‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 12 sur 25 · LUZ · texte numérisé non relu

LUZ

AU MÊME

A Paris, ce 1 1 de février i6i3.

Monsieur ,

Depuis ma dernière, je ne vous puis rien dire, sinon que j'ai reçu la vôtre , et avec elle le livre que vous avez pris la peine de m'envoyer. Ce n'est pas ce que l'on demandoit, je l'avois déjà: mais l'obligation ne laisse pas d'en être aussi grande, comme si ce l'eût été; je vous en

25o LETTRES

remercie de tout mon cœur, et vous crie merci de mon importunité. H y a quelques jours que la reine m'avoit commandé des A^ers sur Tair d'une chanson italienne; ce n'a pas été sans peine : tant y a que je les ai achevés à son contentement, et que la Bailli, qui les a chantés devant elle, a dit qu'ils étoient entièrement semhlables aux italiens; aussi la reine Tavoit envoyée les concerter avec moi. Je les vous eusse envoyés, mais ce sera pour la première fois : pour cette heure, j'obéirai à ma paresse; de quoi vous ne me blâmerez pas, car je vois que vous vous y laissez couler tout bellement. Vous n'aurez de moi, pour cette heure, que les paroles de l'accord du comte de Brème et du marquis de Nesle. Nous n'avons nulle nouvelle en cette cour; il ne s'y parle que de comédies et de ballets : toutefois, ni le roi, ni Madame, n'en font point. Dieu merci! et par conséquent je me repose. C'est donc tout ce que vous aurez de moi, après que je vous aurai confirmé que je suis, comme de coutume, votre serviteur très humble et très affectionné.

Je vous ai écrit le bon mot de quoi il étoit question ; il n'est pas si bon comme vous l'avez imaginé, mais il n'est pas aussi très mauvais. Je vous renvoie votre livre; car de le retenir , puisque ce n'est pas celui dont il est question , et qu'il s'en trouve à Paris à revendre , il y auroit de l'indiscrétion. L'homme de vos amis qui le desiroit voir étoit M. Florence, précepteur du roi; il est en lieu où il peut servir ses amis. Je ne doute point que si vous l'eussiez pu faire, vous ne l'eussiez fort volontiers obligé ; mais ad impossibile nenio tenetur.

accord du comte de Brème et du marquis de Nesle.

Le marquis de Nesle dit: « Monsieur, j'avoue que je vous ai pris à mon avanta'jc, et que, vous ayant surpris et porté Tépée à lagorjje, je vous ai ôté le moyen de vous servir de la vôtre; dont je vous demande pardon, et me mets entre vos mains pour faire de moi ce qu'il vous plaira. '>

Le comte de Brème répondit: «Monsieur, puisque vous confessez luvérité, je vous pardonne et me contente, MM. les princes et maréchaux de France me l'ayant commandé. »

lOI.

AU MÊME

A Paris, ce dernier de février i6i3.

Monsieur,

Vous m'obligez toujours de m'écrire , en quelque façon que vous m'écriviez; mais, sans mentir, si je fais quelque différence entre vos lettres, celles qui sont les plus longues me sont les plus chères et les plus agréables. Vos dernières étoient de ce nombre, et en cette qualité méritoient bien une longue réponse; toutefois je ne sais si nos nouvelles y pourront fournir. Premièrement, commençant par la meilleure que je vous saurois donner, le roi et la reine se portent fort bien ; tout est calme , et de quelque côté que l'on tourne la vue, au levant, au ponant, au midi et au septentrion, il ne paroît nuée quelconque qui puisse faire peur à la paisible disposition où

sont les affaires. Les ballets sont cessés , mais les comédies continuent à l'entresol , où la reine a fait faire le plus agréable théâtre qui se puisse voir, avec des sièges pour environ quatre-vingts personnes. Samedi , il s'en doit faire une extraordinaire , où la reine dit hier au soir qu'elle avoit convié M. le chancelier et M. le président Jeannin. Si je vis, je la verrai, Dieu aidant, et vous en dirai des nouvelles. Il y a huit ou dix jours que l'on parle du mariage de M. d'Elbœuf avec mademoiselle d'Ancre. Hier j'appris de madame de Longue-r.ille que le jour même les articles s'en dévoient accorder; si la fortune y veut apporter des intrigues, elle en aura le loisir, car la fille n'a pas six ans : on dit qu'elle est fort belle et fort jolie, et bien digne d'une bonne fortune. On ajoute encore à cela qu'elle n'a qu'un frère qui est malsain et qui ne peut vivre : ce sont langages que l'on tient ordinairement quand on marie une fille qui n'a qu'un frère; c'est à Dieu de disposer de cette affaire comme il fait de toutes. M. du Maine et M. de Nevers sont à Soissons depuis cinq à six jours; ils doivent être de retour cette semaine prochaine, pour s'en aller quinze jours après à Nevers faire partir mademoiselle du Maine, qui s'en va à Rome trouver M. son mari. Vous avez su que les lieutenances de roi au bailliage de Dijon et en Bresse vaquoient par la mort du baron de Luz. Jusqu'ici l'on a cru que M. de Thianges et M. de Ta vannes les auroient ; à cette heure, les choses semblent entièrement changées, et croit-on que M. de Thianges n'aura rien, et que M. de Tavannes aura la Bresse. M. du Maine , qui pouisuit cette affaire, fait, à ce que l'on dit, que M. de Tavannes donnera six mille écus à M. de Thianges. Je le tiens de bon lieu, mais je

n'en crois rien pointant, car la chose no le vaut pas. Il n'est pas croyable comme la IoiIoik! tourne contiimcllement et dilijjemment sa roue en cette cour; les faveurs n'y sont jju^re en un menu; lien : c'est raison aussi que tout le monde s'en sente. Samedi dernier, environ deux heures après miuuit, la garde-robe de la reine fut volée et toutes ses robes emportées; il s'en est retrouvé quelques unes qui tombèrent dans le cloître de Saint-Nicolas, derrière la cour des cuisines, et furent trouvées par les prêtres allant du matin au service; il en est encore demeuré deux", avec toutes les ni])pes et force sachets de poudre. Il sera toutefois malaisé que les larrons en fassent leur profit, pourcequ'il y aura sans doute quelque chose qui, en l'exposant, fera découvrir le reste. Dieu veuille que la fortune se contente de ce petit malheur, parmi tant de prospérités qu'elle donne à notre bonne reine. Puisque je suis sur les crimes , je vous dirai qu'un nommé Guinegaud, qui avoit répondu pour M. du Maine pour dix ou douze mille écus, étant poursuivi du paiement et exécuté en son bien , fit saisir le buffet de M. du Maine, le jour même qu'il devoit faire festin à M. le prince. M. du Maine, n'y pouvant autrement remédier, lui envoya des pierreries, et par ce moyen empêcha que sa vaisselle d'argent ne fut transportée. Il arriva, trois ou quatre jours de là, que ce Guinegaud fut rencontré par deux laquais qui lui avoient demandé s'il s'appeloit pas Guinegaud; et, lui ayant répondu qu'oui, lui donnèrent tant de coups de bâton que jusqu'à cette heure on l'avoit tenu pour mort. L'on dit que M. du Maine, étant prêt à partir, dit tout haut qu'on ne se devoit point mettre en peine qui avoit fait battre Guinc-

gaiid, et que c'avoit été lui; l'on dit même, et l'a-t-on dit en fort bon lieu, qu'il l'avoit ainsi envoyé dire aux commissaires de la cour du parlement, qui en informoient, à la poursuite do Guinegaud. L'édit des duels n'est point encore publié; il en a été délibéré au parlement, mais ils ont trouvé bon de supplier la reine d'y ajouter encore trois ou quatre points, dont l'un est que la connoissance en soit du tout ôtée au prévôt de l'iiôtel , l'autre que les maisons soient rasées, et le troisième qu'il n'y ait point de prescription pour les criminels; s'il y en a d'autres, je ne m'en souviens point. M. de Valves vous aura écrit le ballet de dimancbe dernier, car il le vit à l'Arsenal; je ne vous en dirai donc rien, sinon qu'au Louvre, où nous étions , M. de Longueville prit Madame pour danser les branles; M. de Guise, madame la princesse ; M. le général des galères , madame la princesse de Conti ; M. le chevalier de Guise , madame la princesse d'Orange , et ainsi du reste : M. le prince d'Orange y étoit, mais il ne dansa point, comme aussi ne fit M. le prince , qui y arriva presque sur la fin. Ce ne fut rien que ce ballet; tout ce qui m'en plut fut un nommé Maret, habillé en berger, qui menoit un homme habillé en chien, et le fit danser avec des bouffonneries si agréables que je crois que jamais je ne vis rire personne comme je vis rire la reine. Je n'ai plus que vous dire, et puis le papier me faut; contentez-vous donc, monsieur, que je ne vous dise plus, sinon que je suis votre très humble et très affectionné.

Dl-: MALllEUIUv 255

Monsieur ,

AU MÊME

A Paris, ce 19 mars i6i3.

Je n'ai que vous écrire , mais si le faut-il faire pour tarder ma coutume de n'écrire point en Provence qu'il n'y ait mie lettre pour vous. Je vous remercie des nouvelles que vous avez pris la peine de me mander; je vous en rendrois volontiers le même prix et la même mesure, mais je suis encore à Paris, et ne puis aller à Fontainebleau de dix à douze jours, pour une malheureuse petite affaire qui me tient encore ici : vous ne pouvez donc savoir de moi que ce que j'apprends au jour la journée, de ceux qui en viennent. C'est que M. le prince y est attendu dans deux ou trois jours. La reine envoya vendredi au soir une de ses litières et celle de madame de Guise, pour y porter Monsieur, madame Chrétienne et la petite Madame. Madame de Montglas a commandement de les faire partir demain, je ne sais ce qui en sera : le pis que j'y vois , c'est que cela est signe qu'on y fera plus de séjour que je ne m'étois imaginé. M. de Bouillon arrive demain en cette ville; M. du Maine y est encore. La guerre de Mantoue s'en est allée en fumée , ou s'y en va. Le roi d'Espagne presse fort le mariage pour ce mois de septembre : toutefois la reine dit , il y a deux jours, qu'elle avoit fait remettre la partie à ce renouvel an; si bien que ceux qui voudront y danser n'ont point plus de temps qu'il leur faut pour ap-

prendre. M. de Boinville, pour ajouter tous les jours quelque autre nouvelle à celle que je vous ai ci-devant envoyée, ayant accompagné la reine à Fontainebleau, lui demanda permission de coucher en la salle de ses gardes sur une paillasse, ce qui lui fut accordé; de sorte qu'il a joui de cette concession jusqu'à vendredi au soir, qu'il revint chez lui , où je crois qu il couchera plus mollement qu'à Fontainebleau, mais non pas peut-être plus à son gré. Il n'est rien du bruit qui a couru de la mort du marquis de La Force , en duel avec le comte de Gramont. Je sollicite tant que je puis ma mémoire pour me fournir quelque chose de plus et de meilleur, mais elle n'a rien; aussi faut-il que je finisse. Je vous baise donc les mains très humblement, et à M. le premier président; je lui écrivis il y a dix à douze jours, si bien que quand je lui voudrois écrire, je n'aurois autre chose à lui mander, sinon que je suis son serviteur très affectionné : vous le lui direz, s'il vous plaît, et croirez que je suis le vôtre de tout mon cœur.

J'oubliois à vous dire que ce matin j'ai été voir M. du Maine, qui m'a dit, sur le sujet de la guerre de Savoie, qu'il étoit en peine d'un paquet que M. du Vair lui avoit fait tenir par la voie de M. Aleaume ; que trois à quatre fois il avoit envoyé chez M. Aleaume, qui lui avoit toujours fait réponse qu'il n'en avoit point de nouvelles.

Dispersit superbos mente cordis sut, c'est tout ce que je »ais du Magnificat.

Monsieur,

DE MALHERBE. > afi;

io3.

AU MÊME

A l'aris, ce i3 d'avril i6i3.

Je suis étonné que par vos dernières lettres vous ne me fassiez aucune mention d'avoir reçu un paquet par M. l'auditeur Buisson , où il y avoit des romans que vous m'aviez demandés , ni un autre qui fut mis entre les mains de l'homme de M. du Boulière, dans lequel je vous envoyois trois lettres du roi et de la reine d'Angleterre à M. et madame la princesse de Conti. Je vous prie prendre la peine de le faire savoir de lui. Ces lettres sont des réponses à des lettres de condoléance sur la mort d pprince de Galles, que j'ai pensé qui plairoient à votre curiosité pour la qualité des personnes, plutôt que pour la beauté d^i langage. Nous n'avons ici rien de nouveau que je ne fasse conscience de vous écrire. Il y a deux jours que M. de La Mosle me vint dire adieu, et me dit qu'il s'en alloit, de la part de quelques seigneurs de cette cour, à une diète qui se tient en Allemagne, pour savoir si on voudroit se servir d'eux , et à quelles conditions. Il ne me les nomma point, pourcequ'il y avoit compagnie chez nous, ou peut-être pourceque ceux qui le mettoient en besogne ne vouloient pas qu'on en sût rien : tant y a que je ne crois pas, si c'est pour la guerre contre les Turcs , qu'ils aient de trop bons avis , pourceque ceux qui viennent de ces quartiers-là disent qu'il ne s'y en dit mot. C'est un grand bonheur de notru

étoile , et dont nous avons , après la grâce que nous en devons à Dieu, une grande obligation à notre très bonne et très grande reine, que l'on chercbe de la guerre de tous côtés, et qu'on est en peine de la trouver. La princesse d'Angleterre, à ce que m'ont dit mesdames les princesses d'Orange et madame de La Trimouille , doit partir le 1 3 de ce mois avec M. l'électeur son maii, pour s'en aller au Palatinat; elles s'en vont à La Haye en Hollande, pour les recevoir. Je ne sais autre chose, et puis je m'endors : cette excuse me servira pour M. le premier président, si je ne lui écris; ce sera sans doute pour la première fois , car je suis et serai toujours son très humble serviteur et le vôtre.

Du i5 avril i6i3.

Aujourd'hui le sieur de Razilly, qui depuis quelques jours est de retour de l'île de Maragnan, a fait^^'oir à la reine six Topinamboux qu'il a amenés de ce pays-là. En passant par Rouen, il les fit habiller à la Françoise; car, selon la coutume du pays, ils vont tout nus, hormis quelques haillons noirs qu'ils mettent devant leurs parties honteuses: les femmes ne portent du tout rien. Ils ont dansé une espèce de branle sans se tenir par les mains et sans bouger d'une place; leur violon étoit une courge comme celle dont les pèlerins se servent pour boire, et dedans il y avoit quelque chose comme des clous ou des épingles. L'un d'eux en avoit un , et leur truchement, qui est un Normand de Dieppe, en avoit un autre. Je crois que ce butin ne fera pas grande envie à ceux qui n'y ont point été d'y aller. Leur langue doit être assez aisée; car M. de Razilly, qui n'v a été que six mois, se fait ai-

DE MALHERBE. rj()

adment entendre à eux. Tin des capucins qui y otoit allé avec le sieur de Ra/illy, et est revenu avec lui, le semble encore mieux parler que lui. Ils disent que, connue nos {^ens furent arrivés en cette île, on leur apporta, et même à ces bons pères capucins, leurs filles, pour se réjouir, s'ils Teussent voulu faire; mais ils rejetèrent ces caresses fort loin. Ce soir, il est venu nouvelle d'un duel fait en Poitou; je ne l'ai ouï conter que pardessous, pourceque l'on fait ce que l'on peut pour le supprimer. Il y a environ trois semaines que le marquis de Beuveron étoit allé en Poitou rechercher la veuve de feu M. de La Châteigneraie, et étoient déjà les affaires si avancées devant qu'il partît, que je crois qu'à cette heure la chose est faite. Le sieur de La Châtei^jneraie , héritier de son frère, a été en cette recherche pour Beuveron, et l'a reçu pour cet effet en sa maison, d'où la veuve n'est point encore partie. Il est arrivé qu'un nommé de Frà-ice, qui avoit prétendu à ce mariafje, s'en est offensé, et a fait appeler M. de La Châteigneraie; lui et Beuveron y sont al'és d'un côté, de France et un de ses amis de l'autre. Beuveron a ôté l'épée et la dague à son ennemi , La Châteigneraie poursuivoit fort et ferme le sien, qui reculoit; là-dessus ils ont été empêchés de passer plus avant : c'est à la cour de parlement à faire le reste. Il est encore venu une autre nouvelle qui est étrange, si elle est véritable. Entre les bannis d'Espagne qui étoient en cette cour, il y avoit un nommé Frontin, homme de soixante-deux ou soixante-trois ans; le feu roi lui avoit donné douze cents écus de pension. Comme l'alliance de France et d'Espagne fut faite , il procura , par l'intercession de Madame, d'avoir sa grâce, et d'être rap-

pelé; il eut ses dépêches en telle forme que bon lui sembla, et s'en retourna chez lui. A cette heure, l'on dit que ce pauvre homme, quelques jours après qu'il fut arrivé , étant en son lit, il vint frapper à sa chambre trois hommes de justice, un prêtre et un bourreau; la porte leur ayant été ouverte, ils lui signifièrent sor arrêt, qui fut à l'heure même exécuté. Cette nouvelle est venue aujourd'hui à un nommé don Emmanuel, qui étoit ici de même condition que le sieur Frontin; deux de ses amis de la frontière de Béarn l'avertissoient que s'il n'est parti pour s'en retourner chez lui, il ne bougeât, de peur que le semblable ne lui advienne. L'on croit malaisément ce bruit, poureequ'il n'est pas vraisemblable que, contre sa foi, un grand prince comme le roi d'Espagne eût voulu permettre un si malheureux acte; et d'ailleurs ce don Emmanuel , qui est homme de dix ou douze mille livres de rentes, marié et bien apparenté dans son pays , ne croit point que si cela étoit vrai , sa femme , ou quelqu'un de ses parents, ne l'ait averti : cependant il ne bouge , et attend.

AU MÊME

A Paris, ce 3 de mai i6i3.

Monsieur ,

Vous m'obligez d'accuser ma paresse à vous écrire, car par là je reconnois que vous m'aimez. La cause de mon silence est plus légitime qu'il ne vous est avis : je ne veux pas me faire le plus diligent homme du monde^

DE MATJIERTiF. jfir

jr 110 f[nf;nerois rini <riil'li( lier ccUc {;loiro, il y aiiroif trop de ({{'lis (|iii ih\mi tiéiiienliroiont; mais <x*rt(is jusqu'ici j'ai été, depuis quatre ou cinq mois, si intri{^ué de l'affaire de ma pension, tantôt pour me faire mettre sur l'état, tantôt, après avoir été oublié, pour remédier à cet inconvénient, que je n'avois de soin ni de temps que ce qu'il m'en falloit en cette occasion : c'est de quoi je me suis excusé envers M. le premier président; je m'assure que vous et lui trouverez que je ne l'ai pas fait sans raison. Je vous écrivis dernièrement que je n'avois point de nouvelles; à cette heure, je vous en puis encore autant dire : ce siècle en est fort stérile. Le roi d'Espagne presse la reine d'envoyer Madame, comme de son côté il veut envoyer la petite reine : cela a fait résoudre la reine de bâtir au Louvre pour la loger; on y va mettre la main aussitôt que nous serons à Fontainebleau. Cependant on remettra Fécèiange de nos princesses jusqu'à Fan qui vient, et fait-on compte que pour cet effet la cour s'acheminera à Bordeaux vers la fin du printemps. Je crois vous avoir écrit que nous avions ici six Topinamboux; il en est mort un depuis deux jours, il avoit quatre-vingts ans; toutefois l'on peut dire qu'il est mort jeune, s'il est vrai, à ce que l'on nous conte, qu'en leur pays ils vivent ordinairement deux cents ans : il y en a encore deux malades, je crois que notre air ne leur est pas sain. Je vous avois mandé que l'on faisoit courir ici un certain bruit, que Frontin, banni d'Espagne pour la révolte d'Aragon, et qui , par l'intercession de Madame, a été rétabli en ses biens, avoit été fait mourir incontinent après son retour en Espagne; mais cela s'est trouvé faux , comme le sont aussi tout plein de contes que Fon

a faits mal à propos du mécontentement des princes, et autres sottises qui ne furent jamais imaginées. M, le marquis d'Ancre est de retour de Picardie depuis mercredi soir; M. de Termes, le môme jour, arriva en cette cour: il a aujourd'hui fort entretenu la reine; mais comme il m'en faisoit le récit, M. d'Espernon est arrivé, vers lequel il est allé tout aussitôt , et cela a fait cesser notre discours. M. le comte, dimanche dernier, fit son premier repas à la table du grand-maître; il s'assit au milieu de la table, et avoit au-dessus et au-dessous de lui trois hommes de chaque côté : il n'est pas servi en prince quand il mange à cette table, combien qu'il le fut avec de grands soins. La première fois qu'il but, il se tourna vers la compagnie de côté et d'autre, et but à la santé du roi. Il y a cinq à six jours qu'on fit, à la requête des gens du roi, cesser la vente de VEpitome de Sponde, et parloit-on d'en refaire deux feuilles où il y a quelque chose de la puissance des papes que l'on n'a pas trouvé à propos; mais certes je ne sais ce qui en a été fait. Je vous envoie un livre fait par M. de Boinville, dédié à la reine, lequel il lui présenta le jeudi absolu, en l'église des Feuillants; vous jugerez le livre, je ne vous dirai que la façon dont il fut présenté : il fut apporté sur l'autel dans une caisse de la longueur d'environ trois pieds; elle étoit de toile d'argent, et par-dessus couverte d'une toilette de satin jaune en broderies d'argent fort magnifiques, et d'un travail de points coupés, tel que vous le pouvez imaginer. Comme elle fut ouverte, parut une autre toilette de satin blanc aussi en broderies d'argent, et une autre toilette parfaitement riche ; après cela étoient deux grands sachets de poudre de Chypre, entre les-

DE MALHERBE. îfi.'î

quels étoii'iit deux do ces livres, couverts de toile d'argeiit comme la caisse. Cela fait, le présent fut porté à la reine , qui étoit îi la chapelle la plus proche de l'autel , au côté gauche en entrant; elle le reçut avec grande démonstration de bienveillance, et le remercia fort. Il dit au roi qu'il n'y enavoit point pour lui, mais qu'il en auroit un en latin; depuis il a changé d'avis, et le fait en françois. Vous verrez dans son livre qu'il fait mention de l'histoire qu'il vient de faire de la vie du roi. Quelqu'un qui s'y connoît m'a dit qu'il en a vu une feuille imprimée, mais que, si la fin ressemble au commencement, tout n'en approche point. Nous verrons ce qui en sera; cependant vous lirez celui-ci et la lettre qu'il écrit au roi d'Espagne, que vous recevrez en ce même paquet. Il y aura aussi deux ou trois autres petits traités, qui est tout ce que nous avons ici de nouveau. Je vous ai ici conté tout plein de niaiseries , mais il falloit bien se revancher, ou bien ou mal, de tant de nouvelles dont vous m'avez fait part. Je m'y suis plus étendu que je ne croyois , voilà pourquoi je n'avois pris que cette dernière feuille ; il est donc temps de finir : mais après vous avoir donné des nouvelles de votre bel arrêt, je prie Dieu qu'à ce contentement il joigne tous ceux que je vous désire; vous ne porterez envie à personne. Adieu, monsieur; je vous baise humblement les mains : aimez toujours votre serviteur très affectionné.

Monsieur »

AU MEME

A Paris, ce 22 de mai i6i3.

Il n'y a deux jours que je vous écrivis par mon neveu de Châteauneuf. Je mis la lettre en un paquet dont l'adresse étoit à ma femme, je m'assure qu'elle la vous aura fait tenir. Je n'ai pas oublié, quand il est parti, de lui dire ce qui étoit de son devoir, à quoi je l'ai trouvé très disposé. Je ne vous écrirai point de nouvelles, pourcequ'il n'en est point, et que, s'il en est, c'est à Fontainebleau qii'on les apprend et non pas à Paris , oii un malotru petit puant me tient encore pour huit ou dix jours. Devant que de partir, je verrai, si je puis, les noces des Topinamboux. J'ai fort prié une princesse qui est ici de les faire à son logis; mais il n'y a eu ordre de vaincre son obstination : elle dit que pour eux elle est bien contente de leur donner à dîner, mais que mesdames leurs femmes ne pouvoient être que..., vous m'entendez bien, et ne les veut pas voir chez elle. Ce n'est pas qu'elle n'y en voie de pires tous les jours; mais le scandale non plus que le gibet n'est que pour les malheureux. Madame de Villars devoit arriver hier en cette ville: je ne crois pas qu'elle soit long-temps ni ici ni ailleurs; car sa maladie est dangereuse comme d'une personne qui vomit le sang. On allègue ici force exemples de personnes qui en ont été guéries ; mais il y en a aussi d'autres qui en meurent, et je ne sais desquelles elle sera. M. du Maine va

DE MAÎ-HERRF. ^/.S

tlfimaln h Fontainebleau; M. de Bouillon et M. le priri< e y arrivent lundi au plus lard. Pour la guerre de Montferrat, elle se ressuscite un petit; mais je crois que c'est par enchantement et que ce n'est pas une vie vraiment vitale. On attend ici don Inigo, ambassadeur d'Espagne, pour résoudre le temps des mariages. Le roi d'Espagne veut toujours que ce soit en septembre prochain , et la reine demande une remise jusqu'au renouveau , et je crois que cela se fera. J'avois oublié à vous remercier de l'avis que vous me donnez. Je le fais de tout mon cœur, et vous prie de me continuer cette bonne volonté comme à celui qui est de tout son cœur votre serviteur très humble et très affectionné. J'en dis de même à M. le premier président. J'oubliois à vous dire que Ton menace la paulette, je ne dis pas la fille de Paulet, mais le droit annuel.

io6.

AU MÊME

A Paris, ce 4 de juin i6iS.

Monsieur ,

Vous n'aurez que ce malheureux petit mot, pour vous faire tenir une certaine pièce de monnoie qu'a nouvellement fait battre M. de Bouillon. Votre curiosité vous fait faire cas de toute chose. Voilà pourquoi je crois que vous m'excuserez de vous faire voir celle-ci , quelque grimeline qu'elle soit. La cour revient samedi de Fontainebleau; nous serons alors dans les nouvelles pour avoir de quoi vous écrire. A cette heure, ce qui est sur

le tapis, c'est la guerre de Mantoue, ou autrement la chaleur du foie de M. de Savoie. M. de Longueville s'y en va; vous ne le verrez pas pourtant en Provence, car il prend le cliemin de la Suisse. Il y a eu, comme vous avez su, quelques brouilleries avec M. le comte de Saint- Pol, qui tiroit un peu en longueur sa commission du gouvernement de Picardie; mais elle fut aussitôt éteinte qu'allumée ; il a prêté le serment entre les mains du roi. C'est tout ce que je sais; car du supplice de Nagnac, cela vous est vieux. Vous savez aussi la prise d'un fils du lieutenant-criminel de Tulle en Limousin, qui, au nom de M. deChambretz, s'est fait payer un acquit patent de huit cents écus par le commis du receveur-général de Tours; ainsi ne sais-je plus que vous dire. Le temps nous taillera de la matière, Dieu veuille qu'elle soit bonne. Pour moi, je ne change point mon opinion de la durée de cette guerre; je crois qu'un peu de poudi'e jetée sur ces mouches les fera retirer dans leurs ruches. Avec ces bonnes paroles je finis ma lettre, et vous baise, monsieur, bien humblement les mains. Votre serviteur très humble et très affectionné.

AU MÊME

A Paris , ce jour de la Fête-Dieu, 6 juin i6i3.

Monsieur

Je vous écrivis, il y a deux jours, une lettre qui est entre les mains du savetier; mais il est encore ici , et y sera, si Dieu ne lui aide, jusqu'au jour du jugement. Depuis ,

DE MALIIFRBE. 9.67

voici ce qui est arrivé: M. le marquis d'Ancre arriva mardi au soir; hier au soir arriva M. du Maine; j'étois au souper de madame de Longue ville, sur la fin duquel il arriva. M. de Rouillon devoit arriver aujourd'hui. M. le prince est à Saint-Maur; M. de Vendôme est à Ancenis . la reine lui a envoyé La Varenue pour lui dire qu'il s'en revienne, et lui défendre d'aller en Hretac,ne. M. de Longueville partit hier au matin pour aller à Trie, où est leur rendez-vous, tout r>lein de -eunes jjens qui veulent faire le voyage de Montferrat avec lui. Je ne sais comme la chose réussira ; car quand il revint de Fontainebleau dernièrement, après avoir fait appeler M. le eonite de Saint-Pol , et qu'en vertu de cette petite réunion il eut fait son serment , il s'en revint en cette ville, où il fit accroire à madame sa mère que la reine lui avoit donné congé d'aller trouver M. de Nevers ; ce qu'il fit pour, par ce moyen , la convier à le laisser aller, lui remontrant que ce lui seroit une grande honte que la reine le trouvât encore ici, après qu'il avoit pris congé d'elle. Le malheur pour lui voulut que mardi au soir madame sa mère eut lettres de M. de Villeroi, par lesquelles elle sut que M. son fils n'avoit point eu congé de la reine. Hier au matin donc il envoya son écuyer voir M. de Villeroi pour l'obtenir : ils en sont là-dessus. M. de Villeroi a promis de faire tout ce qu'il pourra. Il est parti cependant en intention de ne revenir à Paris qu'il n'ait fait le voyage entier; il doit repasser à Saint-Denys avec sa troupe, où madame sa mère lui doit aller dire adieu. Pour le gros de la guerre, M. le Grand a pour la Bresse le régiment de M. de Chappe et de M. de La Guelle, qui est celui de Champagne. M. de Guise a, à ce que l'on dit, six mille hommes pour nos quartiers. M. le

u68 LETTRES

chevalier doit mener le régiment de Roncy; M. de La Vallette va avec lui. M. d'Espernon tient toujours le dé. Le gros de Tarmée sera mené par M. de Lesdiguières; ce sera, à mon avis, la mettre en bonnes mains. Le rendezvous pour la montre des troupes est au 26 de ce mois. La reine dit que ceci lui coûtera un million d'or, et que le peuple soit ménagé, et puis ce ne sera rien. J'ai toujours été de cette opinion, et en suis autant que jamais. La roue de fortune tourne ici comme ailleurs, et qui a été en si grande faveur n'y est plus tant.'-On parle de la grossesse de madame la princesse de Conti; je ne sais ce qui en est. Bien vous dirai-je qu'au voyage qu'elle fit ici il y a dix ou douze jours, elle dit qu'elle avoit couché avec M. son mari, qu'il se portoit fort bien; dit qu'elle avoit espérance que Dieu leur donneroit des enfants; ce lui seroit un grand contentement et à tous ses serviteurs : il n'y a en cela rien d'impossible. Vous recevrez de ma femme une lettre que j'ai mise dans son paquet; il y a dedans une pièce d argent de trente sous , qui est une monnoie qu'a fait battre M. de Bouillon; d'un côté il y a écrit : Henricus de La Tour, dux Bullionœus; et de l'autre : Supremus princeps Sedanensis; en un côté il y a un aigle qui a les ailes et les jambes ouvertes; sous sa main droite il y a 161 3, qui est l'année que la monnoie a été battue; et sous la gauche, XXX, c'est-à-dire trente sous, qui est la valeur de la pièce. On tient que l'armée de M. Lesdiguières sera de douze mille hommes de pied et douze cents chevaux; mais je ne sais si entre ci et là l'ordre ne changera point. Il a couru un bruit de la venue de M. de Nemours en ces quartiers ; toutefois on dit que la reine n'en a point de nouvelles : quoi que c'en soit, on prépare

DK MALHERBE. 269

son logis en cette ville. Au demeurant, avec toutes ces nouvelles et préparatifs de guerre, on ne laisse pas d'y jouer, d'ouïr des comédies, et de bien passer le temps. Lon dit que les comédiens de Mantoue viennent, conduits par Arlequin. Je ne sais plus que vous dire; en voilà deux pages, et c'est assez pour une fois. Adieu donc, monsieur; il ne me reste plus que de vous baiser les mains, et vous assurer que je suis toujours votre serviteur très affectionné.

J'écrivis hier à M. le premier président, et vous prie de lui baiser les mains de ma part. Si j'avois un chiffre, je vous manderois des nouvelles en plus de liberté.

AU MÊME

Monsieur ,

C'est trop demeurer sans vous écrire : quand ce ne seroit que pour avoir de vos nouvelles et de celles de M. de Valves, il faut que je hasarde cette lettre; je dis hasarder, pourceque je ne sais si celui à qui je la baillerai la vous rendra. Je désignerai votre logis le mieux que je pourrai, et puis du reste j'en laisserai disposer à la fortune: si elle se perd, ce sera un effet du malheur de son auteur; si elle arrive à bon port, elle vous fera voir que je ne suis pas si paresseux comme j'en ai le bruit. Nous n'avons ici rien qui vaille vous être écrit. M. le prince revint devant hier. M. le comte n'a bougé d'ici. Les affaires , qui durant ces fêtes avoient

eu quelque relâche, reprennent leurs trains accoutumés; et ce qui est le meilleur de tout, leurs majestés se portent excellemment bien; elles furent hier aux toiles, où il y eut un sanglier tué. C'est un plaisir où je ne prends point de part, ponrcequeje ne crois pas qu'il vaille les incommodités qu'il me coûteroit; je me contente d'y avoir été une fois, pour en savoir parler. Nous sommes encore ici pour un mois; la reine fait compte de recevoir le duc de Pastrano à Paris, dans la salle du bal, qui sera parée pour cet effet. Je ne sais plus que vous dire, si je ne vous parle de mon particulier. J'ai fait voir à la reine les devises que j'ai faites pour elle ; elle les a trouvées fort à son goût, ce que je crois pourcequ'elle l'a dit, mais encore plus pourcequ'elle m'a augmenté ma pension de cent écus. Si je me fusse préparé à lui faire cette requête, je la trouvai si bien disposée, que je crois qu'elle eût passé plus avant : ce sera, Dieu aidant, pour l'année prochaine; cependant je tâcherai de mériter cette gratification par quelque nouvel ouvrage. Au demeurant il faut qu'encore cette fois comme toujours vous vous ressentiez de mon importunité. J'ai promis à madame de Puisieux le ballet de la reine Louise , fait aux noces de M. de Joyeuse, de quoi je ne me puis acquitter que par votre moyen. Vous me permettrez donc, s'il vous plaît, de vous prier de prendre la peine de m'en acheter un ; vous en trouverez chez Balart , où il me semble que vous et moi fûmes ensemble il y a quelques jours : il n'est point besoin de le faire relier autrement qu'en parchemin. Je vous crie merci de cette impudence; mais vous y devez être accoutumé. Je suis logé au Mal- Assis, près du château. Si j'eusse eu l'adresse de votre logis, il y a

long-temps que je vous eusse écrit. J(î vous prie <\e me l'envoyer; car, comme je vous ai dit, nous souuues encore ici pour un mois. J'écris un mot à M. de Toutuent; vous le lui ferez tenir, s'il vous plaît, par la voie de M. de Rossot, qui se tient à la rue de Bertin-Poirée , à l'Ours 7'ouge. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et à M. de Valves, et suis votre serviteur très humble et très affectionné. Si vous écrivez à M. le président de La Cépéde, je vous prie de l'assurer qu'il aura les vers qu'il désire de moi, lorsque vous lui enverrez la première feuille de son livre, c'est-à-dire dans un mois.

A Paris, ce lJ^ de juin i6i3.

Monsieur ,

Ce messager, en m'avertissant de vous écrire, me dit qu'il faut que ce soit tout à cette heure ; et de fait il a le paquet de M. de Valves entre ses mains. Je ne vous eusse point écrit, pourcequ'en telle hâte il n'est pas possible que tout ce que l'on fait n'aille de travers; mais je n'ai pas voulu perdre cette occasion de vous ôter bientôt le doute que vous pouvez avoir sur l'affaire que vous m'écrivez. Je ne vous en puis écrire clairement comme je voudrois, vous savez bien les considérations qui m'en empêchent. Il me suffira de vous dire que vous m'avez obligé de ne croire pas le bruit commun: je vous jure

■^-ji LETTRES

que je ne vous saurois dire quid dederit locum huic fabulœ ; tant y a que vous pouvez parier pour moi, vous gagnerez. Je vous mandai dernièrement que si j'avois un chiffre, je vous écrirois avec plus de liberté; autrement il n'y a point d'apparence de le faire. Pour les affaires du monde, M. de Valves les vous mande. Je pense vous avoir écrit que la fortune a tourné sa roue; et si ceux qui étoient au-dessus ne sont autant dessous, pour le moins sont-ils à côté , et prennent le chemin de descendre , si cette même inconstance ne les fait remonter. Quoi qu'il en soit , les choses sont à cette heure en ces termes. M. d'Espernon tient toujours le haut du pavé ; il va par les rues fort accompagné, et toujours à chevcJ. Je vous en dirai davantage quand j'aurai plus de loisir; pour cette fois excusez-moi. Tenez-moi en vos bonnes grâces et en celles de M. le premier président. Je lui ai écrit deux fois depuis un mois : je ne veux pas qu'il prenne la peine de me répondre ; il me suffit de savoir de vous qu'il m'aime toujours, et que toujours vous et lui me tenez pour votre serviteur très humble et très affectionné.

IIO.

AU MÊME

A Paris, ce 23 de juin i6i3.

Monsieur ,

Je ne sais pas en quelle alarme vous serez en Provence par la venue de M. le chevalier, mais ici la guerre est

DE MALIIEHHE. 1^73

morte tout-à-fait. Il y <'ii ;i <jiii ne laissent pas de continuer leur voyitjje en Italie, mais il y en a trautres qui l'ont rompu. La iciiu' «lit hier, après avoir vu le courrier d'Espa{^ne, nue le roi «TEspajjne avoit mandé au duc de Savoie qu'il ne verroit point le prince son fils qu'il n'eût mis les armes bas , et qu'il vouloit que, devant que de traiter, il remît au duc de Mantoue les places qu'il lui avoit prises. Sur les trois heures, allant au conseil des parties , selon la coutume qu'elle en a prise, de nouveau le jeune Parabclle prit congé d'elle ; elle lui dit : « Allez ; maisje crois qu'il y aura aussi peu de guerre qu'ici. » M. de Vendôme n'est point de retour. La reine ne veut point oublier le passé qu'il ne soit à Chenonceaux ou à Amiens; mais elle veut qu'il sorte de son gouvernement. M. de Boinville a eu réponse du roi d'Espagne, qui accepte l'offre de son service; i^l'en a déjà remercié, et ce matin il a montré la lettre à la reine. Il s'est trouvé en Espagne un même homme qui a fait à la j^ine les mêmes offres qu'a faites M. de Boinville au roi d'Espagne , tellement que nous gagnerons de ce côté-là autant que nous perdrons. Si je puis recouvrer toutes ces piéces-là, vous les verrez. Il faut bien vous écrire de ces drôleries, ou ne vous écrire point; car il n'y aici rien de sérieux, si ce n'est le refus qui a été fait par le parlement de ces édits qui leur ont été présentés. LesTopinamboux seront demain baptisés; s'il y a moyen de les voir sans être pressé, je le ferai; sinon, je m'en rapporterai à ceux qui y auront été. Il y a déjà des femmes prêtes pour eux. Je crois que l'on n'attend que leur baptême pour accomplir ces mariages, et allier la France avec l'île de Maragnan. Adieu , monsieur; je vous J)aise très humblement les mains et à M. le

274 LETTllES

premier président. Je lui ai écrit ces jours passés; je ne

saurois que lui dire, sinon que je suis son très humble

serviteur. Vous le lui direz pour moi, s'il vous plaît; et

croyez que je vous suis aussi très affectionné et très

obéissant.

L'on dit que le procès de M. de Bassompierre et de mademoiselle d'Entragues est appointé au conseil. M. de Bassompierre y est allé tout assuré de vaincre : toutefois on dit à cette heure qu'il y a de quoi douter. Elle marche par Rouen en carrosse , suivie de cinquante ou soixante chevaux. Toutes les femmes sont pour M. de Bassompierre, et les hommes pour elle. M. le maréchal de Fervaques, qui étoit à sa maison, est venu à Rouen par le commandement de la reine, pour empêcher le désordre. L'on se promettoit qu'il seroit pour M. de Bass pipierre ; mais il y a de quoi craindre qu'il ne se ran^e du côté d'un sexe pour qui il a eu toute sa vie tant d'inclination. Nous saurons cette semaine des nouvelles plus certaines , dont vous aurez votre part.

AU MÊME

A Paris, ce 29 de juin i6i3.

Vous aurez su par M. de Valves la cérémonie du baptême des Topinamboux; car la fortune l'y porta, et l'y plaça en si bon lieu qu'il n'y a personne qui en sût rendre meilleur compte que lui. Les capucins, pour faire la

DK MAL 11 LUI ni;. 27 j

courtoisie entière à ces pauvres {{eus, sont a()rès à Faire; résoudre quelques dévotes ù les épouser, à (|uoi je crois qu'ils ont déjà bien coinuicncé. Tous les uiuria{jes ne sont pas si dit'Hciles à Faire <ju<î celui de M. de Bassoinpierre et de mademoiselle d Entraj^ues ; il y a quinze jours qu'ils sont à ilouen pourt ela. Nous saurons cette semaine prochaine ce qui en réussira. La reine avoit envoyé un exempt de ses gardes dire qu'on plaidât à huis clos; depuis il est venu quelque autre nouvelle, si bien que l'on en renvoya hier un autre pour tenir autre langage. Ce sera à M. de Bassompierre à choisir comme il voudra que l'on plaide; la grande faveur est de ce côté-là, qui y en attire tout plein d'autres : toutefois on ne tient pas la chose hors de doute, et croit-on qu'ils seront appointés au conseil. Mademoiselle d'Entraguesa récusé les présidents du Bourg-Touroudre et d'Anfreville, et cinq conseillers. Si M. de Bassompierre en fait autant de son côté , il y ;r^danger qu'il ne se trouve pas de juges assez, et qu'il ne les faille renvoyer ailleurs. Si cela est, on parle déjà de les envoûter à Aix ou à Grenoble: toutefois je crois que ce sera plutôt au dernier qu'au premier, ou pourcequ'il est plus près, ou pour d'autres considérations que je n'ai que faire de vous écrire. Mesdames d'Elbœuf et de La Trimouille sont aussi sur le jugement de leur procès. Les sollicitations de côté et d'autre se font avec de grands soins : je crois que cette même semaine y mettra lin. Je vous avois mandé que M. de Boinville nous vouloit quitter pour aller servir le roi d'Espagne , et lui en avoit écrit. Depuis cinq à six jours il en a eu réponse à laquelle il a déjà fait réplique : je vous envoie l'une et l'autre. Il y a quelques jours que

Bergoiii, selon sa hardiesse accoutumée, voulut imprimer ici un livre nouvellement impriiné à Londres, qui s'appelle Homo novus; mais, ayant été découvert et mis en prison, il ne s'en est guère fallu qu'il ne lui en ait coûté la vie, le lieutenant-criminel s'y étant porté avec une passion extrême, et y ayant eu commission expédiée , pour le juger prevôtalement , c'est-à-dire sans appel. Ses /^' amis, par le moyen de la fête de Saint-Jean, eurent loisir de rompre ce coup, et y eut arrêt de la cour par lequel il fut commandé au lieutenant-criminel de déférer à l'appel. Sa sentence a été qu'il est condamné à faire amende honorable au palais et devant la maison du nonce , voir brûler son livre en sa présence, et être banni pour toute sa vie de la prévôté de Paris. Nous verrons ce qu'en dira la chambre de Tédit, où il en a appelé. Voilà, ce me semble, toutes nos nouvelles. M. le prince de Conti a, cette nuit, été en fort grand danger pour une apoplexie, laquelle s'est bientôt après terminée en paralysie ; à tette heure il est , grâce à Dieu , mieux qu'il n'étoit. Dieu veuille que ce soit pour long-temps. Le reste de la cour est comme de coutume. M. le marquis d'Ancre s'en est allé depuis deux jours à Amiens, et M. d'Espernon ce matin à sa maison de Fontenay, d'où il reviendra incontinent après cette fête : il est toujours fort bien. M. de Vendôme n'est point encore de retour. L'on croit que madame l'amirale sera ici dans dix à douze jours, si elle n'y est plus tôt; mais c'est chose dont il ne se parle presque point. Contentez-vous de cela pour cette fois. Je vous dirois que la paix est faite, mais vous êtes plus près que moi du lieu où se faisoit la guerre pour savoir ce qui en est; tant y a que les compagnies furent hier contremandées,

DE MATJIERRr:. 277

re qui a trompé une infinité d'espérances. Ceux de Genève sont ;\ cette heure en alarme de M. de Savoie; mais je crois que c'est vainement. Je ne me suis point trompé en la ffuerre de Mantoue, n'ayant jamais pu me mettre en l'esprit qu'elle fût de plus longue durée que ce qu'elle a été. Dieu, qui nous a donné le repos, nous le continuera, s'il lui plaît; et vous, s'il vous plaît, m'aimerez toujours, comme votre très humblp et très affectionné serviteur.

J'ai ce matin reçu une lettre de M. le premier président; mais je lui ai écrit deux fois depuis quinze jours , si bien qu'il ne me reste que lui écrire pour cette heure. Si ce que je vous écris vaut la peine de le lui communiquer, vous le ferez, s'il vous plaît; sinon, vous vous contenterez de l'assurer que je suis toujours son très humble serviteur. Je lui écrirai par la première occasion. M. de Boinville m'a dit qu'il lui envoyoit la réponse qu'il a eue d'Espagne, et sa réplique, et peut-être encore quelque autre ouvrage.

AU MÊME

A Paris , ce 8 de juillet i6i3.

Monsieur ,

Vous aurez ce petit mot seulement pour vous dire que je suis votre serviteur. Les nouvelles ne sont point changées depuis ma dernière lettre. Madame la duchesse de Montmorency arriva mardi au soir; elle est logée au

'j.jS LETTRES

fjouvre, où vous avez vu loger madame la princesse de Conti; elle n'y logera plus quand elle sera mariée. M. son mari est attendu au 20 de ce mois. M. le connétable a mandé qu'on lui achète pour cent mille livres d'ameublements et de pierreries. L'hôtel de Montmorency est fort paré pour la recevoir. M. le prince de Conti se porte fort bien. Madame de La Trimouille a perdu son procès contre madame d'Elbœuf. M. de Bassompierre revient demain de Rouen : il a été appointé au conseil; mais c'est Sans qu'on pviisse faire productions nouvelles, si bien que dans huit ou dix jours ils seront vidés. Sa partie fait ce qu'elle peut pour récuser le parlement de Rouen; mais il sera malaisé. La reine a dit qu'elle veut avoir les plaidoyers , pour rire des galanteries qui s'y sont dites de côté et d'autre. Si je puis, j'en aurai une copie, et vous par conséquent. M. le marquis d'Ancre est toujours à Amiens; M. du Maine, à Soissons depuis deux jours. L'on parle d'aller à Monceaux dans dix ou douze jours. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains et à M. le premier président. Je suis son serviteur et le vôtre très humble et très affectionné.

IIv).

AU MÊME

A Paris, ce 20 de juillet i6i3.

Monsieur ,

Je me suis quelquefois plaint de votre paresse, mais jamais si justement qu'aujourd'hui. Je sais bien que vous

m: MALiiERBi:. 3.79

me faites toujours riutiiucur do m aimer, et par conséquent ne me puis imajjiuer qu'autre chose vous ait empêché de m'écrirc que le rejjret de me donner quelques mauvaises nouvelles. Nous sonunes tous en la main de Dieu, et faut, comme d'un père, recevoir de lui ce qu'il lui plaît nous envoyer; mais, sans mentir, ce me seroit une affliction étranjjement sensihle que de perdre quelque chose de ce qui m'est si cher. Nous n'avons rien ici que vous ne puissiez apprendre de M. Chaix. Leurs majestés furent mercredi à Ronj'jis, entre Villejuif et .1 umilly, sur la main droite en allant à Fontainebleau, voir cent pouces d'eau qui ont été découverts, et que l'on est après de faire venir en cette ville; le marché en est fait pour quatre cent soixante mille livres jusqu'à l'entrée du faubourg Saint-Jacques. Le roi, dès le matin, étoit allé dîner à Cachan. La reine partit d'ici environ deux heures après midi , et tous deux se trouvèrent là sur les quatre heures; mais la pluie, qui survint au même temps qu'ils arrivèrent, fut cause c^le la reine ne sortit point de carrosse. 11 fut présenté au roi cinq médailles d'arfjent pour mettre sur la première pierre de l'aqueduc; il offrit cet honneur à la reine, laquelle le lui ayant remis, il sortit de carrosse , descendit dans la tranchée par quelques degrés, et mit les cinq médailles d'argent en cinq places qui étoient marquées pour cet effet sur la première pierre. Cela fait, cette pierre fut recouverte d'une grande table de cuivre où étoit l'inscription, et l'inscription renversée du côté de la pierre pour être mieux conservée ; puis on présenta au roi une truelle d'argent et un petit marteau d'acier; de la truelle il prit du mortier qui lui fut présenté en un bassin d'argent, et en mit aux quatre

P.8o LETTRES

coins de la pierre, et du marteau frappa deux ou trois coups dessus. Il a rapporté la truelle et le marteau, et une médaille d'or qui lui fut présentée , semblable à celles d'argent. M. le prévôt des marchands m'en a promis une , que je vous enverrai tout aussitôt; par même moyen vous dirai le reste de cette histoire. Je crois que vous savez ce que c'est que cent pouces d'eau; pour moi, qui l'ignorois, je me le suis fait dire, et ai appris que les dixsept fontaines qui sont du vieux temps à Paris , toutes ensemble n'ont que deux pouces et demi d'eau. Jugez quel nombre de fontaines il s'en pourra faire quand il y en aura cent pouces; mais à la première commodité vous aurez ceci plus particulièrement, avec les inscriptions et tout ce que vous sauriez désirer sur ce sujet. A cette heure je vous écris en hâte et avec incommodité, pourceque j'ai compagnie. Nous attendons aujourd'hui M. de Montmorency pour le marier : ce seront noces sans fêtes autres que celles que se feront les mariés; ils coucheront la première nuit au Lou.re, et le lendemain se retireront à leur hôtel, qui est paré extraordinairement. Je vous écrirois plus au long et plus de choses; mais au trouble où je suis, je ne vous saurois rien écrire qui fût net : nous remettrons la partie à une autre fois. Tenezmoi en vos bonnes grâces, et m'aimez comme votre serviteur très humble et très affectionné.

Vous recevrez bientôt un extrait qu'a fait Dumousthier, votre compère et le mien, d'une peinture qui s'est trouvée en une vitre de la maison de la Vieille - Monnoie , lorsque l'on l'est allé visiter pour la bailler aux prêtres de rOratoire. Vous pouvez être sûr que ce n'a pas été sans

nr: MALFn:ni{i;. 9.81

que bcaiiroiip dr j;<"ii>^ cm iiicnt dit leur avis: vons en (lire/ le vôtre.

yilrc en ncitUiire.

Ce sont (jiiatre ou cinq renards qui uianjjent des images, et se tiennent sur les er(;ots, tendant à un monde qui est au-dessus , que quelques uns d'entre eux tiennent déjà, et réfjratignent des pieds de devant; il y a au-dessous quatre vers :

Soutiz (i) renards et fjrands inanf^eurs d'images, Pour haut monter, contrefont les bigots; Puis, quand ils sont montés sur les ergots. Au monde ils font mcrvcillieux dommages.

Toute cette peinture est grande comme cette demifeuille de papier. Il s'en fera sans doute une taille douce; et quand cela ne seroit pas , vous en aurez une copie de la main du bon compère. Adieu, monsieur, encore une fois.

AU MÊME

A Paris , ce 5 d'août i6i3.

Monsieur ,

Je vous écris ordinairement en hâte , mais ce ne fut jamais tant qu'à cette heure. Tout ce que je vous puis donc dire, c'est que je reçus il y a deux jours votre let-

(i) Pour ceux-ci ou ces. Il est encore dans le patois francomtois , dans le même sens.

iSa LETTRES

tx-e du 20 du passé. Le sujet pour lequel je vous demandois le chiffre est failli. Toutefois il en peut renaître d'autres à toutes heures, si bien que je ne suis pas d'avis que vous laissiez de me l'envoyer. J'ai reçu des lettres de ma femme, qui m'ont, grâces à Dieu, ôté de la peine où j'étois. Je vous remercie de tout mon cœur de l'affection que vous portez à Marc-Antoine, car je ne saurois imputer à autre chose les bons témoignages que vous jne rendez de lui. Dieu lui fera, s'il lui plaît, la grâce de se rendre digne de 1* bonne opinion que vous montrez en avoir, et récompenser par des services les bons langages que vous tenez de lui. J'ai baillé à M. de Valves deux cents livres pour lui faire tenir; il en écrit à M. de Calas. Je vous supplie , monsieur, m'excuser de cette indiscrétion; vous en recevez tant tous les jours, que vous y devez être accoutume. Pour des nouvelles, je ne vous en écris point : nous sommes en paix; il ne laisse pas d'y avoir des froideurs entre les grands, mais rien n'éclate. M. de Longueville est de retour depuis trois jours en cette ville : il s'en va au premier jour dans son gouvernement, et M. le marquis d'Ancre à Amiens, pour l'y recevoir. Notre nouvelle mariée s'étoit étonnée du coup extraordinairement , pourceque cette violence lui fit voir de son sang , ce qu'elle n'avoit jamais vu , de sorte qù'ou d'ébahissement, ou de lassitude, elle s'est reposée quelques jours; mais depuis les trois dernières nuits ils ont recommencé à coucher ensemble. Elle est venue au Louvre, qui est un signe que tout va bien. Il avoit été un bruit si grand, qu'il est tenu pour certain, que M. le marquis de Bonnivet s'étoit fait huguenot pour épouser mademoiselle de Rohan ; mais cela s'est trouvé faux.

i)i: MAi>iiKinn:. 283

Adieu , monsieur; je suis plus long que je no urétois proposé. Je vous baise les mains, et suis votre serviteur très alïectioiuu'! et très obéissant.

Monsieur ,

ïib.

AU MÊME

A Paris, ce i8 «l'août i6l3.

Vous n'aurez point de nouvelles pour cette fois, pourt eque la cour n'est pas ici. Demain elle y sera : si elle en apporte, vous en aurez votre part. J'ai eu ce matin l'honneur de dîner chez M. de Longueville, et y suis allé tout exprès pour savoir s'il n'y avoit rien à Monceaux, d'où il revint hier au soir; mais il m'a dit qu'il n'y a du tout rien. Ainsi feut-il que vous m'excusiez; quand M. de Merargue partira, qui doit être, à ce qu'il dit, sur la fin de cette semaine, nous en serons possible mieux fournis, et alors ce que nous en aurons ne vous sera pas épargné. Il y a quelques jours que je baillai à M. de Valves la médaille que je vous avois promise , qui est de celles que le roi a mises sur la première pierre de l'aqueduc de Rougis. Je crois qu'il la vous envoie par cette commodité. Dieu lui donne meilleure fortune que n'a eue celle de Sedan, que je vous envoyai par Pierre le savetier dès le 4 de juin! Je vois que par votre dernière vous me parlez de la réception de deux autres lettres que je vous ai écrites depuis; cela me fait croire que le paquet où est la médaille ne vous a point été rendu : si vous ne l'avez, je verrai d'en recouvrer une autre. Je vous ai envoyé Tin-

a84 LETTRES

scription d'une table de cuivre qui a été mise au même aqueduc, et un certain pasquin qui a couru en cette cour. Je vous le dis seulement pouravoir acte de mes diligences, et vous témoigner que votre paresse n'est pas contagieuse en mon endroit. Adieu , monsieur; je vous baise très humblement les mains, et vous prie de me tenir toujours pour votre serviteur très humble et très affectionné.

En achevant cette dernière liffne, on me vient de dire que le fds du pauvre M. Bagot est à TeArémité. Celui qui me Ta dit venoit d'avec M. Salomon , que l'on est venu quérir pour l'aller voir. Vous verrez au premier jour un livre intitulé, Protector virtutis divinissimce liber, c'est-à-dire, selon le sens de l'auteur, un livre d un soldat dès gardes de la reine : je n'ai plus que faire de le vous nommer; par cet échantillon vous entendez le reste. Il m'en a promis un, que je vous dédie. Adieu, encore un coup, monsieur: assurez, s'il vous plaît, M. le premier président que je suis toujours son très humble serviteur. Je lui écrirai et à M. le président de La Cépède par M. de Merargue, Dieu aidant : vous me tiendrez cependant en leurs bonnes grâces, comme le mérite la passion dont je les désire.

ii6.

AU MÊME

A Paris, ce 20 d'août 161 3.

Monsieur ,

Je viens tout présentement de recevoir votre lettre

DE MALIIERIJE. oM

avec le chiffre; je iucm scrviiai quand nous aurons quelque chose de plus (|iu' do la hasscî conr. M. deCczy est un rieur qui vous a conté des bouides : quelque menteur qu'il soit, il est de mes amis. La reine arriva hier au soir; le roi ne viendra qu'aujourd'hui. Je ne vous sais qu'écrire, car il n'y a rien qui ne soit vieux. Je m'en vais au TiOiivrc; si j'y a|>|)reuds (]ucl(juc chose, ce sera pour la première conunodité; par celle-ci, qui est de M. le greffier Etienne, vous ne pouvez avoir autre chose, pourcequ'il part dans une heure, et que je suis encore au lit. Je vous répéterai par celle-ci ce que je vous ai dit par ma précédente, que je m'étonne que je reçoive nouvelles de vous de la réception de toutes les miennes, hormis d'une du 4 de juin, en laquelle j'ai mis une picce de monnoie du prix de demi-écu, qu'a fait battre M. de Bouillon, comme souverain de Sedan. Cela n'eût pas été de mise du temps du feu roi ; mais nous sommes en un temps où guod libet licet. J'envoie à Marc-Antoine une sarabande qu'a faite Gauthier sur la danse des Topinamboux; quand il l'aura apprise, il vous en donnera du plaisir : on la tient pour une des plus excellentes pièces que l'on puisse ouïr. Je me réjouis du bon portement de M. le premier président, et de votre bonne chère, mais je me fâche de n'y avoir point de part : ce sera quand il plaira à Dieu. Je vous baise très humblement les mains, et vous prie, monsieur, que vous m'aimiez toujours comme votre serviteur très affectionné , et me teniez aux bonnes grâces de M. le premier président; en cette même qualité, je lui écrirai par le premier.

J'oubliois à vous dire qu'il y a quatre ou cinq jours qu'un maître des requêtes nommé Pontac, revenant de soir en carrosse avec M. de Blesbat de chez Paulet , fut rencontré par quelques uns qui, l'ayant fait sortir du carrosse, le battirent si outrageusement à coups de bâton, qu'ils le laissèrent pour mort; il en est au lit extrêmement malade. Les uns tiennent que Ox l'a fait faire pour la Choisy; les autres , M. de Termes pour la Paillette , mais je n'en crois rien.

AU MÊME

A Paris , ce 6 de septembre 1 6 1 3.

Monsieur,

S'il n'y a cinquante ans que je n'ai eu de vos nouvelles, il n'y en a guère loin; mais pour cela je ne laisserai pas de faire ce que me conseille mon affection. Les délices de la Floride vous ont apoltroni; je vous en excuse , car, à ce qu'on m'a dit , elles en sont bien capables ; je n'y trouve à dire que le nom , qui a un peu du gascon : toutefois, ce sera plutôt fait de le souffrir que de le rebaptiser. Si vous passez le temps en Provence, nous n'en faisons pas moins à Paris : nous avons célébré la fête de Saint-Louis avec force feux d'artifice; trois divers maîtres, en trois divers jours, y ont fait, à l'envi les uns des autres, tout ce qui leur a été possible : Bagot fut le premier, Jumeau le second, et Morel le dernier. M. de Valves vous aura conté cette histoire tout au long; ce que je vous en écrirois ne feroit qu'une répétition , car

DE MALHFJlBi:. 287

nous les vîmes (>ns(>mi)l(! : seulement vous dirai-je que Morcl :i eu ((»ms les suf(Va(jes jxinr lui, non pour son chariot, ni pour son «.•hâtcau, mais pour ses fusées, qui, au dire He eeux mêmes qui ont vu assez de semblables choses en Italie, lurent les plus belles et les plus rares que Ton vit jamais. Vous avez vu ce qui en a été imprimé, mais croyez que c'est tout autre chose de Tavoir vu. Leurs majestés y ont pris un tel f[out, que, de huit mille fusées ou pétards qui dévoient être mis en oeuvre ce soir-là, en étant resté trois mille qui ne purent pas être prêts, la reine a commandé de les portera Fontainebleau, pour la fête de la nativité du roi, qui est vers la fin de ce mois. Si la résolution ne change. Ton partira mercredi ou jeudi; encore croit-on que ce ne sera que de lundi prochain en huit jours. Les comédiens italiens sont arrivés; mardi ils joueront au Louvre : Ton n'en dit rien à personne , afin que ce soit en petite compagnie , à cause du lieu qui est petit, et que, la saison étant chaude, leurs majestés pourroient être incommodées. Nous avons perdu depuis deux jours le marquis de Noirmoutier, du pourpre , de la dyssenterie , et de la fièvre continue. Il y avoit bien peu de jours qu il avoit acheté la lieutenance de roi en Poitou : cela a mis la puce à Toreille à beaucoup de gens. La reine a dit qu'elle veut que la veuve soit récompensée , et un petit garçon qu'il a laissé, de la moitié de la somme ; si bien que ce sera cinquante mille livres qu'il en coûtera à celui qui l'aura. L'on croit que ce sera pour M. le comte de La Rochefoucauld; il a un grand parti pour lui : nous saurons dans peu de jours l'issue de cette affaire. Tous nos autres malades sont guéris , comme la reine Marguerite et M. le prince. M. le comte

a été mené à Noisy pour réloi{;ner du danger; madame sa mère est encore ici, mais elle s'en va à Dreux au premier jour, où elle le mène jusqu'à ce que le doute de ces maladies soit passé. Mademoiselle d'Enghien a eu deux ou trois accès de fièvre, mais ce n'a été rien, Dieu merci. Le roi, la reine, Monsieur et Mesdames, se portent très bien, grâces à Dieu, qui nous continuera cette félicité, s'il lui plaît. Je laisserai ce discours de maladies pour un plus agréable : il y a trois ou quatre jours que cbez madame de Rambouillet, et en sa prière, il me fut montré par un honnête homme une pièce d'or qui peut être du prix de trois écus ou environ, de la grandeur de ces petites pistoles qui ont en épaisseur ce qui leur défaut en largeur; il y a d'un côté un cheval, et de l'autre une cloche , le tout bien visible , sans aucune écriture ni d'une part ni d'une autre , mais le tout si lourd et si grossier que je pense que ce soit quelque ouvrage de barbares. Il nous dit qu'un paysan de ses sujets, fouissant la terre, en avoit trouvé environ une trentaine, et, pour n'être découvert, les étoit allé vendre à Rruxelles. Je l'ai prié de s'en informer particulièrement , et m'en avertir, ce qu'il m'a promis; et j'en attends l'effet. On lui a dit que ce paysan en avoit trouvé près de trois cents , et qu'il y en avoit de trois ou quatre sortes ; toutefois que le plus grand nombre étoit comme celle qu'il m'a montrée. Je la ferai voir à M. de Valves , afin que s'il a , comme il m'a dit, quelques connoissances à Bruxelles, il voie d'en pouvoir retirer quelques unes pour vous. J'oubliois à vous dire que M. le marquis d'Ancre est malade depuis deux jours; il fut hier saigné. Je crois que son mal est un mal de gorge qu'il a déjà eu plusieurs fois.

M. de Termes arriva hier, et a été fort bien reçu. M. le Grand a été mandé, et croit-on qu'il sera ici à la fin de ce mois : voilà tout ce que nous avons pour cette fois. Tenez-moi toujours aux bonnes grâces de M. le premier président et aux vôtres, comme votre serviteur très ImmfAe et très affectionné.

Écrivez-moi quelque chose des cent huit; il n'est point de besoin de chiffre aux lettres qui viennent par-deçà , car elles ne courent point de fortune; et d'amendement, je n'y en espère point; Dieu veuille que je me trompe!

AU MÊME

. A Paris, ce i4 septembre i6i3.

Monsieur,

J'ai ce matin reçu votre lettre du 28 du passé; elle est venue fort à propos, car je commençois d'en être affamé. L'homme dont vous m'écriviez ne m'avoit rien dit de sa lettre de cachet , et ne crois point qu'il en ait : j'ai bien envie de savoir comme se sera passée cette procédure. Vous me faites tort de me remercier de ces chétives médailles que je vous ai envoyées. Je vous écrivis, ce me semble, en ma dernière lettre , que j'en avois vu donner une à madame de Rambouillet par un abbé de Saint-Michel, sur la frontière de Picardie : depuis, je la priai de me la prêter pour la faire voir à un de mes amis ; et à quelques jours de là, lui faisant mes excuses de ce que je ne la lui avois encore rendue, elle me dit qu'elle me la don-

noit, de sorte qu'elle m'est demeurée. A ce matin, je Tai mise entre les mains de M. de Valves pour la vous faire tenir: il est d'opinion que ce que je vous avois écrit être une cloche en l'un des côtés soit un œil de quelque f;éant; vous la verrez et en jugerez : pour moi, après l'avoir ouï, je lui ai déclaré que je persrstois, comme je ferai jusqu'à ce que vous m'ayez fait paroître le contraire. Je vous remercie de tout mon cœur de la bonne nouvelle que vous me donnez de la santé de ce que j'ai par-delà. On ne m'en avoit point baillé d'alarmes, je l'avois prise de moi-même sur ce que j'avois été longtemps sans en rien ouïr . vous savez ou saurez quelque jour que l'es est sollicita, plena timoris, amor. Si INI. llibier et M. Aleaume oublient quelques nouvelles, vous en aurez un petit supplément avec cette lettre , et en ferez part à MM. les premiers présidents du Vair et de La Cepéde; car d'écrire tant de fois la même chose, il n'" a point d'ordre , et puis il n'y a rien en tout cela qui en vaille la peine. Adieu, monsieur; je suis votre serviteur très humble et tiès affectionné.

AU MÊME

A Paris, ce i5 de septembre 161 3.

Monsieur,

Le marquis de Noirmoutier est mort depuis cinq ou six jours ; toute la cour est conviée à son service, qui se fait lundi prochain en l'église des Célestins.

La charge de lieutenant de roi en Poitou , demandée par plusieurs des seigneurs principaux de ce pays-là,

DE MATJIERBE. 291

jusqu'au nonnl)r(» fit' (|ii;itoiv,(' ou quinze, a enfin été donnée à M. de lioclielort, à la prière de M. le prince, qui, à cette condition , a promis de ne demander jamais rien.

La femme de M. Puget, fils aîné de M. de Pommerezat, trésorie*' de Tépargne, qui est cette année en exercice , est décédée d'une chute qui la Ht accoucher avant terme.

Madame de Martigues est aussi morte, mais de vieillesse plus que d'autre chose : on lui a dressé une effigie en la salle de Thôtel du Mercure , et lui a-t-on ces jours passés donné de l'eau bénite. Aujourd'hui elle a été servie et le sera demain, puis sera portée en Bretagne, pour y être enterrée, selon qu'elle l'a désiré. Ces honneurs ont été jugés plus grands que sa qualité : madame de Mercœur s'est défendue de l'exemple de feu madame la duchesse de Beaufort; mais on répond que ce fut par exprès commandement du roi.

M. de Châteauvieux, chevalier d'honneur de la reine, a été fort malade et a fait jeter l'œil sur ses charges, mais il est hors de danger; il en est de même du sieur Camille, écuyer de la reine.

M. d'Elbœuf, premier maître d'hôtel de la reine, est fort mal, et ne croit-on pas qu'il en réchappe.

La reine Marguerite se porte mieux, mais non bien tout-à-fait.

Ferrier, autrefois ministre de Nîmes , abjura , il y eut hier huit jours, entre les mains du P. Cotton, et ouït le même jour sa messe en la chapelle de Saint-Louis.

Le même jour l'ambassadeur ordinaire d'Espagne apporta à Madame une boîte de portraits couverte de diamants, qui est estimée à près de quatre-vingt mille écus;

dans cette boîte est le portrait de Madame, et au couvercle celui du prince d'Espagne.

Il présenta aussi au roi une écharpe de la part de la petite reine, de laquelle tout le prix est qu'elle a été faite de sa propre main; hors de là elle rjp vaut pas plus de trois ou quatre écus. Le roi n'est guère content d'un si petit présent.

M. de Candale est attendu à la fin de ce mois ; madame sa femme s'en va à Joigny au-devant de lui.

La Bertimiéde, ci-devant procureur des états de Normandie, est aujourd'hui procureur -général du roi au parlement de Rouen , par la mort de Lysères. La reine lui avoit donné l'état purement et simplement; toutefois M. le chancelier, qui avoit logé chez Lysères au voyage de Rouen, a fait que dans son brevet il a été chargé de bailler à la veuve vingt mille livres, avec promesse, qui est au même brevet, que le roi l'en fera rembourser sur les deniers ordinaires de son épargne.

M. le prince avoit mis en pn.cès M. le prince de Conti pour lui faire prendre les nom et armes de la maison de Roye, attendu que ISI. le prince , mort à Jarnac, en épousant l'héritière de Roye, s'étoit chargé d'ainsi le faire. M. le prince a perdu sa cause, et a été condamné aux dépens.

Le livre de M. Coiffeteau pour réponse à Duplessis fut affiché à Charenton de nuit il y a quelques jours. Demain il doit être présenté à leurs majestés.

Le marquis de Mosny et la comtesse de La Chapelle ont été épousés cette nuit. C'est la veuve du feu sieur du Pesché.

M. de Nevers sera ici à la fin de ce mois. M. de Lon-

DE MALiiEunr:. 293

{^nevillc irattend que sa venue pour s'en aller prendre possession de son gouvernement de Pi/jardie.

Sennamy ayant fait offrir à MM. de Luques de leur mener et nourrir, durant leiu' guerre contre le duc de Mo<lène, trois cents hommes de pied, ils lui ont envoyé connnission.

Le fameux Arleqjiin est ici avec une compagnie de comédiens italiens; on leiu'doit préparer, pour le retour de Fontainebleau , qui sera , à ce que l'on dit, environ la Toussaint, un théâtre en la salle des gardes au Louvre; et pour la ville , la reine leur a loué Thôtel de Bourgogne. Ils s'en vont à Fontainebleau avec le roi; la cour part mardi prochain.

AU MÊME

il) A Paris, ce 17 de septembre 161 3.

Monsieur ,

Voici le reste de nos nouvelles depuis le partement de M. d'Aleaume. Le roi partit lundi matin pour aller à Fontainebleau; aujourd'hui la reine est partie sur les neuf heures, et est allée dîner à Lésigny-en-Brie, qui depuis quelque temps est à madame la marquise d'Ancre. Ce voyage sera de cinq semaines: je suis résolu de m'en dispenser; mon âge ne vaut plus rien pour les corvées. Je fus samedi au soir à la comédie, par commandement exprès de la reine; sans cela je m'étois résolu de ne les voir point qu'on ne fût de retour de Fontainebleau. Arlequin est certainement bien différent de ce qu'il a été ; aussi est Potrolin : le premier a cinquante-six ans , le der-

29l LETTRES

nier quatre-vingt et sept; ee ne sont plus âges propres au théâtre : il y faut des humeurs gaies et des esprits délibérés , ce qui ne se trouve guère en de si vieux corps que les leurs. Ils jouèrent la comédie qu'ils appellent Dui simili, qui est les Ménechmes de Plante. Je ne sais si les sauces étoient mauvaises ou mon goût corrompu, mais j'en sortis sans autre contentement que de Thonneur que la reine me fit de vouloir que j'y fusse : nous en verrons, s'il plaît à Dieu, davantage, et en jugerai avec plus de loisir. M. de Boinville nous a laissés en l'expectation de son livre , après avoir dépendu près de deux mille écus, ou en impressions, ou au coffre dans lequel il le vouloit donner. Il partit il y aura demain huit jours, et le jour précédent il avoit envoyé sa femme à Frênes , qui est une très belle maison qu'il a près de Saint-Germain , feignant de s'y en aller le lendemain. On a trouvé en son cabinet une feuille de papier fort judicieusement écrite de toutes ,^es affaires , et une procuration à sa femme. Lorsqu'il voulut partir, il s'en alla selon sa coutume chez son imprimeur, où étant, il envoya quérir des bottes, prit un cheval de louage, et s'en alla à la première poste , ovi il prit la poste sans autre compagnie que du postillon; on a envoyé après, et a-t-on trouvé qu'il a pris le chemin d'Allemagne : on ne sait si c'est pour aller à Gênes par les Grisons , ou s'il va à la foire de Francfort. L'on ne s'est point aperçu qu'il ait pris que cent quatre-vingts pistoles. Il y a quelques jours qu'il fut dit à la reine qu'il avoit dit qu'il se vouloit faire roi à la pointe de l'épée, et qu'il n'étoit point né pour être autre chose que roi; de manière que lorsqu'il voulut venir au Louvre on lui en refusa l'entrée; toutefois on ne lui eu

DE MAÎJIKRBn:. agf.

dit pas la vrair caiiso, mais (jnc Ton avoit peur que, hii étant mort une HUe de la petite-vérole, il n'apportât le mal an Louvre. Ainsi il s'en est allé, ou s'éventer, ou digérer sa douleur, on ne sait en quelle part; Dieu lui fasse la {;race que le cliaii{;ement d'air le remette en meilleur état, car il est très mal et empire tous les jours. Adieu, monsieur; je vous ai entretenu de cela faute de mieux : excusez le plaisir que je prends de parler à ceux que j'honore comme vous. Votre serviteur très humble.

Je baise très humblement les mains à M. le premier président, et suis son très humble serviteur.

AU MÊME

A Paris, ce 28 de septembre 161 3.

Monsieur ,

Je reçus mercredi votre dernière lettre avec les vers que vous dites être de Porchères; je ne suis pas en cela de votre avis. Porchères est meilleur maître que cela. Celui qui les a faits a des conceptions bien gentilles , mais il les a exprimées en un style si bas et si plat que sans doute ils ne peuvent être pris que pour l'ouvrage d'un apprenti. Pour les autres, vous n'avez que faire de me les envoyer : ceux de qui vous les avez les avoient eus de moi avec d'autres que je sais bien qui vous ont été envoyés. Je ne vous écrirai point de nouvelles, pourceque je suis à Paris et la cour à Fontainebleau; M. de Valves s'y en va, qui verra s'il y a quelque chose, et vous en fera part. Adieu donc, monsieur; il me suffit de vous té-

moigner que je me veux assurer l'honneur de vos bonnes giaces , en me ramentevant en toutes occasions comme votre serviteur très affectionné à jamais.

J'écrivis dernièrement à M. le premier président, voilà pourquoi je me contenterai pour cette fois de lui baiser les mains par votre entremise, et l'assurer qne je suis toujours son serviteur très affectionné ; vous en direz de même à M. Ribier et M, Aleaume, que je crois qui sont à cette heure à vos quartiers. Vous avez bien de meilleures nouvelles à me mander que les vers que vous m'avez envoyés , mais je vois bien que vous faites le discret : si cela est, je suivrai votre exemple. Adieu , monsieur, encore une fois; pourvu que vous m'aimiez toujours, c'est le principal, je me passerai des accessoires.

AU MÊME

A Paris, ce 10 octobre i6i3.

Monsieur ,

Il y a cinq ou six jours que je reçus votre dernière lettre, qui est du 12 du passé; de vous dire par qui, je ne saurois, ma mémoire ne me sert pas si bien que cela. Tant y a que j'ai à me plaindre à bon escient des remerciements que vous me faites en des choses de néant , et crois que par là vous m'avertissez d'en faire de même, en tant d'occasions oii tous les jours vous me faites con. noître votre bonne volonté; mais vous avez beau faire et beau dire , mon serment est de vivre sans cérémonie : je le suivrai, et vous l'endurerez , s'il vous plaît, comme

DE MALIIERBR. 297

mon moilloni- ami. Vous me inandez hinn que vous avez ouï lu sarabande des Topinainboux, mais vous ne me mandez pas, ni de la main de qui, ni ce qu'il vous en a semblé. Son auteur, qui est Gauthier, est tenu le premier du métier : je ne sais s'il aura réussi , et si le ffoût de Provence se conforme à celui de la cour. Au demeurant , vous n'avez que faire de dire que vous l'avez dérobée à Marc-Antoine; étant à lui, elle étoit par conséquent à vous, comme seront toujours les choses sur lesquelles lui ou son père auront quelque pouvoir. Je crois que vous aurez à cette heure reçu une autre petite médaille d'or que j'avois baillée à M. de Valves pour vous faire tenir; je ne sais que c'est, et ne suis pas d'accord là-dessus avec lui. Nous nous en sommes rapportés à vous ; votre jugement, quel qu'il soit, sera sans appel. Je presserai le compère de se souvenir de vous : ce n'est pas la coutume d'être bien servi quand la besogne est payée par avance; mais il est trop honnête homme et trop votive obligé pour vous traiter comme le commun. De nouvelles, vous n'en devez pas espérer de moi : je ne suis pas au lieu où elles croissent. Bien vous dirai-je, pour le savoir de bon lieu , que les apparences de malveillance entre nos grands sont moindres qu'elles n'ont été par le passé. De l'intérieur, Dieu seul en est le juge , c'est à nous d'en penser ce qu'il nous plaira. Les comédiens, à ce que Ton m'écrit, commencent à être importuns ; c'est bien fait : jugez ce que ce sera quand ils auront été ici quinze mois , puisqu'au bout de quinze jours l'on en est dégoûté. Voilà tout ce que je vous dirai de la cour; M. de Valves, qui y est, fera le reste. A Paris, il n'y a rien. La reine Marguerite fut, il y a huit ou dix

jours, à Notre-Dame-de-Victoire, auprès de Senlis. Le sieur de Villars étoit parti à quatre heures du matin , à pied, pour y aller payer un vœu qu'il avoit fait pour elle cependant qu'elle étoit malade. Elle, à deux heures de là, partit en litière avec quatre carrosses qui portoient sa suite, et s'en alla le suivre en ce voyage. Je devois aller apprendre sur le lieu ce qui s'y étoit passé, où sans doute il y aura eu , à l'accoutumée, quelque extravagance ; mais la mort du pauvre M. d'Infrainville, qui étoit mon parfait ami, étant arrivée au même temps, me mit en autre humeur que de rire. Il arriva hier chez M. le commandeur de Sillery un malheur qui sembla grand, et toutefois je crois qu'à la fin ce ne sera rien : la concierge , après avoir dîné , dit à sa servante qu'elle se trouvoit un peu mal, et qu'elle s'alloit jeter sur le lit pour se reposer et essayer de dormir, lui commandant que quand il seroit heure d'aller à vêpres, elle la réveillât. Cette servante, ayant pris, à son avis, cette occasion bien à propos pour s'en défaire, comme elle la vit endormie lui jeta une poignée de cendres au visage , et en même temps lui donna jusqu'à treize coups de couteau, dont les premiers furent aux yeux, puis à la gorge, et le reste par les autres parties du corps, où bon lui sembla; mais ce fut si lâchement qu'elle ne lui a presque point fait de mal : elle fut à l'heure même menée en prison ; vous pouvez penser quelle en sera la fin. Demain reviennent ensemble les princes qui ensemble étoient allés à Fontainebleau, MM. de Longueville, du Maine et de Nevers; et je crois que bientôt nous aurons toute la cour. Je vous avois écrit que M. de Pontac avoit été maltraité, revenant un soir de voir la Paulette. Les auteurs n'en sont

DE MALIIEHlii:. y.tjg

point découverts; bien dit-on que l'un des soupçonnés dit l'antre jour tout haut (jmc l'ontac seplaifjnoit d'avoir été battu, mais que cela n'étoitrien, et que le pis pour lui étoit que ce lui fut une rente annuelle et perpétuelle tant qu'il vivroit. S'il est vrai, je n'en sais rien : celui qui doit avoir tenu ce langage est tel que je le crois bien malaisément. Je ne sais de quel livre vous nu^ parlez, nommé des Civilités puériles; il en fut affiché un , il y a environ un mois, sous le titre de Civilité morale ^ fait par Érasme, et traduit par un p^tit garçon de neuf ans: il faut que cu soit celui que M. le greffier Etienne a fait voir en Provence ; mais si ce l'est , il ne falloit pas l'acheter à Paris, il l'eût eu à Aix pour six liards, et n'y eût eu différence que de la traduction; voilà pourquoi je n'enverrai point si peu de chose si loin. Je ne saurois croire qu'Erasme sût que c'est de civilité, non plus que Lipse sait que c'est que de police. Je serois bien aise de voir un premier gentilhomme de la chambre écrire du premier point, et un roi du second; ils en parleroient, à mon avis , plus pertinemment que des pédants , et ce seroit ces livres-là que j'achéterois fort volontiers, comme faits par des gens du métier. J'oubliois à vous dire qu'ayant eu l'honneur de dîner aujourd'hui avec madame de Longueville , elle a eu nouvelle que madame la comtesse de Soissons avoit envoyé en poste quérir M. Breyn , son médecin; et ayant à l'heure même envoyé à l'hôtel de Soissons savoir ce que c'étoit, on lui a mandé que c'étoit un dévoiement avec un peu de sang : elle est en grande alarme. Dieu nous veuille conserver cette belle et sage princesse 1 notre cour perdroit en elle un de ses principaux ornements. Les libraires sont de retour

3oo LETTRES

de Francfort, mais non pas les livres; Dieu aidant, j'en verrai demain le catalogue. Adieu, monsieur; j'ai peur que mes lettres ne soient longues jusqu'à l'importunité, et même n'étant pleines que de ces nigeries : mais qui donne ce qu'il a, fait ce qu'il doit. Excusez-moi donc, et me tenez toujours pour votre serviteur très humble et très affectionné.

Je baise très humblement les mains à M. le premier président, et suis son très humble serviteur. J'attends de vous rhistoire des cent huit. Té vous supplie , monsieur, de remercier de ma part M. de Calas de la courtoisie qu'il m'a faite, et l'assurer qu'il a en moi un serviteur très affectionné par-tout où je le lui pourrai témoigner.

AU MÊME

A Paris, ce 27 d'octobre i6i3.

Monsieur ,

Votre dernière est du 6 de ce mois; je pensois y faire réponse avec loisir et faire une perquisition de nouvelles pour vous faire une gazette d'importance; mais M. de Valves me vient d'avertir tout présentement de la commodité qui s'offre , si prompte et si précipitée qu'il n'y a moyen de vous rien dire. Si je voulois répondre à vos honnêtetés, ce ne seroit jamais fait; seulement donc ici me plaindrai de vos remerciements , qui désobligent en obligeant outre mesure : ne m'en faites plus , si vous ne voulez que je les prenne pour de la tablature que vous

Dl-: MALIlF':HnE. 3oi

donnez de faire le semblable en votre endroit. Je vous dirai, en un mot, que je vous suis ce que je vous dois être par toutes rè{jles de courtoisie, c'est-à-dire le plus affectionné serviteur que vous ayez. Je viens tout à cette heure de la comédie des Espa{jnols, qui ont aujourd'hui commencé à jouer à la porte Saint-Germain dans le faubourg; ils ont fait des merveilles en sottises et impertinences, et n'y a eu personne qui ne s'en soit revenu avec mal de tête : mais pour une fois il n'y a point eu de mal de savoir ce que c'est. Je suis de ceux qui s'y sont excellemment ennuyés, et en suis encore si éperdu que je vous jure que je ne sais ni où je suis ni ce que je fais: je n'avois que faire de le vous dire, vous l'eussiez bien vu par ce discours , qui est devenu fâcheux par contagion des leurs. Je me réjouis que la médaille vous ait plu; mais si vous avez eu tort de me remercier avec cérémonie , vous en avez aussi de me demander mon avis d'une chose où je n'entends du tout rien. Bien vous dirai-je qu'il n'y a ordre que je laisse passer cela pour un œil; carie derrière des yeux est de figure du devant, hormis quelques nerfs aux deux côtés et au milieu; et ce qui est en cette médaille a le derrière en pointe comme le derrière d'un lis. Je n'en dirai pas davantage de peur d'en parler comme un clerc d'armes, ou comme un aveugle des couleurs. Pour cet air provençal que vous m'avez envoyé, je l'ai fait voir à Guesdon, qui le trouve du tout impertinent; je ne sais si c'est qu'à la vérité il le soit, ou qu'il vérifie cette maxime y.-A izz^yoz fOousî -nzayji , etc. (i). S'il étoit question déjuger des paroles, je le ferois plus hardiment; mais il faut que chacun parle de ce qu'il sait.

(i) Le mendiant lui-même porte envie au mendiant, etc.

3o2 LETTRES

Je vous ai prié de m avertir qui étoit Fauteur des vers que vous m'envoyâtes sur un jardin de M. des Arts; je vous répète la même prière. Le sieur Dumousthier m'a promis d'expédier votre portrait ; mais il y a long-temps qu'il m'avoit fait la même promesse. Je viens de parler grec, je m'en vais parler espagnol :adine?'Ospagados brazos quebrados [i). La défaveur de Bassompierre continue visiblement; la source en est en l'alliance de M. de Villeroi et du marquis d'Ancre, qui se sont conté l'un à l'autre que, durant qu'ils étoient mal, Bassompierre trahissoit tous deux. .Là-dessus on donna à entendre à la reine qu'il faisoit vanité de sa faveur. Monsieur se porte fort bien : il a la vérole , mais sans fièvre et sans mal quelconque , de sorte qu'il danse et saute comme de coutume. Madame Chrétienne aussi se porte bien. M. de Saint- Brisson est fort mal : voilà un mariage qui n'aura guère duré. Son état de prévôt de Paris est donné à M. le marquis de Cœuvres. M. le prince de Conti est de retour des bains, qui ne lui ont pas apporté grand amendement; il y en a toutefois, mais bien peu : madame la princesse de Conti le vient voir demain. M. le Grand arriva hier à Fontainebleau au lever du roi; du bon visage , je n'en ai encore rien appris : je crois qu'il a été tel qu'il le desiroit et méritoit, car le roi a de l'mclination à lui vouloir du bien. Madame de Souveray et madame d'Alincourt sont alternativement dames d'honneur de la petite reine ; on m'a nommé sa dame d'atour, mais il ne m'en souvient pas. Madame le Grand, qui étoit allée en Bourgogne vers M. son mari, est de retour en

(i) Proverbe dont le sens est qu'on a les bras cassés pour un ouvrage payé d'avance. Il paroît qu'il en étoit ainsi du peintre en question.

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cette ville de ce matin. Madame la comtesse de Soissons se porte mieux , mais le médecin qui en est venu ne Ta pas laissée sans fièvre. Tl me vient de ressouvenir de la dame de Tatour, c'est madame de Vaucelas, ambassadrice en Espa(jne. Adieu, monsieur; je ne me souviens plus de rien , et cela vous vient fort à propos , car mon impertinence seroit plus lonfjue. Je ne vous dirai plus rien, sinon que je suis votre serviteur très humble et très affectionné.

Je vous prie me faire ce bien d'assurer M. le premier président que je suis son très humble serviteur. II y a long-temps que je ne lui ai écrit, mais j'ai une tâche qu'il faut que j'achève devant que de penser à autre chose. Tant que ma paresse a quelque excuse, je suis bien aise de me reposer , et sur-tout n'ayant rien de sérieux à lui écrire. Mais encore un coup , s'il vous plaît , assurez-le que je suis son très humble et très affectionné serviteur. Je baise très humblement les mains à MM. de Ribier et d'Aleaume, et suis leur très humble serviteur.

AU MÊME

Monsieur ,

Je ne pensois pas avoir des nouvelles à vous écrire que la cour ne fût de retour à Fontainebleau , mais le voyage qu'a fait la reine en cette ville m'a fourni de quoi vous faire cette lettre. Elle arriva mercredi au soir pour voir Monseigneur, de la santé duquel on lui écrivoit et parloit diversement : elle alla droit chez lui au

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sortir de son carrosse; elle le trouva jouant et sautant emmi la chambre : j'en parle comme témoin oculaire. Elle lui dit quelle le venoit quérir pour le mener à Fontainebleau, de quoi il fut fort content; elle lui dit qu'elle vouloit qu'il lui donnât à souper, ce qu'il lui dit qu'il feroit fort volontiers ; et ayant dit encore quelques autres paroles, la reine dit : « Si je vous eusse cru comme vous êtes, je ne fusse pas venue. » Elle s'en alla de là voir madame Chrétienne, qui avoit la fièvre, et croyoit-on que ce fût une menace de petite-vérole. Jeudi la reine fut faire prendre un clystère à Monsieur : il y eut là un grand combat; je n'y étois pas, mais la reine., à son retour au cabinet, conta l'histoire. Elle lui dit qu'elle étoit venue pour le mener à Fontainebleau, mais que, devant que d'y venir, il falloit qu'il fût du tout gaillard, et que pour cet effet il prît un petit bouillon. Il répondit qu'il le prendroit. Là-dessus la reine lui dit qu'il le falloit prendre par-derrière, et que, s'il le prenoit, elle lui donneroit un petit crochetin d'argent qu'elle lui montra. Il reconnut tout aussitôt ce que la reine vouloit dire, et lui dit : « Je vois bien ce que c'est que de votre bouillon à prendre par-derrière, c'est un clystère déguisé; je n'en veux point, je n'ai que faire de Fontainebleau ni de a^ochetin. » A cette heure-là, la reine demanda des verges, et le fit prendre comme pour le fouetter. Ces menaces ne servirent de rien, il en fallut venir à la force : elle le fit donc prendre par trois ou quatre, et le rendit immobile. Comme il se vit en cet état, il se disposa à faire ce que l'on voulut. Hier il prit un petit sirop : je ne veux pas attribuer à la médecine, à laquelle je ne crois pas beaucoup, la bonne disposition où il est, car je ne l'ai

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jamais vu que hitîii; mais, de quelque part que sa santé vi(Muie , elle est lort bonne, {jraces à Uieu. Je le vis hier au soir, deux heures, au cabinet, courant et jouant de la meilleure humeur que Ton [)Ouvoit désirer. La reine Mar{»,uerite vint sur les sept heures du soir dire adieu à la reine , qui l'étoit allée voir le jour de devant. Monsieur courut quand et quand vers elle; elle lui prit la main et la lui baisa. La reine lui dit qu'il ne baillât pas sa main, et qu'il l'embrassât et la baisât; ce qu'il ht. Elle fut une heure au cabinet en particulier avec la reine, et sur les neuf heures se retira ; la reine l'accompagna hors du cabinet jusqu'à la porte du cabinet du conseil, et là toutes deux se saluèrent avec beaucoup d'affection, comme certainement la reine l'aime et l'estime fort, comme fort disposée à tout ce qui est du bien de l'état. Madame Chrétienne fut saignée vendredi , et hier au soiv'étoit en tel état, que la fièvre ne se reconnoissoit presque point. Madame la comtesse de Soissons est malade à Dreux, comme je crois vous avoir écrit: on en avoit avant-hier apporté de bonnes nouvelles à la reine; toutefois, hier au soir, je vis un gentilhomme qui en venoit, qui dit qu'elle ne fut jamais plus mal; les médecins en ont mauvaise opinion , non tant pour la qualité de la maladie, que pourcequ'elle dit qu'elle mourra plutôt que de prendre des clystères : ils croient bien qu'à la fin le mal l'y fera résoudre , mais ils ont peur que ce ne soit trop tard. On impute la cause de son mal à la colère qu'elle prit de ce que le maréchal de Fervaques , pour la tenue des états à Rouen , fit ouvrir avec violence l'abbaye de Saint-Ouen, où étoient encore les meubles de feu M. le comte de Soissons, du temps qu'il étoit gou-

verneur. On dit qu'il y ajouta encore quelques paroles avanta|jr:uses ; je ne sais ce qui en est, mais c'est là qu'on cherche la source de la maladie de madame la comtesse. M. le comte en fut en une colère extrême , et supplia sa mère de lui permettre d'aller à Rouen brûler le maréchal de Fervaques en sa maison, ce qui ne lui fut pas accordé, comme vous pouvez penser. Enfin le vicomte de Charmoy, par la faveur de M. le marquis d'Ancre, est premier maître d'hôtel de la reine, en baillant six mille écus à la veuve d'Elbent, pour le remboursement de ce qu'il en avoit baillé. Camille , écuyer de la reine , mourut hier , et sa charge aussitôt fut donnée à un nommé Lamotte, gentilhomme servant de la reine, à la charge de payer quatre mille écus à l'acquit des dettes de feu Camille. Le sieur de Presles, fils du président Nicoldï, fut hier reçu enseigne des gardes de la reine, en la place d'un nommé Aiguemont, qui mourut il y a quelques jours. La reine s'en est ce matin retournée à Fontainebleau pour donner loisir de bâtir au Louvre. Vous avez vu oii logeoit madame la princesse de Conti , lorsque vous et moi la fûmes voir; on prend cela, et le lieu où se tenoit le conseil , et le logement des filles , pour y faire l'appartement où la reine logera quand la petite reine sera venue. M. de Fourcy me dit hier au soir qu'il sera plus beau que celui où elle est à cette heure. M. du Maine vintily a deux jours; mais il se blessa une jambe, ce qui lui fait garder le lit. Il s'en faut beaucoup que Bassompierre ne soit bien comme de coutume, mais je n'en sais point la source; il faudra que je l'apprenne de luimême: l'on m'a dit qu'il a été huit jours sans que la reine ait parlé à lui. Il y en a qui croient qu'il a reçu de

mauvais offices de M. d'Ancre. L'affaire est un peu rha- Lillce; en quoi M. de Guise Ta fort assisté. Je Tai vu ces jours-ci au cabinet, mais moins hardi beaucoup que de coutume, et sans que la reine lui dît jamais rien: cela passera. Vous envoyâtes dernièrement des vers au nom de Porchères, qui n'en sont point; Porchères fait mieux que cela. Je vous prie me mander qui en est l'auteur, et comment s'est passée l'affaire de José. Je crois malaisément que ce coup d'épingle désenfla le ballon. Il y a eu à la dernière foire de Francfort un livre nommé Hortus Cystolensis , où sont en taille-douce toutes les fleurs du monde; mais il n'y en avoit que quatre, dont il y en alla deux à Anvers, un à Londres , et l'autre à Paris, que le sieur Précart apporta. M. le président de Thou l'acheta tout aussitôt pour le prix de six-vingts livres. Si vous en desirez un , il faudra que ce soit à la première foire. Il est temp" de finir ma lettre ; elle est assez longue : mais si est que devant je vous prierai de faire mes très humbles recommandements aux bonnes grâces de M. le premier président; quand je vous écris, je lui pense écrire, et suis bien aise d'avoir cette excuse de quoi flatter ma paresse. J'attendrai à lui rendre ce devoir au retour de la cour. Adieu, monsieur; je vous baise humblement les mains, et suis toujours, et le serai toujours aussi, votre serviteur très humble et très affectionné.

Vous aurez su qu'il y a mercredi huit jours que M. de Courtenvaux et M. de Rochefort firent leurs serments , celui-là de premier gentilhomme de la chambre , et celui-ci de lieutenant de roi en Poitou; et le lendemain, qui fut le jeudi, M. de La Varenne le fit de lieutenant

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de roi en Anjou. M. le Grand vient, et sera ici à la fin de ce mois. M. d'Espernon fait instance d'être remis en sa charge de premier gentilhomme de la chambre, qu'il avoit du feu roi Henri III, et je crois qu'il l'aura. Pour M, de Caudale , son fils, il s'en va à Metz pour trois semaines.

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