‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 15 sur 25 · DE MAL II ERRE · texte numérisé non relu

DE MAL II ERRE

Dujant: il n'importe le nom. Les lieux où il fut promené sur un âne et en Téquipa^je que je vous ai mande furent Mézières, Rétliel t't Doncliery. Il avoit demandé, en faisant quelques commissions, de qui otoient les armes qu'il voyoit sur les portes des villes; on lui avoit dit que c'étoient celles du roi et de M, de Nevers , et il devoit avoir répliqué que si ce n'étoit qu'il ne pouvoit faire abattre celles de M. de Nevers sans abattre celles du roi, il Tauroit fait; et lui ayant été répondu qu'il étoit leur sei- {;neur, il auroit dit qu'il n'avoit point d'autre seigneur que le roi, avec quelques autres langages au mépris de M. de Nevers. Ceux de son bureau n'avoient pas voulu lui vérifier sa commission , tellement qu'il l'exerce de son autorité. Il a eu tort et l'aura , comme auront toujours ceux qui s'attaqueront à de plus grands que soi.

AU MÊME

A Paris, ce 27 de janvier i6i4-

Monsieur ,

Ce ne seroit jamais fait de vous remercier de vos courtoisies. Je suis bien aise de Ihumeur que vous avez, si portée à obliger que ce soit vous faire plaisir que vous en demander. Il ne falloit pas un autre objet à ma mauvaise fortune. C'est à Marc-Antoine de se préparer à vous servir, puisque de si bonne heure vous commencez à vous acquérir du pouvoir sur lui. Nous vîmes jeudi au «oir le ballet attendu si long-temps , duquel la vue ne

répondit pas à la dépense qui en avoit été faite , que Ton estime à plus de dix mille écus. M. de Valves le vit à l'Arsenal. Je me remets à lui de vous en faire le récit particulier. Je ne vous en dirai autre chose sinon que ce fut un désordre le plus grand du monde, de quoi toutefois les balletants ont occasion de remercier Dieu; car toute Tinvention n'en valant guère d'argent, la faute du mal est rejetée sur le peu de place qu'il y avoit pour le danser. M. de Plain ville, capitaine des gardes, ne voulant désobliger personne , laissa entrer tout ce qui se présenta , et se trouva l'enceinte des barrières si pleine, qu'un homme seul eût eu de la peine à y passer. La reine , à son arrivée, voyant cette multitude, se mit en la plus grande colère où je la vis jamais, et s'en retourna, résolue qu'il ne seroit point dansé : là-dessus on fit retirer et coucher le roi. Toutefois pourcequ'à quelqu'un il fut dit à l'oreille que cette retraite n'étoit que pour faire sortir le monde, et que, s'il se trouvoit place, on le danseroit, peu de gens prirent l'alarme, et fallut qu'à la fin les archers dissent tout haut que tout le monde sortît et que le roi étoit au lit. Cela ayant fait faire quelque place, mais bien éloigné de ce qu'il eût fallu pour tant de danseurs et de machines , la reine revint et le roi aussi qui étoit déjà couché , et alors le ballet fut donné tellement quellement, et non comme il est décrit dans le de.ssin qui s'en est imprimé. Les escuriaux ne dansèrent point au Louvre; bien en parut-il trois ou quatre ce soir, mais ils disparurent tous aussitôt : le roi les devoit voir ce soir. Cette nuit il s'est fait un combat de deux à deux dans la place Royale. Voilà déjà le second qui s'y est fait; et sans un empêchement qui fut donné à deux autres

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qui s'y étoicnt assi{;iu''s, cr snoil li- troisirmc. T.c sujet de (;e dernier est (jiie JVJ. de (llicmarais, lils de iiiadunie de Sidly, s'étant enfermé dans une chambre à l'Arsenal pour voir le halli I ave( (|ii( l(|ii(s dames, défendit qu'on y laissât entrer liomme (\[i monde que ISI. de Saint-Maur. M. de llouilluc vint et frappa à la porte; M. de Cliemarais, croyant que ce fût Saint-Maur, ouvre la porte et voit le njarquis de Rouillac;, et la referme. Il lui dit. Vous êtes bien cruel; l'antre lui répondit, Je ne suis pas benêt. Le marquis de Ilouillac se retira et rencontra 8unit-Maur, à qui il conta ce refus, et lui dit qu'il n'avoit pas envie d'entrer, mais de faire entrer un gentilhomme anglois qui étoit là présent, lequel il pria Saint-Maur de faire entrer, ce qui fut fait. Voilà Tattendant de la querelle; le suivant, c'est que, s'étant assignés à la place Royale, Rouillac contre de Chemarais, et Saint -V^incent contre Saint-Maur, Rouillac, s'étant jeté sur de Chemarais, le porta par terre, et lui donna force coups de pommeau d'épée (car ils n'avoient dague ni les uns ni les autres), pour lui faire demander la vie. L'on dit que de Chemarais lui dit qu'il fît ce que bon lui sembleroit de lui , et que la dispute qu'ils avoient ne valoit pas qu'il la lui ôtât, toutefois qu'il fît ce qu'il voudroit. Là-dessus Saint- Vincent, second de Rouillac, ayant i-eçu un grand coup d'épée au travers du corps, et tel que son ennemi ne pouvoit en tirer son épée , cria à Rouillac qu'il étoit mal et qu'il le vînt secourir, ce qu'il fit, et donna à Saint- Maur, qui ne pouvoit retirer son épée du corps de Saint- Vincent, un grand coup d'épée dans la souris du bras, dont il mourut trois heures après , n'y ayant jamais eu moyen de lui arrêter le sang. Rouillac se retira à Thôtel

(le Guise , où Ton dit qu'il est encore ; les autres disent que non. Cette après-dînée le roi et Madame ont tenu Tenfant d'Arlequin. La fille de M. le maréchal d'Ancre a la petite-vérole. H y a en cette ville une femme sans pieds et sans mains, qui écrit, coud et enfile son aiguille avec la langue fort bien, et fait promptement, à ce que l'on dit. Quand je l'aurai vue, j'en écrirai plus particulièrement. J'ai envoyé votre lettre à votre coinpère et au mien, sur le point que j'ai commencé celle-ci; il me l'a renvoyée sans la vouloir regarder, et a dit à mon homme qu'il travailloit tant qu'il pouvoit pour vous, et qu'il vous enverroit le portrait quand il seroit fait. Madame de Nevers devoit partir ce matin pour aller trouver M. son mari. J'ai vu sur le midi deux dames qui l'alloient voir et craignoient de la trouver partie; toutefois je viens de voir un gentilhomme qui l'a vue cette après-dînée aller à vêpres aux Feuillants ou aux Capucins. Ce sera pour demain, et pour demain aussi le partement de M. de Bouillon : il prit hier congé de la reine. Voilà des nouvelles en paiement des vôtres. Je ne saurois deviner quelle nouvelle levée de boucliers veut faire l'homme qui s'est approché de vous : mais cela est indigne du sens commun de croire que vous en veuillez; s'il est fou, ce n'est pas jusqu'à la marotte. Je me réjouis de tout mon cœur de la guérison de M. le président de La Cépéde; entre les occasions qui me rappelleront en Provence , son amitié n'est pas la dernière. Je vous supplie, monsieur, qu'il lise ici que je suis son très humble serviteur. Il me semble qu'autrefois j'ai vu en la muraille de l'église des Bons-Hommes d'Aix une épitaphe latine où ce mot Threption rend l'intelligence difficile. S'il vous plaît prendre

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la peine de me l'envoyer, je suis trompé si je ne vous en baille la vraie interprétation , si vous ne la savez déjà. Je vous envoie un portrait fait ;\ ma mode du festin qui fut fait à la reine, il y a aujourd'hui huit jours, par madame la |)rincesse de Conti. C'est tout ce que je vous puis dire. Adieu, '.aonsieur; tenez-moi aux bonnes grâces de M. le premier président et aux vôtres , et l'assurez toujours que je suis son serviteur très humble et très oblifjé, comme le vôtre.

AU MÊME

A Paris, ce iode février 16 1 4-

Monsieur ,

Tout v» mieux ici que l'on ne vous mande, je le sais bien, car il y a des gens qui sont faits d'une façon qu'ils ne cherchent que le mauvais temps, et pensent que tout ira de travers à force de le dire. Je vous répète encore une fois qu'il n'y a du tout rien de nouveau, et ne vois point que les gens de bien aient de quoi craindre ce dont les méchants semblent entrer en espérance. Je vous en écrirois plus particulièrement; mais ce porteur sera un mois par les chemins , si bien que ce que je vous manderois seroit sans grâce quand il arriveroit. Il va partir, à ce que m'a dit M. l'avocat-général Monnier, un homme en poste, par lequel vous saurez ce que je sais et que je saurai entre ci et là. Il me suffit que vous voyiez que ce n'est pas la paresse qui m'empêche de vous faire une plus longue lettre ; ce n'est ni mon désir ni ma coutume ;

car, puisque je ne vous puis servir en autre chose, pour le moins le veux-je faire à vous donner de l'entretien. Je pensois aller remercier M. Tarchevêque d'Aix de riionneur qu'il a fait à mon fds; mais Ton m'a dit qu'il est allé au Fay. S'il aimoit autant que moi le repos et du corps et de l'esprit, il ne se tourmentei jit ni l'un ni l'autre comme il fait : chacun vit à sa mode , et vivra tant que le monde sera monde. Pour moi, je serai toujours le très humble serviteur et le très affectionné de ceux qui m'aimeront , entre lesquels vous aurez toujours le lieu que vous vous y êtes acquis par les faveurs que j'ai reçues et que je reçois journellement de vous.

AU MÊME

Monsieur ,

A Paris, ce i3 février i6i4-

Je m'assure que l'on vous conte d'étranges bourdes en Provence, puisqu'à Paris, au Louvre, et au cabinet, nous n'en sommes pas exempts : voilà pourquoi, ayant à vous écrire, suivant l'avertissement que m'en avoit hier donné M. de Valves, j'ai tout aujourd'hui été aux lieux oii j'ai pensé apprendre quelque chose de ce qui est sur le tapis. Chacun discourt de l'absence de ces princes à sa fantaisie; pour moi, je ne sais que c'est, mais il faudra, devant que je craigne de la pluie de ce côté-là, que je voie d'autres nuées. Les peuples demeurent par-tout en obéissance; et de rien faire sans eux, il n'y a pas de moyen. La reine, tout ce soir, n'a fait que regarder des

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pierreries et en aclicter, pour donner la foire aux princesses. Je ne vois nul trouble sur son visage; tant que cela sera, j'aurai Tesprit en repos. Nous avons ici un inonde de gens qui, pourccqu'ils désirent la ffuerre, s'iinajjinent qu'elle sera; ils seront trompés, s'il plaît à Dieu. Pour lu moins , leurs majestés se portent bien, à la barbe de Morgart et de ses prophéties. Les comédies continuent une fois la semaine, et le repos toujours , Dieu aidant. Adieu , monsieur : je sais bien que , comme homme de bien et bon serviteur du roi , vous avez le même désir que j'ai; vous pouvez aussi avoir la même espérance. S'il vient des tempêtes, nous aurons de bons pilotes, et qui en ont vu de plus grandes que ce malheureux petit vent ne sauroit en exciter. Je suis votre serviteur très humble et très affectionné.

!\îorgart a été condamné, il y a quelques jours, en galères pour neuf ans. La reine eût bien désiré qu'il fût mort : toutefois la recommandation qu'elle en a faite lui rendra la vie piie que la mort. Il y a quelques jours que M. de Ventadour fut envoyé vers M. le prince. Madame de Gévres dit hier, en un lieu où j'étois, que M. de Ventadour ayant appris par les chemins que M. le prince étoit passé en ces quartiers , il s'étoit arrêté à Orléans , et avoit envoyé vers la reine un gentilhomme pour recevoir ses commandements.

Elle dit aussi que M. le prince étoit à Muret, qui est une maison qu'il a à sept ou huit lieues de Soissons , et la même maison d'où il partit quand il alla en Flandre, du temps du feu roi. Il y eut mardi huit jours que M. le comte de Saint-Pol arriva; je n'étois pas au cabinet

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quand il arriva, mais jV arrivai tout incontinent après, où je sus que la reine lui avoit fait fort bon visage. Bien vis-je que la reine, sortant du petit cabinet, et entrant dans le grand, appela M. de Guise, le tira à part, et parla à lui assez long-temps. M. de Guise, l'ayant quittée, demanda tout haut : « Où est M. le comte de Saint-Pol? » Je le lui montrai, et tout aussitôt il Talla saluer et lui fit un grand compliment, le convia de descendre à la comédie, ce qu'il fit, où ils furent assis Tun auprès de Tautre , et M. de Guise eut soin de lui faire apporter un siège. Vendredi 7 de ce mois, M. de Longueville revint de sa maison de Trie , où il avoit été dix ou douze jours ; j'étois au cabinet; il salua la reine, qui lui fit fort bonne chère. Le même jour, les trois Topinamboux, qui sont sur leur partement, vinrent prendre congé du roi; leur harangue fut : « Adieu, sire ; je suis votre très serviteur. » Il y en eut un qui y ajouta, comme plus grand orateg'r : «Adieu, sire, monsieur. » Ils en dirent de même à la reine : « Adieu, madame, etc. » Le roi leur a fait donner des croix d'or avec des fleurs de lis d'or aux quatre coins de la croix, et les fit, avec cela, chevaliers de Tordre de Saint-Louis , mais ce fut sans autre formalité que le don qu'il leur fit de cette croix. M. d'Espernon et M. le chancelier eurent quelques petites brouilleries , mais ce ne fut rien : en voici l'histoire , que m'a contée M. le marquis de Rambouillet, qui y étoit. M. d'Espernon, dans le grand cabinet, cependant que la reine étoit dans le petit, s'adressa à M. le chancelier, et lui dif «Monsieur, vous avez passé la grâce de Miramont?» M. le chancelier lui répondit : «Oui, monsieur; elle étoit juste. « « Ce n'est pas, dit M. d'Espernon, en ce

que je veux dire; je ine plains de l'adresse qui en a été faite an prévôt de riiôtel. » M. le chancelier lui répondit que cela aussi sY'toit dû l'aire, parcequ'ilétoitcouuTiensal, et que M. le marquis de Rosni le lui avoit ainsi notifie. M, d'Espernon répliqua que M. le marquis de Rosni pouvoit l'avoir fait pour être ami de Miramont, mais qu'à la vérité il u'étoit pas commensal. M. le chancelier lui dit que le fjrand-prevôt feroit justice. M. d'Espernon dit qu'il y avoit quarante ans qu'il étoit à la cour, mais qu'il n'avoit jamais vu que le (;rand-prevôt eût fait pendre quelqu'un de qui la {jrace lui eût été adressée; et ayant haussé la voix en disant cela, M. le chancelier lui dit: « Monsieur, vous êtes en colère. » M. d'Espernon lui répondit que lui dire qu'il étoit en colère c'est lui dire qu'il est sans raison, et qu'il savoit fort bien ce qu'il faisoit et disoit, qu'il étoit trop vieux pour avoir besoin de pédajjogue. Là-desijys, la reine entrant dans le cabinet, M. le chancelier lui dit : « Monsieur, voici la reine. » Ils s'avancèrent tous deux vers elle, et en sa présence répétèrent ce discours. La reine leur commanda de le laisser là, et ne se souvenir plus de ce qui s'est passé entre eux, ce qu'ils promirent faire. J'avois oublié à vous dire que M. d'Espernon lui dit : « Je sais bien ce que je dois aux chanceliers, mais aussi sais-je bien ce que les chanceliers doivent à gens de ma qualité, w Et ce fut là-dessus que M. le chancelier lui dit qu'il étoit en colère, et ajouta qu'il l'avoit toujours honoré comme un prince, et desiroit continuer. Comme ils sortoient après le commandement que leur avoit fait la reine de tout oublier, M. le chanceher, en sortant, dit à M. d'Espernon : « Monsieur, je vous supplie donc très fort de ne vous souvenir plus

de ce qui s'est passé. » M. d'Espernon dit : « Je le ferai , mais je sais bien que vous n'en ferez pas de même. » La charge de M. de Ventadour est de convier M. le prince à s'en venir en cour, pour accompagner le roi au voyage de Bayonne, pour son mariage avec Tinfante d'Espagne, qui se doit faire incontinent après Pâques , et aussi pour se trouvera Taccoi'd du mariage de madame Chrétienne avec le prince d'Angleterre, et que, s'il se plaignoit de n'avoir pas assez de part aux libéralités du roi et de la reine, qu'il lui répondît que, se tenant auprès du roi, et le servant comme il doit, il se devoit assurer qu'il y seroit toujours respecté pour celui qu'il est, et seroit gratifié autant qu'il devoit désirer; que s'il mettoit les autres absents en cause , il lui devoit répondre qu'il n'avoit aucune charge là-dessus : je sais cela de M. le prince de Conti. Vous aurez su de M. de Valves la brouillerie qu'a eue M. de Lyvarot avec un nommé La Ferté-Silly, de Normandie ; je me passerai de vous en rien dire. La reine Marguerite est venue supplier la reine pour la grâce de M. de Lyvarot, et dit-on que demain elle y doit revenir; je crois qu'elle l'obtiendra. M. de Termes, le même vendredi 7 de ce mois, fit serment de premier gentilhomme de la chambre. Mademoiselle de Saucy , sœur de madame d'Alincourt, est mariée avec M. de La Meilleraye en Normandie. Dimanche dernier , M. de Longueville, ayant demandé congé à la reine de s'en aller en son gouvernement de Picardie, elle lui dit qu'il lui donnât encore sept à huit jours; et quoiqu'elle lui pût commander comme sa reine, elle l'en prioit comme elle prieroit son fils. Il lui promit de le faire; et le lendemain, qui étoit lundi, ayant changé d'avis, il monta en carrosse, et dit

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à son carrossier qu'il iilloit au Louvre. Comme il lut enuni (lieniin , il se mit à se plaindre de sentir fies tranchées de colique; et sY'tant lait ramener chez lui, il se mit au lit, où il fut jusqu'à la nuit, et lors il monta à cheval et s'en alla. Mardi au soir, la reine ayant eu opinion et avis que M. de Vendôuu; suivroit cet exemple, l'envoya quérir par M. de Maillot, son gentilhounne servant. Il le trouva qui venoit chez la reine; il pensa donc qu'il n'étoit point de besoin de lui rien dire. La reine étoit dans le grand cabinet, où ayant avisé M. de Vendôme au travers de ceux qui étoient devant elle, elle entra dans le petit cabinet, où incontinent après elle fit, par une de ses femmes, mademoiselle Catherine, appeler M. de Vendôme , et lui dit qu'elle étoit avertie qu'il vouloit faire comme M. de Longueville : il le nia fort et ferme; elle lui répondit qu'elle savoit qu'il a voit fait mener des chevaux hors de I^aris tout exprès, et qu'elle le vouloit empêcher de faire chose qui irritât le roi et l'obligeât à lui faire déplaisir, et que pour cet effet sa majesté avoit résolu de l'arrêter. M. de Vendôme la supplia de se souvenir du feu roi, et de l'honneur qu'il lui avoit fait de le reconnoître pour son Hls; la reine lui dit que ce qu'elle en faisoit, c'étoit pour l'empêcher de se perdre, et qu'il s'en allât en sa chambre. Comme il sortit, M. dePlainville, capitaine des gardes, qui est en quartier, le conduisit en sa chambre, et lui laissa six archers et deux exempts. Hier, qui étoit mercredi, il fut permis de le voir, toutefois non plus que deux à-la-fois , et sans épée. Aujourd'hui l'on m'a dit qu'on ne le voyoit plus, et de fait, sur les quatre heures, M. de Plainville est allé faire prendre la mesure de ses fenêtres pour les griller;

et a-t-on fait murer une porte de sa chambre. Madame sa femme et madame de Mercœur n'étoient point ce soir au cabinet; il n'y avoit de princesses que mesdames de Guise et madame la princesse de Conti. Il courut hier un bruit faux que Ribopie, qui commande à la citadelle d'Amiens sous M. le maréchal d'Ancre, avoit été poignardé ; mais cela s'est trouvé faux. M. le maréchal d'Ancre partit hier sur les quatre heures pour y aller; sa troupe étoit seulement de trente-cinq chevaux.

AU MÊME

A Paris, ce dimanche 16 de février 1614.

Monsieur ,

Nous sommes au temps def nouvelles, voilà pourquoi je ne vous les veux pas épargner. Je vous dis dernièrement tout ce que je savois : ce qui est arrivé depuis est peu de chose; mais je juge bien, par les bruits qui se font ici, que l'on vous met en de grandes inquiétudes par les bourdes que l'on vous conte. Je vous pense avoir écrit que tout ceci s'en iroit en fumée, je n'ai point changé d'opinion , et aujourd'hui le vent du cabinet étoit plus tourné à la paix qu'à la guerre. La foire est continuée pour toute cette semaine; c'est tout ce que je vous puis dire. Je baillai hier cent francs à M. de Valves, et le priai de me faire ce bien de les faire rendre par-delà à ma femme, pour avoir des livres à Marc-Antoine. Je vous supplie, monsieur, que je reçoive cette courtoisie de vous avec tant d'autres, et que vous croyiez que vous

n'aurez personne qui estime cet honneur comme je fais, et qui soit plus que moi votre serviteur très humble et très affectionné.

Je vous supplie, monsieur, me faire cette faveur de baiser bien humblement les mains à M. du Vair, et l'assurer que je suis toujours son serviteur très humble, et en cette qualité très désireux de la conservation de ses bonnes grâces. Je lui écrirai , et à M. le président de La Cépède, quand j'aurai'fait quelque ouvrage que je leur puisse envoyer; car sans cela je n'oserois rompre un si long silence. Adieu, monsieur, encore une fois; encore une fois, je vous supplie de m'aimer et tenir pour votre serviteur.

M. de Ventadour revint hier au soir, ayant appris à Orléans que M. le prince, vers lequel il alloit, étoit passé en ces quartiers : on ne parle plus de renvoyer vers lui. Ces messieurs les princes absents sont à Mézières, les autres disent à la Cassine : mais l'un et l'autre peut être vrai; car la Cassine, qui est une maison de M. de Nevers, est tout auprès de Mézières. Ils n'ont personne avec eux. M. le prince partit de Châteauroux avec six chevaux; le reste de son train l'a suivi depuis, jusqu'à quarante ou cinquante chevaux. M. de Longueville y est allé aussi avec sept ou huit chevaux, et tous n'ont que leurs domestiques : ils vont ordinairement à la chasse. La reine dit, il y a trois ou quatre jours, qu'elle méneroit sa fille avec trente mille hommes de pied et six mille chevaux, et qu'elle ne pensoit pas qu'en cet équipage elle ne pût passer par-tout. En cas que nous ayons guerre, ce que je

ne crois nullement, et ai assez de gens de mon opinion , MM. de Termes, de La Rochefoucauld, de Courtenvaux, et marquis de Sablé , font chacun une compagnie de chevau-légers. Les compagnies de M. le prince et de M. du Maine sont commandées et viennent.

Il se fait levée de six mille Suisses, qui doivent être à Saint-Jean-de-Lône en Bourgogne dans un mois ou six semaines. On fait une crue aux vingt compagnies du régiment des gardes , de cent hommes par compagnie , et de cinquante par chaque compagnie des autres régiments entretenus; mais je crois que Ton n'en viendra point si avant, bien crois-je que le voyage se fera avec dix ou douze mille hommes de pied, qui seront le régiment des gardes et les six mille Suisses , et douze ou quinze cents chevaux. Ceux de la religion ne remuent point, même Ton m'a dit que ceux de la Rochelle avoient envoyé assurer la reine de leur obéissance. Je ne sais si je vous ai mandé qu'ils ont obtenu depuis douze à quinze jours qu'ils ne seroient plus tenus de nommer leur religion prétendue réformée, mais réformée simplement. On a envoyé Fouquerolle , enseigne des gardes du corps, en Bretagne, porter la nouvelle de l'arrêtement de M. de Vendôme. M. de Bassompierre est aujourd'hui colonel des Suisses. M. de Rohan, qui l'étoit, lui a vendu sa charge pour le prix de trente mille francs. M. de Lyvarot, dont vous avez pu ouïr l'emprisonnement à la Bastille, pour un soufflet qu'il avoit donné dans l'antichambre de la reine , a eu aujourd'hui sa grâce, et est venu dans le cabinet remercier sa majesté. Le roi s'étoit allé coucher, et n'y avoit au cabinet que madame la princesse de Conti et madame de Guise. M. de Souveray s'est approché de la

reine et lui a dit quelque chose à l'oreille, et lors il s'est tourné vers M. de T^yvarot, qui s'est jeté à deux genoux aux pieds do la reine et a parlé fort bas. Il n'a guère parlé , que la reine lui a dit: « Levez-vousj » il a toutefois toujours continué à genoux. Comme il a eu fait pour parler, la reine lui a dit : « Une autre fois soyez plus sage. » Il a encore dit quelque chose, à quoi la reine a répondu pardeux fois : « Je sais bien cela. » Voilà tout ce que j'en ai ouï, encore que je fusse tout auprès, sinon qu'il la supplioit très humblement de lui pardonner ; aussi n'a-t-il dit autre chose; car je l'ai su de lui-même, lorsqu'il a été hors de la présence de la reine. Madame de Bressure lui avoit fait porter un lit à la Bastille, qui est venu tout à propos pour le comte de La Roche, qui y a été mis comme M. de Lyvarot en est sorti. Je ne crois pas qu'il sorte sitôt, ni peut-être à si bon marché. Peyronne, de M. d'Espernon, se meurt, et ne croit-on pas qu'il soit demain en vie: l'on dit que son mal est une esquinancie , et le médecin dit qu'il fait doute encore d'un apostume dans le corps.

AU MÊME

A Paris, ce jeudi 20 février i6i4-

Monsieur,

Si ceux qui se chargent de mes lettres sont aussi diligents à les vous rendre que moi à les vous écrire , vous n'avez pas de quoi vous plaindre que vous ne soyez très bien informé de ce qui se passe, pour le moins de ce qui en peut venir à ma connoissance. Je vois les alarmes que

Ton baille ici à ceux qui croient déloger; et ne doute point que Ton ne vous fasse encore pire aux provinces. Voilà pourquoi je vous veux garder de tomber aux inquiétudes que ces bruits peuvent causer à ceux qui ne sont pas bien avertis. Vous avez su, et je crois le vous avoir mandé, qu'il vint, il y a trois jours, un courrier de la part de M. de Nevers avertir la reine que, sur ce qu'il avoit voulu faire voir la citadelle de Mézières à M. le prince, l'entrée liji en ayant été refusée, il Favoit assiégée et étoit sur le point de la prendre pour faire obéir le roi; ce qu'ayant fait, il y mettroit celui que la reine y voudroit envoyer. Là -dessus la reine dépêcha M. de Praslin, qui partit hier au matin, et mena avec lui M, des Ruaux, lieutenant des gardes du corps en la compagnie de M. de Tresmes, pour la lui faire remettre. Hier au soir il arriva que M. de Vendôme, qui étoit gardé fort gracieusement, se sauva sur les sept heures. Ce M. des Ruaux étoit Tun de ceux qui en avoient la charge, de sorte qu'étant parti, tout le commandement demeura à un exempt nommé La Borderie, qui avoit recherché cette commission et Favoit eue par l'instante poursuite qu'il en avoit faite. En cette chambre de M. de Vendôme il y avoit une antichambre, et tant la chambre que l'antichambre avoient porte sur une même montée , qui est celle qui va à la chambre de madame la princesse de Conti. La porte de la chambre demeuroit fermée de sa serrure ordinaire, à laquelle l'on avoit ajouté un cadenas: ainsi n'entroit-on que par la porte de l'antichambre , laquelle étoit gax'dée par-dedans de huit archers qui n'entroient point dans la chambre de M. de Vendôme, mais seuleinent l'exempt qui les commandoit. Comme le soir fut

DK MALllEUHE. S/jcj

venu, M. <lo Vciulôine dit qu'il ne se trouvoit pas bien et qu'il ne vouloit point souper; de manière que l'exempt, qui avoit accoutumé de manjjer ;\ sa table, s'en alla souper à son train, l'kant do retour, M. de Vendôme, qui peut-être n'avoil j)as encore son cas prêt, le pria d'aller vers la reine la supplier très humblement qu'il eût l'honneur de parler à elle avant qu'elle partît pour aller à Châlons, où elle devoit aller le Iendcn)ain si la première résolution eût été suivie, et aussi qu'elle le fît jjarder en quelque chambre du côté de la galerie, afin qu'il eût la commodité de s'y promener; il lui donna encore quelque autre commission pour lui donner sujet de demeurer plus long-temps hors de la chambre. T/exempt s'en va vers la reine, qui lui dit : « Dites-lui que je lui permettrai de me voir devant que je parte, et que pour ce qu'il me demande, j'y aviserai et j'en résoudrai. » L'exempt sort et s'amuse encore quelque temps ailleurs; enfin il s'en revient en la chambre de M. de Vendôme , où ayant jeté les yeux de tous côtés et ne le voyant point, il demanda à madame de Vendôme : « Où est monsieur? » Elle lui répondit : « Me lavez-vous baillé en garde. >» Là-dessus il s'écria qu'il étoit perdu , et descendit en bas , et se mit à crier : « Fermez les portes , M. de Vendôme est sorti. » Les portes sont aussitôt fermées, et fut crié aux armes chez la reine. A ce bruit tout le monde y courut; les compagnies des gardes qui l'ouïrent prirent les armes et s'en vinrent aux barrières, la pique basse; de sorte que M. de Guise, le prince de Joinville, et M. le Grand, qui étoient à l'hôtel de Bouchage avec M. le cardinal de Joyeuse, eurent peine d'entrer au Louvre. Vous pouvez penser comme la reine fut en colère, et justement. La Borderie fut mis

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au For-rÉvêque, où il est encore; et croit-on que le inoindre mal qui lui en arrivera sera de perdre sa charge. Pour les soldats, leur justification est qu'ils avoient défense d'entrer dans la chambre de M. de Vendôme. Ce soir tout le monde contoit des nouvelles à la reine , et une infinité se vantoient de l'avoir rencontré, mais plutôt pour se faire de fête que pour vérité qu'ils sussent de cette affaire; et entre autres j'ai ouï que la reine a répondu à l'un qui lui disoit qu'il avoit été rencontré sur les cinq heures du soir : « Comme est-ce que cela se pourroit faire? il n'échappa qu'à sept. » Tout ce que l'on en sait, c'est qu'il sortit par la porte des cuisines, et s'en alla par la rue de Saint -Thomas du Louvre se rendre à la porte de Saint-Honoré , où l'on dit qu'il se botta et s'en alla au Bourget , qui est sur le chemin de Soissons , où l'on croit qu'il soit allé. Si cela est, je ne sais pas comme il y sera bien venu; car il est certain que messieurs de Soissons , en corps de ville, allèrent trouver M. du Maine et lui dirent qu'ils avoient été serviteurs de M. son père , et étoient encore les siens, mais qu'ils le supplioient de ne faire aucvme assemblée en leur ville, pourceq'u'ils étoient serviteurs du roi et ne vouloient rien faire dont sa majesté eût sujet de s'offenser. Il les loua de cette bonne volonté au service du roi, et leur dit que, quand ils lui verroient faire quelque chose qui y fût contraire , il leur permettoit de lui fermer les portes. Sur ce propos je vous dirai que M. de Beaumont étant allé à Orléans se faire recevoir lieutenant de roi en la place de M. d'Entragues , duquel il avoit acheté la charge vingt-trois mille francs, messieurs d'Orléans , après l'avoir reçu, lui ont dit qu'ils savoient qu'il dépendoit entièrement de M. le prince , et

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