‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 14 sur 25 · A M. DE PEIRESC · texte numérisé non relu

A M. DE PEIRESC

A Paris, ce 1 1 de novembre 161 3.

Monsieur,

J'ai répondu à votre dernière lettre, et vous ai remercié de la faveur que m'a faite M. de Calas de rendre à ina femme les deux cents livres que j'avois baillées pardeçà à M. de Valves; mais voici encore une autre importunité toute semblable : je n'ose, pourceque j'ai peur de lasser votre courtoisie; j'en dois avoir meilleure opinion que cela, mais certainement je rougis; et si j'avois à vous en prier aussi bien débouche comme par lettre, il n'y a point de doute que j'aurois de la peine à m'y résoudre. Tant y a que j'ai encore aujourd'hui baillé même somme de deux cents livres à M. de Valves, pour la vouloir aussi faire tenir à ma femme : il en écrit à M. de Calas; je vous supplie, monsieur, de lui en dire un mot : Marc-Antoine, à qui je les envoie, lui fera, et à vous un jour. Dieu aidant, quelque service qui vous fera prendre plaisir de l'avoir obligé. Sans cette affaire, je n'avois rien à vous écrire; car la cour est toujours à Fontainebleau, et par conséquent je suis toujours sans nouvelles. Je suis prié de M. de Rambouillet d'aller demain dîner chez lui ; si j'y apprends quelque chose , vous en aurez votre part. Cependant je vous envoie l'édit du roi, vérifié à Toulouse, pour transporter le siège de

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îsîmes à Beaucaire; je pensois que vous l'eussiez, mais M. de Valves m'a dit que non : c'est là tout ce que j'ai à vous dire. Vos bonnes grâces et celles de M. le premier président me sont toujours chères comme de coutume, c'est-à-dire iit nil nisi sidéra supra : conservez-moi les unes et les autres. Quand j'aurai quelque sujet digne de le divertir, je lui écrirai, et l'en prierai moi-même; attendant cette occasion, faites cet office à votre serviteur très humble et très affectionné.

AU MÊME

A Paris, ce 24 de novembre i6i3.

Monsieur ,

Nous aurons ici la cour mardi , à ce que l'on dit. Le roi vient coucher à Riz près d^^ Juvizy, et la reine à Villeroi. M. de Montbazon est, au contentement de tout le monde , lieutenant de roi en Normandie. M. de Matignon est en cour pour demander, à ce que l'on dit, que le bailliage de Caen soit ajouté aux bailliages de Cotentin et Alençon, dont il a déjà la lieutenance de roi; les autres disent qu'il n'en a du tout point parlé. On tient qu'au retour de la cour en cette ville le mariage de mademoiselle de Vendôme se mettra sur le tapis, à bon escient. M. le prince de Joinville et M. du Maine sont rivaux en cette poursuite. Madame la princesse de Conti, au voyage qu'elle fit à Paris au commencement de ce mois, pria madame de Nevers de faire désister M. du Maine de cette recherche, jusqu'à ce que M. le prince de Joinville, qui y étoit embarqué le premier, en fût

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liors, et que ce respect, se {jardant entre personnes qui ne sY'toient rien , à plus forte raison se devoit {jarder entre parents si ])roclies , connue ils étoient. Sa réponse fut qu'elle avoit appris d'elle qu'il ne falloit jamais donner de mauvaises nouvelles à ceux que l'on aimoit, et que, M. son frère ayant de l'affection pour mademoiselle de Vendôme , elle ne lui sauroit rien dire de plus fâcheux que de lui parler de se désister de la sienne. Elle en parla puis après à M. de Nevers, qui lui dit que c'étoit la gloire d'un galant homme d'avoir des rivaux en son amour, et que l'émulation leur feroit faire des merveilles pour s'avantager l'un sur l'autre en la bonne grâce de leur maîtresse. M. le prince de Joinville est en Lorraine, et doit être ici en même temps que leurs majestés seront de retour. On tient qu'alors cette affaire éclatera; bien que la reine ait dit qu'elle ne veut point que mademoiselle de Vendons e soit mariée que le roi n'ait dixhuit ou vingt ans. M. de JoinviUe aura pour lui M. de Guise et M. de Conti; l'autre, M. de Vendôme et le marquis d'Ancre, et à mon avis les parents. M. le maréchal d'Ancre étoit lieutenant de la compagnie des chevaulégers de la reine; à cette heure, qu'elle est vacante par sa dignité nouvelle , l'on lient que c'est pour M. le marquis de Cœuvres. M. le Grand et M. le maréchal d'Ancre sont fort bien. M. le Grand est fort bien vu de la reine; elle lui a accordé la survivance de grand-écuyer pour M. de Tei'mes , avec augmentation de six mille livres de pension au sieur de Termes. Les lieutenances de roi qu'avoit en Bourgogne le feu baron de Luz, long-temps disputées par M. le vicomte de Tavanes et le baron de Thianges , ont enfin été accordées à M. le marquis de Mi-

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rebeau et à M. de Ragriy , n'ayant point voulu , la reine , les bailler à personnes qui ne fussent en bonne intellip,ence avec M. le Grand. Madame de Pompadour, qui a été autrefois la marquise d'Epinay, est décédée depuis deux jours. Madame la princesse de Conti a été fort mal d'un apostume qui lui est crevé en la {jorge , et se trouve fort bien , grâce à Dieu. La reine a témoigné beaucoup de déplaisir de son mal, et beaucoup de joie de sa guérison. L'on a renvoyé quérir les comédiens françois; le roi ne goûte point les italiens; les espagnols ne plaisent à personne : ils jouent au faubourg Saint-Germain, mais ils ne gagnent pas le louage du jeu de paume où ils jouent. Les italiens ouvrirent hier le théâtre à Thôtel de Bourgogne, où ils ne firent ni bien ni mal. Bassompierre est moins mal; mais je crains qu'il ne soit jamais comme il a été.

AU MÊME

Du jour Sainte-Catherine, 25 de novembre 161 3.

Monsieur ,

Madame de Pisieux est décédée; dont M. le chancelier est, à ce que Ton dit, extrêmement ennuyé : c'étoit une vertueuse dame , estimée de tout le monde. Il s'est passé quelque chose en la basse Navarre , pour laquelle, et pour la guerre de Savoie et Mantoue, l'on parlé d'envoyer un ambassadeur extraordinaire en Espagne. M. le prince sera ici demain ou mercredi, à ce que l'on dit. Mesdames les princesses sont de retour de leur voyage de Notre-Dame de Chartres, où elles étoient allées il y a

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environ un mois. Elles ont passé, à leur retour, à Moret, et n'ont point envoyé à Fontainebleau , qui n'en est qu'à deux lieues. Les contemplatifs en discourent à leur fantaisie ; pour moi, je crois qu'elles n'y ont point pensé à finesse. L'on murmure que le parlement fera quelques difficultés à la réception de M. le maréchal d'Ancre , qu'ils n'auront point faute d'instigation; et moi je crois que chacun obéira, comme il doit, aux volontés du roi et de la reine. L'on dit que madame la comtesse de Moret a recommencé à fermer »a gorge ; je ne sais pas que veut dire cette observation, vous la devinerez si vous pouvez : possible est-ce pour le froid.

AU MÊME

Du 27 de novembre.

Monsieur ,

Le roi et la reine arrivèrent hier au soir. Cette aprèsdînée la reine a été visitée de mesdames les princesses , mesdames de Longueville, comtesse de Saint-Pol, de Nevers, de Mercœur, et de la reine Marguerite. La reine leur a fait voir un bracelet qu'elle a fait faire pour envoyer à la petite reine : ce sont quatre grands chatons de diamants, et au milieu un ovale de diamants; dans cet ovale il y a une forme de losange; aux quatre coins de la losange sont quatre grands diamants, et un encore plus grand au milieu; les chatons sont de grands diamants, et au milieu de chacun des quatre chatons un grand diamant. Sous l'ovale il y aura une devise que M. de Florence a faite , Titani lumine vesper. Il m'en dit

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une autre, mais je fus d'avis que Ton prît celle-ci: les deux n'ont qu'un même corps, qui est un phénix, et un soleil du côté d'occident, qui jette ses rayons sur lui. Cet ovale ou enseigne est de quatre-vingt mille livres, et tout le bracelet ensemble est estimé six-vingt mille écus ; ce qui seul semble incroyable. La reine a dit par deux fois : « Ce n'est pas là tout; je lui fais faire une chaîne de vingt -cinq pierres semblables à cet ovale. » Par compte, la chaîne vaudra deux millions d'or; mais je crois que l'on fait cette dép*ense plus volontiers pourcequ'elle demeure à la maison. Comme on montroit ce bracelet, Madame est arrivée; la reine le lui a montré, et lui a dit : « Voilà ce que j'envoie en Espagne; vous n'en êtes pas marrie? » Elle a répondu que non ; et la reine a répliqué : « Cela fait voir que vous êtes de bonne maison, w La reine l'a rendu aussitôt au sieur Nicolo. Madame, qui ne l'avoit pas vu à son aise, a montré qu'elle le vouloit voir davantage. Le sieur Nicolo , que j'en ai averti, le lui a apporté, et lors j'ai eu l'honneur de le considérer à mon aise; je l'ai rendu au sieur Nicolo , et lui ai demandé ce que valoit l'ovale du milieu, à cause que la reine avoit dit que la chaîne qu'elle faisoit faire en avoit vingt-cinq semblables . il m'a dit qu'il Vcdoit quatre-vingt mille écus, mais que tous ne seroient pas si beaux ; toutefois , qu'il y avoit peu de différence. Quand cette montre fut faite il n'y avoit que mesdames les princesses de Condé, madame de Mercœur, M. le cardinal de Joyeuse , M. de Reims , M. le prince de Joinville , qui est de retour de Lorraine. 11 a salué la reine et lui a présenté une lettre de madame la duchesse de Lorraine; làdessus sont arrivés Madame , mademoiselle de Vendôme ,

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M. de Longueville, et iiiculaine la comtesse de Saint- Pol. Madame la princesse de Conti et madame sa mère iront fait qu'entrer et sortir; elles s'en sont allées voir madame d'Aumalc. Après cela, est arrivée la reine Mar- {juerite, à qui la reine Ta montré aussi. Madame de Nevers est arrivée la dernière, et déjà il étoit reporté. J'ai vu Bassompierre , que la reine a appelé , et a parlé fort long-temps à lui, tellement que je crois que sa brouillerie se rhabillera ou est rhabillée. M. de Matignon a eu le gouve-'nemenl au bailliage de Caen avec les deux qu'il avoit déjà. Vous saurez que de toutes ces princesses pas une ne baisa la reine; la seule reine Marguerite a eu cet honneur , comme elle a toujours. Le mariage de M. de Termes se traite avec la fdle de M. le marquis de Mirebeau; et tient-on qu'il se fera. Monseigneur le prince arriva ici hier au soir. Madame la comtesse de Soissons est un peu malade ; voilà pourquoi elle n'a point été au Louvre. On ne dira point M. le maréchal d'Ancre, mais M. le maréchal Conchini.

M. le maréchal de Fervaques mourut la semaine passée ; le lendemain que la nouvelle arriva , M. le marquis d'Ancre se trouva maréchal de France , lieutenant de roi en Normandie, et M. le marquis de Villeroi, son prétendu gendre , lieutenant de roi en Picardie , aux places que ledit sieur marquis d'Ancre tient. Trois jours après, M. de Sommeray est publié maréchal de France» et ne reste audit sieur marquis d'Ancre que la lieutenance de roi de Normandie, et, depuis, tout cela est changé à la françoisc : l'on en tenoit un peu en bredouille. Mondit sieur le marquis d'Ancre est demeuré maréchal de France , ci on a donné pour récompense à

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M. de Sommeray soixante mille écus, la lieutenance de roi de Bordeaux donnée à M. de Montbazon. La reine a écrit aujourd'hui de sa main à madame la maréchale d'Ancre, en ces termes : A la Jiiaréchale d'Ancre, ?na cousine. . . ., tout de sa main. Mademoiselle d'Aumale la jeune est morte, de manière que tient-on qu'à présent le mariage de M. le duc du Maine avec celle qui reste se parachèvera. Peu d'heures avant sa mort, parlant au chirurgien qui la traitoit. elle dit qu elle savoit bien que ce seroit kii qui l'ouvriroit; elle mi ordoni.a de la façon qu'elle vouloit qu'il mît ses entrailles et son cœur, et lui dit qu'il disposât de ses affaires, que bientôt il la suivroit, et qu'il en fît état: de manière que ce pauvre homme n'a point heure de bien depuis sa mort, et ne le peut-on résoudre qu'il ne meure dans peu de temps. Cela ne vous importe guère, mais je le vous dis parceque je le connois, et que j'ai peine de le consoler. M. de Beaulieu-Rugé, premier et plus ancien secrétaire d'état, a passé de cette à meilleure vie; en quoi je fais une notable perte pour être un de mes meilleurs seigneurs et amis. Je pris peine à voir l'abord à Fontainebleau de M. le Grand à M. le maréchal d'Ancre , lequel manqua tellement d'assurance, sentant sa conscience le toucher, et pour voir le peu de temps qu'il y avoit qu'il venoit de conjurer sa ruine, qu'il ne lui dit que ces cinq paroles : « Vous soyez le bien-venu, monsieur; vous avez bien demeuré à venir; vous avez beaucoup de gens, combien sont-ils? Je suis votre serviteur, commandez-moi. » A la première , il lui fut répondu , « Vous soyez bien venu , monsieur; » à l'autre , « J'ai vu mon ami en passant, qui m'a fait retarder; » à la troisième, « Ce sont mes amis

DE MALHERBE. Si;

(jiii ont voulu prendre la peine de m'accompagncr; » puis il dit à la (|uatriènu>, « Je ne les ai pas comptés; » et à la lin, « Adicti, monsieur. » Je vous ai fait le discours de cet abord , pourccqu'il me semble un peu étrange. La reine a commandé à M. le Grand de se tenir auprès de sa majesté. T^e feu roi, que Ton disoit absolu , commanda que l'on réimprimât les Métamorphoses d'Ovide en belles et grandes lettres : il prévoyoit bien , le bon prince, que Ton les pratiqueroit après sa mort. La reine faisoit accommoder un logis pour la reine qui vient d'Espagne, au-dessous du sien, où logeoit M. de Savoie quand il fut à Paris; ce qu'ayant entendu, l'ambassadeur d'Espagne demanda audience à la reine , lui disant que la reine qui vient d'Espagne doit loger au logis des reines, et qu'elle ne logera point ailleurs. La reine répliqua que tant qu'elle seroit régente il n'étoit pas raisonnable qu'elle délogeât, et que quand le roi seroit majeur, celle qui vient d'Espagne logeroit où bon lui semblei^oit, et en demeura là sans rien résoudre. Vous verrez, par les deux discours que je vous envoie, en quel état a été le différent de Mantoue avec M. de Savoie , et comme le roi d'Espagne se déclare tout-à-fait à présent; si le conseil en seconde la volonté de la reine, on armeroit de nouveau. L'on fait doute si le mariage se parachèvera. La reine s'offense fort des procédés du roi d'Espagne. Si je ne craignois que cet écrit ne fût vu, je vous dirois qu'on est assez empêché pour trouver deux hommes, l'un de robe, et l'autre d'épée, pour envoyer en Espagne pour ce sujet. Le marquis de Spinola fait faire un grand port , et un canal depuis Ostende jusqu'à Bruxelles , auquel il y a six mille hommes qui travail-

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lent : c'est le vrai moyen de ruiner le restant de ces Pays- Bas. Hier mourut madame de Pisieux, de mort soudaine, toute vêtue, se portant bien tout le jour. On dit qu'en toussant elle se rompit une veine.

AU MÊME

A Paris, ce 27 novembre 161 3.

Je me suis déjà excusé à vous si vous n'avez point de nouvelles de la cour qu'elle ne soit revenue en cette ville; le terme n'en est pas loin, on attend ici leurs majestés mardi prochain. Cependant je répondrai à votre lettre, et. vous dirai que ce que je croyois que la discrétion vous avoit empêché de m'écrire, c'étoit les amours d'une de vos présidentes veuves, découvertes par l'enflure de son ventre , et celles d'une pauvre fille abusée par un de vos conseillers, qui étoit en même état. Je ne vous en parle pas à cette heure pour vous en demander des nouvelles, car j'en ai ouï les histoires; c'est seulement pour vous ôter de peine que ce ne fût chose de plus grande conséquence. Je n'avois pas attendu votre avertissement pour prier M, l'abbé de Saint-Michel de recouvrer quelques unes de ces autres médailles; mais il m'a dit que c'est chose malaisée, toutefois qu'il y fera ce qu'il pourra : nous en verrons le succès. Je vous écrivis par M. de Caldagne, que je crois qui sera à cette heure en vos quartiers , que M. de Valves m'avoit fait cette faveur de recevoir encore autre somme de deux cents livres pour les faire rendre par-delà à ma femme;

DE MALIIKRBK. 319

et par la même voie de M. do Caldu{;ne , il vous en donna avis. Je vous supplie, monsieur, me faire ce bien d'excuser CCS iui|)()rtuuilcs : la nécessité me fait oublier la honte; en voici encore une autre. Le sieur Cramoisy vous fait un ballot de livres pour vous envoyer; je me suis dispensé d'y mettre un Lexicon ffrec, une Polyanthée récente, et des Chiliades d'Lrasme, tous livres à l'usage de Marc-Antoine, à qui je les envoie. Je vous prie me permettre cette commodité de lui en faire tenir quand on vous en enverra, car je n'en ai point d'autres que la vôtre : ma femme vous rendra le port. Si c'étoit quelques petits livres, je n'en parlerois pas, de peur d'offenser votre courtoisie; mais en ce paquet, la moindre partie sera pour vous, et puis je vous veux demander congé de continuer cette même voie. Marc-Antoine exposera un jour, s'il plaît à Dieu , son latin et son grec pour votre service, et paiera mes obligations avec les siennes. Puisque je n'ai point de nouvelles, je m'en vais clore ma lettre. J'oubliois à vous dire que le sieur Dumousthier m'a promis qu'il ne sera plus menteur, et qu'à bon escient, et sans plus de remise, il va travailler pour vous. Adieu, monsieur; je vous baise très humblement les mains , comme votre serviteur très humble et très affectionné à jamais.

AU MEME

A Paris, ce 3o novembre i6i3

Monsieur,

Vous aurez dans ce paquet, ou pour le moins par

cette même voie, une p,rande gazette; j'y ajouterai une chose que Ton m'a dite aujourd'hui de fort bonne part, qui est que M. le chanceHer a fait parler du mariage de M. de Pisieux avec mademoiselle de Sancy, sœur de M. d'Alincourt. Ce sera pour relier aucunement ce qui est délié; mais le second lien ne sera pas si fort que le premier. M. de Montbazon ne s'étant pas trouvé ici quand la reine lui a donné la charge de M. le maréchal de Fervaques au gouvernement de Normandie, on lui en a retranché le bailliage de Caen en faveur de M. de Matignon , et le bailliage d'Évreux en faveur de M. de Médavid. Hier je vis un homme qui me dit avoir vu le courrier qui apportoit la paix de Mantoue et Savoie. Adieu, monsieur; vous ne direz pas que je suis paresseux. J'entends qu'avec votre congé ces nouvelles soient communes à M. le premier président, et comme la confirmation de mon service. Madame d'Aumale et mademoiselle sa fille firent hier leur première sortie au Louvre. Votre serviteur très humble et très affectionné.

AU MÊME

A Paris, le 1 5 décembre i6i3.

J'attends les nouvelles de votre voyage; les dernières que j'ai de Provence, c'est que M. de Valves étpit arrivé il y avoit quatre jours , et que vous n'y étiez point encore. Ce que nous avons ici depuis votre partement vous aura déjà été en la plus grande part écrit; d'ailleurs vous aurez su comment le gouvernement d'Auvergne a été

DE MALHERRi:. 32i

Imillo àM.lj» prince (If Coiiti, lr(jiicl la rc'iuv lui fait valoir «lix iiiillc t'eus, la réserve à M.le prineede JoiiivilKî, etceperuiajït sa compajjuie entretenue : on y ajoute la réserve de Tabbaye de Saint-Germain en faveur de madame la princesse f' î Conti. M. le coinlt; l'ut baptisé diniancbe dernier, babillé d'une robe blancbe, et nonnné par le roi, qui fut parrain, et la reine marraine; le lendemain il prit le baut-de-chausses, et vint faire le serment de grand-maître entre les mains du roi, en présence de la reine, dans le cabinet du conseil. Madame la comtesse sa mère, le mardi, alla ouïr messe aux Feuillants, mercredi vint voir la reine, et jeudi madame la marquise d'Ancre. Hier au matin l'affaire des ducs fut refusée tout à plat au parlement. A la fin, après avoir bien délibéré du rasement de Quillebeuf , il a été résolu , et Ton tient pour assuré que nous allons avoir des cbevaliers du Saint-Esprit: qui dit plus, qui dit moins; la plus sûre opinion tient que ce sont MM. de Guise, M. le prince de Joinville, M. du Maine, M. de Nevers, MM. de Créqui, Bassompierre, d'Ancre, de Rambouillet, et Cœuvres. Le bruit du mariage de M. du Maine et de madame d'Elbœuf se renforce. L'on parle de guerre, mais c'est si foiblement queje tiens pour très certain que nous n'aurons que paix; les remueurs demandent quelques conditions que la reine ne veut aucunement accorder, et dit qu'elle entretiendra, sans faillir, ce qui a été promis par le feu roi, mais que d'espérer davantage c'est s'abuser. M, de Roban, pour son particulier, est content. Je crois que bientôt nous en oirons dire de même des autres; Dieu le veuille. Adieu, monsieur; je suis votre serviteur très obéissant et très affectionné.

ai

Je n'écris point à M. le premier président du Vair : je vous supplie , monsieur, de m'en excuser sur ce que je lui écrivis dernièrement, et que ce seroit trop souvent Timportuner pour des choses de néant comme sont nos nouvelles. Vous en direz autant à M. le premier président de La Cépéde, s'il vous plaît. J'oublie à vous dire qu'hier le roman des Chevaliers de la gloire fut présenté à la reine: vous en aurez un par la première commodité. Je crois que vous aurez su que dernièrement, en la cause de messieurs de l'université contre MM. les ecclésiastiques, M. l'archevêque d' Aix ayant parlé pour les siens avec beaucoup d'affection, et nommément ayant dit que les cardinaux étoient juges des rois, M. le prince lui commanda de se taire, et lui dit qu'il n'étoit point juge des rois , mais des archevêques et évêques qui ne résidoient point aux lieux de leurs diocèses , comme lui. Je vous dirois volontiers un excellent mot qui fut dit sur ce que M. le prince si courageusement se banda pour l'université; mais il vaut mieux se taire v^ue de rien écrire de ceux qui peuvent proscrire. Adieu donc, monsieur, encore une fois; aimez-moi toujours, et soyez un peu plus curieux d'écrire, ou je sei'ai paresseux à votre exemple.

AU MÊME

A Paris, ce i6 décembre i6i3.

Monsieur ,

Je vous écrivis dernièrement une assez ample gazette, de sorte que je me trouve épuisé de nouvelles. Vous vous

DK MAI.IJKIIIU-:. 3:^:^

en passerezdoiic poiiicriic fois, vt vous contenterez que je vous t(3uioi{ju(; ma <l il i{;eii(e , puis(|ue , sans sujet uiéuie , je ne sais point de eouunodité que je ne m'empresse de vous écrire. M. de LuxeuiLoiu}^, devenu duc et pair de Franc e par la mort de ("eu M. son (rère, en a fait ce matin le serment. Samedi M. le prince de Joinville, j'entends celui qui tette, fut baptisé; M. le cardinal de Joyeuse le tint sur les fonts; et tout cela sans cérémonie grande ni petite, pour éviter, à ce que m'en a dit madame la princesse de Conti, qu'en une assemblée si {grande que requerroit la qualité de M. son neveu, il n'arrivât quelques brouilleries. Pour M. le prince de Joinville qui ne tette plus, il me dit bier que le mariage de mademoiselle de Vendôme étoit remis à la majorité du roi. M. d'Espernon est encore à Metz. M. de Caudale, ayant eu commandement de lui d'attendre qu'il fût à la cour pour y venù^, a cependant pris ce temps pour aller voir M. de Toulouse, son fière, à la Flèche. M. le marquis de Sablé fut fiancé, il y a trois ou quatre jours, avec mademoiselle de Souveray, qui avoit été accordée à M. de Mareuil-Fontenay. Nous avons ici pleuré par la mort de trois belles dames: mademoiselle d'Aumale, madame de Pisieux, et madame de Bouqueville; mais les larmes en sont essuyées. On avoit parlé de remarier M. de Pisieux à madeiiioiselle de Sancy, sœur de madame d'Alincourt : toutefois il ne s'en parle plus. M. de La Meilleraye , à qui elle étoit accordée, est ici, à mon avis , pour parfaire ce qui a été commencé : voilà le fond du sac. Adieu donc, monsieur; aimez-moi toujours, s'il vous plaît,, non pas selon la petitesse de mon mérite , mais selon la grandeur de votre courtoisie. J'oubliois à m'excuser de

la hardiesse que je pris dernièrement de mettre trois gros volumes dans un ballot que Cramoisy vous envoya ; mais Marc-Antoine, pour qui c'est, vous servira quelque jour de ce qu'il apprendra, et ma femme vous rendra le port: autrement, ce seroit me défendre de continuer. Par un paquet que M. de Caldagnez a porté , M. de Valves vous a averti que je lui ai baillé deux cents autres livres: vous me ferez, s'il vous plaît, cette faveur de les rendre à ma femme, afin que je deineure accablé sous le faix des faveurs que je reçois continuellement de vous. C'est à vous de me commander, et à la fortune de me donner de quoi vous servir. Cependant, monsieur, je vous baise très humblement les mains, et suis toujours votre serviteur très humble et très affectionné.

M. le marquis de Cœuvres devoit partir aujourd'hui; mais je n'ai bougé du coin du feu, je ne sais ce q^ ^ en est. Depuis ma lettre écrite, on me vient dire qu'il part dans deux jours.

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Monsieur ,

AU MÊME

A Paris, ce i3 de janvier i6i4-

Afin que votre courtoisie ait toutes ses dimensions, vous ne voulez point être remercié : vous serez servi à souhait ; je serai incivil plutôt que de n'être pas ce que vous voulez que je sois. Je vous remercierai pourtant de vos nouvelles , afin de vous donner occasion de me les

continuer. J'ai reçu un cliiffre nouveau, dont je me servirai quand il en sera temps : nous n'avons rien pour cette heure qui ne se puisse écrire en lettres patentes. Je suis allé ce soir au cabinet, exprès pour avoir quelque chose à vous entretenir; mais je n'y ai rien trouvé. Hier M. de Valves prit la peine de me venir apporter une lettre que vous m'avez écrite du dernier du passé. Je lui ai conté quelques particularités qu'il me promit de vous écrire, et entre autres une assez notable de M. de Longuevilie. Je sais l'action par celui-là même qui l'a faite: c'a été une jeunesse, sans avoir dessein que de curiosité; mais si ne laissa pas de s'en fâcher. Nous avons pensé voir un règlement au cabinet du roi, au commencement de cette année; mais tout cela s'en est allé en fumée, et s'est-on contenté de ne laisser entrer personne que le roi n'ait pris sa chemise. Le maréchal d'Ancre disoit que le roi étoit servi en drôle, mais qu'il le feroit servir en roi. Toutefois comme l'on a voulu en venir à la preuve , l'on a trouvé que les François ne se laissent pas volontiers ranger à ce qui n'est ni de la coutume ni de leur humeur, et a-t-on laissé le moutier où il étoit. Vous avez eu des almanachs de Morgart; il est à la Bastille, d'où il sera malaisé qu'il sorte que pour aller en Grève. J'ai aujourd'hui eu l'honneur de dîner avec madame de Longueville, qui ayant envoyé chez M. Mangot savoir s'il étoit au logis, pourcequ'elle avoit affaire à lui, on lui a rapporté qu'il étoit à la Bastille : je crois que c'étoit pour cette affaire-là. Il n'y aura point de mal de retrancher cette liberté des pronostiqueurs, qui parlent de la vie et des affaires des rois comme de celles des marchands. Si ce pauvre homme , devant que d'entreprendre son al-

manacli, eût regardé ce qui lui en devoit succéder, il se fût reposé, à mon avis, plutôt que de travailler à ce prixlà. Notre cour est diminuée aujourd'hui par le parlement de monseigneur le prince. M. de Longueville s'en va samedi prochain, et madame sa mère aussi. Elle m'a dit que pourceque Ton s'en va faire au premier jour l'état des fortifications, M. son fils désire s'instruire de ce qu'il faut à celles de son gouvernement, de sorte que son voyage ne sera pas long. M. de Nevers partit il y a huit ou dix jours. Il y avoit un certain trésorier de France à Châlons en Champagne, nommé Vertaut, qui avoit pris je ne sais quelle commission, qui lui avoit déplu, ou de laquelle il ne s'acquittoit pas à son goût. M. de Nevers l'a fait prendre dans Châlons à la sortie de la messe par six hommes inconnus, et Ta-t-on habillé en fou aussitôt qu'il a été hors la ville , c'est-à-dire qu'on lui a baillé un habillement jaune et vert , chaperon , marotte et sonnettes; et en cet équipage il a été mis sur un cheval et promené au son du tambour et des trompettes par tous les lieux où il avoit exercé sa commission. Madame de Longueville m'a elle-même fait ce conte, et m'a dit qu'il y a requête présentée par ce Vertaut contre M. son frère; mais je me doute que la fin sera que les battus paieront l'amende. Elle m'a dit que M, de Nevers s'étant plaint à M. le chancelier de ce Vertaut, il lui avoit dit que c'étoit un fou, et que pour cette occasion il l'avoit voulu traiter en homme de sa qualité. M. de Luxembourg fut il y a cinq ou six jours chez un maître des requêtes, il me semble qu'il s'appelle Caissonnier; et lui ayant fait plainte de la longueur qu'il apportoit à son expédition , dont la réponse ne lui fut pas agréable, il lui sauta au

collet avec la dajjiic nue en la niain, mais le coup fut retenu par un de ses {jentilslionunes. J'ai cousu ces deux actions, pour quelque similitude qu'elles ont ensemble. Vous avez su que M. Dolé , par la mort de M. d'Attichy, a été pourvu de l'intendance des finances. M. le prince, à ce que l'on dit, a fait grande instance pour M. Begniet; mais la reine, l'ayant une fois donnée, n'a pu révoquer sa parole. II y eut hier un ballet au Louvre en la salle de madame de Guercheville ; mais ce ne furent que quelques domestiques du roi. Dimanche au soir madame la princesse donnera à souper à la reine, et après souper il s'en fera un de réputation ; les danseurs sont M. le prince de Joinville, chevalier de Guise, marquis de Rosni, général des galères. Termes, Créqui , Bassompierre, Rochefoucauld, Roche-Guyon, Châtillon, Bressieux, La Ferlé, Moret et Guérin; ces deux derniers sont les directeurs du ballet, et sont quatorze en tout. Si je me trouve en humeur d'y aller, je le verrai, et vous en conterai des nouvelles.Vous savez le mariage consommé il y a trois ou quati^e jours entre M. le marquis de Sablé et mademoiselle de Souveray; et puisque nous sommes sur les femmes, je vous dirai que madame de Vendôme est grosse et madame l'amirale aussi. Le livre de M. le cardinal du Perron avoit été imprimé pour le corriger plus facilement; mais à ce coup on l'imprime pour sortir en lumière. Il y a huit ou dix jours que l'impression en est commencée: elle se fait en son logis; il s'en tire treize cent cinquante. J'oubliois à vous dire que j'ai vu ici M. l'abbé de Saint-Michel, qui est celui d'où est venue la médaille que je vous ai envoyée; il m'a promis de faire tout ce qu'il pourra pour en avoir encore une ou

deux qui se pourront encore recouvrer en ses quartiers. Je lui ai dit que je Ten presserois par mes lettres, comme je ferai. S'il y a moyen, je m'assure que vous les aurez. Pour conclusion de ma lettre, et pour la meilleure nouvelle que je vous saurois écrire, le roi se porte fort bien; il avoit eu quelque rhume sur les dents, mais ce fut presque sans douleur, pourceque tout aussitôt la joue lui enfla et une partie de la {jorge. Cependant qu'il avoit ce mal, il lui vint une ébullition de sang qui lui fit sortir quelques élevures par tout le coi'ps; mais avec tout cela il ne se passa jour qu'il ne se levât pour jouer au volant, quelque mauvais conte que Ton en fît. J'ai ouï discourir les médecins là-dessus; mais tout ce qu'ils disent, ou la plupart , m'est ridicule. M. Lyen a triomphé à la cure du baron de Bouteville. Le coup , à la vérité , a été trouvé moindre qu'on ne le croyoit; il est par-derrière, trois doigts au-dessus de la ceinture, au côté droit, et à un pouce de l'épine du dos. M. le èiaréchal d'Ancre y mena le sieur Montalto , médecin que la reine a fait venir de Florence, qui le jugea mort, tant à cause de la blessure que pour le traitement que lui faisoit M. Lyen , qui lui faisoit boire du vin; et là-dessus ayant fait de grands discours, M. Lyen en un mot lui dit : " Vous autres, avec vos rîiisons vous tuez les malades, et moi sans raisons je les guéris. » Tout cela ne se fait pas sans envie des autres chirurgiens; mais en récompense il est loué et admiré de tout le monde. En voilà assez pour une fois. Adieu, monsieur; aimez toujours Malherbe, car il est toujours votre serviteur aussi affectionné qu'obligé. J'en dis de même à M. le premier président : je ne sais pas comme il se porte, mais il n'a pas tenu à bien boire à sa

DE MALlIFJiBK. Sag

santé s'il n'est bien {gaillard . C(; lut clie/ M. Rîbiez, où M. de Valves et moi fûmes conviés. M. Tavocat-général devoit être de la partie; mais il fit ici comme M. de Bélesbol à x\ix: il lui survint quelque affaire qui Tempécha de tenir sa promesse. Il y a une belle dame à qui on a fait fête de rai{}re-de-cédre; elle m'a prié que, s'il y en avoit à Marseille, je lui en fisse venir. Je vous supplie, monsieur, recevoir encore cette importunité d'être prié de moi que, s'il s'en peut recouvrer, j'en aie une pinte ou deux par votre moyen, et qu'-^Ues soic'it si bien empaquetées qu'elles arrivent en bonne santé. Je n'ose vous prier avec cérémonies , et veux croire qu'elles vous déplairoient aux requêtes , puisque vous n'en voulez point aux remerciements.

Je pense avoir conté ce qui s'ensuit à M, de Valves, mais à tout basard je le répéterai.

Mercredi au soir, le roi étant allé à ses affaires, il fut crié par un valet de chambre, selon la coutume, que ceux qui n'étoient point des affaires sortissent. Entre ceux qui demeurèrent , furent MM. Pluvinot et Florence. Comme le roi fut au lit, et le rideau tiré, M. le maréchal d'Ancre dit tout haut que, puisqu'il ne gagnoit rien de faire dire que l'on sortît, il le diroit lui-même; et s'adressant à M. Florence, lui dit : « C'est particulièrement pour vous que je le dis ; vous n'avez que faire ici à cette heure. » M. Florence lui ayant répondu qu'il avoit accoutumé d'y demeurer, et qu'il croyoit que sa charge l'y obligeoit , M. le maréchal lui répliqua qu'il n'y avoit que faire, et que, si le roi avoit à faire de lui, on Tappelleroit; qu'il ne se soucioit pas de lui, et qu'il se mettroit

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bien aux bonnes {grâces du roi sans lui. Cela fait, il s'adressa à M. Pluvinot, auquel il tint le même langage, sinon les paroles, du moins en substance. Toutefois cette humeur s'est passée, et depuis ils y ont toujours été, sans que M. le maréchal leiu' en ait rien dit. Le roi, durant ces discours , étoit au lit, où son aumônier lui faisoit prier Dieu, et ne dit autre chose.

lôD. ' AU MEME.

A Paris , ce jeudi, à dix heures du soir, 16 janvier i6i4-

Monsieur ,

Je vous écrivis il y a deux jours; mais puisque le messager est encore à Paris , vous aurez par lui-même ce que j'ai appris depuis. Ce soir M. le comte de La Rochefoucauld a apporté à la reine la résolution de MM. les maréchaux de France sur Tappointement de MM. les comtes de Cui'son et de La Frette, qui est que la reine dira : Vous vous êtes tous deux portés en gens d'honneur et de courage en ce qui s'est passé; je vous commande de vous embrasser, et qu'il ne s'en parle plus. L'important est que l'on ne sait s'ils seront contents; car le billet» à ce que m'a dit M. le comte de La Rochefoucauld , ne leur a pas été montré. Il me semble toutefois que la reine, après l'avoir lu, a dit qu'il ne restoit plus que l'affaire de Saint- Jean et du marquis d'Urfé. Hier sur les deux heures, mesdames les princesses furent prendre congé de la reine; elles lui dirent qu'elles dévoient partir ven-

DE MALHERBE. 33i

dredi, qui est domain. Madaiiu- do Cuise étoit présente quand M. le prince prit con{;é : il dit h la reine qu'il s'en alloit ohez lui pour revenir quand le roi ou elle le lui commanderoit. La reine lui répondit qu'il savoit bien qu'en toutes les occasions qui s'étoiont offertes elle l'avoit toujours gratifié, qu'elle continueroit toujours là où elle le pourroit faire. Il avoit auparavant pris congé du roi , et lui avoit dit assez de choses; mais il n'y avoit personne présent, et n'en peut-on savoir que ce que le roi en dit. Au deineurant l^ majesté est hors du latin et se porte fort bien. Je crois que le repos qu'il aura de ce côté-là aidera encore à sa santé. Aujourd'hui la résolution s'est prise avec la reine que le ballet se dansera dimanche prochain, après le souper qui se. fera chez madame la princesse de Conti. Je crois que ce seront les hypocondriaques : l'un sera cruche , l'autre armoire ,

l'autre tambour, et l'autre une autre chose. M

est venu ce soir au cabinet; je lui ai demandé s'il étoit venu prendre congé de la reine : il m'a dit que non, et que pour si peu de temps, qui ne seroit que de cinq ou six jours , il ne feroit point cette cérémonie de prendre congé, et qu'il n'alloit qu'à Trie. Je me suis dépêché de lui dire là- dessus qu'il se souvînt d'où venoit sa grandeur, et que ce qui la lui avoit donnée étoit ce qui la lui pourroit accroître, et que le plus tôt qu'il pourroit revenir ce seroit le mieux, pour ne donner pas sujet aux discoureurs de le croire mal content. Il m'a dit là-dessus tout ce que l'on pouvoit attendre d'un sage prince comme il est. Je vous ai voulu dire cela afin que , quand vous ouïrez parler de son partement, vous n'en croyiez que ce qu'il en faut croire. Je vous avois dernièrement

mis un nommé Moret au rang des danseurs du ballet, mais il n'en est point, et en récompense j'avois oublié M. de Montglas, qui en est. J'oubliois à vous dire qu'hier au soir, entre onze heures et minuit, le pauvre de Porchères , se retirant , fut attaqué par trois hommes à cheval auprès de son logis, qui est en la rue de TArbre- Sec, et reçut quelques coups d'épée sur la tête, et un autre au corps; mais la boucle de sa ceinture lui sauva la vie: il fut jeté par terre, et Tun d'eux dit: Il est mort, allons-nous-en. Son laquais e t un doigt coupé. Une sait d'où cela peut venir, pourcequ'il ne croit point avoir d'ennemis. La reine a dit ce soir: «Je me doute bien d'où cela vient; mais je ne le dirai pas. » Madame la princesse de Conti a parlé à elle à l'oreille; et s'est trouvé , à ce qu'a dit madame la princesse , que la reine et elle étoient de même opinion. M. D'Andelot et moi étions l'un auprès de l'autre derrière madame la princesse, qui nous sommes dit l'un à l'autre ce que nous en pensions , sans nous rien nommer, et croyons avoir pensé la même chose qu'elle : nous en avons trouvé d'autres de notre opinion; mais le tout sans rien nommer, et pour cause. De quelque part que cela soit venu, le pauvre homme n'est pas bien. Il y a bien de la peine à vivre au monde. Adieu, monsieur; je ne sais plus que vous dire, sinon que je suis votre serviteur très affectionné et très obligé.

Quand madame de Longueville m'a dit ce que M. son frère avoit fait à ce trésorier, elle n'en sut dire le nom , et lors un des siens dit qu'il lui sembloit qu'il avoit nom Vertaut. Toutefois hier mademoiselle de Rohan disoit au cabinet que madame de Nevers le lui avoit nommé

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