tait ce matin de feu Monseifjneur, je ne vous puis rien due, pour n y avon^ pas été , et que M. de Valves, qui a eu cette curiosité d'y aller, vous en fera, comme il fait de toutes choses, le discours assez particulier. Cette cour a plaint la mort de ce prince , et pour être ce qu'il étoit , et pour les grandes espérances qu'en avoient fait concevoir je ne sais quels signes qui furent vus à Fontainebleau à sa nativité. Mais la douleur de la mort du feu roi est si récente , qu'après cela il semble que toutes nos plaies ne puissent jamais être prises que pour des égratignurcs. Mademoiselle de Montpensier fut hier voir la reine avec le grand deuil , c'est-à-dir') voile , nages, et tout l'équipage que les veuves portent ordinairement. La reine la reçut avec toutes sortes de caresses, et ^a dispensa de porter cet habillement , pourcequ'il la chargeoit trop. A son entrée , la reine s'émut, et porta le mouchoir au visage; tant y a qu'elle est de nouveau promise à Monseigneur qui est à cette heure. De quoi la reine l'assura qu'elle ne seroit pas tant respectée que de feu Monsieur, d'autant quil ne la baisoit jamais sans lui demander conPjé , et que celui-ci n'en feroit pas de même. La citadelle de Bourg n'est point encore bas, quoique la commission en soit expédiée il y a déjà quelques jours. Vous avez ouï dire qu'on la bailleroit à M. d'Arquien au lieu de Calais : ce bruit-là , qui avoit cessé, a recommencé sourdement aujourd'hui. M. de Termes étoit allé voir s'il auroit raison de M. de

22b LETTRES

Boysse, de quelque discours qu'il prétend qu'il a tenu à son préjudice : Ton a nouvelle aujourd'hui qu'il est arrêté. Il y a en Berry une petite rumeur d'un nounné Vatins qui, pourceque l'on avoit pris quelques faux-sauniers en ses terres , a , par représailles , ar^'-été le fils de M. Robin , et le tient encore. Le conseil a donné arrêt contre lui , par lequel il est dit que sa maison sera rasée. Pour moi, je crois qu'il aura son pardon, pourceque des principaux d'auprès de la reine sont ses parents. Tant y a que cela n'est rien; je le vous ai voulu dire afin qu'à l'accoutumée on ne vous fasse pas d'une mouche un éléphant. Adieu , monsieur ; il ne me reste plus rien à vous dire. Je suis toujours votre très humble et très affectionné.

AU MÊME

A Paris, ce 7 février 16 12.

Monsieur ,

Je ne vous écris que pour vous tancer; ce n'est plus paresse qui vous tient, c'est un pur oubli : si celle-ci ne vous réveille du profond sommeil où vous êtes depuis trois ou quatre mois , je suis résolu de vous laisser dormir jusqu'au jour du jugement. M. de Pybrac, qui s'en va à Aix pour un procès qu'il a contre son frère, vous contera des nouvelles du monde; il en est : sa suffisance m'en dispense, et puis M. de Valves, à mon avis, y apporte assez de diligence pour ne vous laisser rien désirer de ce côté-là. Je l'ai envoyé avertir de cette commodité,

DK MALHFJUiE. 2:^7

ponrcequeje la crois bonne, sure, et. prompte; mais mon homme ne l'a point trouvé. Le doute que j'ai qu'il ne le sache pas me fait enhardir à vous envoyer un petit livret qui s'est (ail par un docteur de Sorbonne nommé Ilicher, De la puissance ecclésiastique et politique : la cour de parlement l'a tellement {joûté, qu'elle l'a fait mettre au greffe. Mandez-moi ce qu'est la santé de M. le premier président, je vous en conjure; je ne lui écris point pour cette fois; je suis pourtant, connne toujours, son très humble serviteur et le vôtre très affectionné.

M. de Pybrac est un de mes amis; je ne puis vous le recommander mieux que de lui donner cette qualité. Bonsoir, monsieur. J'ai l'esprit brouillé en l'expectation de mon état ; cela m'empêche d'écrire à M. le président de La Cépéde; mais, s'il vous plaît, qu'il sache que je suis to"iours son très humble et très affectionné serviteur.

Il se va imprimer un recueil de lettres, où l'on me presse d'en mettre; si vous en avez quelques unes de qui le sujet le méritât, vous m'obligeriez de m'en envoyer la copie, comme de celles des noces de M. de Vendôme, de la mort du roi, et autres nouvelles. Si vous m'en vouliez écrire une ovi fût contenue bien au long l'histoire de messire Louis et de Madeleine de La Palud , je crois que cette narration contenteroit fort les lecteurs. Vous n^aurez que faire d'y mettre du vôtre que l'histoire : si vous m'en jugez digne, je vous relèverai de la peine du reste.

M. de Valves vous a aussi écrit le couronnement du

roi et les obsèques de feu Monsieur; s'il vous plaisoit en faire faire des copies, nous les mettrions avec les autres, et les mettrions en équipage de coniparoître. Adieu , monsieur, excusez ma liberté; et si vous voulez que votre nom soit tu, il le sera, mais je n'en suis pas d'avis.

AU MÊME

A Paris, ce 22 de novembre i6i3.

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