INSCRIPTION
L'an 1609 de la mort d'un seul pour le salut de tous, le vingtième du règne plus fleurissant de Henri IV*^ du
(i) Paraphe du roi qui étoit en forme de grille.
nom, monarque des François , roi des batailles , toujours auguste et victorieux, père et restaurateur deTétat de la France, et de la paix au monde, au troisième mois de Tannée, dont le nom est sacré à sa mémoire; Maximilien de Béthune, duc de Sully, marquis de Rosny , sire d'Orval, prince souverain de Boisbel, pair et grand-maître des armes et trésors de France, après trente années de services rendus à son roi et à sa patrie , en toutes les plus importantes occurrences^de paix 'i?t de guerre, comblé d'honneur et de gloire pour avoir secondé les hautes intentions de son généreux maître , fait prospérer ses affaires , banni la nécessité , rétabli l'ordre , les lois et l'abondance : pour monument à la postérité de choses si grandes, a jeté les solides fondements de cette ville de Henrichemont , dont la félicité doit être éternelle, puisqu'en son front reluit , en ses portiques et en ses fondements, la gloire des monarques , l'honneur des reines , l'espoir de la France, et l'élite des hommes.
AU MÊME
A Paris, ce 28 d'octobre 1609, à minuit.
Monsieur
Je suis bien marri que le paquet que j'envoyois par M. Le Gras de Toulon se soit perdu ; mais je n'en suis pas autrement en peine, pourceque je n'écris autre chose que des compliments à mes amis, et quelques nouvelles, s'il y en a encore; n'écris guère de choses qui puissent brouiller ni moi ni personne. Je suis extrêmement aise d'avoir
DE MALIÏRRBE. 93
su Iti fjiiérison <le M. le premier président devant que sa maladie : c'est une tristesse qui m'a été épaqijnée. J'aime et j'estime peu d'hommes au monde, et celui-ci est de ce petit nombre : tant que Dieu aimera le prochain , il le lui conservera ; carjc ne crois pas que ce fût une perte dont on pourroit dire, iino avulso non déficit alter. J'ai été cette après-dînée pour voir M. liebiez; je n'ai trouvé que mademoiselle Aleaume et mademoiselle Rebiez , auxquelles j'ai donné cette bonne nouvelle; ou, pour mieux dire, je la leur ai confirmée, car ils avoient déjà eu des lettres de M. le président. J'ai trouvé madame Rebiez en couches d'un fils, et par conséquent bien éveillée et toute prête d'en recommencer un autre. Ce discours me fait souvenir de la pauvre madame de Saint-Luc, qui est en travail depuis quatre heures du matin. La reine, qui s'informe pour son intérêt des grossesses et des couches, en a pailé tout du long de son souper, et, entre autres choses , a dit qu'elle croyoit que madame de Saint- Luc étoit plus mal qu'on ne lui avoit rapporté , mais qu'on avoit peur de l'étonner en l'état où elle étoit ; toutefois que, quant à elle, elle n'appréhendoit point cela, et qu'elle savoit bien qu'il n'en seroit que ce que Dieu en avoit ordonné. Il y a environ demi-heure qu'elle a envoyé un des garçons de sa chambre en savoir des nouvelles. Cela montre qu'elle y pense quelquefois. Dieu nous garde, s'il lui plaît, une si bonne reine. Elle est extrêmement grosse, et dit-on qu'elle ne le fut jamais tant. Elle dîsoit hier au soir qu'elle feroit une fdle , et que la chambre où elle devoit accoucher y étoit fatale; qu'elle y avoit fait madame Christine; que la reine Elisabeth y avoit fait sa fille, et en allégua encore quelques autres exemples.
Elle commence demain une dévotion de trois jeudis. Son pavillon, pour la mettre quand elle aura accouché, est déjà pendu et dressé à sa ruelle, et celui de son travail est pendu au haut du plancher, troussé dans une enveveloppe d'écarlate , comme Ton pend une tenture pour être toute prête à laisser choir quand on s'en voudra servir. Je ne vous ai entretenu que d'accouchées, mais c'est faute d'autres choses. Je vous entretiendrois bien d'un mariage dont Ton a fort parlé , et dont l'on parle fort en cette cour; mais ce sont choses qu'il n'y a moyen d'écrire. M. de Valves s'en doit aller bientôt. Si je sais, lorsqu'il partira, quelque chose de plus que le commencement de cette affaire ou de quelque autre, je le lui dirai pour le vous apprendre. Vous m'avez prié de savoir ce que l'on dit chez madame la comtesse de Sault touchant le testament. Je vous ai répondu que c'est une maison où je ne hante plus depuis la mort du pauvre comte; mais j'en ai parlé à des gens qui sont du conseil, qui disent qu'ils l'ont su avec le dedans; et un qui me connoissoit m'a dit qu'un nommé Blanc , qui fait les affaires de madame la comtesse , lui avoit dit qu'il ne donneroit pas cinq sous des droits de M. Devins : je ne sais ce qui en sera. Je vous mandai dernièrement que le marquis de Rosny et mademoiselle de Créqui avoient été mariés; mais je ne vous mandai pas que l'épousée fut menée avec la mante, qui ne lui fut mise qu'à Charenton. L'on dit qu'elle se fût gâtée dans le carrosse : cela est remarqué , pourceque cet honneur ne se fait qu'aux duchesses. M. de Sully lui donna un ameublement de chambre de velours cramoisi violet, sans or, et y avoit un dais qui ne se baille aussi qu'aux duchesses. Toutefois on dit que
DE MALHERBE. gS
tlepuis il l'a fait ôter. Je ne sais ce qui en est. Hier elle demanda Ir tahouri'l,au moins fut-il demandé pour elle. La i<'j)()ns(' ne fui pas faite siu-le-eliani[); je ne sais pas si on l'a faite aujourd'hui. L'édit des habillements, et tout plein d'autres , est réservé à cette Saint-Martin. Cela m'a fait ébahir de ce que vous m'écriviez que vous l'allie/, publier. Pour celui des duels, il est fort bien obéi , tellement qu'il n'a point encore été besoin d'en punir personne. Ce conte que l'on vous avoit fait du soufflet donné par le bourreau est une pure billevesée. J'avois donné charge à quelques relieurs de me trouver quelque gentil garçon qui reliât bien. Hier, Provence me fit parler à un qui me promit d'y aller. Je le ferai voir à M. de Valves , qui vous le mènera si bon lui semble. On m'a fort affirmé de sa suffisance, qui ne me fut suspecte qu'à faute de barbe. Ce sera peut-être de ces fruits hâtifs : hormis le défaut d'âge, je crois qu'il vous contentera, et que vous en jouirez comme vous voudrez. Adieu , monsieur; voilà pour cette heure tout ce que vous aurez de moi ; je m'endors , il est une heure. J'ai donné ce soir des vers au roi; M. de Valves en veut être le poiteur, sans cela vous les eussiez eus par le messager. Adieu encore un coup, monsieur; je vous baise humblement les mains, et suis votre très humble serviteur.
M. le général a fait ce soir la révérence à la reine, et dans son cabinet.
Noie incluse dans la lettre.
Le roi a été ici sept ou huit jours , et s'en est parti assez mal content de tous les sujets qui l'y avaient amené.
La marquise lui a fait des demandes qu'il n a pas jugé être à propos de lui accorder. L'on dit qu'elle demandoit cinq villes , dont Metz en étoit une ; on y met Caen , Calais, Antibes: mais de cela chacun en parle diversement. Tant y a qu'ils se sont séparés en mauvais ménage. Sa majesté a vu Néry, qui a consenti à tout ce qu'il a voulu; mais on dit que le roi ne s'y trouva pas bien disposé. Pour mademoiselle de La Haye, le roi n'a vu ni elle ni sa fille , dont elle est infiniment affligée. M. le connétable a dit franchement au roi qu'il ne pouvoit consentir au mariage de son fils avec mademoiselle de Verneuil, à cause du mal que fait la reine à madame la marquise. Pour mademoiselle de Vendôme, il la voudroit bien ; mais on doute que le roi ne l'a destinée ailleurs. Je vous en ai écrit ci-devant.
Madame de Mercœur , avec cette même liberté, a dit qu'elle supplioit très humblement le roi de ne lui parler plus du mariage de M. de Vendôme avec sa fille , parcequ'elle n'en vouloit point ouïr parler, et que de le faire étoit chose à quoi elle ne se pouvoit résoudre. M. de Sully , qui porta cette parole , lui remontra qu'il faudroit donc payer les cent mille écus de dédit. Elle a répondu que tout son bien est au roi, qu'il en fera comme bon lui sembleroit , qu'elle se contenteroit que le roi lui laissât, comme à sa mère , de quoi vivre. M. le comte de La Roche-Guyon perdit l'autre jour cent mille écus contre M. le prince de Joinville et M. de Termes. On lui fera composition; mais il lui en coûtera toujours trente ou quarante mille écus. Sa mère , madame de Guercheville , étoit malade à Fontainebleau. Si elle sait cette nouvelle , c'est pour la faire mourir; on dit que la reine la lui a dite.
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.le \oiis snpplii! do (iiirc mes Imiiihhs <'xriisps à M. du l'cnitM', cl (le lui iim n i ticr ce bi Ilot; car nous iTii nous inities lumvcllcs.
AU MÊME
Paris, ce ii di'ccmbrf; 1609.
Monsieur ,
J'aime vos lettres, pourcequ'elles sont vôtres et pourcequ'clles sont longues : c'est nie donner moyen de m'entretenirlon{j-temps avec vous, qui, hors d'y penser, n'en est pas un des moindres contentements que je saurois recevoir. Je vous écrivis dernièrement tout ce que nous avions de nouvelles; mais le temps en fait toujours naître quelques unes; entre toutes, celle du voyajje qu'est allé faire M. le prince en Flandre est la plus relevée, pour l'émincce de sa qualité. Il y eut samedi dernier huit jours que, sur l'heure de se coucher, il dit à madame la princesse sa femme ^u'il vouloit le lendemain aller voir une terre qu'il desiroit bien acheter, et qu'il n'en vouloit rien dire à personne, afin que l'on ne courût sur son marché, mais qu'il y pourroit séjourner quelques jours, et pour ce qu'elle fît porter des chemises. Le lendemain de grand matin ils montèrent en carrosse : elle, accompagnée des deux demoiselles Chamvert et Serteau ; et lui , du sieur de Rochefort et de cinq ou six autres gentilshommes ou officiers. Leur carrosse étoit attelé de six chevaux; toutefois on leur menoit des haquenées et des chevaux do trousse, afin de ne demeurer point, si d'aventure le carrosse se venoit à rompre. Ils arrivèrent le lundi au ma-
tin , environ les huit heures , à Landrecy, où ils se mirent au lit, comme en terre oùilsn'avoientplus de peur d'être poursuivis. Le roi s'émut à la première nouvelle de ce partement, qui lui arriva le dimanche au soir, et à l'heure même envoya après eux La Chaussée, exempt des gardes, puis incontinent après M. de Balagny , qui promit merveilles. Au matin , M. de Praslin fut envoyé avec le chevalier du Guet, d'Elbore, Rodelle, et quelques autres, jusqu'à dix ou douze. L'archer trouva M. le prince à Landrecy, où il pria le gouverneur de l'arrêter; ce qu'il fit. Mais ce que l'on croyoit qu'il fît pour gratifier le roi, c'étoit pour attendre les troupes que l'archiduc envoya tout aussitôt pour accompagner M. le prince, qui fut une compagnie de gens de cheval et de pied. M. le prince est allé à Breda , où il étoit à la dernière nouvelle que l'on en a eue. Il ne passa point à Bruxelles, et n'a point vu l'archiduc. Madame la princesse fut à Bruxelles , où M. de Praslin parla à elle et l'y laissa , attendant cinq ou six carrosses que l'archiduchesse lui envoya pour aller trouver monsieur son mari. M. de Praslin continua cependant son chemin vers M. le prince. Quels langages ils eurent ensemble, il ne se dit point encore. On vient de me dire présentement que M. de Praslin étoit arrivé; mais il est neuf heures du soir, de sorte qu'il n'y a point d'apparence d'en aller savoir des nouvelles. Demain nous les saurons tout à loisir; et s'il se présente quelque commodité de vous écrire, je les vous manderai tout aussitôt. Dieu sait comme les almanachs sont consultés sur «■es sujets; la plupart disent que les malavisés se ravisent; les autres parlent plus expressément, et disent qu'on reviendra d'un voyage entrepris par légèreté. Tant
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yj n que M. lo priii< c ayant pris Iv «licmin do la Mollaiule, corriine il fait, il n'y a point (l'apitarcncc rpTil ait aucun niaiivais dessein. Il lut pris il y a (picjcpics jours uti int'ssa{;('r cpTil eiivoyoit j)ar-de(;à, qui portoit (piciques Irttrcs et autres mémoires concernant ses affaires partiiuli('ros, mais rien d'où l'on put soupçonner rien de mal il propos. H a écrit à madame sa mère qu'il la prioit d'apaiser l'aiyreur du roi, et moyenner son appointement, pourvu que ce fût à son honneur. Il a écrit plus au lon{', à M. de Tliou qu'à personne. Il faisoit quelques excuses à M. le connétable de ne lui avoir pas dit adieu. Il écrivoit à M. le marquis de Cœuvres qu'il étoit marri que Balagny, de fjentilhomme, fut devenu prévôt, mais qu'il n'étoit pas de son {;ibier. M. d'Espernon est à Metz, qui a ôté de la citadelle le lieutenant de M. d'Arquier, pourcequ'il dit qu'il est capitaine, M. d'Arquier son lieutenant, et par conséquent qu'il ne lui faut point de souslieutenant; il a changé aussi quelques soldats : je le vous dis s^^lon la vérité, afin que l'on ne vous fasse pas croire quelque chose de plus. Madame la princesse de Conti, étant en sa litière, il y a quatre ou cinq jours, tomba, et se fit mal à la cuisse; mais, grâce à Dieu, son ventre se porte fort bien. La reine se porte fort bien de sa couche; mais elle est fort maigrie. On lui parla hier de son ballet, à quoi elle répondit que pour cette année il n'y auroit point de moyen , et qu'elle ne pourroit pas sortir qu'à la fin de janvier. La salle neuve de lArsenal fut étrennée dimanche dernier d'un ballet que firent douze galants de la cour; ils s'appeloient les fous armés : ils firent fort rire le roi , combien qu'il ne soit pas en trop bonne humeur. L'on m'a aujourd'hui montré un quatrain que je vous
loii LETTRES
communiquer à ceux que bon vous semblera. Je n'écris point à M. le premier président, pourceque je me suis retiré trop tard. Vous m'excuserez , s'il vous plaît , en son endroit, et lui ferez voir les vers que je vous envoie. Le sujet vous apprendra pour qui ils sont faits. Ils ont été extrêmement agréables , et m'ont fait renouveler fort belles promesses : Dieu sait quand j'en verrai quelque effet. Adieu , monsieur; le sommeil me presse. Avec plus de loisir, une autre fois vous aurez plus de discours.
POUR ALCANDRE(i).
Que d'épines, Amour, accompagnent tes roses! Que d'une aveugle erreur tu conduis toutes choses
A la merci du sort !
Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire ! Et qu'il est malaisé de vivre en ton empire
Sans désirer la mort 1
Il est vrai que je sers une jeune merveille En rares qualités à nulle autre pareille,
Seule semblable à soi; Et, sans faire le vain, mon aventure est telle Que de la même ardeur que je brûle pour elle
Elle brûle pour moi.
Mais parmi tout cet heur, ô dure destinée !
De quels tragiques soins, comme oiseaux de Phinée.
Me sens-je dévorer !
Et ce que je supporte avecque patience, Ai-je quelque ennemi , s'il n'est sans conscience ,
Qui le vît sans pleurer?
(i) Ces vers sont ceux qui se trouvent page 121 de notre édition des Poésies; le lecteur trouvera ici quelques variantes que nous avons cru devoir conserver.
DR MALIIERBF. io3
î/os vonis on !()( riiii laiil <!»• >aj>iies n'irrifrnt Connue j'ai (ic> penser!» «{ui lous nie solliritent
iVun funeste dessein, •le no trouve la paix qu ;i me faire la pucrre; Et si lenfer est fable au «cnlie de la terre,
Il est vrai dans mon sein.
Depuis que le soleil est dessus l'hcmisphère,
Qu'il monte ou qu'il descende, il ne me voit rien faire
Que plaindre et soupirer.
Des autres actions j'ai perdu la coutume; Et ce qui s'offre à moi, s'il n'a de l'amertamc,
Je ne puis l'endurer.
Comme la nuit arrive , et que par le silence Les tempêtes du jour cessent leur violence,
L'esprit est relâché , Je vois de tous côté.Si en la terre et dans l'onde, Les pavots qu'elle sème assoupir tout le monde.
Et n'en suis point touché.
S'il m'advient quelquefois de clore les paupières , Aussitôt ma douleur, en nouvelles manières,
Fait de nouveaux efforts ; Et de quelque souci qu'en veillant je me ronjje. Il ne me trouble point comme le meilleur songe
Que je fais quand je dors.
Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime, M'apparoît à l'autel, ou, comme une victime,
On la veut égorger j Tantôt je me la vois d'un pirate ravie, Et tantôt la fortune abandonne sa vie
A quelque autre danger
toi LETTRES
En ces extrémités, la pauvrette s'écrie : Alcandre, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie,
Du malheur où je suis !
La fureur me saisit , je mets la main aux armes; Mais son destin m'arrête, et lui donner des larmes
Est tout ce que je puis.
Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure Pour une affection' que je veux qui me dure
Au-delà du trépas.
Tout ce qui m'en dit mal offense mon oreille, Et qui veut m'aflliger, il faut qu'il me conseille
De ne m'affliger pas.
On me dit qu'à la fin toute chose se change.
Et qu'a-vecque le temps les beaux yeux de mon ange
Reviendront m'éclairer.
Mais voyant tous les jours ses chaîn'^s se restreindre, Désolé que je suis, que ne dois-je point craindre,
Ou que puis-je espérer?
Non, non, je veux mourir ; la raison m'y convie; Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie
Ne peut être plus beau; Et le sort, qui détruit tout ce que je consulte, Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte
N'aura paix qu'au tombeau.
Ainsi le grand Alcandre, aux campagnes de Seine, Faisoit, loin de témoins, le récit de sa peine.
Et se fondoit en plei:rs :
Le ciel en fut ému, les astres se cachèrent, Et la rive du fleuve, où ses pieds la touchèrent.
Perdit toutes ses fleurs.
DE MAr.iiFnnr.. io5
J 0 me viens de souvenir (iiTcn votre tU'rniôre lettre vous Mie disiez qu'on fuisoit par-delà des contes des amours <l'uu homme de robe loii^jue et d'une belle veuve. Je vous jmc, monsieur, que ce m'est une énigme. Vous savez qu'en cette cour on ne parle point de gens qui portent cet habit-là, et que, parmi nos galants, il leur seroit malaisé d'avoir bonne grâce auprès des dames. Si vous m'en écrivez plus clairement, j«,\vous eu ferai réponse plus particulière; mais, sans autre plus grande information, je vous puis dire qu'il ne se parle de rien à la cour qui soit ni près ni loin de ce que l'on vous en conte par-delà. Vous m'obligerez de me mander ce que c'est, afin que j'en rie comme je crois que vous en riez. J'ai tourné les yeux sur toutes les veuves de la cour, mais je n'y vois rien où je puisse soupçonner aucune recherche d un homme de la qualité dont vous m'écrivez. J'ai montré votre lettre à M. de Valves , qui en est aussi en peine comme moi; mais il n'y est pas tant comme pour la colère où vous êtes contre lui : je lui ai dit, et sais bien que j'ai dit vrai, que ce sont plaintes d'amour que les vôtres. Je m'assure que l'arrivée de M. de Bougean par-delà vous aura satisfait sur tout ce dont vous vous plaignez, et vous aurez recuparluitoutcequevousdesirez.il y a long-temps qu'il le vous eût envoyé ; mais toutes personnes ne lui sembloient pas capables de porter sûrement et fidèlement des choses dont vous faites tant de cas. Pour le peu de fois que vous dites qu'il vous a écrit, il m'a juré que depuis son retour, et sur-tout depuis que la fin de son affaire lui a donné quelque relâche, vous devez avoir eu plus d'une douzaine de ses lettres, si bien que je suis d'avis que la paix soit faite entre vous. Je vous avois dit
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que ma lettre seroit courte , faute de loisir; mais je me démens pour le plaisir que j'ai de parler avec vous. Dieu veuille, monsieur, que ce soit quelque jour en présence, et cependant croyez que je n'estime amitié au monde plus que la vôtre : vous me la conserverez , s'il vous plaît , comme à votre plus humble et plus affectionné serviteur à jamais.
M. de Boutteville revint samedi de Bruxelles, où il étoit allé vers madame la princesse de la part de M. le connétable et de madame d'Angoulême. Il porta trois cents pistoles à madame de la part de M. son père. Je vous écris ceci pourceque je sais bien que l'on vous contera l'affaire autrement. Il ne pensoit pas trouver M. le prince à Bruxelles; mais il y arriva, revenant du voyage qu'il avoit fait à Liège et à Juliers. // ne reçut guère bonvisage de lui, et, pour sa peur, n avoit guère mérité du roi à son retour. Cela ne se sait point : bien a-t-on ouï tout haut que le roi lui témoignoit qu'il n'avoit pas été bien servi , ou bien qu'il avoit été fort sage. Ce brave gentilhomme est fort serviteur de sa majesté : il a fait ce qu'il a pu ; mais les grands ne trouvent rien bon , si les choses ne s'accordent à leur gré , et ne louent rien que par l'événement. Madame la princesse douairière avoit envoyé son écuyer, M. Miette , à M. son fils , cpii revint il y a trois ou quatre jours. Il lui écrivit qu'il s'étoit retiré en Flandre pour de bons sujets, et que s'il traitoit, il feroit toujours plus pour elle que pour nul autre. Je ne l'ai point vue depuis le retour de Miette, voilà pourquoi je n'en sais pas davantage. Bien fut-elle au Louvre, il y a deux jours, supplier sa majesté de lui permettre d'aller
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voir M. sou lils; mais le loi ne la pas trouvé bon. L'on pari»; d'y rtMivoyer M. li; niurqiiis de Cœuvres, L on dit qu'il demande trois places en son gouvernement de Guyenne : lilaye , le Château-Trompette et Bayonne. Il reçoit jusqu'ici force honneur et caresses là où il est; aussi s'est-il habillé à l'espagnole. L'archiduc lui donne, et à madame sa femme, de l'exercice : elle fut voir l'infante, qui alla dix ou doute pas au-devant d'elle , la fit marcher à sa main droite jusque sous le dais, où elle lui fit bailler deux carreaux; car de tabouret il ne s'en parle point, et l'infante même n'a que des carreaux. L'infante lui loua fort sa beauté , et lui dit qu'elle l'estimoit encore plus pour avoir suivi son mari que pour tout le reste, que la plus grande beauté d'une femme étoit d'obéir à son mari et de préférer son honneur à toutes choses. Elle s'étendit fort sur ce discours. On y ajoute qu'un jour qu'elle l'étoit allée voir, je ne sais si ce fut cette foislà ou une autre , elle lui dit qu'elle lui vouloit faire voir comme elle traitoit celles qui n'étoient pas sages , et qu'en la présence d'une grande assemblée de dames elle fit fouetter une de ses dames ( c'est ce que nous appelons filles en France) qui sans son congé avoit reçu un poulet d'un cavalier espagnol. Madame la princesse fut visitée par l'archiduc; elle le vint recevoir au bas du degré ; il alla toujours avec elle le chapeau en la main jusque dans sa chambre, où, s'étant assis l'un près de l'autre , ils parlèrent près de deux heures ensemble. L'on dit que tant qu'il parla à elle , il eut toujours les yeux fichés en terre. En sortant, elle l'alla accompagner; et, passant par une galerie pleine de tableaux , où entre autres il y en avoit de plusieurs dames, il lui dit : Autrefois on a temi
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ces femmes-là pour belles; mais à cette heure il ne faut plus parler d'autre beauté que de la vôtre. Un jour, sortant de sa chambre , elle trouva son antichambre toute pleine de marchands de toiles d'or , satins , velours , toiles et dentelles, passementerie, et généralement de tout ce dont elle pouvoit avoir affaire. Un gentilhomme qui la conduisoit lui dit, de la part de Tinfante, qu'elle prît ce que bon lui sembleroit. Elle ne prit rien qu'un manchon et quelques gants , et autres telles gentillesses : l'ambassadeur de France, qui étoit avec elle , le lui conseilla de cette façon. M. de Sully , qui avoit su que M. le prince fondoit son voyage sur quelques langages qu'il lui avoit tenus, lui écrivit une fort longue lettre. M. le prince ne la voulut point recevoir, et dit qu'il savoit qu'il étoit un homme qui faisoit profession d'outrager tout le monde; et que quant à lui , il ne le pouvoit pas souffrir pour l'inégalité de leurs qualités. Il s'est baillé des repas de reste en cette cour; mais je n'ai pas jugé qu'il fût besoin de la vous faire voir. Les fêtes de Noël ont quelque chose de fatal à la fortune de M. de Sully : il avoit demandé au roi un certain office de prévôt en Bourbonnois; le roi lui dit qu'il l'avoit baillé à madame de Mercoeur pour M. de Vendôme , et qu'il le leur demandât. Madame de Mercœur et M. de Vendôme , aussitôt qu'ils le surent , le lui envoyèrent offrir. M. de Sully le lendemain manda au roi que madame de Mercœur les avoit trompés tous deux. Il vouloit dire que le roi, qui l'avoit remis à elle , n'avoit pas cru qu'elle fût si libérale, comme certainement il étoit vrai ; car il tança fort M. de Vendôme d'avoir donné une chose d'importance si légèrement. M. de Vendôme lui répondit que M. de Sully avoit tant de puis-
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?unre Pt d'autorité en France, (jifils no pouvoient faire leurs affaires sans lui , et que si Toffice eût valu deux fois autant, ils le lui eussent baillé. La première fois que M. de Sully vint voir le roi , il lui dit l'offre que M. de Vendôme et madame de Merc œur lui avoient faite. Le roi lui dit qu'il se devoit contenter que sa femme en avoit trois mille livres, et son serviteur deux mille , et qu'il se lassoit d'être dérobé; avec une infinité d'autres tels discours : et là-dessus, le roi étant dans la chambre de la reine, dit plusieurs fois : Cet homme est insupportable , il n'y a plus de moyen d'en endurer. Voilà les choses. Le lendemain le roi lui fit meilleure chère que jamais. Madame la marquise de Verneuil a été encore un mois à une lieue de cette ville, en un village nommé Charronne. Le roi ne l'a jamais vue, encore qu'elle a été tout ce temps-là si près de cette ville pour voir si le roi ne changeroit point d'avis; mais cela n'a pu rien servir. Elle s'envademainà Verneuil. Hier M. son fils la fut voir, et comme il prenoit congé d'elle, elle lui dit : Mon fils, baisez très humblement les mains au roi de ma part, et lui dites que si vous étiez à faire , il ne vous eût jamais (ait avec moi. Nous avons mille drôleries; mais je m'ennuie d'écrire , ce sera pour une autre fois. Voilà pour cette heure ce qu'il y a de plus relevé. La reine fait demain sa première sortie ; elle fera ses pâques à l'église de Saint-Germain.
M. de Lesdiguières s'en va duc.
Il s'en retourne, à ce qu'on dit, dans huit ou dix jours.
M. de Bongars est en Angleterre pour solliciter le roi d'Angleterre de se joindre à la guerre de Trêves , pour laquelle il n'y a jusques à cette heure rien d'assuré.
iio LETTRES
Du mariage de madame et du prince de Savoie , je vouS en écrirai par le premier ; je ne vois goutte de sommeil, et ce discours est trop long.
Faites voir ceci à M. le président de La Cépéde; car je me suis rué sur vous de toutes nouvelles. Adieu , monsieur.
Du lundi ii janvier 1610.
M. d'Espernon a été mandé pour la seconde fois ; on l'attend ici au premier jour. M. le marquis de Cœuvres devoit partir aujourd'hui pour aller à Bruxelles ; mais le mauvais temps, ou quelque autre chose, Ta arrêté jusqu'à demain. M. le Grand est de retour en cette cour depuis le jour des Rois; le roi lui Ht des caresses infinies. M. le chevalier de Guise a la petite-vérole, mais, grâces à Dieu, il est hors de danger, et ne lui en demeurera point de marques; il est à Nanci , et M. le prince de Joinville aussi. Il s'y prépare force magnificences pour ce carême-prenant ; M. de Lorraine y doit faire son entrée, que jusqu'ici il n'a point encore faite. M. de Lesdiguières attend la résolution des affaires du Piémont pour s'en aller en Dauphiné. M. le prince de Piémont est sur l'état de cette année pour cent mille écus de pension. Je crois que dn voyage de M. de La , qui
est allé en Angleterre, dépend la résolution de la guerre
ou de la paix. M doit épouser mademoiselle
de Béthune , sœur du maréchal-de-camp de Béthune, qui a son régiment aux Pays-Bas. Pour voir clair au contrat de mariage , M. de Sully a voulu voir la légitimation de M. le comte de Moret. Ce bruit est allé aux oreilles de madame la comtesse de Moret et de M. de Vendôme, etleura-t-on
DE MALHERBE. m
ouï dire que cY'toit que Ton voiiloit faire brûler leur légitimation; ils s'en sont plaints au roi. Celui qui leur a donné rot avis est fort brouille, et j)our ce respect, et encore pour avoir dit au V. Routrye qu'il prêchât hardiment contre les huguenots, et qu'il seroit assisté de tous les grands de la cour, et entre autres il nomma MM. les maréchaux de Brissac et d'Ornauo, qui l'ont fort bien désavoué. Il aura de la peine à démêler cet écheveau : il nie tout; je ne sais s'il en sera quitte pour cela. L'on dit qu'à Bruxelles il se fait force ballets, combats à la barrière , tournois , courses de bague , et autres telles choses. Ici il ne se parle que de jouer. Toutefois on aura jeudi un ballet de réputation, que fait M. de Vendôme.
Vendredi dernier M. le dauphin jouant aux échecs avec La Luzerne , qui est un de ses enfants d'honneur , La Luzerne lui donna échec et mat; M. le dauphin en fut si fort piqué, qu'il lui jeta les échecs à la tête : la reine le sut, qui le fit fouetter par M. de Sommeray, et lui commanda de le nourrir à être plus gracieux; elle l'a jugé nécessaire pourceque ce prince, extrêmement généreux, ne veut rien souffrir qui ne lui cède. Il fut à l'Arsenal il y a trois ou quatre jours; j'ai oui dire à un gentilhomme qui y étoit présent que M. de Sully lui fit un grand accueil; mais que, quoi qu'il lui fît jamais, il ne s'arrêta à lui et ne le regarda presque point. H y a, depuis huit ou dix jours, au grand cabinet de la reine, un tableau où l'infante d'Espagne est peinte de son long , avec cette inscription: Dona Anna Mauricia dÂustria; l'autre soir, M. le dauphin la montroit à quelques uns de ces petits qui sont nourris auprès de lui, et leur disoit . « Voilà ma femme. » M. de Sommeray lui dit que peut-
être' les Espagnols ne la lui voudroient pas bailler; et il répondit tout aussitôt : « Eh! il la faudra aller prendre. » Ce prince est pour donner de la besogne à la jeunesse qui sera de son siècle : il est d'un naturel extrêmement bon ; mais il veut être respecté , comme il est raisonnable. Madame sera ici dans cinq à six jours pour faire un ballet.
AU MÊME
Paris, ce 2 février 1610.
Monsieur ,
Par ma dernière lettre je pense vous avoir écrit que M. le niarquis de Cœuvres devoit aller à Bruxelles; à cette heure je vous dirai qu'il y est depuis huit ou dix jours. Il ne se passe guère de jour qu'il ne vienne quelque courrier de sa part; les nouvelles jusqu ici ne sont point mauvaises : il voit à toute heure M. le prince, qui , grâces à Dieu, ne s'est point encore engagé avec l'Espagnol. Il a bien envoyé l'un des siens en Espagne, mais il n'a point encore de réponse; il passe cependant son temps aux exercices de la saison : le bal est chez lui trois fois la semaine. Le marquis de Cœuvres y a toujours été, non sans espérer que, comme il est sage et bien avisé, il gagnera quelque chose sur l'esprit de ce prince. Je sais bien que s'il le fait, ce sera contre l'opinion de beaucoup de gens; mais la fortune de notre roi a toujours été si grande, qu'il n'y a rien si hors d'apparence que l'on ne s'en puisse promettre. Pour la guerre de Cléves , la
DE MALIII^lRlii:. , 1,3
plupart de notre iiiondi; sr lait croire que nous l'aurons ; mais je crois que c'est parcequ'ils la désirent, par la mcnie raison que je ne lu crois point pourceque je serois bien aise i\uv. nous denieni'assions où nous en sommes. Le roi a protesté au comte de Mansfelt, ambassadeur du duc de Saxe, que si le duc de Saxe pouvoit faire avec Tempcreur qu'il lui quittât la possession de cet état, il ëtoit prié de sa part de laisser la protection de ses compétiteurs, mais qu'il doutoit que, sous prétexte de son droit, la maison d'Autriche ne s'en voulût emparer, ce qu'il étoit résolu d'empêcher, tant qu'il lui sera possible. Il est aujourd'hui venu nouvelle, je ne sais si elle sera véritable , que le Turc a rompu avec l'empereur. Si cela est, il faut croire que nous n'aurons point de troubles du coté de l'Allemagne : l'apparence en est bien plus grande vers vos quartiers, c'est-à-dire en Lombardie. Si le mariage s'achève entre Madame et le prince de Piémont , de quc^'la pension que le roi lui a donnée de cent mille écus donne beaucoup d'apparence, il ne tiendra pas à M. de Lesdiguières qu ^ Milan ne soit assiégé, ni à M. de Sully non plus. Il y a quelques jours qu'il dit qu'il avoit envoyé en Danemarck pour avoir quatre mille chevaux d'artillerie; je ne sais ce qui en est. Après ces nouvelles qui sont de quelque importance , si vous en voulez ouïr des menues, je vous dirai que l'on tient le mariaf e de M. de Montmorency défait; et ensuite de cela je sais de fort bon lieu qu'on a pai'lé de madame la comtesse de Chamilly à M. du Maine. Pour M. d'Aiguillon , l'on m'a dit qu'on lui offre de lui faire valoir son bien sept cent mille écus; j'ai voulu réduire les écus en livres, mais on a persisté. On tient le mariage de M. le prince
ïi4 LETTRES
de Joiiîville assuré a\ec mademoiselle du Maine par quatre cent mille livres. On parle de (;elui de mademoiselle de Rohan, Taînée de celles qui sont à marier, avec le fils de M. le maréchal de Brissac. Pour celui de M. le comte de La Rochefoucauld avec mademoiselle de Liancourt, on le tient indubitable; et peut-être fût-il plus avancé sans la maladie du comte. Je ne vous dis rien de la mort de M. le maréchal d'Ornano, qui fut il y a jeudi dernier huit jours. Celui qui fit l'opération en a rapporté fort peu d'honneur : il y mit la main par soixante et dix fois, tandis qu'on lui étoit allé quérir son principal ferrement qu'il n'avoit point apporté. Imap^inez-vous avec quelle douleur du pauvre patient se fit une si lourde faute! Il avoit demandé d'être inhumé à Notre- Dame; mais MM. du chapitre le refusèrent, pourcequ'ils dirent qu'ils ne dévoient sépulture qu'aux rois et aux princes du sang. On le portera à Bordeaux. M. le colonel a eu le château Trompette et le droit d'aunage à Bordeaux, qui vaut deux mille cinq cents livres par an. M. de Roquelaure a la lieutenance de la Provence. J'oubliois à vous dire que cette semaine passée , le roi étant allé à Saint-Germain, il eut avis que dans la forêt on avoit vu cinq hommes avec des pistolets; la forêt fut visitée, et on ne trouva rien. On a su depuis que c'étoit une querelle particulière : ce n'est pas chose qui vaille être écrite ; mais il n'y a pas de mal qu'on sache que cet éléphant n'est qu'une mouche. Adieu, monsieur; je
; vous baise les mains très humblement, et suis à jamais
I votre affectionné serviteur.
Il ne me reste qu'à vous faire part de nos nouvelles ;
DE MALHERBE. n5
elles ne soiil pas si (jraiides ( (jiiiine vous vous les fig virez : M. le prince est à Bruxelles, où il passe son temps; le hal se liiMit trois fois la semaine chez lui : le marquis Spinola l'entretient tort, et lui a fait un festin très magnifique, dont la description a été envoyée par-deçà; le sommaire est qu'il a coûté deux mille cinq cents écus, M. le printii a envoyé en Espafjnc , dont il n'a point encore eu de réponse; et quoi qu'il en soit, jusqu'ici il n'a point pris de leur argent. M. le marquis de Cœuvres est là depuis huit ou dix jours, qui en donne bonne espérance; pour moi, je crois qu'il est malaisé qu'il se résolve à s'en revenir. Toutefois, quand je considère la bonne fortune de notre grand roi, je ne vois rien si hors d'apparence que je ne trouve possible. Quant à la guerre de Clèves, je crois que ce ne sera rien. L'alliance de Savoie nous pourra apporter la guerre à Milan, si elle s'achève; on attend ici des députés pour cet effet. Je vis hier un gentilhomme qui vient de Flandre, qui dit que les Hollandois ne font qu'attendre le commandement du roi pour se ruer sur l'archiduc. Je crois que si nous avons la guerre , ce sera au grand regret de notre prince , qui fait tout ce qu'il peut pour conserver la bonne grâce du roi.
AU MÊME
A Paris, le samedi 6 fe'vrier 1610.
Monsieur ,
Les nouvelles sont que le roi a résolu le couronnement de la reine pour ce mois de mai prochain.
ri6 LETTRES
Leiroi vouloit que ce fût plus tôt; mais à cause des grands préparatifs on l'a remis à ce terme-là.
Après avoir été couronnée à Saint-Denys, elle fera son entrée à Paris, dont sera une des belles cérémonies qui se puissent voir.
L'on a envoyé à Milan pour avoir deux mille aunes de toile d'argent et huit cents aunes de veloê/s cramoisi violet.
La reine entrera dans une litière découverte, et Mesdames de même.
Les princesses, femmes d'officiers de la couronne, et autres grandes, entreront sur des chevaux d'Espagne, vêtues de toile d'argent.
Les princesses auront des couronnes, et les autres dames des bonnets de velours blanc, tout couverts de pierreries.
La reine couchera le soir de son entrée au Palais , et le festin se fera dans la grand'salle.
Jeudi 4 de ce mois , monseigneur le dauphin et madame de Vendôme tinrent le fils de M. de Termes , où il se fit une collation si superbe , que* l'on dit qu'il ne s'en fit jamais de semblable.
Nous n'attendons plus rien d'important pour le carême-prenant que le ballet de monseigneur le dauphin.
M. d'Espernon est arrivé cejourd'hui 6 de février, sur les deux heures après midi, et est allé droit trouver le roi sans entrer chez lui.
On avoit parlé du mariage de mademoiselle de Kohan avec le comte de Brissac; mais on tient qu'il ne s'en fera rien.
Le baron de Benac, qui avoit été rencontré il y a
DE MALIIKRHE. 117
f|ut'lque temps par M. de Balagny, blesse et poursuivi, pourceque Balagny se devoit être vanté qu'il lui avoit donné la vie, a présenté requête à M. le connétable et à MM. les maréchaux de France, par laquelle il raconte le fait , et dit qu'en ce que Balagny se vante de lui avoir donné la vie, il a menti comme un traître, et demande le combat. Cette requête a été ce matin signifiée par un sergent à M. de Balagny avec commandement de MM. les maréchaux; je ne sais quelle réponse il a faite. 11 y en a qui croient qu'ils se battront; pour moi, je ne <rois pas que cela soit.
Des nouvelles de Flandre, il ne se dit rien de certain.
Il a couru un bruit que le traité de mariage d'entre le prince de Piémont et Madame étoit rompu, et que le duc de Savoie avoit repris le parti de l'Espagne; le roi s'en est fort offensé, et p dit tout haut que s'il sait quel- (piun qui tienne ce langage, il l'enverra à la Bastille. Madame de Montmorency, je l'appelle encore ainsi, fut assignée, il y a quatre ou cinq jours, pour venir voir déclarer nul son mariage avec M. de Montmorency; elle n'y met point d'empêchement.
Les danseurs du ballet entroient de cette façon quatre à quatre : les quatre premiers étoient M. de Vendôme et le comte de Cremail, qui alloient ensemble en forme de tours.
MM. de Termes et La Ferté, petit-fils de M. le maréchal de Fervaques, en forme de femmes de grandeur colossale, suivoient après.
Des autres quatre, les deux premiers dansoient sous la forme de deux grands pots à fleurs, et les deux derniers sous la forme de chats-huants ou hiboux : les pots
ii8 LETTRES
étoient le baron de Sainte-Suzanne; les chats-huantg étoient le comte de Roche-Guyon et le baron de La Chateigneraye.
Des quatre derniers , les deux premiers étoient Sezy et Jouy, qui étoient en forme de basses de violes, et les derniers en moulins à vent, qui étoient MM. le général des galères et Vinsy.
Après qu'ils avoient dansé sous ces formes , ils se retiroient au bas de la salle ; et là sortoient de dedans ces instruments, et dansoient en leurs formes naturelles quatre à quatre, c'est à savoir les quatre premiers ensemble , puis les quatre seconds , et puis les quatre derniers , et puis dansoient tous ensemble; puis se retirèrent dans leurs machines , et lors les nains sortirent.
II ne me souvient pas qui étoit l'autre pot à fleurs avec le baron de Sainte-Suzarme ; il n'y eut que les hiboux qui baillassent des vers.
Monsieur,
AU MEME
De Paris, ce 12 de février 1610.
Si je ne vous écris autre chose, au moins vous écrirai-je que je n'ai point de nouvelles : nous en sommes fort à sec. Ce matin il y a eu un peu de bruits de guerre ; mais nous en avons déjà vu naître et mourir tant de semblables , que jusqu'à ce que j'y voie quelque chose d'extraordinaire, je ne prendrai point l'alarme. L'on tient ici que le Turc a rompu la trêve avec l'empereur ;
DEMALIIKnnE. 119
«ii cola est, le roi aura beau jeu pour faire quelque chose (li(;iu' (\v sou <oina{',(^ v.t de sa boune fortune. 11 ne tiendra |>as à M. de Lcsdij;uières que Milan ne soit à nous : il donne de grandes espérances à sa majesté du bon succès de cette entreprise, et s'assure que s'il a vingt mille hommes de pied et deux mille chevaux payés, il fera de grands services, et que quand M. de Savoie se voudroit dédire, il conservera ce qu'il aura pris en dépit de tout le monde, pourcequ'il fait compte de prendre pied à pied et ne rien laisser derrière. Il a ce matin prié le roi de lui bailler M. de Mesplés, ce que le roi lui a accordé. Adieu, monsieur; vous aurez bientôt M. de Valves, qui vous en dira davantage. Aimez toujours votre plus humble serviteur.
M. le prince a demandé à Léopold le commandement de mille chevaux : je ne sais pas quelle réponse il en a eue; mais cela montre que ce que Ton dit est véritable, que Tarchiduc voudroit qu'il fût hors de ses terres , et qu'il ne veut point se mettre mal avec le roi. Mademoiselle de Chamilly ( je lui rends son premier nom) a pris logis dans le cloître Notre-Dame pour y être plus sûrement ; M. de Soubise , et peut-être quelque autre , la tient en alarme, encore que je croie que personne ne pense à une recherche si violente. On croit que ce sera pour M. le duc de Raiz; et de fait, le roi, ayant été prié par quelques autres de parler pour eux, leur a répondu qu'il étoit engagé à celui-là. Je pensois n'avoir rien à vous dire; mais enfin ma mémoire m'a fourni ces trois ou quatre nigeries. Adieu, monsieur; vous aurez mieux une autre fois. Vous m'avez vu , ce me semble , quelques cou-
plets d'une méchante chanson que j'avois commencé à faire sur un air que ni'avoit baillé M. le marquis d'Oraison. A cette heure que je l'ai achevée, je vous prie, monsieur, de me faire ce bien de prier M. le marquis, de votre part et de là mienne, de vous en donner Tair et de me l'envoyer par le premier, et tout aussitôt je vous enverrai les paroles; j'y ferai mettre ici un autre air, et nous retiendrons le meilleur. La chanson se commençoit :
Infidèle mémoire,
Pourquoi fais-tu gloire De me ramentevoir Une saison prospère,
Que je désespère De jamais plus revoir?....
AU MÊME
De Paris, ce i5 février i6ro.
Monsieur ,
Si je vous eusse écrit cette lettre par quelque messager ordinaire, elle eût été plus longue; mais puisque c'est M. de Valves qui en est le porteur, j'en retrancherai ce que vous pouvez apprendre de lui, qui sont des nouvelles; vous aurez du loisir assez de l'en entretenir. Je crois que dans quatre ou cinq jours le sujet du voyage de' M. le marquis de Cœuvres à Bruxelles sera fait ou failli; vous en aurez avis par le premier. Il n'y a que cinq à six jours que je vous écrivis par un Louis de Montagnac qui me fut amené par Jacques le messager; je vous en avertis afin que vous lui demandiez mon pa-
DE MALHERBE. iî-.i
quel. Nous sommes ici après rentrée de la reine; il ne faut pas «lenmnder si elle sera belle, l'aris la ("ait. Je n oserois vous solli» iter d'y venir, pourceque vous êtes en un lieu d\ni Fou ne peut vous point tirer sans incommoder votre repos. Quoi qu'il en soit, le spectacle sera, à mon avis, digne des curieux. 11 y en a qui ont tait courre le bruit que ce dessein étoit rompu; mais la reine s'en est fort offensée, comme fit le roi de ceux qui vouloient que le duc de Savoie se soit réconcilié avec l'Espajjne et ait rompu avec nous. Il y a toujours de mauvais cerveaux qui ne peuvent souffrir les prospérités publiques. Je hais ces gens-là comme je vous aime, et comme je suis votre humble et très affectionné serviteur.
AU MÊME
De Paris, ce 1 8 de février i6io.
Monsieur ,
Je m'endors, mais si aurez-vous ces deux ou trois paroles. Mardi nous eûmes un courrier de Flandre. Madame la princesse a été mise par M. le prince dans le palais de 1 infante, et sous sa garde. Il est venu aujourd'hui quelque avis que M. le prince est parti , lui cinquième, pour s'en aller à Milan. Je crois qu'il ne bougera de là; au moins le roi l'a dit de cette façon. Il m'a commandé ce soir de lui faire une élégie : je me vais mettre après. Je lui ai baillé la chanson pour laquelle je TOUS avois prié de m'envoyer un certain air sur lequel j'ai pris ma mesure. Je vous fais encore la même prière : ce sera pour le comparer avec celui que Guesdron y
fera ; car le roi Ta envoyé quérir à Theure même qu'il eut lu mes vers , et lui a dit qu'il vouloit qu'il y travaillât dès ce soir. Le ballet de M. le dauphin s'attend au premier jour; il sera de deux mille écus de dépense : oeja et un triste carrousel que préparent les académistes sera tout ce que nous aurons à ce caréme-prenant. Après Pâques, tout aussitôt, nous aurons l'entrée de la reine, Dieu aidant. Je vous baise les mains, et suis votre serviteur très humble.
Je n'écris point à M. le premier président; vous me ferez cette faveur que de lui baiser humblement les mains , et à M. de Valves. Si vous ou lui voulez venir, il se faut hâter.
AU MÊME
A Paris, ce 24 Je mars 1610.
Monsieur ,
J'ai reçu dans le paquet de votre homme toutes les lettres dont vous me faites mention , et deux des vôtres. J'allai tout aussitôt moi-même à Saint-Martin porter celle qui s'adressoit à M. Olivier, qui me promit que dès le lendemain il satisferoit à ce qu'on lui mandoit. Je n'ai rien ouï depuis de l'affaire du collège de Cambrai, et croirois facilement que ces bruits de guerre feront surseoir les desseins de paix; je m'en informerai, et si j'en apprends quelque chose, je vous le ferai savoir tout aussitôt. Nous avons ici M. le comte de Canos, qui a reçu
DE MALHERBF. .23
du roi toute la bonne chère <|iriin bon serviteur comme il est doit espérer d'un bon maître <*omme est le roi. Je ne saurai autre chose de cette affaire que je n'aille au Louvre, et je ne suis pas résolu d'y aller que je n'aie fait les vers que le roi m'a commandés; je suis après et ne m'ose présenter à lui que je n'aie satisfait à ce qu'il desire. Pour cela, je ne laisse pas de savoir des nouvelles par les mains de mes amis, qui sont à toute heure au cabinet; le mal est que les plus curieuses ne se peuvent écrire sans se brouiller avec ceux qui peuvent proscrire. Le roi se porte fort bien , grâce à Dieu; aussi fait la reine et M. le dauphin, et le reste de MM. les enfants. M. d'Orléans a été fort mal d'une grosse dent qui lui perçoit ; à cette heure il se porte très bien et n'a plus de dents à percer. De tous les enfants du roi, c'est celui, à ce qu'on dit , qui a le plus grand horoscope ; mais rien qui soit venu d'un si grand père ne sauroit être petit. Puisque nous sommes sur Y infanterie , je vous dirai d'un train que mademoiselle de Conti est décédée , et a laissé M. le prince son père fort affligé; car ce pauvre père ne bougeoit d'auprès du berceau : c'étoit, à ce que l'on dit, la plus belle et la plus grande enfant qui se pouvoit voir; elle est décédée en l'abbaye de Saint-Germain, où elle fut portée aussitôt qu'elle naquit. Madame la princesse avoit résolu d'y faire sa couche , et y avoit fait tout préparer pour cet effet; mais elle fut surprise de son accouchement dans le Louvre, oiî elle est encore à cette heure ignorante de l'inconvénient qui lui est arrivé. Dieu la consolera, s'il lui plaît, et l'espérance d'un fils qu'elle aura au bout d'un an. On est après à faire le mariage de M. le prince de Joinville et de mademoiselle du
Maine. Il a envoyé ici sa procuration pour cet effet. J'ai écrit tout au long à M. le premier président ce qui se dit ici de notre guerre. Vous le verrez en sa lettre , et il en verra en la vôtre ce que j'ai oublié en la sienne. Le roi aime fort M. le connétable , et a raison ; il a trouvé un homme selon son cœur. Il est fort résolu d'avoir sa fille , et maintient qu'elle est encore pucelle. Je crois qu'à sa prière madame d'Angoulême s'en va faire un voyage à Bruxelles : je ne sais si ce sera avec quelque effet. Celui de M. le marquis de Cœuvres ne lui a pas réussi. J'ai toujours trouvé cette commission ruineuse. En ces occasions-là, c'est la coutume d'imputer les mauvais événements des affaires à ceux qui les ont négociées. Il a demandé congé au roi de se retirer; il lui a répondu qu'il partît quand il voudroit. On est après à rhabiller tout cela. Le roi est bon, et je crois que M. le marquis a fait pour son service tout ce qui s'y pouvoit faire. M. de Préauxl'Aubépine y est demeuré. Il avoit été un bruit qu'il sej*jit secrétaire d'état; mais Ion tient que ce sera M. Phelypeaux , secrétaire de la reine , moyennant soixante mille écus qu'il baille de récompense à M. de Fresne. On dit qu'il donne quelque chose à des personnes qui l'ont assisté en cette affaire; mais je ne le veux pas croire, car il a de la faveur assez aux bonnes grâces de la reine sans en mendier ailleurs. Vous avez su que M. de Bassonapierre est maître-de-camp de la cavalerie légère de l'armée de Piémont, et outre cela, il a deux compagnies à soi, l'une de chevau-légeï"S , et l'autre de carabiniers. Il fait compte , à ce qu'il m'a dit, de dépendre cinquante mille écusàfaireson équipage etlever ses deux compagnies, et ^dépendre trente mille écus par an quand il sera en l'armée.
DE MALHFRIJR. 19.5
La résolution de cette guerre ne se prendra que sur les nouvelles (|ue Ton aura de M. de Lesdi{5tiières, iiprès qu'il aura vu M. de Savoie. Le roi s'en va, à ce qu'il dit, au' rendez-vous aussitôt quelecoiH'onnenient delà reine sera fait. Il a dit qu'il veut que tous ceux qui n'auront point de charges se rangent sous sa cornette , et qu'ils portent tous des casaques de velours violet. Je ne sais qui vous aura dit que madame la comtesse de Sault avoit été malade: c'étoit une imposture, je ne sais à quelle Hn. Il y a, je crois , dix mois que je n'ai été qu'une seule fois chez elle ; mais je ne laisse pas que de savoir qu'elle se porte fort bien. Il a été bruit qu'elle avoit été brouillée à l'Arsenal ; mais on dit que cela est raccommodé : tant y a qu'il n'y paroît point. La citadelle de Metz est en l'état où elle étoit quand M. d'Esperuon y alla , le roi ayant voulu , quelques instantes prières que M. d'Espernon lui ait su faire, que celui qu'il en avoit oté y ait été rétabli. Ce n'est pas que M. d'Espernon ne soit fort bien avec le roi ; mais le roi veut être roi , et le sera tant qu'il vivra ; si bien que je conseille à vos remuants de Provence qui faisoient des desseins sur l'opinion qu'ils ont d'un changement, de ne se hâter pas tant une autre fois , s'ils ne Touloient d'aventure se faire pendre ou couper le cou ; car à ce prix-là tout est permis. Il y avoit un livre sur la presse nommé la Chasse de la bête romaine, de quoi l'imprimeur est fort en peine. L'auteur est un jeune ministre de Poitou contre lequel on a décrété ; s'il est pris , je crois qu'il en fera un miracle des plus grands qui se soient jamais faits par homme de son mestier, s'il n'y laisse le moule du bonnet ou du pourpoint. Il y a ici un autre livre nouveau, fait par Bendoly, intitulé, Des Parjwes, à ce
que m'a dit celui qui Timprime. Il faut que je le recouvre pour le vous envoyer; car on m'a dit qu'il continue toujours ces premiers erres de parler contre un homme qu'il ne nomme point. Adieu, monsieur; en vous parlant de livres , je vous en fais ici un sans y penser : excusez-moi, c'est ma coutume de ne pouvoir me retenir quand je suis avec vous. Je vous baise bien humblement les mains , et suis , avec le même vœu qu'auparavant , votre serviteur très humble et très affectionné à jamais.
Paris, ce 26 mars 1610.
Madame des Essarts , qui étoit ici depuis quelque temps a eu commandement du roi de se retirer; elle est partie ce matin, et s'en est allée à Romorantin. Deux {gentilshommes de mes amis qui viennent du Louvre me viennent de dire que le couronnement est remis au mois de mai.
Le couronnement de la reine est remis, qui dit en juin, qui dit en octobre ; tant y a qu'il est remis aujourd'hui. M. Robin de l'argenterie s'est venu plaindre à M. le Grand de la dépense qu'il avoit déjà faite pour faire venir des étoffes d'Italie; et entre autres choses, il lui a dit qu'il faisoit apporter neuf caisses de draps et toiles d'or et d'argent de la plus belle façon qui se pouvoit désirer. On nous dit que madame la princesse va être conduite à Milan, où est M. son mari ; il avoit pris le chemin de Prague , mais tout d'un coup il a rebroussé vers l'Italie. Si cela est , le voyage de madame d^Angoulême, qui s'en alloit à Bruxelles la demander au nom de M. le connétable sonpère , ne se fera point. Les Flamands , peut-être , et l'archiduc, ont pensé qu'en l'ôtant de là ils
se dt;livrcrol(Mit de rorjj{',(>; cur, coinmeje vous ai flit, le. roi avoit dit ((iTil pivtcroit son arin(k^ ;\ son coinprro pour ravoir sa lillc. Mitîr cl aujonrd'liiii on n'a lait autre chose au conseil que mettre prix aux munitions de Tannée, pain , vin , foin et avoine ; et le roi avoit dit hier au soir qu'il iroit voir aujourd'hui madame la marquise , ou chez elle ou chez M. d'Entrajjues; mais il a jjardé le lit, sans maladie toutefois, Dieu merci. Je vous ai dit que madame des Essarts s'en étoit allée; il est vrai , et c'est qu'il a été rapporté au roi qu'elle s'étoit laissé voir à M. de Reims. Le roi lui avoit baillé pour six mille livres de rente le domaine qui est à Romorantin , et quelques lieux voisins : le don a été révoqué. Le roi s'offensa fort contre M. de Reims , et lui dit qu'il ne seroit point cardinal qu'il n'eût changé de vie. L'on dit que mademoiselle Choisy de jalousie a fait cette brouillerie. M. Bongars , qui est l'un de ceux qui négocient les affaires de Cléves , revint samedi de Cléves , qui a dit à l'un de ses amis, duquel je l'ai su, que les Allemands sont en appréhension de l'armée du roi , et qu'ils croient qu'ils s'appointeront plutôt que d'appeler de si grandes forces à leur service.
De Paris , ce 25 mars, après avoir reçu votre lettre en l'air, dont je vous remercie. Bonsoir, monsieur.
Le gros paquet est écrit du 28, encore que je l'aie daté du 24, et ce qui est de l'autre page est du 24 véritablem£nt. Je viens de recouvrer l'air qu'a fait M. Guesdron sur la chanson dont il est question. Je ne m'y connois pas ; mais tout le monde le trouve fort beau, et sur-tout le roi.
Vous en ferez le ju{jement, et madame d'Oppède, qui lui fera bien de Thonneur de le faire passer par un aussi beau canal comme le sien. Je suis son très humble serviteur, et lui baise bien les mains. Nous n'avons rien aujourd'hui de nouveau. J'ai appris que le couronnement est retardé; mais il n'y a point de nouveau terme; tellement que je prévois qu'il ne se fera pas sitôt. Le roi presse fort la guerre , et montre d'en avoir une envie extrême. Il y a encore des incrédules qui pensent qu'il n'y en aura point. Pour moi , je crois qu'ôtant la cause , l'effet ne demeurera point. Les Flamands seront sages s'ils renvoient resteuf(i) à ceux de Milan. Adieu, monsieur; le grand Louis est arrivé il y a deux heures; mais je ne l'ai point encore vu.
Monsieur,
AU MEME
A Paris, ce 24 mars 1610.
Je crains de vous écrire des nouvelles, parcequ'elles ne sont pas encore assurées; et puis ayant comme vous avez des avis de gens qui sont du conseil, ce n'est pas pour faire cas de celles qui ne viennent point de plus avant que la basse cour, comme sont les miennes. Je n'y saurois que faire : si vous entretiendrai de ce qu'on dit, sans vous répondre de la vérité. M. le prince fait deviner tout le monde en quelle part il peut être. On l'avoit vu jusqu'ici du côté de l'Italie: actuellement on nous dit
(i) La balle.
qu'il a pris le clieniin de Pi.ijjue. Madame la princesse est près de l'infante à Bruxelles; M. le (onnétablj est résolu de la ravoir, ( t Ta dit ainsi à tout h: ujonde, inênie à madame la prini.esse douairière. Le roi a dit tout haut qu'il veut prêter son armée à son compère pour cet effet; tellement que si les Allemands s'acc ordent pour cela, nous ne sommes pas sans sujet d<' guerre. Madame d'Angoulême est sur le point d'y aller faire un voyage de la part de M. le connétable. Je vois peu d'apparence qu'il s'accorde; mais la peur qu'a l'archiduc des armées du roi fait tout espérer. Il a passé par ici un Bastien 8pinola , auquel sa majesté a fait fort bonne chère , et entre autres choses lui parla de la guerre de Cléves; il lui dit que son voyage s'adressoit par Luxembourg , qu'il croyoit que l'archiduc étoit de ses amis, et qu'il ne lui empêcheroit pas; mais que, quand il le feroit, il méneroit cinquante canons qui le lui feroient bien ouvrir. On bat le tambour aux terres de l'archiduc, et a-t-on jeté force sens dans Cambrai. Je crois que les Flamands voudroient que Cléves, Juliers, et généralement tous les sujets de guerre, fussent aussi loin d'eux qu'ils en sont près. Il est venu un homme de la Bodevin, qui est en Angleterre, qui assure que le roi d'Angl.?terre contribuera à cette armée douze mille hommes de pied et mille chevaux; les Etats y en envoient quatre mille; le roi fait compte de vingt mille hommes de pied, et de quatre mille chevaux, qu'il accompagnera de cinquante canons. Il dit, il y a cinq à six jours, qu'indubitablement il seroit au rendez-vous à la fin du mois qui vient , quand il n'y auroit que six mille hommes. Il manda vendredi dernier à M. le procureur-général qu'il fît tendre
t3o lettres
la sp'le du Palais, afin de la préparer pour le couronnement de la reine : il se doit faire le 1 8 du mois qui vient, si le terme n'est prolongé; leurs majestés, et sur-tout la reine, pressent fort cette affaire. Pour la guerre du Piémont, il n'y aura rien de certain jusqu'à ce que M. de Lesdiguières ait vu M. de Savoie. La semaine passée, on fit marché, dans le conseil, avec quatre qui ont entrepris la fourniture de la cavalerie : il me semble qu'elle se monte à quarante muids d'avoine par jour; chaque muid a seize setiers , chaque setier douze boisseaux , et chaque boisseau six mesures : si bien qu'en raison d'un boisseau par chaque cheval par jour, ce sera pour environ sept mille chevaux. Il ne me souvient d'autres choses pour cette heure. Quant au cas des nouvelles, le roi fut dimanche dernier ouïr le Portugais (i) à Saint-Nicolasdes-Champs; il arriva demi-heure après que le sermon fut commencé. Il entretint fort madame la marquise, et après le sermon il ouït vêpres et complies avec elle, et lui donna ensuite assignation, à la sortie, au Ic^is de madame sa mère , où l'un et l'autre s'en revinrent; ce fut la récompense de ne l'avoir point ve depuis dix mois. Je ne sais si ce feu se rallumera; il seroit quasi à desi-, rer, mais il est malaisé : elle dit qu'elle est la bête du roi ; et son explication , c'est qu'ordinairement on fait peur aux petits enfants de la bête , quand on ne peut en venir à bout d'autre façon , et que le roi fait de même d'elle; que, quand il veut fâcher le monde, il dit qu'il verra la marquise : elle a toujours des bons mots. Madame des Essarts est ici plus belle que jamais; mais pour cela il ne s'en parle pas autrement. Madame la
(i) C'etoit un prédicateur célèbre.
DE MAlJlIîRni:. lii
comtesse de Moret est toute à la dévotion , encore q l'clle ne puisse persuader beaucoup de jjens que ce soit à bon escient; mais vous savez comme le monde est m;il disant et mal pensant : cela a toujours été et sera toujours. M. le prince de Joinville a envoyé ici procuration pour conclure son mariage avec mademoiselle du Maine. Le roi est un peu fâché avec M. de Reims; cela pourra reculer sa promotion au cardinalat : il est vrai que les colères du roi sont de verre, et puis il ne se plaint d'autres choses de lui que de quelques débauches de jeunesse : l'on tient que c'est qu'il veut que M. de Verneuil ait le chapeau premier que lui(i). ISous avons eu bien des joies de la naissance de mademoiselle de Conti, M. le prince son père en étoit hors de soi ; mais elle est décédée depuis deux jours , dont il est au désespoir. Madame sa mère, qui fait sa couclie au Louvre, n'en sait rien; car l'enfant fut porté à l'abbaye de Saint-Germain aussitôt qu'il fut né. M. d'Aiguillon est de retour de Soissons, où il '^toit allé pour remettre le changement que la petite-vérole avoit fait à son visage. M. le comte de Cavaros reçoit du roi extrêmement bonne chère. Je ne vous en puis rien dire davantage, parceque je ne vais point au Louvre, depuis que le roi m'eut commandé de lui faire une élégie; je n'irai qu'elle ne soit faite, cela s'appelle jusqu'à Pâques : alors j'en saurai plus de nouvelles et de plus fines, et vous en manderai ce qu'on pourra m'en dire. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et vous conjure de me tenir en vos bonnes grâces, comme votre plus humble et plus affectionné serviteur.
(i) Locution normande, pour dire avant lui.
AU MÊME
A Paris, ce i" d'avril 1610.
Monsieur,
Je n'ai rien à vous écrire; mais je ne saurois faire un paquet en Provence qu'il n'y ait une lettre pour vous. Nos nouvelles de guerre ne sont plus nouvelles , elles sont vieilles depuis le temps qu'il y a qu'elles sont nées : il est vrai que tous les jours quelque bruit les l'ajeunit. Nous avons encore des incrédules ; mais pour moi , qui ne suis guère fin, je m'arrête au sens littéral le plus que je puis, et n'allégorise que quand il ne me rend point satisfait. J'ai toujours cru que nous aurions la guerre si ceux qui appellent nos secours ne s'appointent. Le prince d'Anhalt est ici depuis trois à quatre jours; le roi le mena mercredi à la chasse, et lui a promis aujourd'hr- qu'il sera lui-même en l'armée : il y a de l'apparence que tout n'en ira que mieux. Le couronnemei?'^ de la reine est renoué à ce coup , et je crois que ce sera tout de bon : jusqu'ici on en avoit douté, et y aAoit eu des brouilleries làdessus; mais tout est cessé. Pour les choses de moindre importance, nous tenons ici que le comte de Gramont, gouverneur de Bayonne, ayant trouvé Narfizian, son écuyer , qu'il aimoit uniquement , en quelque action déshonnête avec sa femme, il l'a envoyé jouir en l'autre monde ; on y ajoute qu'après l'avoir tué , il lui a fait faire son procès et trancher la tête : de la mort elle est certaine, le genre en est incertain. On parle aussi diverse-
DE MALHERBE. i53
îriont de sa femme, mais la meilleure opinion est qu'il ne l'a point tuée. M. de Roquelaure, qui est son père, n'a pas laissé pour cela de faire festin aujourd'hui à tonte la cour, au moins à la plus fjrande partie. Madame la princesse de Conti , samedi dernier, fut avertie de la mort de mademoiselle sa fille : on la lui avoit cachée quelque temps; mais pourceque Ton voyoit qu'elle en faisoit trop de cas, on n'a point voulu laisser croître cette affection davantage, de peur que la douleur de la perte ne fût plus malaisée à déraciner. M. de Gordes est ici depuis trois ou quatre jours; le roi lui a donné un régiment de cinq compagnies , de deux cents hommes chacune. Adieu , monsieur.
AU MÊME
A Paris, ce 23 avril 161 a.
Monsieur ,
Je crois que la dernière lettre que vous avez reçue de moi l'a été par un nommé Etienne , que vous aviez envoyé par-deçà. Je vous écrivis lors tout ce que nous avions de nouvelles ; depuis il n'y a pas grand changement, car toujours les choses se disposent à la guerre. Il y a deux jours que nous eûmes des ambassadeurs des Etats, qui furent reçus avec beaucoup d'honneur : M. de Vendôme alla au-devant, avec environ deux cents chevaux et demi-douzaine de carrosses, où se mirent ces messieurs les Flamands, qui étoient dans des chariots, sur la paille. Tout ce matin le roi s'est promené avec eux
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aux Tuileries. L'on dit qu'ils le viennent supplier de déclarer ouvertement la guerre à TEspagne, et en ce cas offrent leurs biens et leurs vies pour sa querelle; que, s il ne veut faire qu'une guerre de trois mois, et puis faire la paix, ils le prient de trouver bon qu'ils se tiennent en l'état qu'ils sont. Je saurai demain la vérité de cette affaire; mais le messager m'a dit qu'il faut qu'il ait ma lettre dès ce soir, voilà pourquoi je ne vous en dirai rien de plus certain. On levé ici force belles troupes, et crois qu'il ne se vit jamais rien de si beau et de si paré que notre armée; car ce ne sont qu'armes dorées, velours et broderies extrêmement riches. Sa majesté a déclaré qu'elle ne veut point qu'on porte d'écharpes, mais des croix blanches : cela ramènera l'usage des casaques; la cornette blanche en portera de velours violet. On tient que le nombre de ceux qui s'y rangeront sera très grand. Le roi a dit qu'il veut avoir tous leurs noms pour en choisir ceux que bon lui semblera pour être auprès de lui , et qu'il fera mettre pied à terre aux jeunes gens pour combattre , une pique en la main , et M. le maréchal de Lavardin à leur tête. On fait compte ici de cinquante mille hommes de pied, et neuf ou dix mille chevaux en l'année , tant en ce que fourniront nos partisans d'Allemagne qu'en ce qui va de France. Du parti contraire, il se fait aussi de grandes levées. M. de Châteauneuf prenant congé du roi pour s'en retourner à Bruxelles, sa majesté lui commanda que, s'il voyoit Spinola, il lui dît que s'il étoit sage il ne se trouvât point en son chemin , autrement qu'il s'en pourroit mal trouver. Pour la guerre de Milan , il arriva hier un nommé La Bretonnière , serviteur de M. de iNemours, qui vint dire au roi, de la
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part de M. de Savoie , que toute l'Italie , et particulièrement ses amis, s'offensent qu'il se serve d'huguenots, tellement que cela semble avoir un peu refroidi cette affaire. M. de Bassompierres m'a dit que M. de Lesdiguières lui a mandé que, quoi qu'il oie dire, il s'assure qu'il est en fort bonne intelligence avec M. de Savoie. Le premier courrier qui viendra au roi nous ôtera de cette incertitude. L'on croit que cette intrigue vient de M. de Nemours, qui desireroit bien être lieutenant-général de l'armée. Pour les nouvelles de la guerre, vous n'en aurez point d'autres pour cette heure; et quant au couronnement, il se prépare toujours avec toute la diligence que Ton peut. Les boutiques du Palais sont transportées, les unes aux Augustins, les autres dans la cour du Palais , et font une rue depuis la porte du Palais qui est devant la Vieille-Lraperie jusqu'au pied du grand degré ; le passage des carrosses y est condamné par un pieu qu'on a planté au milieu de la porte. L'on fait compte de marquer les logis dans la rue de Saint-Denys pour y mettre ceux de la cour; mais le petit peuple ne le trouve pas bon , pourcequ'il fait compte que cette journée leur vaille un an entier : cela ne se fera pas sans quelque peu de tumulte ; pour moi, je me résous à une pistole pour ma place à une fenêtre. L'on tient que pour le plus tôt que ce puisse être , ce ne sauroit être devant le 20 du mois qui vient. Le roi dit que quatre jours après il partira pour s'en aller à l'armée. M. le marquis de Rosni, qui est , comme vous savez , reçu à la survivance de M. de Sully en l'état de grand-maître de l'artillerie , s'y en va accompagné de tout ce qu'il y a de galants liommes en France pour ce métier, que lui a baillés M. de
Sully. Jo vous dirois ce qui se prépare pour le couronnemeut; mais il vaut uilcnx attendre qu'il soit fait pour en parler plus assuréjnent. Je vous avois mandé que je vous enverrois un livre nouvellement fait par Bandole; pour y satisfaire, je fus, il y a huit ou dix jours, au Palais, le demander à son liLraire, qui est toujours Ducret, et chez Timprimeur: il me dit qu'il n'en avoit point, et que l'auteur étoit en prison depuis vingt jours, pourcequ'un nommé M. de \ illarnoux et quelques autres députés de la religion s'étoient allés plaindre de lui à M. Servin. Le libraire fut envoyé quérir, qui pour se garantir les mena prendre Bandole. Je ne sais ce qui en sera. Le libraire m'a dit que ce livre a été fait pour complaire à une dame à laquelle il est dédié , qui a perdu un procès contre ce Villarnoux, et s'en est voulu venger de cette façon. Je ne sais pas quel intérêt y ont ceux de la religion; si je m'en fusse trop soucié, j'en eusse recouvré un ; mais je nel'aurois désiré que pourcequeje croyois qu'il en vouk'it encore à celui même qu'il avoit attaqué la première fois. Il y a trois à quatre jours que M. de Fresnes décéda; la jeune Sagonne, qui étoit nièce de sa femme, et l'avoit servie huit à neuf ans , en espérance d'être héritière d'une partie des biens de M. de Fresnes, comme à ce que l'on dit il lui avoit promis assez de fois , voyant que par son testament il ne lui laissât que deux mille écus, en a pris tel déplaisir qu'elle mourut deux jours après. On la tiouva fort saine, hormis quelque mal à la rate, et le cœur tout flétri. Je ne vous dis rien de la lieutenance de roi en Provence, accordée à M. le comte de Canos, vous devez savoir cette histoire; d'ailleurs tout le monde n'en est pas content, mais le roi est le maître.
Adiou, monsieur; j<^ vous prie me faire ce bien de baiser bien humblement les mains à MM. les présidents du Vair et de La Cépéde. Je suis votre très humble; serviteur.
Je vous supplie, monsieur, que M. de Valves sache que je suis toujoiu-s sou serviteur très affectionné. Le nom du livre de Handole ^st, Des parjures et faux serments.
AU MÊME
Paris, ce jeudi, 6 de mai 1610.
Monsieur,
Je loue Dieu de l'heureux succès de vos affaires à Montpellier , et vous remercie de l'avis que vous m'en avez donné : vous m'avez en cela, comme vous faites en toutes choses, témoigné que vous m'aimez; mais pour cela je ne m'en mettrai pas davantage sur les belles paroles , vos honnêtetés précédentes m'en ont épuisé. Je m'en vais, selon ma coutume, recourir aux nouvelles; je commencerai par les fâcheuses , qui sont celles de la guerre, et finirai par celles du couronnement et de l'entrée, et autres de semblable nature. Nous avons ici, depuis trois ou quatre jours, un courrier du Piémont, qui dit que M. de Savoie est très humble serviteur de sa majesté, et qu'il se remet entièrement à lui de la résolution de cette guerre: on n'en publie que cela; mais on attend dans deux jours M. de Créqui et M. de Bullion,
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qui en doivent dire davantage. Quoi qu'il soit, deux des inestres-de-canip qui sont destinés pour servir en ces quartiers-là sont ici, toujours attendant commandement de sa majesté de lever leurs troupes, et n'en reçoivent point : je crois qu'elle attend que M. de Bullion soit venu, pour se résoudre suivant ce qu'il rapportei^a. Pour la guerre de Flandre, elle continue fort et ferme avec une dépense extrême; et paàviculièrement celle de l'arlillerie, de qui l'équipage est le plus beau qui fut jamais, se monte, à ce que l'on dit, à cinq mille écus par jour; car les chevaux seuls, qui sont six mille, se montent, en raison de vingt-cinq sous les uns et quarante sous les autres (parcequ'il y a deux sortes de marchés, le vieil et le nouveau), à trois mille écus par jour. Il se fait une nouvelle levée de Suisses, qu'ils appellent aventuriers y pourcequ'ils ne sont point de ceux que les cantons doivent par leurs traités, mais doivent servir aux assauts, escarmouches, et généralement en toute sorte d'occasions , ce que ne font pas les autres. Nous avons nouvelles de Bourgogne qu'en la levée des six mille, il s'en est trouvé en la montre, à Saint-Jean-de-Lône, plus de deux mille davantage, qui sont gens volontaires qui viennent pour apprendre le métier. On fait compte, outre cela, d'environ quinze mille hommes de pied françoi»; et pour la cavalerie , il y aura trois mille chevaux payés , c'est-àdire des gendarmes et chevau-légers , qui sont entretenus en temps de paix; des compagnies comme celles du roi , de la reine , de M. le dauphin ; et autres cinq cents carabins, dont le frère de madame la marquise a le commandement; et puis la cornette blanche, qui se montera à plus de quinze ou dix-huit cents chevaux. Les
DE MALHERBK. iS(}
États fournissent douze mille hommes de pied , savoir quatre mille François, quatre mille Anglois, et quatre mille Hollaiulois, et (\yiiniv cents chevaux. Les Allemands de notre parti baillent vingt-cinq mille hommes de pied et quatre jnille chevaux. Spinola se trouvera entre eux et nous ; son armée est de quinze à seize mille hommes de pied et deux mille chevaux, et ce qui viendra de la part de Teuipereur. L'ambassadeur de l'archiduc dit hier à quelqu'un, de qui je le tiens, que son maître avoit retenu madame la princesse, pour obliger le roi et M. le connétable, qui favoit prié d'empêcher qu'elle n'allât en Espagne où son mari la vouloit envoyer, et que, pour la retenir, il avoit promis à M. le prince de la lui garder, de sorte qu'il n'y auroit point d'apparence qu'il la renvoyât, et encore moins lui étant demandée avec menaces de lui faire la guerre s'il ne la rend. Il ajouta à cela qu'il se levoit, outre l'armée de Flandre, une armée en Espagne et une autre en Italie, qui seront sur pied dans un mois; je ne sais ce qui en sera. Il vient un légat de la part du pape, que l'on dit devoir être ici dans huit ou dix jours. Le roi fait dépêcher le plus que l'on peut , afin qu'il soit déjà à l'armée quand il arrivera. Je pense qu'il accommodera ces affaires par la dissolution du mariage de M. le prince , à quoi tout semble assez disposé. On parle de le remarier à madame de Montpensier ; je dis qu'on a parlé, mais je n'en assure rien. En voilà trop sur cette matière, il faut sortir du sérieux pour parler du délectable. Le couronnement se hâte tant que l'on peut ; le roi dit que ce sera mardi; M. le Grand, jeudi pour le plus tôt, et pour le plus tard de dimauclio en huit jours : car on m'a dit au-
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jourd'hui que M. de Rhodez, suivant le dû de sa charge , ayant consulté les livres rituaux , a fait rapport qu'il faut que ce soit un jour de fête : Tentrée se fera huit ou dix jours après. On fait des diligences extrêmes , mais les apprêts sont si grands qu'ils ne se peuvent faire sans beaucoup de temps; je ne vous en dirai rien, parceque toutes les choses ny sont pas du tout résolues , et se présente tous les jours quelque'i^ouvclle difficulté. La reine Marguerite y sera, en qualité de fdle de France, en même litière que Madame, Madame tenant la place d'honneur comme fille du roi régnant ; elles auront leurs manteaux à trois rangs de fleurs de lis : la reine Marguerite a demandé que le sien fût tout couvert , et la couronne fermée , comme retenant la qualité de reine , suivant la promesse que le roi lui en a faite; je ne sais si elle l'obtiendra. Après les litières de la reine et les leurs , marcheront les dames à cheval : les quatre premières sont les quatre princesses du sang , puis madame de Vendôme , mademoiselle de Vendôme , mademoiselle du Maine , madame la duchesse de Rohan, mademoiselle de Rohan , et puis le reste selon leur qualité. Aujourd'hui il n'étoit pas encore résolu si madame la comtesse de Soissons y seroit, pourceque M. son mari prétend que les princesses du sang doivent avoir leurs manteaux à trois rangs de fleurs de lis , et dit que si on ne le lui accorde, elle ne s'y trouvera pas; l'on lui débat au contraire que les fleurs de lis n'appartiennent qu'aux filles de France, et qu'il ne s'est fait qu'une seule fois autrement, par des considérations qui n'ont point de lieu en cette occasion. Mademoiselle de Rohan a eu bien de la peine à obtenir le rang qu'elle a, et enfin il lui a été ac-
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cordé pargratilioation, et sans attribution d'aucun droit au préjudice des personnes qui y prétendent intérêt. M. de lietz tut hier Hancé avec mademoiselle <le Chemilly, où étoit tonte la cour, hormis M. de Montmorency. Samedi se doivent l'aire les noces. M. d'Aijjuillon est malade à Soissons. M. du Maine a obtenu du roi que M. d'Elbœuf fera sa charge de grand-chambellan. Je suis au bout de mon rouet, aussi est-il temps de finir cet ennuyeux discours. Dieu veuille que les premières nouvelles que vous aurez de moi soient que M. le légat ait avancé quelque chose . les poltrons comme moi ont besoin de la paix, mais encore le plus le pauvre peuple, qui est ruiné par-tout où passent les troupes; car elles font des désordres incroyables, et ne respectent rien, jusqu'à avoir logé aux villages de M. de Sully et battu le juge de Sully, qui leur en alla faire quelque remontrance. Vous pourrez juger en quel état est la pauvre Champagne, où est le rendez-vous de l'armée. Adieu, monsieur; pour l'honneur de Dieu, excusez-moi pour cette fois à MM. les présidents du Vair et de La Cépéde, car je n'y vois goutte de sommeil. Je suis leur très humble serviteur et le vôtre.
AU MÊME
A Paris, ce 19 de mai 1610- MONSIEUR,
Jeudi au soir, au retour du couronnement de la reine , un nommé La Brosse , qui a été médecin de M. de Sois-
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sons, dit à M. de Vendôme qu'il avertît le roi que le lendemain il courroit une grande fortune; que s'il en échappoit, il iroit encore jusqu'à vingt-cinq ans. Cet avis fut donné au roi par M. de Vendôme ; mais il n'en fit que rire, et pensa qu'il en seroit comme d'une infinité d'autres qu'il avoit reçus sur le même sujet. La réponse fut : C'est un fou, et vous en êtes un autre. Le lendemain au matin, soit que le roi pensât à cet avis ou autrement, il pria Dieu (L-^^xtraordinairement, et même se fit apporter ses Heures dans le lit ; de là il s'en alla aux Tuileries selon sa cou* tume, et ouït messe aux Feuillants. Après dîner, il fut quelque temps au cabinet de la reine, où il fit et dit mille bouffonneries avec madame de Guise et madame de La Chastre. Madame de Guise sortit pour s'en aller solliciter un procès, et lui un peu après poiu' s'en aller à l'Arsenal. Il délibéra long-temps s'il sortiroit , et plusieurs fois dit à la reine : « Ma mie, irai-je, n'irai-je pas? » Il sortit même deux ou trois fois, et puis tout d'un coup retourna, et disoit à la reine : « Ma mie, irai-je encore? » et faisoit de nouveaux doutes d'aller ou de demeurçr. Enfin il se résolut d'y aller, et ayant plusieurs fois baisé la reine, lui dit adieu; et entre autres choses que l'on a remarquées, il lui dit : « Je ne ferai qu'aller et venir, et serai ici tout à cette heure même. » Comme il fut en bas de la montée où son carrosse l'attendoit, M. de Praslin, son capitaine des gardes, le voulut suivre. Il lui dit : «Allez vous-en, je ne veux personne; allez faire vos affaires. » Ainsi n'ayant autour de lui que quelques gentilshommes et des valets de pied, il monta en carrosse, se mit au fond à la main gauche et fit mettre M. d'Espernon à la main drçitc ; auprès de lui à la portière étoient M. de Montbazon, M. de LaForce;
Di: iviAr.iiFnnF. 143
à la portirrc du côtr de ÎVI. fl^'lspcrrion (''foicntM. le iiiarécliiil de Lavardiii, M. dc(]rc'qui; au devant, M. le marquis de Mirabeau et M. le premier écuyer. Comme il fut à la Croix-du-Tiroir, on lui demanda où il vouloit aller; il commanda cpTon allât vers Saint-ïnnoeent. Etant arrivé à la rue de la Ferronnerie , qui est à la Hn de celle Saint-Honoré, pour aller à celle de Saint-Denys, devant la Salamandre, il se rencontra une charrette qui obligea le carrosse da roi à s'ap|)rocher plus près des boutiques de quincailliers qui sont du côté deSaint-Innocent, et même d'aller un peu plus bellement sans s'arrêter toutefois, combien qu'un qui s'est hâté d'en faire imprimer le discours l'ait écrit de cette façon. Ce fut là qu'un abominable assassin, qui s'étoit rangé contre la prochaine boutique, qui est celle du Cœur couronné percé d'une flèche, se jeta sur le roi et lui donna, coup sur coup, deux coups de couteau dans le côté gauche : l'un, prenant entre l'aisselle et le tétin, va en montant sans faire autre chose que glisser; l'autre prend contre la cinq et sixième côte, et, en descendant en bas , coupe une grosse artère , de celles qu'ils appellent veineuses. Le roi, par malheur et comme pour tenter davantage ce monstre, avoit la main gauche sur l'épaule de M. de Montbazon, et de l'autre s'appuyoit sur M, d'Espernon auquel il parloit. Il jeta quelque petit cri, et fit quelques mouvements. M. de Montbazon lui ayant demandé, «Qu'est-ce, sire?» il lui répondit, « Ce n'est rien , ce n'est rien , » par deux fois ; mais la dernière il le dit si bas qu'on ne le put entendre. Voilà les seules paroles qu'il dit depuis qu'il fut blessé. Tout aussitôt le carrosse tourna vers le Louvre. Comme il fut au pied de la montée où il étoit monté en carrosse, qui est celle de
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la chambre de la reine, on lui donna du vin. Pensez que quelqu'un étoit déjà couru devant porter cette nouvelle. Le sieur de Cerisy, lieutenant de la compagnie de M. de Praslin, lui ayant soulevé la tête, il fit quelque mouvement des yeux, puis les referma aussitôt sans les plus ouvrir. Il fut porté en haut par M. de Montbazon, le comte de Curson en Quercy, et mis sur le lit de son cabinet, et, sur les deux heures, porté sur le lit de sa chambre, oix il fut tout le lendemain et le dimanche; un chacun alloit lui donner de l'eau bénite. Je ne vous dis rien des pleurs de la reine , cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, je crois qu'il ne pleura jamais tant qu'à cette occasion. Tout le monde monta à cheval, les uns allant aux portes , les autres aux places , les autres aux ponts, avec une affection extrême de témoigner sa fidélité. L'on envoya quant et quant deux compagnies des gardes à M. de Sully pour conserver l'Arsenal et la Bastille s'il en étoit besoin; mais tout cela fut inutile, car jamais il n'y eut autre trouble que celui de la douleur générale qu'apporta ce pitoyable inconvénient. On donna des gardes aux ambassadeurs, et nommément àcelui d'Espagne que le peuple vouloit tuer à l'heure même; et l'eût fait sans M. de Corbozon, qui l'en empêcha; les gardes lui furent levées devant-hier. Le lendemain, le roi et la reine allèrent au parlement, accompagnés de tout ce qu'il y avoit de princes et de grands en cette cour, hormis de M. de Vendôme ; madame sa femme y fut , qui contesta le rang avec madame de Longueville, qui lui demeura. Il s'y passa quelques autres particularités; mais ce ne seroit jamais fait : il suffit de dire que d'un consentement universel, le roi fut couronné, et la reine décla-
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rée rc'jjeiitc. Le jour inrinc, il (■a lut luit tic incinc à Rouen et à Orléans, et par-tout généralement il ne se parle que de concorde et d'obéissance. Ce coquin est <rAn{jouléin(', nonnné l''ran(<)is de Ravaillac, {jrand et puissant lioninie, â{jé d'environ trente-cinq ans, la barbe rou>je ei'les cheveux noirs; il est extrêmement résolu et jusques ici n'avoit rien dit, sinon que ce matin : on ne dit point ce qu'il a dit. On parle si diversement de lui que je ne sais quasi qu'en écrire. M. d'Aix le fut voir, auquel il répondit de sorte que l'on dit qu'il ne jugeoit pas qu'il fût à propos de le faire trop parler. Il dit qu'il étoit résolu à tout ce qu'on lui voudroit ou qu'on lui voudra faire endurer; toutefois on lui a dit qu'on alloit écorcher devant lui son père et sa mère, et de fait on les est allé quérir; cela lui a un peu attendri le cœur. Il fut trouvé saisi de quelques billets pleins de croix et caractères inconnus. M. de Vitri, qui le fjarda au commencement, dit qu'il en avoit un où au-dessus étoit écrit : Stances pour empêcher de sentir les douleurs des supplices. Il dit que de tout autre jour il ne pouvoit courir fortune qu'au vendredi , mais qu'il avoit vu l'occasion trop belle pour la laisser perdre. Son couteau étoit une espèce de baïonnette qu'il dit avoir prise dans un cabaret; le manche en est blanc, il n'a qu'environ deux doigts de dos, le reste est tranchant des deux côtés. Il dit qu'il y a fort long-temps qu'il a cette résolution , et que plusieurs fois il l'a quittée, toutefois qu'elle lui est toujours revenue. Il s'est confessé, à ce qu'il dit, plusieurs fois d'un homicide volontaire, toutefois qu'il n'a jamais désigné à ses confesseurs que ce fût le roi , d'autant qu'il sait bien qu'en matière de crime de lèse-majesté les confessions
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se révèlent; il a nommé entre ses confesseurs un jésuite nommé le père d'Aubigny. Il a été trois ans feuillant; mais ayant eu quelque vision qu'il révéla aux religieux, ils le chassèrent de leur couvent. Enquis d'où lui étoit arrivée premièrement cette méchante pensée , il dit que comme il fut en la conciergerie de cette ville, o^ il a été long -temps prisonnier ( les uns disent à cause d'un vol dont il se purgea; il dit qu'il y étoit pour six mille francs auxquels il étoit condamné), étant un soir dans sa chambre, seul, il vit voler près de sa chandelle un papillon qu'il jugea plus grand que les autres; que plusieurs fois il le voulut prendre, mais toujours il disparoissoit: cela lui fit croire que c'étoit autre chose qu'un papillon. Après avoir rêvé quelque temps , il se coucha sur la paille ; et s'étant endormi, il lui fut avis qu'il voyoit soixante hommes armés de toutes pièces, qui se battoient auprès de lui , et qu'ayant discouru quelque temps là-dessus en lui-même, il jugea que c étoit un préjugé de guerre, et que le moyen de continuer la paix étoit de tuer le roi. Comme on lui remontra que c'étoit au contraire le moyen d'allumer la guerre, il dit qu il le reconnoissoit bien à cette heure , mais que loi'S il ne le jugeoit pas comme cela. Lorsque le bruit de la mort du roi fut porté chez M. de Beaulieu, il y avoit un nommé Bouchu, qui a longtemps demeuré en Flandre, qui dit tout aussitôt qu'il se doutoit bien qui avoit fait le coup, et conta que, depuis environ un an, il y a en ce pays-là dix-huit ou vingt qui font pénitence publique, et tous les mercredis et same- V^^^'^is se battent emmi les rues; le plus méchant d'entre eux s'appelle le roi et est couronné d'épines. Ce sont tous gens qui, à en juger par leur pénitence, doivent avoir
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fait des méchancetés exécrables, et qui sont aisés à in- (IiiiiH^ cit leur |>n)|>osiinl (|iioi (jiic (r suit puiir accoiircir leur pénitence, et se souinctteiit de faire tout c(! qni leur est connnandé par un confesseur; il avoit opinion que cela ponvoit venir de quelqu'un de cette manière de gens, pourcoqu'il avoit vu quatre jours leur roi en cette ville. Ces gens s'appellent battus , et lui le roi des battus. Ce Bouchu fut tout aussitôt même reconnoître ce criminel; mais il trouva que ce n'étoit pas lui. Les uns disent qu'il a été maître d'école à Tours ; les autres, à Montpellier; les autres, qu'il a été des gardes de l'archiduc; les autres, son laquais; aucuns disent qu'il est marié à Bruxelles, et qu'il a trois enfants; la plupart ne croient pas qu'il soit ïnarié, bien tient-on pour certain qu'il a été maître d'école. Il a été pris trois ou quatre autres coquins, l'un pour avoir dit que le fds ne survivroit guère après l'autre, qu'il y avoit beaucoup de gens qui prioient Dieu pour Ue maraud , et qu'il en étoit un, et que quant à lui il avoit eu autrefois la même imagination. Il a été pris aussi un gentilhoeime qui , voyant passer le roi , dit : Voilà un beau roi ! On ne parle que de telle peste, et cela, grâce à Dieu, est le plus grand trouble que nous ayons ; car tout est aussi tranquille ici, et par tous les quartiers de deçà, que s'il n'étoit point arrivé de changement. On prépare les funérailles du roi; je crois que vendredi prochain l'effigie sera mise en public; cette cérémonie se fera aux Tuileries pour empêcher que tout le monde ne vienne au Louvre, et aussi qu'il est plus à propos que cela se fasse hors du lieu où est le nouveau roi. Pour cette heure le corps du roi est dans une bière de plomb, en la chambre qui va des cabinets à la galerie, sur un lit
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couvert de drap d'or frisé , avec une croix de satin blanc, deux archers du hoqueton blanc, Tun d'un côté, Tautre de l'autre, sont au chevet du lit; et au pied deux hérauts d'cirmes avec leurs cottes , qui sont celles mêmes qu'ils portoient au couronnement. A main droite du lit est un autel où l'on dit messe tous les jours, et des df ;ix côtés du lit il y a toujours des religieux qui prient; le lit est entre les deux croisées qui regardent sur la Seine , les pieds viennent vers la cheminée. Le roi Henri troisième sera enterré quatre ou cinq jours auparavant: il y en avoit qui proposoient de les enterrer l'un quand l'autre; mais la reine ne l'a pas voulu. Je crois que , cela fait , le roi fera son entrée. Tous les arcs que l'on avoit dressés demeurent, et en a-t-on seulement ôté les tableaux. Je suis las d'écrire, mais si vous dirai-je encore que M. de Guise a protesté à la reine qu'il ne permettroit plus que M. de Vendôme le précédât , et que ce qu'il en a fait autrefois, c'a été pour le respect du roi. Ceci me fait ressouvenir d'un des points de la harangue que fit M. le premier président quand la reine fut déclarée ré^^ente, qui est que l'âge et l'expérience du feu roi, le bien qu'il avoit fait à la France de l'avoir tirée de tant de misères , avoit été cause qu'ils ont passé au parlement beaucoup de choses contraires au bien du peuple ; mais à l'avenir si on leur en proposoit de semblables, ils supplioient le roi et la reine de les excuser s'ils en usoient d'autre façon. On a conseillé à M. de Sully de remettre ses charges ; il dit qu'il le veut faire : ses amis l'en pressent ; et croit-on qu'il le fera, quoique la reine les lui ait confirmées. Comme M. de Soissons fut venu, il l'alla trouver et l'accompagna au Louvre. J'avois dit qu'il n'y avoit rien de changé;
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mais si n; et, no fnt-ro que t ola, rarinée demeure debout jusqu'à ce (|ue Fou ait vu te que diront les étranfjets.
Monsieur,
AU MÊME
A Paris, ce 19 (le mai 16 10.
Vous verrez , par un mémoire que Marc-Antoine vous fera voir , les particularités de cette pitoyable nouvelle que je m'assure vous aurez déjà sue, de la mort de notre bon roi. Cet abominable, de qui le diable s'est servi à cette occasion, est d'Angoulême, nommé François de Ravaillac, homme de trente-cinq ans, les cheveux d'un châtain noir , la barbe rouge , haut et puissant , les épaules larges , et l'es^ipmac de même; il a les yeux gros et fort enfoncés en la tête , les narines fort ouvertes; et, à le prendre tout ensemble , il est extrêmement mal em- /y^ miné. Il m'a été dépeint comme cela par ceux qui l'ont vu. Je suis allé après dîner à la Conciergerie pour le voir, si d'aventure on le menoit devant Messieurs; mais cela avoit déjà été fait dès ce matin , tellement que ce sera , Dieu aidant, pour vendredi prochain. J'ai vu en ce beau lieu-là ce faiseur de livres de vos quartiers: il a feint de ne me reconnoître pas, encore que je lui aie dit mon nom et donné des enseignes de l'avoir autrefois vu en Provence. Je vous ai écrit par ci-devant qu'il étoit en peine pour un livre qu'il avoit fait des Parjures ; son arrêt a été qu'il est banni pour trois ans , et son livre lacéré, autres m'ont dit brûlé. Il a parlé de l'accord de
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messieurs du parlement de Provence , et par occasion est tombé sur M. du Yair, lequel il a fort loué; ce qui m'a fait penser qu'il me connoissoit : comme , de fait , nous avons été hors de là, un de mes amis, qui Ta vu ailleurs , m'a dit que ma présence avoit été cause de le faire parler de cette façon. Je ne sais comme ce discours est venu au bout de ma plume, car je n'y avois pas pensé , n'estimant pas que l'homme en fût digne ; mais je me suis d'autant diverti de cet autre détestable sujet. Je ne vous écris rien du couronnement, car à quel propos la mention de joie parmi tant d'occasions de s'affliger? Notre bonne reine commence pour le moins sa régence le plus heureusement qu'on le pouvoit souhaiter; Dieu fasse que la fin réponde au commencement : je l'en prie de tout mon cœur, et vous, monsieur, que vous m'aimiez toujours, et me teniez pour votre très humble et affectionné serviteur.
AU MÊME
Monsieur ,
Il ne s'en est rien fallu que vous n'ayez rien eu de moi par ce porteur; ma vengeance ne sera que demie, je vous écrirai, mais ce sera peu: aussi bien je m'assure que nous n'avons pas la moitié des nouvelles qu'on vous conte par-delà. Les portes furent fermées, il y a trois ou quatre jours, pour chercher un qui avoit dit que les choses iroient mieux qu'elles n'avoient fait du-
DE M Al. Il EUR F. i:n
jani lii MO (lu roi. .le iiriissmc (|iu; l'on vous aura dit ce qui l(it (lit ici, (|ii(' ('('toit nu (jiii avoit dit (juc hj (ils ne vivroit pas lonjj-teins a[)iès le père, et (pie pliit(jL il le tueroit lui-rnéine : quoi que c'en soit, il ne fut point pris. L'on avoit cherché aussi le prévôt de Pithiviers ( c'est une petite villotte de la Beauce), pourcequc le jour que le roi fut tué, et à l'heure même, étant à jouer aux quilles en un jardin, il dit tout haut à la compagnie : «Messieurs, à cette heure même le roi vient d'être tué ou fort blessé. » Il en fut informé, et les informations apportées par-deçà. J'ai parlé à l'homme qui les a vues : il ne fut non plus pris que l'autre. Pour moi, je le crois innocent, pourceque le meurtrier même ne savoit pas à quelle heure il auroit moyen de faire son coup. L'on nous a conté ici le même d'une religieuse de Picardie, près de Villers-Houdan, qui s'écria, à ce qu'ils disent, que l'on tuoit le roi , à l'heure même que la chose se faisoit; mais pour ce qui est de ces lieux-là il naît force miracles, et toujours plus de bons que de mauvais. J'ai peur qu'il n'y ait eu quelque mère Thérèse qui nous ait produit celui-ci. Le meilleur et le plus beau que j'y voie , c'est que l'obéissance est par-tout si grande que jamais elle ne le fut plus. On parle d'envoyer un grand secours en Clêves , et que M. de Nevers aura la charge de l'armée. S'il falloit vous écrire tout ce qui se dit et se fait ici par le menu, je vous ferois plutôt un livre qu'une lettre ; contentez-vous que pour un si grand changement il n'y en eut jamais si peu : nous avons eu un grand roi, nous avons une grande reine; Dieu soit loué que les choses sont allées d'une autre façon que les gens de bien n'avoient craint, et les méchants espéré. On se con-
rSî LETTRES
sole par-tont, et jusqu'au Louvre; ce sont des merveilles de-la bénédiction de Dieu sur ce royaume. Je suis votre serviteur très humble.
AU MÊME
Paris, le 26 juin 1610.
Monsieur ,
J'attendois à vous écrire que nous vissions la fin de nos cérémonies; mais puisque ce porteur s'offre, il ne s'en retournera point sans que je vous en écrive une partie : vous serez moins importuné, de les lire à deux fois. L'effigie du roi a été en vue durant onze jours : elle en fut ôtée lundi au soir; le mardi et le mercredi furent employés à ôter les tapisseries d'or et de soie de la salle basse, et y en mettre de laine noire, avec une ceinture de velours noir tout à l'entour; et lors le corps du feu roi fut mis sur des tréteaux , au lieu même oii avoit été l'effigie. Le jeudi, qui étoit le jour de la Saint-Jean, il ne se fit rien. Hier, qui étoit vendredi, le roi lui fut donner de l'eau bénite; il partit pour cet effet de l'hôtel de Longue ville , et vint au Louvre en cet ordre : le grandprevôt, habillé de sa robe et chaperon de deuil, entra le premier avec ses archers, qui sous leurs casaques avoient des robes de deuil; après venoient les cent gentilshommes avec leurs becs de corbin en la main; ceux- ( i étoient suivis de quatre-vingts ou cent gentilshommes, des principaux de la cour, et quelques officiers, tous avec la robe de deuil. Le roi étoit conduit par deux car-
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dinaiix, loyonso à main droite, cl Soiirdis à fjanchc; il rtoit vrtii <rniu' rol>e «Ir sei{;<' violette, et avoit sur la tête un ehaperon <lc moine couleur : sa robe avoit ( inq queues; celles tle devant étoient portées par M. le chevalier de (Jnise îi main {gauche , et M. le prince de Joinville à main droite; les deux d'après, par M. le comte de Soissons à main droite, et M. de Guise à gauche; celle du milieu, par M. le prince de Conti. L'entrée de la salle étoit à la porte du bout , et pour cet effet le roi et le convoi entroient par la porte qui va au grand degré , où il étoit attendu par MM. les maréchaux de Lavardin , Brissac et Bois-Dauphin, au bas de trois marches qu'il falloit qu'il montât; et au haut justement, et sous la porte, étoit M. le Grand; tous vêtus de robes de deuil, avec leurs colliers de l'ordre par-dessus. La queue de Monsieur étoit portée par M. de Béthune , celle de M. le duc par le comte de Curson; derrière le roi et messieurs ses frères il n'y avoit que MM. de Montbazon et d'Espernon , comme ducs ; après eux il n'y avoit que de la confusion. Le roi fut quelque temps dans la salle, et puis sortit avec sa suite par la porte du milieu de la salle qui est vis-à-vis la porte du Louvre , et s'en alla à sa chambre par le degré du coin. Aujourd'hui, du matin, le parlement et la cour des comptes , et quelques autres , y sont venus; mais je me suis contenté d'y avoir vu le roi. Les ambassadeurs y doivent venir , qui dit après dîner , qui dit demain : tant y a que la basse cour du Louvre demeure toujours tendue de quatre ceintures de serge et une ceinture de velours; les serges vont jusque devant la porte du Louvre , mais le velours n'est que dans la basse cour. Je vous ai récité tout d'un trait cette céré-
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monie, je retourne à celle de reffigie : il se fit deux elfigies par commandement, Duprcz en fit l'une, et Grenoble l'autre ; il s'en fit une troisième par M. Bourdin d'Orléans , qui le voulut faire de tête, sans en être prié : celle de Grenoble l'emporta, pourcequ'il eut des amis; elle ressembloit fort à la vérité , mais elle étoit trop rouge , et étoit faite en poupée du Palais. Celle de Duprez, au gré de tout le monde, étoit parfaite; je fus pour la voir, mais elle é*oit déjà rendue. Je vis celle de Bourdin , qui n'étoit point mal : cette effigie fut vêtue d'un pourpoint de satin cramoisi rouge, d'une robe de velours violet fleurdelisé et doublé d'hermine, et d'un manteau de même; un bonnet de satin cramoisi en tête, et une couronne par-dessus; les bottines étoient de velours violet fleurdelisé, les semelles de cramoisi rouge; le lit sur lequel elle étoit en son séant, avec des carreaux de drap d'or qui lui soutenoient le dos , étoit couvert d'un drap d'or frisé , bordé à l'entour de velours violet fleurdelisé, qui couvroit jusqu'au bas des trois marches du haut dais sur lequel l'effigie étoit relevée. Des deux côtés de l'effigie étoient deux carreaux de drap d'or, sur l'un desquels , à main droite , étoit le sceptre ; sur l'autre, à main gauche, la main de justice. Des deux côtés de l'effigie étoient deux autels oii il y avoit à chacun deux cierges de cire blanche , brûlant continuellement ; et au pied de l'effigie en étoient quatre autres, puis un siège avec un carreau auprès, pour s'agenouiller quand on viendroit prier Dieu pour le roi; et un peu plus loin en étoit un autre couvert de drap d'or, tout de même que l'autre , sur lequel il y avoit un bénitier pour donner de l'eau bénite. Du côté droit de l'effigie étoient de longs
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bancs couverts de tlrap d'or, sur Icscjiiels stî iiiettoient ceux qui étoient de garde; et de l'autre , h main gauche, étoient les gens d'église : au bout de ces bancs qui étoient vers Teffigie, étoient, près chaque premier banc, deux cliaiscs de drap d'or pour les grands qui seroient de garde. J'y fus à l'heure du souper de l'eiligie, mais il n'y avoit personne; quand j'y arrivai, M. de Vendôme y étoit, mais il étoit sur le point de partir, et n'étoit que sur le banc; madame d'An,i,ouleme y vint, mais elle ne fit que donner de l'eau bénite et s'en aller. Tout ce que dessus étoit séparé du reste de la salle par des barrières; il y avoit une entrée au milieu et deux aux deux bouts. La salle étoit toute tendue de tapisseries d'or et de soie , et ces grandes étaies de bois que vous y avez vues étoient couvertes de drap d'or. La table du souper étoit à cinq ou six pas de l'effigie, entre deux piliers; le service en fut fait ni plus ni moins que le roi étoit servi lorsqu'il vivoit, sans que l'on vît ni grand-panetier, ni grand-sommelier, comme on se le faisoit croire. A toutes les croisées de la salle, qui sont douze ou quinze, il y avoit un autel à chacune, et s'y disoit cent messes par jour, devant que l'effigie fut mise en la salle. Le roi, depuis sa mort , avoit été continuellement en sa chambre sous un lit couvert d'un drap d'or et une grande croix de satin blanc au milieu , avec deux autels des deux côtés , et deux bancs aux pieds du lit , pour ceux qui étoient de garde et pour les religieux qui y chantoient continuellement. Chaque grand de la cour, prince, maréchal, ou officier, avoit deux heures de service à l'effigie, avec dix ou douze gentilshommes à-la-fois. Le corps est à cette heure sur des tréteaux, dans un coffre, couvert
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d'un drap d'or et une grande croix de satin blanc ; sur le coffre, à l'endroit de la tête, sont deux carreaux de drap d'or l'un sur l'autre , et dessus une couronne d'or. Je ne sais si j'oublie quelque cbose; si je le fais , excusez ma mémoire , qui ne vaut rien. Pour la cérémonie du couronnement, le récit en est hors de saison, comme est celui de l'exécution du coquin. Je vous avois mandé que La Brosse avoit fait avertir le roi que le lendemain il seroit tué, ou courrojt la plus^*jrande fortune qui se peut courir sans mourir; mais il n'en est rien; celui qui l'avoit dit tout haut dans la chambre de la reine , et qui se vantoit que La Brosse s'étoit adressé à lui, se donnoit cette vanité, comme depuis il s'est véi'ifié : l'on dit qu'il est assez coutumier de faire de semblables traits. Je vous avois écrit du prévôt de Pithiviers : depuis il a été pris; et craignant que ses affaires n'allassent pas bien , non pour aucun dessein contre le roi , mais pour magie et fausse monnoie dont il étoit accusé, il s'est étranglé dans la prison , et fut brûlé publiquement il y a aujourd'hui huit jours. Le livre de Mariana a aussi été brûlé publiquement, et semble que les jésuites sont beaucoup déchus de leur crédit, parcequ'on leur impute cette doctrine de tueries tyrans. Je ne sais ce qui en est, mais les curés déclament fort haut contre eux; et s'ils ont fait ce qu'on dit , d'avoir voulu divertir M. le maréchal de La Châtre d'aller en Cléves, ce sera pire que jamais. M. le maréchal les excuse tant qu'il peut, et dit que ce qu'il avoit dit étoit chose imaginée; mais on croit le premier avis. Tant y a qu'il est parti. Son armée est de cinq mille hommes de pied françois, trois mille Suisses et douze cents chevaux ; les douze mille hommes de pied et
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quinze cents chevaux (rilollainle le viennent joindre vers Trêves, et de là ils s'en vont joinrlrc nos allirs. Il demanda une faveur à la reine, connue ayant riiouneur d'être son premier capitaine; elle lui donna une chaîne de diamants de cinq à six cents écus. Le roi Henri HI fut enterré mardi au soir à Saiut-Denys, dans le caveau de cette chapelle que la reine sa mère avoit fait faire. Le mercredi , le service fut fait par M. le cardinal de Joyeuse, qui y alla le mardi au soir. Pour cet effet, M. le Grand et M. d'Espernon allèrent, il y a aujourd'hui huit jours, à Compiégnc, quérir le corps avec quatre-vingts à cent chevaux. On pensoit mettre la feue reine-mère au même caveau , mais il y eut de la peine à y mettre le roi son fils : il faudra du temps pour ranger les coffres qui y sont, et lui faire place; il est cependant dans un coffre de plomb , recouvert d'un autre de bois , sans drap , sans cierge, et sans autre chose que ce qu'auroit une bien chétive demoiselle. La fortune se joue des rois en leur vie et en leur mort, afin qu'ils se souviennent qu'ils sont du nombre des hommes. Mardi dernier, le P. Portugais, ayant convié ses amis des grands de la cour pour venir ouïr son oraison funèbre du feu roi , à Saint-Jacques-dela-Boucherie , fit perdre la bonne opinion que jusque-là on avoit eue de lui: il ne fut, au jugement de tout le monde, jamais si mal fait; j'y étois, et de bon cœur me range à la voix du peuple, parceque c'est celle de Dieu. M. d'Angers fera celle de Saint-Denys, qu'on estime qui sera belle et digne de son éloquence accoutumée. Le roi sera porté lundi à Notre-Dame , mardi à Saint-Denys , et enterré ; puis le mercredi , le service et les cérémonies faites, on s'en reviendra pour penser au sacre du nou-
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veau roi. M. le prince est à Bruxelles depuis quelques jours; on l'attend ici la semaine qui vient : il a été à Mariemont voir les archiducs , et y fut deux heures seulement. Ce n'est qu'à cinq lieues de Bruxelles que l'infant lui dit qu'il avoit une requête à lui faire : lui qui se douta que c'étoit de vouloir voir madame sa femme, comme c'étoit cela à la vérité , lui répondit qu'il le supplioit très humblement de né lui rien commander où il fût réduit à cette extrémité de lui désobéir, pourcequ'il aimeroit mieux mourir; ainsi les choses en demeurèrent là: si tient-on qu'il la reprendra, mais qu'il veut en être prié par M. le connétable et MM. ses parents. Toutes les lettres que le feu roi avoit montrées, où il étoit appelé
mon tout et mon cher chevalier, sont désavouées;
et pour la requête pi'ésentée à Bruxelles contre M. son mari , l'on dit que c'a été par commandement du père : le père dit qu'il l'a fait, de la peur qu'il avoit que sa fdle n'allât en Espagne. Voilà comme l'on en a parlé: ce sont choses des grands où les petits n'ont que voir; ils s'accorderont, et nous demeurerons leurs serviteurs. Madame la princesse de Conti , depuis trois ou quatre jours , est revenue au Louvre , et gouverne la reine plus que jamais. Elle me fit hier accorder un méchant don, voilà pourquoi j'en parle; je n'ai autre peur que de ma mauvaise fortune , qui pourroit bien , à l'accoutumée , me frustrer de cette espérance : il en sera ce que Dieu voudra. M. de Meaux me dit, il y a trois ou quatre jours, qu'il vous avoit mandé que vous ou M. de Valves fussiez ici au premier jour. Je vous prie, monsieur, me faire ce bien de bailler à ma femme quatre cent cinquante livres, et je les vous rendrai quand vous serez par-deçà; si vous
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n'y venez , je les hiiilleiai h (jiii vous nie manderez. Excusez-moi, monsieur, si je vous emploie librement, mais vous le vonle/.. Fie jour mcMue que je reçus votre lettre à révê(jue (le Toul , je la lis hailler à son seerétaire nonuné M. Hiehardet, qui étoit lo{jé à la vue des Juifs, au Mulet charjjé ; il étoit sur son partement , et me promit de la bailler sûrement à son maître. Si vous venez ici , vous verrez un miracle d'un crayon du feu roi, fait par le sieur du Mousthier, qui est si bien que je vous jure que je ne le vois jamais qu'il ne nie semble qu'il veuille parler à moi : il fait son compte qu'il y en aura une copie pour vous, mais que vous vous souveniez de je ne sais quelle tortue que vous lui avez promise. Adieu, monsieur; je suis et serai à jamais votre très humble et affectionné serviteur.
L'enterrement est différé d'un jour • ce sera mercredi , car mardi le roi sera porté à Saint-Landry ; jeudi se fera le service et le festin , qui est de cinquante plats , à quatrevingts écus le plat.
AU MÊME
A Paris, ce lundi 28 juin 1610.
Monsieur ,
Il y a trois ou quatre jours que je vous écrivis fort au long par le sergent Louis : je pensois qu'il devoit partir à l'heure même que je lui baillai ma lettre; mais cette après-dînée je l'ai trouvé emmi la rue, en état de ne
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partir peut-être de huit ou dix jours. Quoi qu'il en soit, je ne me travaillerai pas à vous répéter ici les mêmes choses; je vous dirai seulement que je reçus hier votre lettre du ao de ce mois, où vous me mandez l'indisposition de M. le premier président. Je loue Dieu qu'elle vous donne espérance de n'être pas longue. Votre province est en paix, mais elle a hesoin d'y être maintenue, et je ne doute pas que sa présence n'en soit un des principaux moyens. Vous avez très bien fait de châtier ce coquin d'Arles : si vous m'eussiez mandé son nom et les langages qu'il avoit tenus, le reine l'eût su comme elle a su la punition de Costes. Depuis ma dernière lettre nous n'avons rien de nouveau : l'on avoit résolu , comme je vous écrivois , de porter aujourd'hui le corps du feu roi à Notre-Dame ; mais ce ne sera que demain ; mercredi il sera porté et enterré à Saint-Denys , jeudi le service et le festin se feront. Nous attendons cette semaine monseigneur le prince, ou au commencement de la prochaine. M. le comte de Soissons a eu le gouvernement de Normandie, quelque opposition qu'y eut apportée M. le prince de Conti : il s'y est tellement roidi qu'il n'a voulu prendre aucune offre que la reine lui ait faite; et jusqu'à cette heure on l'a toujours tenu en cette opinion que les choses sont en l'état qu'elles étoient du vivant du feu roi. Il n'y a rien de résolu pour le fait de M. de Requien ; les uns disent que la citadelle de Metz lui demeurera et que la reine y est fort résolue ; les autres croient que l'on contentera M. d'Espernon : ce qui en succédera sera fait dans peu de jours. Le mariage de M. le prince de Joinville ne va pas si vite qu'on l'espéroit, et même on doute qu'il ne se rompe tout-à-fait.
HE MALfIKRni-. ' iHi
Voilà tout rc qu'tMi piiiticiilici' je vous puisclirt;, et en général les choses sont les plus calmes qu'on les sauroit désirer; ce sont des effets de la bonté de Dieu et de la sagesse de notre très grande et très bonne reine. Elle nie fit cet honneur de m'accorder, samedi dernier, une méchante affaire que Ton me dit valoir dix mille écus ; mais je suis si malheureux que je ne veux en rien espérer, et si on m'en offroit mille, ce seroit plus que je n'en puisse jamais avoir: j'en attends l'événement, nous verrons quel il sera. J'ai su que M. de Valves s'en revient par-deçà; je vous prie, monsieur, me faire cette faveur de bailler à ma femme quatre cent cinquante livres , et je les rendrai, par-deçà, ou à lui ou à tel autre que vous me manderez : je me promets cette courtoisie de vous, et ne vous en importunerai point davantage. J'ai baillé la lettre que vous écrivez à M. Févêque de Toul à un nomm<SM. Richardet, son secrétaire, dès le jour même que je l'ai reçue. Je solliciterai M. Beys de vous envoyer ce que vous desirez '>
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris , ce samedi 17 de juillet 1610.
Ce n'eût pas été peu de surcroît à la joie que j'ai eue de la venue de M. de Valves, s'il m'eût apporté de meilleures nouvelles de la santé de M. le premier président. Il me dit bien que ce n'est qu'une fièvre tierce , et vous m'écrivez qu'il avoit déjà été vingt-quatre heures sans
fiévi'e; mais pourceque je me doute que vous et lui ne me veuillez diminuer cette douleur, je me range aisément à croire ce que je crains et à ine défier de ce que je désire. Dieu veuille que bientôt nous soyons hors de cette peine. J'ai quasi envie de me dispenser de vous écrire ce qui se passe par-delà, sachant bien que M. de Valves est assez diligent pour vous donner toute la satisfaction que vous pouvez désirer de ce côté-là; toutefois, pourcequ'il est si fraîchement arrivé qu'il ne peut pas encore s'être informé bien particulièrement de toutes choses, je le relèverai pour ce coup d'une partie de cette peine. Les funérailles du roi sont déjà trop vieilles pour tenir rang parmi les nouvelles, et puis il y auroit de la matière pour un volume, et faudroit sortir des bornes ordinaires d'une lettre. Je ne vous dirai sur ce sujet autre chose sinon qu'il y eut de la brouillerie pour les rangs, et sur-tout pour la place de M. de Paris, qui débattit que la plus prochaine de l'effigie lui appartenoit, et l'emporta, quoique MM. du parlement la disputassent fort et ferme, de sorte qu'entre lui et l'effigie il n'y eut que deux huissiers de la chambre du roi , qui portoient des masses d'argent. MM. du parlement les en vouloient faire sortir ; mais la reine y envoya M. le comte de Soissons, qui pacifia toutes choses, après toutefois des paroles de colère que les uns et les autres seroient marris d'avouer hors du transport où la contention les avoit portés : quoi qu'il en soit, il ne se passe rien au préjudice du service de leurs majestés et du repos public. M. le prince, si long -temps attendu, arriva hier sur les six heures du soir. Sa venue avoit donné à chacun des espérances et des craintes ; mais je crois que les unes et les
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autres sont trompées, et que ce prince, se ressouvenant de ce qu'il tîst, rraura point de plus forte passion que les bonnes grâces du roi et de la reine. Il partit de cette ville treize cent cinquante chevaux pour aller au-devant de lui, car ils furent comptés par un à qui M. d'Espernon avoir domié cette clianje. 11 partit de Bruxelles avec cinquante ou soixante, mais par les chemins cette troupe s'accrut de la noblesse des lieux où il passa, si bien que jeudi au soir, lorsqu'il arriva à Louvre en Parisis, il pouvoit avoir environ deux cents chevaux. Hier matin il s'en alla à Saint-Denys, où il fit dire messe pour Famé du feu roi. Cela fait, il s'en revint dîner au Bourget, où le furent trouver ceux de cette cour à qui la reine le permit. M. le Grand avoit une troupe de cent ou six-vingts chevaux et étoit en son logis prêt à partir, lorsque M. d'Espernon, avec une semblable troupe, le vint trouver et le pri qu'ils allassent ensemble, ce que fut fait. M. d'Espernon, devant que de partir, avoit dit la harangue qu'il lui vouloit faire, qui est qu'il étoit son très humble serviteur pour le rang qu'il tenoit en France ; mais qu'il lui protestoit que s'il se laissoit porter à quelque chose préjudiciable au service du roi ou de la reine, il ne fît nul état de lui. Je ne sais pas s'il aura parlé avec cette liberté, mais je sais bien que M. le prince lui ayant demandé s'il étoit vrai que pour sa venue il eût renforcé les gardes, il lui répondit que ceux qui le lui avoient dit étoient des flatteurs et des menteurs , et que hors de son respect il leur maintiendroit qu'ils en avoient menti, et qu'il le croyoit trop serviteur de leurs majestés pour avoirpris aucun ombrage de lui. Toutes ces troupes qui étoient allées au-devant de lui s'en revinrent, qui une
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heure, qui deux devant qu'il arrivât, pour se trouver auprès du roi et de la reine lorsqu'il arriveroit ; de sorte que sa troupe n'étoit point de deux cents chevaux , et qu'il trouva auprès de leurs majestés tout ce qu'il avoit vu auprès de lui une heure ou deux auparavant, ^^udi au soir la reine fit faire nouveau serment à MM. les maréchaux, et envoya quérir les capitaines des gardes, à qui elle défendit d'obéir ni reconnoître autre que le roi, elle, et leur colonel; ce qu'ils lui promirent. M. le comte de Soissons , deux ou trois heures devant que M. le prince arrivât , s'en vint au Louvre avec deux cents che- A'aux et plus même; il avoit été commandé aux habitants d'être en armes , et à ceux qui n'en avoient point d'en acheter. Aujourd'hui, grâce à Dieu, l'on reconnoîtque ces ombrages étoient sans fondement , et n'a-t-on autre espérance que de repos par les actions et le langage de M. le prince. Il salua le roi et la reine dars la chambre de la reine , où elle l'attendoit au coin de la cheminée qui est au pied du lit du rçv. Il ne se fit devant le monde , qui étoit infini dans cette chambre , autre chose qu'une simple salutation , en laquelle M. le prince mit le genou fort bas ; il y en a qui disent qu'il le mit à terre, la reine dit elle-même qu'elle n'en sait rien. Cela fait, elle entra dans le cabinet, où il la suivit, et parlèrent autant que vous serez à lire cette page. M. le comte, M. de Vendôme et quelques autres étoient dans le même cabinet , qui ne s'approchèrent point : bien y eut-il un cardinal qui ne fut pas si retenu, et voulut avoir part à leurs discours; M, le comte, s'en moquant, dit à M. de Vendôme : Allez dire à ce prince de votre sang qu'il s'ôte de là. Après fort peu de paroles la reine
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lui (lil qu'il s'iiIlAt déhotK r, et lui coiiunanda qu'elle le vît après sou|X'r. II s't'U alla doue à son lojjis, à Fliôtcl de riyon , })rès la porte de Bussy , et y fut accompajjué par M. de Guise et M. le chevalier son frère ; ils pouvoient avoir chacun soixante ou quatre-vingts chevaux : ils y furent si peu que je crois qu'ils ne firent que le mettre dans sa chambre. M. le prince fut après souper voir la reine, avec soixante ou quatre-vingts chevaux. Aujoiu'd'hui, de matin, il s'est promenéen carrosse, ayant M. le prince de Joinville auprès de lui , et près de quatre-vingts chevaux à l'entour du carrosse; et l'après-dînée, à cheval, avec même suite. M. de Guise et ceux de sa maison sont parfaitement bien avec lui ; M. de Bouillon et M. de Sully sont encore de ce parti : pour moi , je crois que tout le monde sera sage, et que l'on en sei^ quitte pour l'augmentation des pensions. L'on m'a dit qu'il demande quatre cent mille livres , et l'état de connétable après la moi" de M. le connétable. Je crois que de cela il pourroit avoir cent mille écus de pension. M. d'Espernon est un peu piqué de ce que M. de Requien a toujours été auprès de lui , et il a dit tout haut qu'on lui avoit fait injustice, et que la chose est de mauvais exemple, M. de Sully le fut trouver avec environ cent chevaux , entre lesquels fut M. de Créqui , le comte de Schomberg et M. de La Guelle, mestre-decamp du régiment, à qui M. d'Espernon dit qu'il avoit oublié son colonel ce jour-là , mais que son colonel l'oublieroit toute sa vie. Il fit grande réception à M. de Sully. Comme j'écrivois ceci, est arrivé céans un gentilhomme qui l'a tout aujourd'hui accompagné, qui m'a dit qu'il a été voir M. le premier président de Thou et le prési-
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(lent Mole ; s'il se gouverne par ce conseil , il ne faut pas douter que tout n'aille bien. Ce matin la reine lui a fait présent de la maison de Gondy, dont M. le chancelier lui a porté parole, et lui a donné pour trente mille écus de meuhles ; il a eu dès ce matin pour sept à huit mille écus de vaisselle d'argent; la table est de quarante services. Ce gentilhomme m'a dit qu'il avoit ouï dire à M. de Biron qu'on lui a accordé quatre cent mille livres de pension, qui est trois cent mille plus qu'il n'avoit ; il doit avoir douze écuyers, à quatre cents livres de gages , deux chevaux et deux hommes défrayés ; vingt gentilshommes à mille livres , un cheval et un laquais défrayé , et six à mille écus de gages. Avec cela je ne crois pas qu'il puisse avoir sujet de se plaindre. La reine a promis à M. de Guise trois cent mille livres pour l'aider à l'acquitter : il fait compte de vendre Montargis autant , si bien qu'il demeurera de tout quitte. Il recherche mademoiselle de M^^ntpensier; on se dit qu'il a pour rival M. de Savoie , on avoit même parlé de M. le prince : toutefois l'on tient qu'il ne se démariera point. Il vit madame la princesse à Mariemont , quand il alla voir les archiducs ; mais ce fut de loin et sans parler à elle. L'infante lui ayant dit qu'elle lui vouloit faire une requête , il lui répondit qu'il aimeroit mieux être mort que de lui désobliger, mais qu'il la supplioit de ne lui parler point de voir sa femme; ainsi les choses sont encore en ces termes. Il donne à l'archiduc une épée de huit ou dix mille écus , et que certainement on dit être la plus belle chose qui se puisse voir; il donne au sieur Spinola deux poignards que l'on tient valoir ihnix mille écus; il lui voulut rendre quatre mille pis-
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tôles qu'il lui avoit prêtées , mais il lui fit réponse qu'il ne les pouvoit reprendre pourcequ'il les avoit déjà comptées au roi son maître. Le comte de Fuentes , qui lui avoit prêté deux mille ëcus , ne les vouloit non plus reprendre ; tellement que lui qui ne leur vouloit pas céder de générosité, ne pouvant faire autrement, donna tout cet argent à leurs ofliciers ; il donna à la gouvernante de l'infante un diamant de quinze cents écus. Voilà tout ce que je vous saurois dire pour cette heure de M. le prince. D'autres nouvelles, M. de Bouillon doit demain donner le nom à un fils de M. de Sully : ils avoient été brouillés , mais les ministres , pour l'intérêt de leurs églises , les ont si bien réconciliés qu'ils ne furent jamais si bien. Pour confirmer cette amitié , ils se vont allier par le moyen du mariage de M. de Canaples avec mademoiselle de Bouillon. Vous avez su comme madame la comtesse d'Auvergne étoit allée quérir madame la princesse, h'ax tient qu'elles partirent hier de Bruxelles ; elles s'en doivent venir à Chantilly. Madame la princesse douairière arriva en cette ville hier au matin. On a ôté au roi tout ce petit peuple qu'il avoit auprès de lui , et les a-ton réduits à se tenir par quartiers, six à-la-fois , pourceque l'on a jugé que cette compagnie Tentretenoit en enfance. Ce prince , sans cajolerie , promet merveilles ; il a toute son inclination à la guerre , ne prenant plaisir qu'aux armes et aux chevaux ; il est d'un naturel tout porté au bien , mais jaloux extrê- / mement de sa grandeur. Je vous en dirai deux exemples : l'un est que , voyant le même cardinal dont j'ai parlé ci-devant parler à la reine la tête couverte, et s'étant couvert sans permission , il commanda à M. de
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Saint- Géran de lui aller dire qu'il se découvrît, ce qu'il alloit faire si , par changement d'avis , la reine ne l'eût rappelé ; l'autre est que quelqu'un lui étant venu demander congé d'aller au-devant de M. le prince, il lui permit , et à l'heure même demanda au chevalier de Vendôme : Et vous, irez-vous au-devant lui? A quoi lui ayant répondu que non, et qu'il n'y avoit que faire, il lui dit : Vous me faites plaisir de parler comme cela. Pour reste de nos nouvelles, je vous dirai que mercredi la reine fut à Vincennes et y mena M. de Sully. L'on y fit marché de plusieurs beaux bâtiments auxquels l'on va travailler; elle fait compte d'y mettre MM. les enfants, et d'acheter Saint-Maur pour elle. Jeudi il vint un gueux au Louvre , qui , ayant été interrogé sur ce qu'il cherchoit, répondit qu'il vouloit parler à quelqu'un des gardes. On lui fit venir un de ceux de la reine, auquel il bailla un billet contenant avis à la reine de se garder soigneusement et ne se mettre plas de coton aux oreilles. Il fut fort menacé pour savoir qui lui avoit baillé ce billet; mais on n'en sut tirer autre chose sinon qu'un homme qu'il avoit trouvé emmi la rue le lui avoit baillé, et lui avoit donné un quart d'écu pour le porter. Je pensois finir cette lettre , mais il me vient de souvenir d'une chose qui est digne d'être sue; c'est qu'un nommé Ragilly, gentilhomme du Poitou, a trouvé une invention de faire qu'un vaisseau percé à jour de coups de canon n'ira point à fond. La reine voulut que l'épreuve s'en fît aux Tuileries , à portes clauses , en présence de M. de La Châtaigneraie, capitaine de ses gardes, en une petite nacelle qui est sur l'étang , laquelle on renversa la quille en haut et y fit-on tirer quatre coups
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de mousquet, et de plus M. de La Châtaigneraie, prenant plus d'assurance. Fit, avec une cognée, mettre ces quatre trous enscndjle, de sorte qu'il y avoit de Touverture pour passer la tête , sans que pour tout cela il y entrât une seule goutte d'eau, et n'y avoit autre chose que je ne sais quoi qu'il Ht mettre en l'un des bouts du vaisseau. Comme ils en furent sortis, il fit prendre par son homme ce qu'il y avoit mis : tout aussitôt il alla au fond, où il est encore. L'on ne sait que s'iinaginer, la commune opinion est que cela-^e fait pir magie; pour moi , je n'en sais que dire; peut-être le saura-t-on quand le secret aura été payé. J'ai vu après dîner M. Beys, qui, m'ayant ouï parler que je vous écrivois , m'a baillé une feuille des Opuscules de Scaliger , qui n'est point à la copie qu'il vous a envoyée. Adieu , monsieur, c'est trop prêcher pour un mauvais orateur. Je vous envoie la lettre de M. le président de La Cépéde, ouverte, afin que vous y voyiez, si bon vous semble, ce que je lui écris de l'ordre du convoi , et en preniez la copie si vous croyez que cela soit chose qui le mérite. Adieu, monsieur; je vous prie et reprie de tout mon cœur que je sois assuré en vos bonnes grâces comme votre très humble et très affectionné serviteur. Vous me ferez cet honneur, s'il vous plaît , de baiser très humblement les mains à M. le premier président ; j'espère lui écrire par la première commodité.
Aujourd'hui 23 de juillet , j'ai dit à M. de Valves tout ce qui s'est passé depuis, il le vous écrira. Je ne vous dirai autre chose sinon qu'à la fin , comme je l'ai toujours cru , toutes nos brouilleries sont pauvretés : tout
le monde s'en va content, et qui ne le sera fera semblant de Tétre. Rien n'a étonné le monde que de voirie peuple passionné comme il est pour le succès de leurs majestés, et résolu de vivre en paix malgré ceux qui le voudroient empêcher.
AU MÊME
A Paris , ce 9 d'août 1610.
Monsieur ,
Par ma précédente, je vous ai protesté que tant que M. de Valves seroit à la cour, je me déchargerai sur lui de vous écrire des nouvelles; je persiste, et ne vous veux mander autre chose que la continuation du désir que j'ai de me conserver en votre bienveillance. Nos crieurs de livres ne nous tourmentent que d'oraisons funèbres, qui naissent comme champignons en une nuit. Monseigneur Bertaut, évêque de Séez, fait imprimer la sienne cette semaine par madame Langelut; je tiens que ce sera la meilleure : il est vrai que la victoire ne lui coûtera ni soucis ni sueur, pour la foiblesse de ses antagonistes; aussi en sera-t-elle moins glorieuse. Pour les vers, vous aurez reçu par M. de Valves tout ce qui s'en est vu par-deçà; j'en dirai ma râtelée après les autres, mais ce sera assez tôt si assez bien. Je lui ai fait voir un malotru manifeste fait au nom d'un prince contre un grand : je tiens que c'est chose qui ne vaut pas être vue; toutefois il en a voulu avoir la copie, je crois que c'est pour la vous faire voir; vous en jugerez. Je m'assure plus à l'a-
vantage de l'auteur, que l'on a jugé par-deçà, d'un écrit qui est venu de vos quartiers : si on ne loue l'éloquence, il faut estimer la douleur; c'est toujours un témoignage de bonne volonté. Adieu, monsieur; je suis votre très humble et très affectionné serviteur.
AU MKME.
A Paris, ce 3 septembre 1610.
Monsieur ,
Vous n'aurez que trois lignes de moi pour cette fois : ce sera pour vous remercier des quatre cent quatre-vingts livres que vous avez fournis par-delà à ma femme; je les baillerai par-deçà, dans dix à douze jours, à M. de Valves, car M. Beys part lundi pour s'en aller à Francfort. Si vous vouliez des cérémonies, j'en ferois; mais votre amitié, qui se témoigne par les effets, doit être autrement reconnue que par des langages : Dieu me fasse la grâce de vous pouvoir rendre quelques services , vous verrez de quel cœur je m'y emploierai. M. de Valves, à mon avis, vous aura écrit nos nouvelles : elles commencent d'être petites, qui est bon signe; notx'e cour se diminue fort aussi, si est-ce que chacun se retire chez soi. M. de Vendôme est aujourd'hui parti pour s'en aller tenir les états en Bretagne ; il y est allé avec un équipage bien différent des deux autres fois qu'il y est déjà allé , et crois que la réception aussi n'en sera pas semblcdsle. M. le duc de Feria arrive demain ; nous Tirons voir arriver, M. de Valves et moi , Dieu aidant. Si nous ne voyons
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autre chose, au moins verrons-nous deux cents mulets tout d'une troupe, ce qui seroit malaisé d'assembler en France. Sur son rôle, il y a jusqu'à un porteur d'eau ; on leur a ordonné six-vingts lits. Le sacre du roi se doit faire le lo du mois prochain, si la résolution ne change; je m'en irai passer ce temps-là en Normandie, pour me préparer à faire ma retraite en Provence tout-à-fait. Je suis marri de tout mon cœur de la mort de M. le comte de Canos. Si j'eusse achevé je ne sais quels méchants vers, j'eusse écrit*à madafte la comtesse; mais jusqu'à ce que je sois hors de cette besogne, je n'aurai pas l'esprit libre. Je vous prie, monsieur, me faire ce bien de m' excuser à M. le premier président si je ne lui écris; ce sera pour la première commodité : je prie Dieu qu'il lui continue sa santé , et le prie qu'il me continue ses bonnes grâces; pour les vôtres, ce m'est, à mon avis, chose superflue de vous en prier. Adieu donc, monsieur : tenez-moi toujours pour votre très humble et affectionné serviteur.
AU MÊME
A Paris, ce 8 septembre 1610.
Monsieur ,
Depuis trois ou quatre jours que je vous ai écrit, nous n'avons rien d'important. M. le duc de Feria arriva hier avec force mulets , trois carrosses couverts de toile cirée verte, et deux litières de même. M. de Montbazon fut au-devant de lui avec environ deux cents chevaux; l'un
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et Taiitre mirent pied à terre pour se saluer, et puis entrèrent CM cari'ossc; eiiseiiihle. Il est lo{;é à la rue de Seine, îi Ihôtel de Montpeiisier, tout auprès de la reine Marguerite. Je erois qu'il aura audience dimanche prochain; j'en aurai le plaisir. Dieu aidant. Nous avons été aujourd'hui, M. de Valves et moi, à un compliment que M. le (Jrand lui est allé faire de la part de leurs majestés; de quoi il vous rendra compte. Je crois qu'il vous a envoyé un Ânti-Cotton; vous y verrez les jésuites un peu mal menés : je ne sais si c'est à tort ou à droit , mais leurs amis diminuent fort. J'écris à M. le premier président, et lui envoie la capitulation de Juliers; vous lui baillerez le paquet, s'il vous plaît, et en prendrez la copie, si bon vous semble. Vous me dispenserez, s'il vous plaît, de la faire, vous savez bien comme je suis paresseux; c'est une maladie qui me continue toujours et continuera jusqu'à la mort, comme l'affection de vous témoigner que je suis votre plus humble et plus affectionné serviteur.
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AU MÊME
A Paris, le 19 septembre i6io.
Monsieur,
Nous sommes en une saison fort stérile de nouvelles : tout est en repos , Dieu merci , et sera , si je suis bon augure. Tous nos gens sont contents, moyennant les pensions; et pour les étrangers, s'ils ne nous craignent, pour le moins ne sont-ils pas en état de nous faire peur. Je vous ai écrit la réception de l'ambassadeur d'Es-
pagne; celle d'Angleterre s'est faite aujourd'hui, à ce que Ton m'a dit, parceque je n'ai bougé de ma chambre. Je ne vous en saurai dire autre chose, sinon que l'on m'a dit que l'Anglois a été beaucoup mieux accompagné que l'Espagnol : aussi ne vient-il pas seulement pour se condouloir avec nous , mais pour renouveler l'alliance de ces deux couronnes ; et puis les Espagnols sont habillés à leur mode, et les Anglois à la nôtre, en sorte qu'on ne les sauroit discerner des François que du langage. La reine s'en va cette semaine à Monceaux, et de là au sacre : elle ne veut arriver à Reims que le plus tard qu'elle le pourra, pour donner loisir de faire la vendange devant que le régiment des gardes n'arrive. Il y a quelques jours qu'un soldat fut au carcan pour avoir pris du raisin dans les vignes de cette ville; mais le désordre ne se pourroit pas empêcher quand les troupes sont à la campagne. Les armées s'en viennent de Juliers; chacun s'en retourne à sa garnison , et les compagnies seront réduites à leur premier nombre. On parle de faire des chevaliers du Saint-Esprit, mais princes et ducs seulement; les autres disent que l'on n'en fera du tout point. Il y a une autre proposition sur le bureau , qui est de faire quatre-vingts gentilshommes de la chambre, qui porteront la clef dorée, serviront par quartiers , vingt à chacun; ils auront deux cents écus de gages: je ne sais ce qui en sera. Adieu, monsieur; je m'en vais en Normandie jusqu'à la Toussaint ; devant que de partir, je baillerai à M. de Valves les quatre cent quatre-vingts livres que vous avez baillées à ma femme. Votre très humble et affectionné serviteur.
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AU MÊME
De Paris, ce samedi a5 de septembre 1610.
Monsieur ,
Je vous écrivis par M. Bejiil, il n'y a que trois jours; depuis le sieur Concini a été fait marquis d'Ancre, lieutenant -général de Péronne, Montdidier et Roye, premier gentilhomme de la chambre, par la résignation que lui en a faite M. le maréchal de Bouillon. Hier il bouffonnoit avec M. de Guise de son marquisat d'Ancre, et disoit que cela s'étoit rencontré fort à propos , à cause qu'en Italie il est descendu des comtes de la Plume. M. de Guise lui répondit qu'avec un comté de Plume et un marquisat d'Ancre, il ne lui falloit plus qu'une devise de papier pour assortir tout l'équipage. On parle fort de partir lundi pour aller au sacre; mais les officiers des chasses, je crois, ont fait remontrer par M. le comte de Soissons que ce seroit trop d'incommodité , tant pour ceux qui étoient en quartier , que pour ceux qui y entroient; que le premier jour du mois qui vient, les quartiers expireroient pour les uns, en commençant pour les autres, par les chemins, comme il eût fait si l'on fût parti lundi prochain , ainsi qu'il avoit été résolu : de sorte qu'on ne partira que d'aujourd'hui en huit jours, et de cette façon leurs majestés ne seront absentes qu'environ trois semaines. Si M. le prince y est, on y fera des chevaliers, parcequ'il a envie de l'être; et seront cinq, lui, MM. de Guise, de Joinville, d'Aiguillon et de INe-
vers : s'il ne vient, il ne s'en fera point. L'on tient que l'ambassadeur d'Espagne, le duc de Feria, viendra voir cette cérémonie. Le mariage de M. de Guise sembloit n'avoir plus de difficultés , mais on lui en fait encore naître, et dit-on que tout n'a pas été brûlé; pour moi, je crois qu'il viendra à bout d'eux comme du reste. Il m'a dit qu'il étoit résolu de se retirer en Provence; je le lui ai conseillé, et d'être bien avec tout le monde, et particulièrement avec la cour du parlement , à quoi je le trouve fort disposé. Adieu , monsieur ; je vous baise bien humblement les mains et à M. le premier président : je suis son serviteur et le vôtre très affectionné.
AU MÊME
Du 9 octobre 1610.
Monsieur ,
Je vous crie merci de n'avoir point encore rendu à M. de Valves les quatre cent quatre-vingts livres que vous avez baillées par-delà; je suis remis au retour du sacre, avec assurance qu'il n'y aura aucune faute, et de mon côté je vous jure que j'y satisferai tout aussitôt. J'ai fait voir à M. de Valves la plainte que vous faites de ce qu'il ne vous écrit pas avec assez de diligence , de quoi il se justifie fort , et dit qu'il ne se passe rien de digne d'être su dont il ne vous envoie, non pas des lettres, mais des volumes. Pour cette heure , il est malaisé que ni lui ni moi vous en écrivions, car il n'en est point : le
retour de ce voya^je, où il va exprès pour en apprendre, pourra apporter (pu-hpie chose. F^a reine part demain ou mardi; l'entrée à lleims est jeudi, le eouronnement dimanche, et la cérémonie du Saint-Esprit, c'est-à-dire de Tordre, le lendemain. On n'avoit point encore hier résolu qui porteroit la queue du roi au sacre; la reine avoit donné ce conunandement à M. de Créqui, M. de liiron le lui débat connue maître de la garde-robe : je ne sais pas quelles raisons il a; M. de Créqui m'a dit les siennes, qui me semblent pertinentes. Le marquis d'Ancre , comme premier gentilhomme de la (hanibre, l'avoit aussi disputé ; mais M. de Créqui l'emporta : je ne sais s'il en fera de même contre M. de Biron. M. le colonel doit porter la queue le jour de la cérémonie de l'ordre, qui sera le lendemain du sacre. Je crois que si M. de Biron le perd contre M. de Créqui, il disputera contre M. le «colonel. M. le Grand tient le rang de grand écuyer; voilà pourquoi il n'a point de part en ces brouilleries. M. de Guise n'y sera point, poinxequ'au sacre de la reine il en demeura ainsi d'accord avec M. de Nevers. L'affaire de son mariage va comme il le désire. La marquise dit à M. le président Jeannin qu'elle diroit en présence de la reine tout ce qu'elle lui commanderoit. Quand le président Jeannin la fut trouver, la reine lui dit qu'il lui fît ses remontrances comme de lui-même, mais qu'il ne la priât de rien de sa part, d'autant que c'étoit une femme à qui elle ne se vouloit du tout point obliger. M. de Verneuil, à qui, le soir que le feu roi fut tué , on avoit baillé un exempt et deux archers , n'a plus de gardes depuis le commencement de ce quartier : à la vérité la chose ne le méritoit pas ; mais alors c'étoit une
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saison où Ton croyoit du péril par-tout. A cette heure , Dieu merci, tout est clair, et rien à mon avis ne se brouillera, puisque la condition de ceux qui le pourroient faire est telle qu'ils ne la sauroient avoir meilleure. Un peu aprèsY^nti-Cotton^ il vint en lumière un petit livre, qui fut publié par les rues, d'un certain miracle d'une fille de la frontière de Flandre qui avoit été vinf;t-cinq ou trente jours sans pisser, et qu'enfin, ayant réclamé le P. Ignace Loyola, elle avoit pissé : ce livre est désavoué à cette heure par les jésuites , pourcequ'ils ont vu que le peuple Ta reçu avec risée ; mais l'approbation qui y est de l'évêque de Saint-Omer , et encore d'un nommé Rillaut, docteur de Sorbonne , fait croire qu'à la vérité la chose se faisoit à bon escient, si elle eût réussi : tant y a qu'en pleine assemblée de Sorbonne il a été défendu à Billaut de donner désormais aucune approbation sans y appeler quelqu'un des autres docteurs. Toutes ces circonstances ne justifient pas ce que disent les jésuites , que ce sont les huguenots qui ont fait imprimer ce livre pour leur faire déplaisir. Il y a de nouveau un autre petit livret nommé le Remerciement des beurrieres au P. Cottoni^e crois bien que c'est une bouffonnerie, et qu'il n'y aura que des vétilles; mais avec tout cela j'ai fait ce qui m'a été possible pour le recouvrer. On m'a dit que d'ici à cinq à six jours il s'en trouvera. Vous avez ouï parler du Fléau et V Aristogiton , qui est une réponse que fit Montgommery pour les jésuites à V Anti-Cotton ; je crois qu'il sera remercié dans ce Remerciement : aussi son écrit n'a pas été bien reçu. L'on m'a dit que le P. Cotton fait une réponse; je ne sais ce qui en sera, mais il y a là tout plein de questions où il sera malaisé qu'il puisse
rt^pouflre, sinon <jn'il ait son re(.'ours aux «'quivoqiies <lont CCS pauvics ^cns sont accusés. Adieu, monsieur; j(! ne pensois vous écrire que deux mots, et le flux de bouche m'a emporté jusqu'où vous voyez; il suffit pour cette fois : commuez d'aimer Malherbe comme votre serviteur très humble et très affectionné.
Je vous prie que MM. les présidents du Vair et de La Cépéde sachent que je suis toujours leur serviteur, et que je leur baise très humblement les mains.
AU MÊME
Monsieur,
Je ne vous écris pas si souvent comme je ferois si je n'avois peur de vous divertir de quelque meilleure occupation; toutefois, puisque vous le voulez , je vous donnerai très volontiers ce contentement pour vous tenir lieu de service que je suis si peu capable de vous rendre. Les obsèques du roi sont bien les plus sérieux discours dont je vous saurois entretenir ; mais c'est chose si longue, que je ne m'oserois fier à ma mémoire de les vous réciter fidèlement; je m'en remettrai à ce qui s'en imprimera, et vous l'enverrai sitôt qu'il sera hors de la presse: pour cette heure, je ne vous en dii'ai que les principaux points, et ce que je crois être plus digne d'être su. Les archers de la ville , divisés en trois compagnies, commencèrent la pompe, et furent suivis de
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toute sorte de religieux pauvres, prêtres de paroisses, chanoines de Notre-Dame, de la Sainte-Chapelle, et autres; l'Université, le Châtelet, les hautbois et douze tambours de la chambre , la caisse couverte d'étamine , battant fort lamentablement; mestres-ue-camp et capitaines des gardes, grand prévôt et ses archers, Suisses de la garde-du-corps , les deux compagnies des cent gentilshommes, officiers de la maison du roi, commençant parles moindres et finissant par les maîtres d'hôtel, qui se trouvoient les plus prochains du chariot au côté droit de la rue, et au côté gauche étoient messieurs des comptes, des aides, des monnoies, du trésor, et autres officiers de finances; et cela étoit jusqu'au chariot d'armes. Ce chariot, où étoit le corps du roi, étoit traîné par six coursiers couverts de velours noir , avec de grandes croix de satin blanc; le chariot,, '^ouvert d'un drap de même matière et croisé de même, semé de vingt-quatre écussons de France et de Navarre. Devant le chariot étoit M. de Rodes à cheval, portant une bannière qui s'appelle ^anon, et dit-on que c'est l'enseigne de la maison du roi; et de fait, quand, à l'enterrement qui se fit le lendemain, le héraut, étant dans la fosse où étoit le corps du roi, appela ceux qui avoient des charges, il cria : « M. de Rodes, premier valet tranchant, apportez le panon dont vous avez la charge. » Derrière le chariot marchoient à pied les capitaines des gardes-ducorps; après venoient, la tête nue, douze pages de la grande écurie , vêtus de robes de velours noir, et montés sur douze coursiers couverts aussi de housses de velours noir, tellement que rien n'en paroissoit que les yeux; les housses étoient croisées de satin blanc. Après venoient
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les honneurs, h savoir, les éperons, les gantelets , l'écu, la eotto<rarnies,l<' l)(niiiiii(> timbrée la royale; les quatre premiers portés par quatre éciiyers de la grande écurie, et le dernier par M. de Liancourt, premier écuyer de la petite écurie. Après marchoient force abbés et aumôniers du roi; puis quatorze éveques à pied, mitres; puis les ambassadeurs de Savoie, de Venise et d'Espagne, à cheval, et vêtus de grandes robes à queues pendantes à terre, et portées par de leurs estaiiers. Les nonces du pape , l'ordinaire et l'extraordinaire , suivoient, conduits par des archevêques, évêques, montés sur des mulets, entre lesquels je vis MM. d'Aix et d'Embrun, avec des chapeaux bordés de vert; après eux venoient MM. les cardinaux de Joyeuse et de Sourdis, vêtus de robes violettes , avec des chapeaux rouges ; puis venoit le cheval d'honneur, tout couvert d'une housse de velours violet semé de fleurs de lis d'or; puis M. le grand écuyer, à cheval, vêtu de deuil, en forme et sa queue portée; il portoit l'épée royale , qui a un fourreau de velours violet semé de fleurs de lis d'or, pendu à un baudrier de même; les écuyers de la grande écurie le suivoient à pied avec les valets de pied du roi. Après marchoit la cour du parlement en robes rouges , et au milieu d'eux l'effigie du roi, telle qu'elle étoit dans la salle quand on alloit donner de l'eau bénite au corps ; elle étoit portée par de certaines gens que l'on appelle anouarts, qui portoient des bonnets de Mantoue et des sangles couvertes de velours noir, en écharpe : outre ceux qui la portoient, j'en vis neuf qui ne portoient rien, et étoient là pour relayer ceux qui portoient. MM. les présidents portoient les coins et côtés du drap d'or qui étoit sur l'effi-
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{jie. Devant Teffif^ie immédiatement étoient deux huissiers de la chambre du roi, et devant eux M. Févêque de Paris, et M. Tévêque d'Angers, représentant le grand aumônier. Cette place de M. de Paris fut fort disputée par MM. du parlement, qui le vouloient envoyer auprès du corps comme curé du roi ; toutefois ayant été cette cérémonie regardée aux livres qui ont été imprimés des obsèques des rois Charles IX et Henri II, qui étoient différentes, on suivit celle qui faisoit pour M. de Paris. Après venoit un dais de drap d'or, porté par des archers de la ville; puis les princes du sang et autres, qui étoient MM. de Conti, de Soissons, de Guise, prince de Joinville, et M. d'Elbœuf, à cheval, vêtus de robes de deuil à queues portées par grand nombre de gentilshommes. Après marchoient MM. les ducs d'Espernon et de Montbazon , leurs queues portées chacune par un gentilhomme seul. Après suivoient neuf ou dix chevaliers de Tordre, à pied, avec des robes de deuil, et environ quatre-vingts ou cent gentilshommes de la cour , vêtus de même; puis onze pages de la chambre, avec des saies et bonnets de velours noir levés au côté; et enfin les quatre compagnies du corps : tout cela vêtu de deuil depuis un bout jusqu'à l'autre, hormis les religieux, qui n'avoient que leurs habits, et MM. du parlement, qui avoient leurs robes rouges. Les rues, depuis Notre-Dame jusqu'à la porte , étoient tapissées de serge noire; et devant, à chaque maison, une torche allumée; et de toise en toise un écusson des armes de France et de la ville , mais elles étoient presque toutes de la ville. Cet ordre fut gardé jusqu'à Saint-Lazare, qui est au bout du faubourg de la porte Saint-Denys; et les uns s'en revinrent
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à Paris, les autres allèrent coucher à Saint-Denys; les uns en carrosse, les autres à cheval, comme bon leur sembla. Le lendemain se Ht l'enterrement, que je ne vis point, pourceque, hormis la cérémonie de mettre les honneurs dans la fosse, il ne s'y fit rien qui vaille la peine de prendre une mauvaise nuit, et puis on le verra dans les discours qui s'impriment.
M. le chevalier de Guise marcha comme grand chambellan, au lieu de M. d'Aiguillon, qui étoit absent, et portant l'oriflamme, bannière de France. M. le comte de Saint-Pol marcha comme grand maître , au lieu du comte de Soissons. M. de Termes marcha comme premier gentilhomme de la chambre.
Le roi partit de l'hôtel de Longueville , lorsqu'il alla donner de l'eau bénite au feu roi; son deuil est formé de serge violette à cinq queues , dont la plus longue étoit portée par M. le prince de Conti ; les deux autres plus courtes, celle de la main droite par M. le comte de Soissons, et de gauche par M. de Guise; les deux plus petites par MM. de Joinville et chevalier de Guise : tous ces princes avoient des gentilshommes qui portoient leurs queues. Il suivoit après Monsieur, qu'on portoit avec son deuil noir, sa queue portée par M. le comte de Curson; et après M. le duc, qu'on portoit aussi: je ne sais qui portoit sa queue. Devant le roi marchoient les gardes et tous les officiers de la maison du roi.
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Monsieur,
AU MÊME
A Paris, ce 23 décembre 1610.
Je suis au désespoir de n'avoir encore satisfait à ce que je vous dois; Ton me remet d'une semaine à Tautre. Je crois que la bonne chère ne tardera plus guère à venir; quoi qu'il en soit, cela me fera sage pour une autre fois : je vous en crie merci, comme les petits enfants, à la charge quils n'y reviendront jamais. Nous n'avons point de nouvelles en cette cour : vous avez su l'instance qu'a faite M. d'Espernon qu'on lui continuât le privilège que le feu roi lui avoit accordé , d'entrer le soir en carrosse dans le Louvre, et ce qui en a été ordonné depuis. Il y a eu au conseil quelques contestations entre M. de Sully et quelques uns de MM. les conseillers d'état , oti M. de Sully a vu qu'il n'étoit plus ce qu'il étoit du temps du feu roi : il ne laisse pas de se préparer à faire merveilles contre les nouveaux pensionnaires; vous pouvez penser comme j'en suis en alarme. Il est vrai que la reine, en ^ me promettant la mienne , a usé de ce mot d'absolument; nous saurons dans dix à douze jours ce qui en sera. Je vous envoie des vers que j'ai donnés à la reine; ils sont au goût de toute cette cour, je désire qu'ils soient au vôtre . s'ils produisent quelque chose de bon pour moi , ils seront au mien; jusque-là je tiendrai mon jugement suspendu. Nous attendons à demain M. le comte de Sois, sons: M. de Sully a eu pour lui ou pour les siens vingt-
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quatre mille livres d augmentation d'état et pension. Il avoii (lit <|ii('I(|iics jours auparavant i\ la roiiu; qiu; la dépense de cette année excèderoit de quatre millions de livres la recette : on dit qu'elle s'en ressouvint, et lui en dit quelque chose en passant; mais je n'ai point su ce qu'il répondit; bien m'est-il avis qu'il étoit malaisé qu'il put rien dire là-dessus qui fût recevable : mais que j'aie mon compte, je ne porte point d'envie aux autres. M. de Guise et mademoiselle sa maîtresse partent après ces fêtes pour aller faire les noces ^ Gaillon , où M. d'Espernon et M. le Grand se trouveront, avec quelques autres de cette cour. Je ne sais si la maladie de madame la princesse de Conti n'apportera point quelque délai; elle a été saignée par deux fois ; c'est une enflure dessous l'oreille gauche : le vulgaire appelle ce mal les oripeaux. M. le marquis d'Ancre a été aussi malade quelques jours; toutefois il se porte mieux, et sortira dans deux ou trois jours : tout le reste de cette cour se porte bien. M. de Frontenac a vendu à M. de La Varenne son état de premier maître d'hôtel du roi deux cent mille livres; il se parle de tout plein d'autres semblables marchés; madame la princesse de Conti a acheté la maison de M. de La Varenne trente mille écus : ce ne sont pas choses dignes d'être écrites; mais de quoi finirois-je ma lettre, si je ne vous mandois ces nigeries? Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et suis toujours votre très humble et très affectionné serviteur.
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A Paris, ce 7 de janvier 161 r.
Monsieur,
Je vous écrivis dernièrement par M. de Barbesieux; je crois qu'à cette heure, si vous n'avez votre lettre , vous n'en êtes pas bien éloigné : vous recevrez celle-ci par M. de Fanqueville , qi^^ s'en va |^ Provence pour mettre la dernière main, s'il peut, à l'affaire qu'il y a commencée. J'ai tant d'obligation à M. Mérat, qu'encore que ce vous soit importunité d'être employé par une personne inutile comme je suis à vous servir, si ne laisserai-je pas de vous renouveler l'affectueuse prière que je vous ai faite déjà plusieurs fois en sa recommandation. Je sais bien l'excès de votre courtoisie; c'est ce qui me donne cette hardiesse; excusez-la, s'il vous plaît, et m'excusez quand et quand de ne vous écrire point de nouvelles : quand j'en sais quelques unes, je les dis à M. de Valves pour vous en faire part, ce que je m'assure qu'il fait avec assez de soin pour vous contenter ; et puis le repos universel où nous sommes , par la bonté de Dieu et par la sagesse de notre bonne reine, nous tient en un état que , si l'on ne mande des choses de peu de conséquence, l'on n'a de quoi s'entretenir. Ce que nous avons de plus relevé, c'est le mariage de M. notre gouverneur, qui fut fait et consommé mardi, environ quatre heures du matin; M. le cardinal de Joyeuse lit l'office en présence du curé de Saint- Eustache, en la paroisse duquel est l'épousée. Il y a eu aussi quelque brouillerie entre M. le
DE MAMIERBE. iHj
Grand et le marquis «rAiK rc, mais elle fut aussitôt assoupie : le fait est que M. le marquis d'Ancre vouloit, comme premier gcntilliomme de la chambre, avoir une chambre que tenoit M. le Grand dans le Louvre, prétendant qu'elle ('-toit affectée à la charge; M. le Grand débattoit qu'elle lui devoit demeurer, tant pourceque M. le marquis d'Ancre étoit déjà logé au Louvre par le moyen de sa femme , comme pour d'autres raisons qu'il alléguoit. La chose a été composée par M. le comte de Soissons, comme grand maître, à cause qu'il étoit question d'une dispute ancienne au Louvre : il dit tout haut, s'adressant à M. le Grand, qu'il s'étoit passé quelque chose entre lui et le marquis d'Ancre, que ce n'étoit rien de conséquence, et qu'il le prioit de vouloir accorder son amitié à M. le marquis, qui la desiroit. Il répondit que puisqu'il la desiroit, et que M. le comte le lui commandoit, il la lui accordoit. M. le marquis, cela fait, s'adressa à M. le Grand, et lui dit qu'il ne se contentoit pas de ce que lui avoit dit M. le comte, et qu'il lui vouloit dire lui-même qu'il étoit son serviteur, et le vouloit être toute sa vie; et, se tournant vers M. d'Espernon, lui dit qu'il le prioit d'en vouloir être caution. La réponse de M. d'Espernon fut que les gens de bien n'avoient que faire de caution, et que s'il ne faisoit ce qu'il devoit, il s'en trouveroit le plus marri : voilà l'histoire à la vérité. Les partisans furent, pour M. le Grand, les trois princes du sang , M. de Guise et tous messieurs ses frères , M. de Vendôme , et généralement tout ce qu'il y avoit d'éminent à la cour, hormis M. d'Aiguillon , qui fut trouver le marquis d'Ancre; M. de Nevers, suivant la passion de son beau-frère, y envoya, et M. de LongueviUe aussi , se
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ressouvenant qu'en la brouillerie qu'il eut à Sainte-Geneviève avec M. de Vendôme, M. le Grand s'étoit offert à M. de Vendôme : tant y a qu'il se trouva une grande inégalité aux deux factions. M. d'Ancre sortit du Louvre seul, et M. le Grand avec environ trois cents chevaux, dont M. d'Espernon, qui en fut averti à son logis, en amena cent à l'heure même. M. d'Espernon fut chargé par la reine de prendre garde que M. le Grand ne sortît et n'entreprît rien; et, suivant cela, il le mena souper et coucher chez lui. M. de Guise , M. le prince de JoinviUe , et M. le chevalier, y soupèrent aus*, et tout incontinent toute la maison fut pleine de gens qui se vinrent offrir; et en fin de compte la chambre est demeurée à M. le Grand. Je ne vous en pensois pas tant dire , mais je me suis laissé emporter au hl de l'eau. Adieu, monsieur; continuez de m'aimer, et m'écrivez quand vous ne saurez que faire, car je suis toujours votre très humble et affectionné serviteur.
AU MÊME
A Paris, ce i3 de février i6li.
Monsieur,
Je reçus , il y a deux jours , deux lettres , l'une de M. le premier président , et l'autre de vous : elles furent laissées à mon hôte , si bien que je ne sais qui les a apportées, si ce n'a été M. Dumaz, pourceque vous m'en faites mention. Je vous remercie de la continuation de votre courtoisie et des nouvelles que vous avez pris la peine
DE MA LU Eli in:. iHj^
de m'écrirc; vous n'en aurez point de remboursé de moi, pourceque je viens d'être averti du partement de ce porteur. En récompense, je viens d'envoycir à M. de Valves une lettre qui a couru en cette coin*, et que peu de gens ont vue : je la liens dv. l'auteur même; vous en ferez le jugement. Toutes nos brouilleries sont apaisées, grâce à Dieu; je ne sais si ce sera pour long-temps. Nous sommes aussi moins en alarme de la guerre de Genève que nous n'avons été jusqu'à cette heure. Ces affaires ont empêché l'état d'être fait ; je crois que ce sera pour cette semaine qui vient. La reine m'a fort assuré de se souvenir de moi ; je suis si souvent en sa présence qu'il lui sera malaisé de m'oublier. M. de Sully est de retour. Il y a deux jours qu'on trouva une affiche à la porte de l'Arsenal : Maison à louer pour le terme de Pâques; il se faut adresser an marquis d'Ancre au faubourg Saint-Germain. Vous avez su que M. le marquis d'Ancre est lieutenant du roi en Picardie : on dit qu'il offre cent mille écus à M. de Trigny de la citadelle d'Amiens; le reste, vous l'apprendrez de M. de Valves, ou des lettres de M. de Saint-Caral à M. le premier président. Sa diligence exacte me soulagera de ce côté-là , et pour cette fois vous m'excuserez à lui si je ne lui écris; car le messager part, à ce qu'il dit, présentement. Je suis son très humble serviteur et le vôtre : continuezmoi vos bonnes grâces et me conservez les siennes. Madame la comtesse de Sault est en un état qui fait douter que sa vie ne soit pas longue.
M. de Gordes est capitaine des gardes-du-corps; M. de Montespan lui a baillé sa charge moyennant soixante
mille écus. Le marché fut conclu hier au soir, et ne restoit plus que le faire trouver bon à la reine; mais de ce côté-là il n'y a point de difficulté. Il baille vingt mille écus comptant , et pour les quarante mille écus restant, il les paie dans certain temps. M. d'Espernon lui a dit qu'il bailleroit en gage une terre, à M. de Montespan, qui lui avoit coûté soixante-dix mille écus , ou bien des cautions à Paris , tant qu'il en voudroit. Il a extrêmement obligé M. de Gordes. Je dis hier au soir, en nous mettant à table , cette nouvelle à madame la princesse de Conti, qui tout aussitôt envoya son écuyer s'en réjouir avec lui; et comme nous fumes retournés après souper au cabinet, elle lui dit elle-même le contentement qu'elle en avoit , et lui offrit pour vingt mille écus de pierreries pour mettre en gage.
AU MEME
A Paris , ce 4 mars 161 1 .
Monsieur ,
Ce n'est plus à vous à nous demander des nouvelles, elles viennent à cette heure de vos quartiers. Je ne sais pas si je serai mauvais devin ; mais je ne crois pas que ce mouvement soit long. Nous venons d'avoir avis qu'il est parti douze mille hommes de pied et quinze cents chevaux que l'archiduc envoie au duc de Savoie ; il a demandé et obtenu passage par la Lorraine ; il dit que c'est pour aller assister le duc de Savoie contre ceux de Berne, pour quelques pays qu'il leur demande. L'on dit
cependant qu'ils prenniMit loii!» les vaisseaux des rivières qiTils trouvent sur leur ciicniin, et qu'ils en veulent couvrir le lac. Cela montre; (pTils en veulent à Genève : il est à croire que s'ils n'en sont empêchés ils feront Tun et l'autre. M. le Grand s'en va en Bresse pour assister (eux de Genève. On ne fait point de nouvelles troupes, on se sert de celles qui sont sur les lieux; il est vrai que s'il est besoin on fera des recrues dont pour cet effet il porte les commissions : voilà pour ce qui est de la guerre. Pour la cour, elle est si calme qu'elle ne le fut jamais plus. Tout le bruit qui y est, c'est l'attente de l'état des pensions: je crois qu'après avoir bien écouté, nous en sortirons demain ; je n'attends que cela pour m'en aller en Normandie, et de là faire un voyage en Provence , avec le congé de la reine. Je voudrois qu'elle continuât sa résolution d'aller à Lyon , comme je crois qu'elle fera si la guerre dure ; et en ce cas j'ai une place en le carrosse de madame la princesse de Conti , qui me sera une commodité excellente pour me soulager. J'avois oublié de vous dire que don Louis de Velasque conduit les troupes dont je vous ai parlé au commencement de cette lettre. Je dois recevoir de l'argent dans deux jours, duquel je satisferai à ce que je vous dois : excusez cette longueur, elle ne vient pas de moi ; je ne me fierai pas une autre fois si légèrement aux paroles ; la première fois sera la dernière : excusez-m'en encore un coup , et ne laissez pas de m'aimer comme votre plus humble et plus affectionné serviteur.
On tient ici pour premier président M. de Verdun , qui l'est à Toulouse.
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris, ce 5 de mars 161 1.
Je VOUS écrivis hier sur les cinq heures après midi, et vous mandai que don Louis de Velasque alloit mener douze mille hommes de pied et quinze cents chevaux à M. de Savoie. Je tenois cette nouvelle de M. le premier président , qui , sur les deux heures , étant venu dire adieu à M. le Grand, lui avoit conté qu'il étoit présent lorsque l'avis en avoit été donné à la reine ; mais le soir je fus au cabinet, où j'appris qu'il n'en étoit rien. Jugez parla quels mensonges on dit aux provinces , puisque Ton ment ici avec tant d'impudence. On dit bien que l'archiduc fait quelques levées ; mais quand il voudroit , il n'oseroit se dégarnir de tant de gens. Pour les autres nouvelles , il ne se dit rien en ce lieu-là que du bon accueil qu'avoit reçu M. le maréchal de Lavardin en An- {deterre. Il en faisoit lui-même les contes à la reine, qui lui faisoit la guerre de ce qu'il lui avoit apporté des bas de soie incarnats , jaunes et bleus , le voulant tancer d'avoir mal choisi les couleurs propres à sa condition présente. Il lui répondit qu'il yen avoit de noirs aussi, mais qu'elle ne s'en moquât pas, et qu'elle ne les tenoit pas encore. De là la reine se retira à l'entresol, oii elle mange depuis le carême, et si on alla voir jouer une montre de quatre mille écus entre M. de Bassompierre et le commandeur de Sillery; elle avoit été commencée
entre la reine, M. de Vaiideniont, le comte de Fichamberg, Bassoinpierre, et Sillery ; mais tous avoient perdu leur part, liormis les deux derniers. Adieu, monsieur; je vous entretiens de nos niaiseries , mais Dieu soit loué que nous n'avons point de nouvelles de plus d'importance. Je suis votre très humble serviteur.
A Paris, ce 8 de mars i6li.
Monsieur ,
Il n'y a que deux jours que je vous écrivis : depuis, nos nouvelles ne sont point changées. Le bruit de la guerre d, (Savoie continue toujours, mais aussi incertain qu'il fut jamais. Le roi et la reine allèrent hier à Saint-Germain voir M/jssieurs et Mesdames ; on attend leur retour vendredi. Jusque-là nous ne saurons rien de l'état. Un qui voit fort privément M. le président Jeannin me dit vendredi qu'il étoit fait, et qu'il ne restoit qu'à le faire signer à la reine. Tout va ici, grâce à Dieu, le mieux du monde ; nos princes se contentent de se faire la guerre par paroles, et je ne crois pas que leurs différents aillent jamais plus avant. M. le Grand s'en va demain à Saint-Denys faire dire une messe pour le feu roi. Je crois que jeudi il s'en ira en Bourgogne et en Bresse. On tient qu'il aura cinq mille hommes de pied et douze cents chevaux ; mais si la guerre s'échauffe , l'on fait bien compte de davantage. Pour moi , comme je ne désire que paix, aussi ne puis-je croire autre chose.
J'ai baillé ce soir à M. de Valves les quatre cent quatrevingts livres que vous avez baillées à ma femme; je vous réitère les remerciements que je vous en ai déjà faits, et les excuses de vous les avoir fait si long-temns attendre : ce que ces gens ici promettent n'est pas argent pour aller au sac. Dieu soit loué de tout. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains , et suis votre très humble serviteur.
AU MÊME
A Paris, ce 5 d'avril 161 1.
Monsieur ,
J'ai ce matin reçu votre lettre du 26 du m"is passé , pleine, comme toujours, d'honnêtetés et de courtoisies : elles vous sont trop naturelles pc \r les oublier ; mais si me semble-t-il qu'après tant de témoignages que vous m'en avez rendus , il est temps que vous les teniez superflues en mon endroit. Je vous remercie de vos nouvelles, mais j'eusse bien voulu que vous m'eussiez mandé quelque chose de votre démoniaque , pourceque c'est chose que comme vous j'estime l'un des mémorables accidents de ce siècle. Je ne suis pas étonné qu'elle dit que l'ame de notre bon roi soit au ciel; mais je ne sais comme entendre qu'il fut martyr. Il est vrai que ce matin ayant mis cette affaire sur le tapis avec un de mes amis qui vient de Rome, il m'a dit que les jésuites y ont proposé de le canoniser en cette qualité. Vous avez su ce qui s'est passé à Bourges : la reine y a envoyé M. de
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La Varenne. Je nu; doute bien que ce ne sera rien, et que s'il en doit sortir quelque chose , ce sera que messieurs de la religion , en leur assemblée qu'ils vont tenir à Châtolleraut, la demanderont pour place de sûreté. De larnjée de Sa oie, j'ai toujours cru que ça seroit ce que c'est. Je crains bien que M. le comte de La Roche n'y reçoive de mauvaises nouvelles de madame la comtesse sa femme : il y a trois jours qu'elle est en l'agonie de la mort, et n'est défendue que de son grand courage. Dieu veuille que la fin en soit autre que tout le monde ne la croit. Madame la comtesse de Sault, ne voyant point d'assurance aux remèdes de la terre, s'est résolue à ceux du ciel , et s'est vouée à Notre-Dame-de-Montaigu en Flandre, qui est une dévotion aujourd'hui extrêmement célèbre. Dieu lui en donne bonne issue. Elle n'attend que le beau temps pour se mettre en chemin. J'ai recouvré une des médailles d'argent qui furent mises aux fondements du bâtiment que la reine fait faire au bois de Vincennes; vous l'aiÊez à mon retour de Fontainebleau, où je m'en vais sur la fin de cette semaine pour me ramentevoir en la clôture de l'élat des pensions qui se va faire la semaine prochaine. Il y a long -temps que l'on n'y peut donner de fin ; mais si faudra-t-il qu'on mette en repos les craintes et les espérances où cette suspension tient la plus grande partie de la cour. Je vous eusse dès à cette heure envoyé votre médaille, mais je ne sais qui sera le porteur de ce paquet; voilà pourquoi je ne l'ai pas voulu hasarder mal à propos : avec celle-ci, vous en aurez une de celles du sacre de la reine, si déjà vous n'en avez eu par M, de Valves. Je crois qu'il vous aura averti comme j'ai satisfait à la
somme que vous aviez prêtée par-delà à ma femme. Je vous prie m'en donner avis, et croire que si j'ai rendu l'argent, je ne pense point avoir acquitté l'obligation; je la conserverai avec une infinité d'autres aussi longtemps que Dieu me prêtera la vie ; et jusqi'ià ce termelà je serai, monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.
J'écrirai , par M. Dumaz , à M. le premier président : tenez-moi toujours en ses bonnes grâces, s'il vous plaît. J'oubliois à vous dire que madame la marquise de Verneuil a tenu le tapis quelque temps ; à cette heure il est à mademoiselle sa sœur : elle prétend que M. de Bassompierre lui a promis mariage, et le prouve , outre les papiers, par un enfant qu'elle a dit avoir de lui. Elle le fit citer il y eut samedi huit jours : il s'en alla tout aussitôt à Fontainebleau , où il est encore. Je l'ai vue et sa mère aussi depuis que cette affaire est commencée ; mais je ne vois rien en leurs visagJs qu'une fort bonne mine , feinte ou véritable. La reine est pour M. de Bassompierre ; il y aura d'ailleurs une autre bonne pièce en son sac, c'est qu'il est Allemand; et, se retirant chez lui, cette difficulté donnera de la peine à ceux qui le poursuivent. L'on dit qu'il offre vingt mille livres à la mère, et une terre de quatre mille livres à l'enfant. Le comte de Tonnerre dit qu'il y a un M. Foucher à la cour aussi bien qu'au parlement ; et certainement à ce prix-là , outre cinquante mille livres que l'on tient que lui a déjà coûté cette amour, il faudroit que la pièce eût beaucoup de mérite pour croire qxïil en eût eu bon marché. Cette affaire est mauvaise pour lui et n'est pas bonne pour elle.
Monsieur,
AU MÊME
A Paris , ce 1 3 de mai 1 6 1 1 .
Tant que nous avons été à Fontainebleau , qui a été cinq ou six semaines, je n'ai point trouvé de commodité à mon goût pour vous pouvoir écrire ; il s'en est présenté quelques unes, mais je n'aime que celles que je tiens assurées. Nous sommes depuis mercredi au soir en cette ville, ovi j'en aurai davantage , et par conséquent vous recevrez plus souvent de mes nouvelles. Vous m'avez extrêmement obligé de m'écrire fort particulièrement de ce prêtre sorcier. Je fis voir votre lettre à madame la princesse de Conti, quime dit qu'elle étoit d'avis que le soir même je Ir^isse voir à la reine , ce que je fis le soir même; et tout aussitôt sa majesté fit apporter un flambeau , et donna charge à M, de Paris de la lire. Le reste des hommes qui étoient au cabinet se retira, pourcequ'il ne fut pas jugé à propos qu'elle fût lue devant eux. Pour moi qui la présentois , je fus laissé en la compagnie des dames, qui étoient mesdames les princesses de Conti, de Guise, mère et fille, et de Mercœur, madame de Guercheville, et madame la marquise de Verneuil. La pauvre madame de Montravel s'y trouva ; mais elle ne s'en approcha point, et m'appela pour l'entretenir tant que cette lecture dura. Vous pouvez juger comme parmi ces choses sérieuses il fut ri quand il fut question de la souffletterie ; il y en eut peu qui n'en
dissent leur mot, et M. de Paris même, quand ce vint à ce lieu où le préire dit qu'il n'avoit trouvé difficulté qu'à celles qui se trouvoient en la grâce de Dieu lorsqu'il les souffletolt , encore qu'il réitérât son charme jusqu'à sept ou huit fois , ne se put tenir de dire qu'il ne croyoit pas qu'il s'en fût trouvé beaucoup qui se fussent fait souffleter plus d'une fois. Connue ce fut fait, madame de Guercheville me pria de lui laisser la lettre jusque aujourd'hui. Cette affaire a été trouvée étrange de tout le monde , et a-t-on pris un plaisir extrême au soin que vous aviez apporté à vous ressouvenir de tant de choses. Je voudrois que quand vous écriviez que cette Magdeleine fut rebaptisée au sabbat, vous vous fussiez souvenu de demander le nom qui lui fut donné. Vous le ferez , s'il vous plaît , par une première , et me manderez qu'est devenu ce livre. Je ne sais si les distiques étoient hors de là , s'ils auroient la même vertu ; car, quelque curiosité que j'aie, j^i.ne voudrois pas les lire à ce prix-là. Je m'imagine que s'il s'est trouvé, la cour l'aura fait brûler. On a dit par-deçà que ce malheureux avoit demandé , outre les femmes , le don d'éloquence , et que le diable lui avoit répondu que c'étoit chose qu'il ne lui pouvoit donner. Les autres tiennent qu'il lui dit que si, de grossier comme il étoit, il devenoit si habile homme , cette mutation le pourroit faire découvrir. Je vous prie , monsieur , que celui qui mettra la main à la plume le fasse diligemment et exactement, et qu'il n'oublie rien du coquin pour satisfaire les curieux; je suis d'avis qu'il envoie imprimer son discours en cette ville, afin que la chose en ait plus de réputation. Entre autres choses, qu'il n'oublie pas de dire ce qui retint ce prêtre
de venir révéler ce qu'il savoit de Tentreprise contre la vie du l'en roi, vu qu'il dit qu'il en avoit eu la volonté. Quant à ce que vous m'écrivez que les médecins s'étonnent que le sentiment fut revenu aux parties où le diable avoit fait sa marque, il me semble qu'il n'y a rien d'étrange en cela , et que n'y ayant eu qu'une stupéfaction et non une mort entière , il ne s'y est point fait de création nouvelle , mais seulement a été rendu sensible ce qui avoit cessé de l'être par l'application de ces marques; et puis ayant été confessé par le diable qu'il avoit eu commandement exprès de Dieu de les arracher, n'étoit-ce pas un témoignage que Dieu ait voulu que l'état de cette fille fût tel qu'auparavant, et qu'il ne demeurât aucune impression en sa chair? et l'ayant voulu , ne lui a-t-il pas été aussi possible de faire cela comme le reste? Mais c'est assez de ce misérable sujet. Je m'en vais de ce pas au Louvre , pour apprendre quelque chose. Si le porteur m'en donne le loisir, je vous écrirai demain au matin. Nous attendons L ' paix de Savoie : les conditions que demande M. de Savoie sont que ceux de Genève désarment, et que les fortifications nouvelles qu'ils ont faites soient démolies. M. le prince a eu son congé d'aller en Guienne, et semble que depuis la volonté qu'il en avoit soit refroidie : peut-être aussi que la maladie de M. le connétable aidera à le retenir. Nous sommes ici pour dix à douze jours; et puis, si la reine ne change d'avis, nous nous en retournerons à Fontainebleau. Madame de Sully et madame de Rohan dévoient partir aujourd'hui. M. de Sully sera à l'assemblée de Saumur, de laquelle je n'attends pas grand changement, sinon quelques légères demandes que pourroient faire ceux de
la religion. Tout me semble disposé à la paix, et rien à la guerre. S'il m'étoit permis de vous mander de nos niaiseries de cour, j'aurois assez de quoi vous entretenir; mais il ne faut point se brouiller volontairement. Je vous ai dit que je vis hier madame la comtesse de Montravel au cabinet; je la fus reconduire chez elle. Le testament n'est point encore ouvert. M. de Bullion n'est plus son tuteur : elle m'a dit qu'elle lui a dit pis que pendre, et que pour cela elle ne se peut gai^ntir de l'avoir tous les jours sur les bras. Les affaires sont en un état que si les parties ne se résolvent à quelque composition , il y a des procès pour eux et pour leurs enfants jusqu'à dix générations. Elle m'a dit que M. du Vair lui conseille fort la paix. Son mari s'en vient en cette ville, d'où il fait compte de ne partir de long-temps. Je crois que s'ils veulent voir le bout de cette fusée, ils y sont pour plus qu'ils ne pensent. Adieu, monsieur; je vous baise un million de fois les mains, et suis pour jamais votre serviteur très humDe et très affectionné.
Je suis le très humble serviteur de M. le premier président; je vous prie qu'il le sache, et que je lui baise très humblement les mains.
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris, ce 29 mai iSii.
Il n'est pas possible que je fasse un paquet pour la Provence qu'il n'y ait une lettre pour vous. Je n'ai rien à vous dire; mais je veux que vous voyiez que je me souviens de ceux qui m'aiii>jnt, comme par effet je vois que vous faites. La sécheresse n'est seulement sur les fruits, elle est aussi sur les nouvelles. MM. de Boissite et Bullion s'en vont de la part de la reine à l'assemblée de Saumur. Le roi d'Angleterre a assuré sa majesté que si ceux de la religion brouillent et demandent plus que ne leur avoit accordé le feu roi, ils l'auront pour ennemi : je ne crois pas qu'ils y seroient disposés. M. de Châtillon y est allé depuis deux ou trois jours , et a fait porter force lances de bagues ; s'il étoit saison de bcdlets , je crois qu'ils en feroient, tant les choses sont en bon état. Je n'ai lien ouï depuis de l'homme du livre; et quant aux placards, je ne pense point qu'il s'en soit trouvé qu'à deux lieux qui sont du côté de l'université. Le bruit avoit couru qu'il y en avoit de sept ou huit cents d'affichés, mais qu'on les avoit brouillés avec de l'encre. J'ai voulu vérifier ce qui en est , et ai trouvé que les placards qui sont effacés sont certaines défenses à un de Brada et de Pron-Gantret, de la cour du Palais , de recevoir personne à maîtrise de maître, en vertu de certaines lettres qui y sont spécifiées. Tout est paisible , Dieu merci ; je le prie qu'il
2oi LETTRES
nous y conserve. On nous conte ici force miracles nouveaux de votre possédée de Provence : donnez-moi de qxioi entretenir les curieux. Je suis, monsieur, votre très humble serviteur.
AU MÊME
Monsieur ,
A Paris, ce jour de Pentecôte, i6n.
Je ne vous ai pas assez remercié par ma précédente de la peine que vous avez prise de m'écrire si particulièrement de ce bélître sorcier: je vous en remercie encore par cette commodité; elle s'est présentée à moi inopinément ; je la dois à M. de Valves, que j'étois allé voir cette après-dînée. Si j'eusse cru la rencontrer sitôt et si à propos, je vous eusse écrit une longue lettre; mais il m'a fallu aller au Louvre, où j'ai été jusqu'à cette heure, si bien que je ne vous saurois dire grand'chose. Le roi, avec une patience merveilleuse, a aujourd'hui touché les malades, que l'on tient avoir été jusqu'au nombre de onze cents. La dernière fois qu'il toucha, pour éviter que quelque malheureux ne fît rien de mal à propos , les malades , à mesure qu'il les touchoit , étoient tenus par des archers qui étoient derrière eux ; mais cette fois , pour ne faire paroître la défiance , on s'est contenté de leur faire joindre les mains. Il y avoit eu avis qu'avec cette occasion un coquin devoit entreprendre sur la personne du roi ; et l'avis venoit du sieur de Vousay, lieutenant de M. de Châteauvieux, à la Bas-
DR MALHERBE. î!o3
lille ; si bien que ce M. de Voiisay a toujours été derrière Je roi pour prendre {jarde s'il verroit quelque visage semblable i\ celui qu'on lui avoit dépeint. Tout s'est bien passé, grâce à Dieu. Leurs majestés sont allées cette après-dînée voir les députés des jacobins, qui sont ici en nombre infini pour leur cbapitre général. La reine leur a donné mille écus : elle s'en va demain voir Messieurs et Mesdames à Saint - Germain , et revient le même jour pour s'en aller à Fontainebleau mercredi ou jeudi. MM. de Bouillon et de Sully sont à l'assemblée de Saumur : tout s'vj passera au service du roi, Dieu aidant; les choses y sont disposées, et les personnes aussi. Ceux de la religion disent que les grands sont à la dévotion de la reine, et peut-être ne se trompent-ils pas. L'on tient que pour cette occasion ils feront présider un ministre. Quoi que c'en soit, je ne vois point d'orage de ce côté-là, ni d'ailleurs : nous avons Dieu pour nous, et sommes gouvernés par une très bonne et très sage reine. Il s'est trouvé cette semaine un grand nombre de placards affichés aux coins des rues ; de vous dire les ordures dont ils étoient pleins, cela feroit mal au cœur: vous les devinez bien. Il s'est trouvé aussi un homme perdu qui a fait un livre où il traite force belles questions. On l'a mis à la Bastille , où il fait le fou , croyant que cette échappatoire le garantisse; mais je tiens que son affaire est faite. Je ne vous dirai point de quoi parloit ce livre en particulier; je vous dirai en gros qu'il attaquoit la reine , son mariage, et sa régence. Cette chose est encore fort obscure, pourceque l'on n'en parle qu'à l'oreille; quand le temps l'aura éclaircie, je vous en écrirai ce qui s'en pourra écrire. Au demeurant, en dépit de toutes ces
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âmes damnables, leurs majestés se portent fort bien, et verront la mort de tous ceux qui désirent la leur. Adieu, f monsieur; je ne cuidois vous écrire que deux mots, mais le discours m'a emporté plus loin que je ne pensois. Si j'eusse cru que ma lettre eût dû être si longue, j'eusse pris une feuille entière ; vous m'en excuserez s'il vous plaît : je vous écrirai la prochaine fois plus à loisir et plus confidemment. Aimez-moi toujours comme votre serviteur très humble et très affectionné.
Je vous supplie me faire cette faveur d'î baiser humblement les mains à M. le premier président et à M. le président de La Cépéde. J'ai reçu une lettre de lui ce matin ; mais j'en remettrai la réponse à la première commodité pour lui écrire quelques nouvelles, si j'en apprends entre ci et là. Si vous croyez que ce que je vous éciis le mérite, vous lui en ferez part. J'avois toutefois oublié à vous écrire le nom de l'auteur de la lettre que je baille à M. de Valves pour vous faire voir : c'est un nommé de Vyon , d'Orléans , gentilhomme servant chez le roi , qui a fort bien étudié ; il est tout près d'en faire une autre.
AU MÊME
A Paris, ce 4 juin 161 1.
Monsieur,
Ce seroit, si je l'ose dire, un crime de lèse-amitié d'écrire où vous êtes et ne vous écrire pas; vous aurez
DE MALHERBE. ao5
donc ce petit mot pour vous téinoi{»nerque je vous suis ce que j'ai toiijoiu's été et qut; je serai toujours». Pour vous mander des nouvelles, il en fandroit inventer, car il n'en est point. Je m'en vais lundi à Fontainebleau; s'il y en a, vous en aurez votre part. J'ai vu par-deçà un mémoire de plusieurs choses que ce fameux sorcier a dites; mais à mon avis celui qui les a recueillies a plus de prise que de jugement. Il y a bien quelque chose touchant les particularités du sabbat qui semble considérable ; mais il y a bien aussi des ridicules qui me font croire que le diable n'est pas si fin comme nous le croyons , ou bien qu'ayant à faire à des personnes qu'il n'estime pas, il les entretient de viandes dignes de leur goût. Je ne sais certainement à quoi me résoudre là-dessus : il y a des intrigues en cette matière qui ne se démêleront jamais que nous ne soyons en un lieu on le jour soit plus clair qu'il n'est en ce monde ; il faudra que l'apprentissage nous en coûte la peau. S'il s'en fait quelque discours par-delà, je vous prie d'avertir l'auteur qu'il contente bien exactement tous les scrupules que le lecteur pourra faire, et qu'il n'y ait rien qui se contredise. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et suis votre très humble serviteur.
J'écrivis il y a quelques jours à M. le premier prési^ dent de La Cépéde ; mais je ne laisse pas de l'assurer de mon très humble respect.
AU MÊME
Monsieur,
Vous avez en ce paquet la bouffonnerie dont je vous avois parlé en ma précédente. Je ne la vous enverrois pas si je ne la vous avois promise; car, à mon goût, c'est une pure niaiserie : mais je vous veux montrer que je suis homme de parole, et vous ôter Topinion que vous auriez que la paresse m'eût empêché de vous donner ce plaisir. M. Fontaine m'est ce matin venu voir, qui m'a conté merveilles de votre possédée. Il m'a dit qu'il y a un nouveau prêtre prisonnier : si c'est chose qui vaille en parler, faites-m'en aussi bonne part comme vous avez fait de messire Louis. Je vous écrivis il y a deux jours par votre messager, et depuis il n'en est survenu. Notre voyage de Saint-Germain est remis à mardi ; la comédie ne se gâtera pas entre ci et ce temps-là. J'eusse fait récrire ce bel ouvrage que je vous envoie , mais il n'en vaut pas la peine : je m'assure que vous ferez même jugement que moi. Si vous n'avez bien souvent de mes lettres d'ici à deux ou trois mois , un voyage que je vais faire en Normandie en sera la cause ; mais là, comme ici et par-tout, je serai toujours votre serviteur très affectionné. Honorez -moi toujours de votre amitié.
Nous attendons ici au premier jour madame et mesdemoiselles de Rohan. C'est quelque fortune que nous n'avons point de brouilleries du côté de Saumur. Dieu
favorisera les soins de notre reine comme il a fait ceux du feu roi. Vous aurez su comme le roi d'Angleterre avoit donné un coup de poing au prince son tils, pour le moins le comte le disoit ainsi ; mais cela n'a point passé plus outre, ils ont été réconciliés tout incontinent. Le roi s'étoit mis en colère de quelque faute que les chiens avoient faite à la chasse , et sembla au prince que le sujet n'en étoit pas digne, si bien qu'il se mit à rire, de quoi le roi s'offensa tellement, ajoutant cette nouvelle colère à la précédente , qu'il ne se put empêcher de le frapper. Il se retira tout-à-l'heure , et fut suivi de tant de gens que le roi demeura presque seul et éprouva la vérité de cette maxime, que plus de gens adorent le soleil levant que le couchant. Je n'ai pas mis cette nouvelle en son rang, je l'ai mise au lieu où il m'en est souvenu; excusez-m'en : vous devez être accoutumé à mes libertés.
AU MÊME
A Paris, ce 20 juillet 161 1.
Monsieur ,
Votre homme s'en retournera demain, par lequel je répondrai à votre lettre, et vous manderai de nos nouvelles : M. le commandeur de LaMosle, qui est porteur de cette lettre , me presse de trop près pour vous tenir long discours. L'affaire de Saumur fut hier résolue : j'ouïs parler les députés dimanche à la reine, dans le cabinet , avec des soumissions les plus grandes du
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inonde; mais je n'ai loisir de vous rien dire. J'ai baillé à M. de Valves cent quarante écus, qui font quatre cent vingt livres; je vous prie me faire cette faveur de les faire rendre à ma femme, suivant la lettre que M. de Valves écrit à M. de Calas. C'est ma coutume de vous importuner: si j'abuse de votre courtoisie, dites-le-moi, j'y serai plus retenu à l'avenir; mais j'ai peur de vous offenser par en tant parler, ayant tant de preuves de votre amitié. Je vous prie me mander des nouvelles de M. le premier président, car je suis en peine de sa santé : je lui écrivis dernièrement; vous l'assurerez, s'il vous plaît, de mes très humbles services. Adieu, monsieur; je vous baise très humblement les mains, et suis à jamais votre très humble et très affectionné.
AU MÊME
A Paris, ce 21 de juillet i6ii.
Monsieur ,
Je vous écrivis hier par M. le commandeur de La Mosle; ce fut un peu à la hâte, et par conséquent en désordre : à cette heure , plus à loisir, je vous dirai que dimanche dernier, sur les deux heures après midi, étant au cabinet de la reine, où, hormis les princesses, il n'y avoit que cinq ou six personnes, MM. les députés de Saumur eurent une audience, M. de La Caze et le baron de Courtaumer parlèrent l'un après l'autre, et dirent fort peu de chose. La reine répliqua cinq ou six mots à chacun d'eux; mais, sans mentir, tout cela fut si bas,
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qu'encore que je touchasse le baron de Courtaumer, je n'en pouvois rien entendre qu'à bâtons roinj)ns : hicu ouïs-je que la reine dit au ministre t'errier qu'il s'avançât, ce qu'il fit, entre les siciu's de La Caze et de Courtaumer, lemeurant un peu deirière: alors il parla, non ëloquemment, mais assez bien pourtant, et si intelligiblement que je n'en perdis pas un mot. La substance de ce qu'il dit fut que ceux de sa religion n'avoient jamms eu autre intention que de très humbles et très obéissants sujets de leurs majestés; qu'en l'an 1607, en leur assemblée de Châtellerault, le feu roi avoit trouvé bon qu'ils reconnussent M. le dauphin légitime successeur de la couronne, et qu'à cet exemple, en celle-ci de Saumur, après le serment de fidélité fait au service du roi, ils en avoient fait un autre pour la régence de la reine, et que pour l'un et pour l'autre ils exposeroient leurs vies quand l'occasion s'en présenteroit; qu'on avoit voulu donner de mauvaises impressions d'eux à sa majesté , à quoi il la supplioit très hùublement de n'ajouter point de foi; que tout ce qu'ils avoient mis en leurs articles n'étoit que cela même que le feu roi leur avoit accordé en ses édits, et que ce peu qui y étoit de plus étoit des grâces qu'avec toute soumission et révérence ils requéroient de sa majesté; et qu'étant l'image de Dieu, ils avoient cru qu'elle feroit comme lui, qui ne s'offense jamais d'être prié : ce sont les propres termes par lesquels il finit. Tout cela ne fut pas prononcé tout d'une suite, mais à trois reprises : à la première, la reine répondit qu'elle vouloit croire que ce qu'ils disoient seroit véritable, et qu'autant de fois que le feu roi lui en avoit parlé , il l'avoit toujours assurée qu'ils ne feroient jamais rien contre
son état; l'autre réplique fut sur ce mot d'insolence, où elle leur dit qu'avec rinsolonce il ne falloit rien espérer d'elle , et que quand on niontreroit désirer sa bonne grâce elle ne refuseroit chose qui fut raisonnable; la conclusion fut qu'ils seroient expédiés le r? irdi eusuivant. Depuis les choses ont été résolues; car mardi après dîner je me trouvois au cabinet, où il n'y avoit que madame de Guise et madame de Sourdis; la reine, sortant de l'entresol, s'en vint avec une face riante vers madame de Guise, à qui elle dit que désormais elle ne se léveroit plus si matin comme elle avoit fait depuis quelque temps, et que l'affaire de Saunuu' étoit résolue. Madame de Guise lui fit là-dessus plusieurs questions, mais c'étoit en se promenant, tellement que je n'entendois que fort peu de chose. A une heure de là, M. de Ncvers étant venu au cabinet, pourceque j'avois ouï de la reine qu'il avoit été des opinants en ce conseil, je lui en demandai des nouvelles; il me dit que ceux de la religion avoient leurs villes de sùrett encore pour cinq ans, que par-dessus ce qu'ils tenoient on leur bailloit le Mont-dcj-Marsan ctTartas, qui sont deux bicoques, desquelles le fds de M. de Châteauneuf de Chalosse, qui est demeuré huguenot , encore que son père se soit fait catholique, en tenoit une dès le temps du feu roi, et qu'avec cela on leur bailloit quelques sommes d'argent. Il survint quelqu'un là-dessus qui rompit ce propos , si bien que pour lors je n'en appris autre chose. Depuis j'ai su que la reine leur bailloit quinze mille écus, pour l'entretcnement de leurs ministres, plus qu'ils n'avoient du temps du feu roi; sur quoi il faut noter qu'en l'année que le feu roi retrancha tout le monde , il retrancha aussi
Di-: MALiirjuii:. oAi
Ipm iiiiiiistrcs, vl Iciii- ôtii le tiers de ce (jii il leur ;iv()it. iiccorflc. A cette heure, ils (leiuaiwloiciit le.-. ;Miéiii;;es do ce tiers, et coiitiniiMtion à Tavenir : poiii- les arrc'rajjes , la reine les leur r( l'use tout à [)lat, <'t poui- ravenir ils out (iiiiu/.e mille ('eus |)lus (juils u'avoieut <|uan(l le roi mourut. iVv. "j ces conditions, tout le inonde est content, et tient-on que samedi prochain ils auront leur congé. Nous avons ici tous les jours au cabinet M. de La Force, IM. de Châtillon, le vidamc; de Chartres, et assez <rautres de la religion : s'il s'entreprenoit rpielrpie chose par ceux de ce parti, ils ne se tiendroient pas parmi nous. Quant à moi, je ne sais pas ce qui en sera; mais je n'ai jamais craint tous ces remuements que Ton nous promettoit devoir naître de cette assemblée : je pense le vous avoir écrit autant dv lois que je suis tombé en propos de ce sujet. I^a reine s'en va lundi à Saint-Germain, où Mesdames lui préparent le plaisir d'une comçdie qu'elles-mêmes doivent réciter: voilà par où nous allons recommencer les passe-temps de la coiu', qui seront à leur comble quand le "roi et messieurs ses frères seront en âge de les goûter. Il y a quelques jours que , sous couleur de rencontre fortuite, il se fit un combat sur le Pont-Neuf: le tué, qui est un Darquy, gentilhonnne d(* M. le duc d'Aiguillon, a été depuis deux jours promené dans un tombereau par plusieurs endroits de la ville , et puis traîné à la voirie; le tueur, qui est un Baronville, fils de Montecot , s'est sauvé en Angleterre , par la recommandation, à ce que l'on dit, de M. le prince de Joinville : il fera bien de s'y tenir; et par le traitement que l'on a fait au mort, il jugera ce que l'on feroit au vivant s'il tojujjoit entre les mains de la justice. La de-
moiselle de Cosman , qui est celle qui avoit fait ces plaisantes accusations dont vous avez ouï parler, aura samedi prochain son arrêt : quel il sera, je n'en sais rien; mais les conclusions des gens du roi sont à la mort. Nous attendons ici de voir sortir des lumières un discours de ce qui s'est passé au fait de messire Louis Gofridy et de Madeleine de La Palud ; je crains bien que ce ne soit au mépris de Tauteur : un habile homme qui Fa vu m'en a parlé comme cela. Il s'est fait une espèce de catholicon sur l'assemblée de Saumur, et dit-on que c'est une bouffonnerie assez plaisante ; si je la recouvre, comme je l'espère, vous aurez votre part du passe-temps. Au demeurant, monsieur, selon votre honnêteté accoutumée, vous m'avez fort obligé de me demander mon avis sur le dessein que vous aviez de mettre quelques pièces au jour. J'estime trop et votre suffisance et votre jugement
pour douter que ce ne soit chose digne d'être vue: c'est
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pourquoi je ne saurois sinon vous en louer, et vous exhorter toutefois que, devant qu'ils partent de vos mains, ils soient si bien censurés de vou. même, que ceux qui y Voudroient mordre y laissent leurs dents. Ayant pourvu à cela, comme je m'assure que vous ferez, je ne vois point de sujet pourquoi vous ne puissiez, comme les autres, jouir de la gloire de votre cabinet. J'approuve extrêmement les noms que vous donnez à vos nouvelles planètes; et s'il m'est permis d'en dire mon avis, je dirois plutôt le petit Cosme et le grand Cosme que le Cosme intérieur et le Cosme extérieur : toutefois il n'y a pas beaucoup à choisir, sinon que vous eussiez peur d'offenser celui que vous nommerez le petit. Si votre œuvre est en françois , et que vous l'envoyiez imprimer par-
DE MALHERBE. 2i3
deçà, je présiderai à Timpression, et empêcherai qu'au langage il n'y ait rien que Ton puisse reconnoître pour étranger. Je vous ai assez de fois dit ce que vous pouvez sur moi, mais je ne vous l'ai jamais su faire voir par effet. Cette occasion, et généralement toutes celles qui s'en offriront, me sont extrêmement chères; et en toutes vous verrez, monsieur, que je suis autrement que de bouche votre serviteur très humble et très affectionné.
Il y a cinq ou six jours que je baillai quatre cent vingt livres à M. de Valves; je vous supplie, monsieur, me faire cette faveur de les faire rendre à ma femme pardelà.
Depuis ma lettre écrite, M. de Valves m'a dit que le porteur de ce paquet étoit svir, cela lu'a fait résoudre à lui bailler les médailles. Je crains que vous n'en ayez déjà de semblables , et que pr ':• conséquent , n'ayant point de prix d'elles-mêmes, elles perdent encore celui que leur peut donner la nouveauté; mais si vous ne les retenez pour vous , ce sera pour un de vos amis : il me suffit que vous voyiez que je suis votre serviteur très affectionné.
AU MÊME
A Paris, ce i*"" d'août i6i i.
Monsieur,
Si vous m'avez oublié, je n'en ferai pas pourtant de même. M. le commandeur de La Mosle , qui pai tit il y a
•M { M'TTIIES
<îix à douze jours, et votre Etienne, qui est parti depuis tlenx ou trois, vous ont porté de mes lettres; mais je ne laisserai pas d'en bailler eneore à ce messager. Nous n'avons plus rien de nouveau en cette cour, que la venue de ]M. le comte de Saint-Pol, depuis cinq ou six jours. M. le njarquis d'Ancre avec ses amis alla au-devant de lui,, tellement que Taffaiio d'Amiens est du tout accommodt''e au contentement de la reine. Il ne nous reste plus qu'une brouillerie d'entre le marquis de Nesle et le comte <le Brème. Le conte dit qu'il y a cinq à six jours que le comte de Brème, sur les onze ou douze heures du soir, étant allé à l'hôtel de Nemours, où madame d'Aumale est logée , il monta à la chambre de mademoiselle de Senectaire, qui y loge aussi; qu'ayant frappé à sa porte, comme on lui eut dit qu'elle étoit couchée, il se retira. Il appela une demoiselle nommée Chambonnez, qui est à mademoiselle, de Senectaire, laquelle aussitôt lui ouvrit la porte, connue pour parler seulement à lui, pourcequ'ayant autrefois servi madame de Bouillon, mère du comte de Brème, elle se croyoit obligée à ce. respect envers lui. L'on dit que comme il fut dedans, il se vouloit jouer un peu insolemment avec mademoiselle de Senectaire, qui étoit au lit; elle se jeta à la ruelle, et se coucha contre terre. Toutefois, si le conte dit vrai, elle ne put pas si bien faire qu'il ne lui déchirât la chemise depuis le haut jusqu'au bas, et ne prît tout plein d'avantages sur elle. Ce conte ayant été fait à la reine même, en présence du marquis de Nesle, cousin-germain de mademoiselle de Senectaire , ce que ceux qui faisoient le conte ne savoient pas , il se vit obligé à en tirer raison ; et s'étant tous deux rencontrés à l'hôtel de Guise ,
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romnio le comte de lliémc en lut. sorti i^i pi('<l, !«' niaiquis de Nesle le suivit de inrinc; et de quinze ou vliijjt pas ayant crié au cojute qu'il tournât et mît la main à Tépée, il fit bien Tun, mais non jias l'autre, s'amusa à des satisfactions qui ne contentèrent pas le marquis de Nesle, et en voulut lui-même prendre une autre, et lui donna deux coups d'épée sur les oreilles : le cordon de son chapeau et son rabat en sont coiq)és. T^es amis du comte de Brème lui ayant fait sentir cette lâcheté , et particulièrement M. le marquis de Manny, qui est brave gentilhomme, il s'est retiré d'ici, l'on ne sait pourquoi faire : les luis tiennent qu'il veut demander le combat, les autres en jugent autrement. Le n)arquis de Nesle est demeuré ici avec une garde que la reine lui a baillée : le premier président l'a voulu faire prendre; mais la défense de sa majesté y est intervenue, et devant cela l'assistance de M. de Guise, qui lui a bien servi. I! pensoit qu'hier on le vînt prmdre , si bien que tous ses amis s'allèrent enfermer avec lui en son logis , et nommément M. le prince de Joinville; mais depuis la défense de la reine, cette rigoureuse poursuite s'est adoucie • nous verrons où la chose aboutira. Nous avons ici madame de Rohan et mesdemoiselles ses filles depuis trois ou quatre jours ; jugez par là si ceux de la religion ont les âmes disposées à la paix : ce sont effets de la bonté de Dieu et de la prudence de notre grande reine. Je vous ai assez entretenu de choses qui ne le valent pas, mais pour le moins c'est un témoignage de ma diligence. Je me réjouis de tout mon cœur de la santé de M. le premier président; je ne crois point qu'il la garde comme il doit; c'est à vous qui êtes auprès de lui, et qui l'aimez chèrement
2i6 LETTRES
de la lui recommander. Je ne lui écris point, car je n'ai de quoi, si je ne lui voulois écrire que je suis son très humble serviteur, et c'est chose si souvent répétée que je crois qu'il en doit être ennuyé ; je réserverai donc ce devoir à quelques nouvelles qui vaudront lui être mandées : aussi bien lui ai-je écrit par M. le commandeur de La Mosle, et un peu auparavant par un autre messager. Confirmez-moi, s'il vous plaît, monsieur, en ses bonnes grâces et aux vôtres; je les désire toutes deux avec passion.
Prêt à partir pour aller voir la comédie de Madame, qui est la Bradamante de Garnier; c'est à demain au soir : M. de Valves y sera, qui vous en fera le discours, car pour moi je m'en vais au partir de là en Normandie , aussitôt que la reine m'aura donné congé.
AU MÊME
A Paris, ce 4 août 161 1.
Monsieur ,
Hier je revins de Saint-Germain voir jouer la comédie; M. de Valves, à mon avis, vous en aura écrit plus particulièrement : de moi ne vous en dirai autre chose, sinon que tous les personnages y firent des miracles. Madame, qui étoit habillée en amazone comme représentant Bradamante, étonna tout le monde par sa bonne grâce; Monsieur et M. le duc y firent plus que l'on ne pouvoit espérer de leur âge. Monsieur, pour prologue.